LA JUSTICE – RENCONTRE ET DÉBAT – 2 NOVEMBRE 2016

Cette année l’association CVP propose, en plus des groupes de discussion du samedi, des petits déjeuners – matinées, le mercredi, de 9h à 12h, sur des thèmes qui n’ont pas encore été abordés et qui sont liés directement à la violence psychologique et ses conséquences pour les victimes.
Ces petits déjeuners seront l’occasion d’une rencontre avec un professionnel, d’un échange sur le thème proposé, et d’un débat entre les participants.

LE MERCREDI 2 NOVEMBRE LE THÈME PROPOSÉ EST : LA JUSTICE 
La violence psychologique peut-elle être démontrée en justice ? 
Quand s’adresser à elle ? Comment se déroule une procédure ? Que peut-on demander ? Quelles sont les principales juridictions ? Quelles sont les responsabilités d’un avocat, d’un magistrat, d’un procureur ? Comment faire appel ?
La violence psychologique peut-elle être démontrée en justice ?
Ce petit déjeuner se fera en présence d’un avocat fin de répondre aux diverses questions.


Informations et inscription : associationcvp@gmail.com ou annelaurebuffet@gmail.com


Anne-Laure Buffet – Présidente de l’association CVP – Contre la Violence Psychologique

MOI VICTIME JE MENE UN COMBAT DE TITAN – TÉMOIGNAGE

shhhh

19/7 1h45 et je n’arrive pas à m’endormir …. Je suis pourtant si fatiguée , trop fatiguée et je n’arrive pas à trouver le sommeil.

Plus les jours passent et plus je me dis que rien ne sera jamais plus pareil.

Comme si la prise de conscience n’était pas suffisante, en plus du victimologue je suis désormais suivie par un psy qui m’aide à reconstruire ma vie, la mienne avec mes idées, mes valeurs, mes envies, mes besoins, pas ceux de l’autre « machin » (c’est ainsi que je l’appelle) ! « Machin » m’a volé ma vie pour me faire vivre la sienne !

Il m’a totalement aliénée mentalement, il est allé si loin qu’il a fait de moi un pantin, une marionnette dont il tirait toutes les ficelles !

Peu importe la façon, peu importe la manière , il fallait que je file droit, sinon gare a moi !

Aujourd’hui j’en ai vraiment assez de devoir tenir debout, de devoir me faire soigner de tout ce qu’il m a infligée, alors que lui est toujours en liberté et qu’il n a même pas encore été convoqué ! J en ai assez d’attendre , c’est insupportable ! Personne ne peut imaginer à quel point.

J’en ai assez d avoir peur , de faire des cauchemars , alors que pendant 18 ans j’en ai vécu un. J’en ai assez de voir mon corps se décharner, mon visage se creuser, mes yeux se cerner .

J’en ai assez de masquer ma souffrance, ma peur et mes angoisses derrière un sourire laissant à penser que je vais mieux. Et comme pour mieux convaincre et dissimuler que je suis en train de sombrer , je ne cesse de faire mon clown , de faire rire , de toujours user de mon sens de l’humour, de faire des jeux de mots, des imitations.

L’ humour… La seule chose qu’il n a pas réussi à m arracher ,

C’est ce petit rien , selon les médecins et les psys, qui m’aurait permis de tenir le coup durant tant d’années.

C’est ce petit rien qui serait ma force , ma seule ressource. Qui m’ aide encore a tenir debout. Qui peut croire cela ?

Encore aujourd’hui je me demande comment je fais pour me lever, m’ habiller, aller travailler, me concentrer, être celle qui a toujours fait semblant que tout allait bien et qui ne cessait de défendre et protéger « machin » , mon bourreau, mon assassin !!!

Oui un assassin , car tout ce qu’il m’a infligé, fait endurer, était calculé, prémédité, mûrement réfléchi. 

Tous ses mots. Ses actes, ses gestes, cruels ,violents et malsains étaient conscients, sans aucun regret ni aucun remord, bien au contraire. Car non satisfait de m’avoir laminée , la cause était toujours la même : c’était de ma faute, j’avais tort et je l’avais poussé à bout !

Moi qui était à genou, à terre, je l’ai poussé à bout ?

Oui ! « Machin » est un assassin ; il a tout fait pour me tuer et il y est parvenu !

Alors quand sera t-il entendu ?

Je n’en peux vraiment plus ; les médecins, victimologue, psy , me disent qu’il faut du lâcher prise … Oui c’est sûr, je crois que je vais finir par lâcher prise…. Le moyen le plus simple de me libérer de l’emprise diabolique, perverse et tyrannique de « machin » pour qu’enfin je puisse me sentir bien.

Jai tellement dérouillé qu’aujourd’hui je me dis que je préfère mourir debout que de continuer à vivre à genou. S’éteindre petit à petit est pire que tout .

Mieux vaut s’en aller apaisée une bonne fois pour toutes. Fini les peurs, les craintes, les angoisses et la douleur.

Je fais tout pour tenir le coup en attendant que la justice aille jusqu’au bout pour me redonner confiance et réparer mes souffrances.

Je n’ai aucun désir de vengeance ; je veux juste éviter le pire, qu’il recommence.

Le seul moyen de l’arrêter dans sa folie meurtrière et dans sa conviction de toute puissance est que la justice le condamne à enfin prendre conscience qu’il est grand temps qu’il se fasse soigner et j’ose même penser :  Qu il soit condamné !

Je m’accorde encore ce droit de rêver que ma cause sera entendue et ce pour toutes les victimes qui n’ont pu l’être soit parce qu’elles ne sont plus là, soit parce qu’ elles n’ont pas pu, alors qu’elles auraient toutes voulu!

Il n’est pas facile d’être une victime , c’ est plus aisé d’être le coupable parce qu’il bénéficie de la présomption d’innocence !

La victime, elle, se sent coupable de son silence !

Moi, Victime, je mène un combat de titan pour tenir chaque instant et lui, coupable, se pavane tranquillement !

Le vent de la vérité va- t- il enfin souffler ou va t’on me laisser crever ?!

Et il pourra alors dire : « Vous voyez je vous l’avais dit, ce n’est pas moi, c’est elle ! Pas étonnant. Je vous l’avais dit  : elle est complètement cinglée! » Et là la boucle sera bouclée !

AUX AVOCATS, AU SERMENT, À L’ENGAGEMENT

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Il y a un an j’écrivais sur ce blog ce texte : Mesdames et messieurs les avocats.
Je l’écrivais pour tenter de dire à ces représentants et défenseurs de la Loi, de la Justice et de ce que certains appellent encore la Morale que la défense d’une victime de violence psychologique équivaut à une guerre, un combat à mort, auquel il faut être prêt. Que ce combat se fera entre mensonges, diffamations, manipulations, faux pleurs, vraies calomnies, au profit d’une seule personne : la personnalité toxique. (Mais, je m’interroge : peut-on qualifier de « personne » un être toxique ?).
C’est un combat dont on connaît le commencement, jamais la durée, jamais l’issue. Il demande d’être aussi patient que stratège, aussi précis que technique. Rien, aucune parcelle de la vie de votre client(e) ne doit vous échapper. Et il ne s’agit pas d’inquisition.
Il s’agit de remplir pleinement votre serment, celui de défendre la personne qui vous amène son dossier.

Qui est cette personne ? Qui est cette victime de violence psychologique ? Que demande t’elle, qu’attend t’elle de vous ? Elle pousse la porte de votre bureau, et se sent déjà coupable. Vos codes de droit civil ou de droit pénal l’effraient. Elle se croit condamnée, là où elle a déjà été accusée par son bourreau. Elle se croit incapable de dire son dossier, son affaire, sa situation. Elle pense qu’elle ne sera pas entendue. Et le plus souvent, malheureusement, elle ne l’est pas. Elle espère que vous aurez les mots, les gestes et les regards qui vont la rassurer, elle, qui vont lui donner un peu de force, mais surtout, qui feront cesser toutes ces violences et qui vont permettre de faire entendre à la Cour son histoire, sa souffrance, et défendre ses droits.
Cette victime, elle a si peur, si honte, qu’elle ne sait pas quoi dire, elle ne sait jamais commencer son histoire.

Face à elle, assis(e) à son bureau, vous. Vous , le « Maître » que la profession vous attribue lorsque vous passez le barreau, la respectabilité, la notoriété parfois, l’image du savoir, éventuellement du pouvoir. Et déjà, voilà la victime à nouveau en posture de soumission. Car vous savez, pas elle.

Mais que savez-vous ? Ce qui est inscrit dans les codes, qu’elle ignore, que le plus souvent elle ne comprend pas. Et que vous ne lui expliquez pas – pour quelle raison ? Est-ce si difficile de dire ses droits à son client ? Est-ce pour vous une perte de temps, ou à distinguer de votre engagement ?
Que savez-vous encore ? Les règles de procédure ? Mais comment la victime peut-elle les connaître ? Comment peut-elle savoir ce qu’attend le civil, le pénal, et le temps exigé, et les contraintes, et la notion de plainte, de requête, ce qu’elles impliquent, ce qu’elles exigent des plaignants ? Comment peut-elle comprendre le principe même de juridiction s’il ne lui est expliqué ? Est-ce à cette victime, désespérée, effrayée, de continuer de chercher, d’essayer de comprendre, de vous orienter, pour pouvoir être correctement défendue ? Ne pourriez-vous pas prendre le temps d’expliquer ce fameux temps de la justice, bien loin du temps des hommes, temps dans lequel se diluent les espoirs et les dernières énergies de femmes et d’hommes déjà étranglés par leur quotidien ?

Oui, que savez-vous d’elles, de ces victimes au passé chargé de soumission et d’emprise ? Comment pensez-vous les défendre, si ce n’est en vous investissant vous aussi sur leurs dossiers, à leurs côtés ? En remontant chronologiquement le temps, l’histoire, les  faits, pour décortiquer et mettre en lumière cette emprise ? Avez-vous si peur de vous engager ? Etes-vous si pressés ? Pensez-vous que le silence est un atout, un gage de crédibilité ? Pensez-vous perdre du temps à préparer la défense ? Pensez-vous que votre considération est suffisante ? Pensez-vous même réellement les considérer ? Comprenez-vous pleinement ce dont elles souffrent ?
Savez-vous qu’à défaut d’être psychologues, il vous faudra faire preuve de psychologie, d’empathie, de compassion ?
Comprenez-vous les conséquences matérielles, financières, pour vos client(e)s, lorsque vous assénez des honoraires inexpliqués, aux montants exorbitants, avant même d’avoir commencé à préparer le dossier ?

Que la victime de violence psychologique soit un homme ou une femme, lorsqu’elle pousse la porte de votre cabinet, la tête basse, fatiguée, terrorisée, elle est à bout de forces après avoir résisté pendant des mois, parfois des années. Elle arrive et cherche un peu d’espoir, un peu d’écoute, un peu de réponse. Elle ne veut pas être trompée par un beau discours. Elle veut entendre des vérités. Elle veut savoir qui elle est, et elle veut que ce soit dit, devant un juge, et devant son bourreau. Elle n’a pas besoin d’effets de manches ou de longs discours savants. Elle a besoin que la main protectrice à défaut d’être amie se tende vers elle.
Elle a besoin de savoir que ce qu’elle va dépenser – parfois, souvent même – le peu qu’il lui reste, sera dépensé pour elle, pour SA cause. Elle a besoin d’être impliquée dans la préparation de SON dossier ; elle a besoin de comprendre comment va se dérouler SA procédure ; elle a besoin d’être rassurée, de se dire qu’elle a fait le bon choix, avec vous pour la défendre, et avant tout, en décidant d’agir. Elle ne veut plus être un jouet. Elle ne veut plus être manipulée – même pour son bien. Elle doit être impliquée complètement, pour ne pas avoir le sentiment d’être laissée une fois de plus sur le bord du chemin.
Cette victime entre en guerre et compte sur vous.
Cette victime est terrorisée d’entrer en guerre mais sent qu’elle ne peut pas faire autrement.
Cette victime a besoin de vous.
Pleinement.

C’est un lourd et difficile, lent et sinueux combat que celui d’accompagner et de soutenir une victime de violence psychologique.
Alors, mesdames, messieurs les avocats, personne ne vous blâmera de trouver ce combat inhumain. Et parfois, d’y renoncer avant même de le commencer. Mais ne vous engagez pas légèrement.
Vous ne recevez pas des dossiers.
Vous recevez des humains, des victimes, des blessés, des mutilés de guerre, des accidentés par la vie.
Vous recevez des pères, des mères, qui n’ont plus rien à perdre, qui cherchent à sauver leurs enfants.
Vous recevez des personnes.

Un jour, vous pourriez avoir besoin, vous aussi, d’être défendu(e)s.
Ce jour-là, en poussant la porte d’un confrère, vous ne serez pas avocat. Vous serez victime. A votre tour vous aurez à dire, à raconter, à espérer, à soupirer, à craindre et à prier.

Pour vos client(e)s, mesdames et messieurs les avocats, ne l’oubliez pas… Car si ce n’est toi, c’est donc ton frère qui, un jour, pourrait se retrouver plus bas que terre. Ce jour-là, vous n’attendrez qu’une chose : une juste et pleine défense.

Anne-Laure Buffet
annelaurebuffet@gmail.com

SE PRÉSENTER EN JUSTICE – FORMATION

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Une victime de violences psychologiques a un lourd combat à mener, face à un être particulièrement procédurier, et qui s’engage dans ce qui devient une guerre avec un plaisir machiavélique.
Vite désarmée, apeurée, ne connaissant que peu ses droits, ne sachant ni que dire, ni que faire, ni comment préparer ses enfants et les protéger, la victime se retrouve vite à terre.

Comment se préparer ? Que dire ? Quels argumets, quelle posture avoir ? En quoi consistent les diverses expertises possible, la médiation, l’AEMO…

Cette formation qui se déroulera à Boulogne le 10 novembre de 14h à 18h est destinée à vous apporter des réponses, à vous préparer psychologiquement, à vous aider à construire un dossier, afin de faire reculer vos craintes et vous armer au mieux devant la justice.

INFORMATIONS ET INSCRIPTION : associationcvp@gmail.com

ET SUR FACEBOOK : CVP – FORMATION

UN TRAVAIL D’ARCHIVISTE

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« Comment prouver la violence ? Comment prouver le harcèlement ? Depuis que nous sommes séparés, il ne répond à rien, il ne dit rien… je ne sais plus quoi faire. »

Une procédure, que ce soit une procédure de divorce, ou autre, face à une personnalité toxique, est toujours très complexe. Elle implique pour la victime de prendre conscience de ce qui va lui peser terriblement : les délais de la Justice. Si la victime est dans l’urgence de vois son dossier traité, la Justice n’a pas la même urgence ni le même intérêt. La Justice prend son temps, parce qu’elle est débordée, parce qu’elle a trop d’affaires à régler. Parce que les toxiques jouent sur les délais, obtiennent des reports, fournissent leurs pièces au dernier moment, invoquent un incident, demandent des expertises, des contre expertises, des médiations. Parce qu’ils font traîner, et que la Justice se doit de respecter toutes les demandes. Même celles qui sont iniques pour la victime. Car la Justice se veut juste. Et se vouloir juste lui ordonne d’entendre complètement les deux parties.

Aussi, pendant toute la durée de la procédure, la victime va être conditionnée par ces moments où l’avocat ne répond pas ou plus, ces moments où elle attend, ces moments où les reports d’audience détruisent les espoirs. Les victimes constituent un dossier, le trouve bien léger, car elles ne savent quoi donner comme pièces, se concentrent sur tout ce qu’elles ne peuvent pas fournir, ont sous les yeux tout ce qui leur est reproché, et n’arrivent pas à distinguer l’essentiel, l’utile et le superficiel.

C’est pour cette raison que bon nombre de victimes ne prennent pas le temps de conserver les messages reçus, ou encore d’en envoyer. Par peur des réponses qu’elles auront, ou n’auront pas. Parce qu’on leur a dit : « fuyez, et ne cherchez aucun contact ». Par honte et culpabilité, se sentant encore coupables de ce qu’elles ne sont pas, n’ont pas dit, n’ont pas fait. Elles pensent : « encore un message que je vais envoyer, parce qu’il faut prendre une décision pour les enfants, parce qu’il faut que je sache ce qui se passe. Et encore une fois, j’aurai des insultes, mais rien de concret…. s’il me répond. ».
Or, rien de concret est un élément important. Lorsqu’il se répète, il sert à démontrer la mauvaise foi ou la volonté de nuire de la personnalité toxique. Or, encore, le silence est tout autant un élément probant de la violence psychologique. Lorsqu’il s’agit de prendre une décision, par exemple concernant les enfants, pour l’école, pour un médecin, pour l’organisation des vacances… et que la victime n’obtient jamais de réponse, là encore, ce peut être utilisé en justice pour montrer la volonté de nuire en laissant dans le flou et l’interrogation.

Il ne s’agit pas d’un élément, d’un fait qui se produit une seule fois. Il s’agit de leur répétition. Il s’agit encore de tout conserver, les messages envoyés, et ceux reçus. Il s’agit de faire un travail de secrétariat. Un travail long, pesant, psychologiquement couteux. Car il implique que la victime se replonge régulièrement dans ce qu’elle a déjà entendu, lu, et reçu. Il s’agit encore de se faire, à ce moment-là, accompagner, pour acquérir des réflexes. Pour structurer des messages brefs, concis, sans justification, allant droit au but, demandant une réponse tout aussi claire et précise. Il s’agit de fonctionner par dossiers. C’est terrible pour la victime ; sa vie déjà détruite se retrouve classée et archivée, prête à être à nouveau scrutée, dépouillée par des avocats, pour en sortir des éléments probants. Mais c’est essentiel.

Une telle procédure devient une occupation à – quasi – temps plein. C’est un nouvel enfermement pour la victime. C’est celui qui va lui rendre sa liberté. Pour sortir de la violence, il faut malheureusement se faire violence, et en supporter encore. C’est un bouclier très lourd à porter, mais bien réel.

Il ne faut pas oublier que la personnalité toxique, de son côté, agit sans aucun scrupule. Que tout ce qui lui est dit, lui est écrit, elle le garde. Elle le classe. Et elle compte bien s’en resservir un jour, hors contexte.

Les victimes qui osent demander de l’aide pour apprendre à constituer ce dossier qui pourra les aider, les victimes qui apprennent à affronter tant la cruauté de la personnalité toxique que leurs peurs, afin d’accumuler les éléments nécessaires pour leur procédure, les victimes qui réussissent à supporter les délais de procédure pour en faire une arme de défense contre la personnalité toxique ont bien plus de chance d’être enfin entendues.

 

 

LE CONFLIT PARENTAL, UNE FORME DE MALTRAITANCE ?

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Dans le cadre des procédures de divorce particulièrement conflictuelles, où les parents divorcés ne parviennent plus à communiquer, les enfants peuvent devenir des victimes de ce conflit parental qui peut être qualifié de maltraitance psychologique.

Les parents désormais aveuglés par leur propre conflit, par leur propre souffrance qu’ils ne parviennent plus à maîtriser, ne sont plus en capacité de prendre la mesure de l’impact psychologique de leurs comportements sur leurs enfants.

Ils n’en n’ont souvent pas directement conscience.

Des mesures de prévention et d’information devraient être prises dès le début de la procédure de divorce et ce, dès le dépôt de la requête initiale.

Il a été démontré que ce « conflit de loyauté » dans lequel est durablement plongé l’enfant est très destructeur pour la construction de la personnalité future de l’enfant.

Pour l’enfant, ce conflit intra-psychique naît de la profonde impossibilité de choisir entre le père et la mère.

Le conflit de loyauté est un trouble majeur auquel se trouvent confrontés de nombreux enfants de parents divorcés et qui doivent constamment composer entre les désirs des parents souvent contradictoires, et entre les obligations et interdictions diverses de ces deux parents qui ne parviennent plus à s’entendre.

Ce conflit parental est une forme de violence psychologique, et devient destructeur de part la répétitivité des messages contradictoires que peut recevoir l’enfant de la part de ces deux parents.

L’enfant placé au cœur de ce conflit est bien la victime directe d’un abus de pouvoir et de contrôle des parents et c’est effectivement le caractère répété et durable qui cause préjudice à l’enfant victime.

Les enfants placés contre leur volonté au centre de ce conflit majeur, qui se perpétue et qui peut devenir de plus en plus prégnant, en ressentent alors une profonde détresse.

Les enfants confrontés à ces dissensions sont bien souvent démunis et isolés. Ils ne parviennent pas à se protéger et manifestent alors leur désarroi par des actes de violences.

La loi donne la possibilité aux enfants d’être entendus par le juge des affaires familiales sur simple demande de leur part.

Les Magistrats aujourd’hui familiarisés avec cette pratique, sont à même de pouvoir trouver des solutions à ces conflits, mais dans certains cas particulièrement complexes et eu égard au danger que peut comporter ce conflit entre parents, ils renvoient le dossier au Juge des enfants.

L’avocat de l’enfant peut alors se rendre compte du déchirement de ces enfants victimes de ce conflit au cours des auditions devant le juge aux affaires familiales.

Le jour de l’audience, l’enfant vient la plupart du temps accompagné par l’un des parents et l’avocat peut s’entretenir librement avec lui.

Il explique que pour telle et telle raison, il ne souhaite plus aller chez « papa » ou « maman ».

Puis, dans le cabinet du Juge, il présente sa situation différemment et affirme que, finalement, il veut bien garder des liens avec ce parent qu’il ne souhaitait plus voir quelques instants auparavant.

Le Juge lui demandant alors les raisons pour lesquelles il a demandé cette audition, la confusion s’instaure dans son esprit.

Ces contradictions soulignent le profond conflit psychique qui peut agiter cet enfant.

De même et dans certains cas, et alors que le juge des affaires familiales conformément à la loi indique à l’enfant que son audition fait l’objet d’un compte rendu lisible pour les avocats de ses parents, celui-ci prend conscience que ses parents vont lire ses déclarations. Il demande alors au juge des affaires familiales de retirer certains éléments de son audition.

La confusion ne peut donc que s’instaurer dans l’esprit de l’enfant, qui se rend compte que sa parole ne sera pas confidentielle.

Il faudrait donc réfléchir au maintien de ce compte-rendu écrit de l’audition.

Une prise de conscience doit se faire, et il est urgent que le législateur réfléchisse à des réformes substantielles sur tous ces points.

Quelques pistes pourraient être envisagées afin de préserver l’intégrité des enfants victimes de ces conflits d’adultes exacerbés dont il doit nécessairement être extrait.

En effet, pourquoi ne pas rendre obligatoire lors de la présentation initiale de toute requête en divorce la signature d’une charte d’engagements des deux parents à une gestion non conflictuelle des droits de leurs enfants, leur rappelant que leur enfant doit vivre et évoluer dans un climat affectif sécurisant ?

Il conviendra d’informer les parents des incidences de ce conflit de loyauté sur le devenir de leur enfant car les parents ignorent tout des incidences majeures de leur comportement.

Cette charte d’engagements mutuels signée des deux parents – leur consentement éclairé sera nécessaire – et pourrait être recueilli par le juge des affaires familiales dés l’audience de conciliation, pourrait être rédigée entre autres par des spécialistes de l’enfance et de l’adolescence, d’une manière pragmatique et éloquente.

Dans le cas où les engagements ne seraient pas respectés pendant l’instance et après le prononcé du divorce, une procédure spécifique confiée au juge des enfants et adaptée à ces conflits parentaux devra s’ouvrir, à la demande par exemple du juge aux affaires familiales, celui-ci estimant que ce conflit est préjudiciable aux enfants.

Certes, aujourd’hui, un juge aux affaires familiales peut renvoyer à son collègue juge aux affaires familiales en vue de l’ouverture d’une procédure d’assistance éducative. En effet, et à juste titre, l’enfant placé au sein de ce conflit peut être en situation de « danger » au sens de la loi (article 375 du code civil).

Toutefois, cette procédure devra être adaptée à la spécificité de ce conflit parental lié aux divorces.

Il est vrai que certains douteront de la nécessité d’alourdir les procédures alors que la justice manque de moyens aujourd’hui.

Mais l’intérêt de l’enfant doit primer contre toute considération de cette nature.

La réflexion de tous les professionnels juristes ou non juristes sur les dégâts occasionnés sur la construction de l’identité de l’enfant, placé au sein de ce conflit, doit s’effectuer dans l’urgence.

Marie-Sandrine GIRAUDET-BALESTRERI
AVOCAT AU BARREAU DE PARIS

giraudet.balestreri@free.fr