PRÉSERVEZ NOTRE PETITE VIE DE VOTRE VIE DE COUPLE – TÉMOIGNAGE

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Elle a 12 ans. Elle subit le divorce de ses parents. Un divorce très conflictuel. Violent.
Elle, elle demande simplement une chose : avoir le droit de vivre et d’aimer ses deux parents.

« Bonjour Je m’appelle XXX et j’ai 12 ans.
Mes parents se sont séparés il y a 3 ans. Ma famillle s’est déchirée et mes 5 frères et sœurs ont pris partie pour un de mes parents. Pour moi LE cauchemar a commencé parce que sur 6 enfants j’étais la seule à dire que je voulais voir autant mon papa que ma maman que je voulais avoir le droit d’aimer mes 2 parents sans avoir plein de reproches ….. Mes frères et sœur ma Grand mère personne ne comprenait ma position et ma souffrance.Ils ont tenté de me faire changer d’avis 5 interrogatoires où ils m’ont dit que j’allais avoir une mauvaise éducation que j’allais regretté ma décision que je trahissais mon père que je les abandonnais.
C’était si difficile qu un soir à bout de force j’ai pris une lame et je me suis entaillée l avant bras . Rien à changer pour autant je me suis confiée à la CPE du collège qui à téléphoné à mes parents et ça a été encore pire en pression plus LE temps avançait plus c’était compliqué… J’ai écrit au juge j’ai demandé à lui parler J’ai pris un avocat….mais rien ne changeait …..Bien au contraire
Je sais que du haut de mes 12 ans j’ai fait le bon choix Jaime mes parents de tout mon cœur …même si je ne comprends pas toujours leur réaction …Après ma lettre au juge J’ai été obligé d’aller chez ma grand mère qui M à reprochée pendant 15 jours ma décision disant que par ma faute mon père souffrait ….que je devais prendre un partie .. C’était si difficile qu’il y a un mois j’ai DE nouveau pris une lame et à nouveau j’ai entaillé mon avant bras …

J’ai envie DE hurler n’y a t il aucun adulte dans ce monde en capacité de protéger les enfants pour qu’ils aient le droit d’aimer leur 2 parents aucune loi qui puisse nous protéger parce qu’un enfant ne divorce jamais de ses parents pourquoi est ce si compliqué d’avoir LE droit d aimer ses 2 parents ?

Parents ne nous mêlée pas à votre séparation

Préservez notre petite vie de votre vie de couple ….

Madame Buffet j’espère qu’un jour les enfants comme moi n’auront plus à se battre pour avoir le droit d’aimer ses 2 parents s est si difficile qu’il m’est arrivée DE regretter d avoir fait ce choix d’aimer mes deux parents … »

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INTERVENTIONS A LA RÉUNION DU 26 AU 30 SEPTEMBRE 2016

Je serai du 26 septembre au 30 septembre à la Réunion, pour diverses interventions :

Lundi 26 septembre :
10h30 : conférence de presse

Mardi 27 septembre : EMAP et SAINT PIERRE
9h /12h : entretien avec les intervenants sociaux en formation à l’EMAP
18h15 conférence à l’amphi Olympe de Gouges campus sud Le Tampon : La violence psychologique : un processus de destruction intime et indicible

Mercredi 28 septembre :
18h15 conférence au village Corail Ermitage Saint-Gilles : Les enfants victimes de violence psychologique : quelle prévention, quel avenir ?

Jeudi 29 septembre :
18h15 conférence à l’amphi Cadet campus du Moufia Saint-Denis et repas sur place : Victimes de violence psychologique : rompre le lien et se reconstruire

(Entrée libre pour les conférences – pas de réservation nécessaire)

Vendredi 30 septembre : SAINT-PAUL ET UFR (Le PORT)
13h / 15h : entretien avec les représentantes des associations qui militent dans le domaine social, avec Huguette BELLO, députée et présidente de l’UFR

Anne-Laure Buffet
annelaurebuffet@gmail.com

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INCESTE ET INCESTUEL – NOTE SUITE AU GROUPE DE DISCUSSION DU 5 MARS 2016

Samedi 5 mars, un groupe de discussion s’est réuni autour d’un thème particulièrement douloureux, et intime : l’incestuel et l’inceste.

 

Ce groupe s’est réuni en présence de Sophie Chauveau, écrivain, auteur de « La fabrique des pervers », à paraître fin avril chez Gallimard. Sophie Chauveau est venue présenter son livre, « autobiographie » familiale relatant l’histoire de sa famille, l’histoire des prédateurs sexuels de sa famille imposant l’inceste sur cinq générations. C’est avec pudeur et chaleur qu’elle livre sa vérité, son histoire, les souffrances de son enfance, son amnésie traumatique, sa compréhension de l’inceste vécu et sa rupture familiale.

 

L’inceste, sujet encore très tabou pour tout ce qu’il comporte de destruction et de violence sexuelle, ne peut cependant être passé sous silence. L’ignorer, c’est ignorer encore les victimes de cette violence particulière infligée par un parent à son enfant. L’ignorer, c’est refuser d’entendre celles et ceux qui en ont été victimes, et qui le demeurent, même à l’âge adulte. L’ignorer, c’est admettre a contrario qu’un parent puisse s’octroyer tous les droits sur son enfant, toutes les possessions et toutes les cruautés.

L’inceste est défini par la loi – modifiée en 2010 pour « élargir le champ des possibles coupables » à toute personne ayant de fait ou de droit un rapport d’autorité à l’enfant au sein de la famille, incluant les frères et sœurs, les cousins, les conjoints suite à une nouvelle union. Jusqu’en 2010, l’inceste ne tombait pas sous le coup de la loi (loi de 1998) : c’est l’abus sexuel sur mineur, (aggravé si l’abuseur a une position parentale, éducative : père, beau-père, père adoptif, tuteur, éducateur…) qui était répréhensible et condamnable. (L’inceste entre adultes consentants n’est pas illégal…). Depuis, la loi du 8 février 2010 punissant spécifiquement l’inceste commis sur les mineurs, qui était jusqu’ici considéré comme une circonstance aggravante des crimes et délits sexuels, a été votée. Ce texte prévoit l’inscription de la notion d’inceste dans le code pénal et dispose que les viols et agressions sont qualifiés d’incestueux lorsqu’ils sont commis « au sein de la famille sur la personne d’un mineur par un ascendant, un frère, une sœur ou par toute autre personne, y compris s’il s’agit d’un concubin d’un membre de la famille, ayant sur la victime une autorité de droit ou de fait ».

Si la loi condamne l’inceste, elle limite sa pénalisation dans le temps, puisque ce crime reste prescriptible ; et la prescription est de 20 ans une fois la majorité atteinte. Ce qui signifie que passé 38 ans, aucune plainte ne peut plus être déposée contre l’agresseur. Or, la fracture psychique et l’horreur vécue par les victimes causent souvent, avec le trauma, une amnésie. Et c’est souvent bien longtemps après, … bien après 38 ans…, que la mémoire se réveille, autorisant la victime à dire. A dire. Mais plus à dénoncer. Car, au regard de la loi, il est trop tard pour le faire…

Lire la suite de la note

 

©Anne-Laure Buffet
Victimes de violences psychologiques, de la résistance à la reconstruction

PARENTIFICATION – PARENTALISATION – GROUPE DE PAROLE DU 6 FÉVRIER 2016

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Samedi 6 février, un groupe de discussion s’est réuni autour du thème : l’enfant parentalisé.

« Parentalisé » ; étrange mot, et pourtant de plus en plus employé. On entend également « parentifié ». Que ce soit parentalisé ou parentifié, il n’est pas question d’ergoter sur le mot juste, mais d’en observer la mise en place et les conséquences.

Dans The Langage of Family therapy (1985), Simon, Stierlin et Wynne définissent la parentification comme : « L’attribution d’un rôle parental à un ou plusieurs enfants dans un système familial. Cela entraîne une forme d’inversion des rôles en relation avec une perturbation des frontières intergénérationnelles. »

Il faut également distinguer la parentification ou parentalisation de l’instrumentalisation de l’enfant. Instrumentaliser revient à transformer l’enfant en objet, ne plus lui reconnaître une existence propre, pour s’en servir le plus généralement comme une arme contre une autre personne (autre parent, frère ou sœur,…).

Dans le cas de divorces conflictuels, où l’un des deux parents est un parent « toxique », il est classique qu’un enfant soit instrumentalisée. Il va alors devenir « la poubelle» de son parent – et parfois de ses deux parents, il va entendre des messages injurieux et souvent diffamatoire à l’encontre de son autre parent, messages destinés non seulement à dégrader l’image de ce parent, mais également à éloigner l’enfant dudit parent. On parle alors de conflit de loyauté.

La parentification peut créer un conflit de loyauté. Elle peut également éloigner un enfant de son parent « bienveillant ». Mais la première motivation de la parentification est une volonté inconsciente d’inverser les rôles. En effet être parent implique de savoir tenir une posture : papa ou maman, père ou mère, et adulte. Lorsqu’il y a parentification, la place de l’adulte n’est pas établie avec certitude. Le parent va jouer à être un papa ou une maman, un père ou une mère, mais ne va jamais en assumer les devoirs ou les responsabilités.

Il est nécessaire de souligner tout de suite certaines exceptions : un parent qui va se retrouver en incapacité d’exercer son rôle de parent pendant une durée plus ou moins déterminée (maladie, hospitalisation, séjour à l’étranger, …) peut voir alors son enfant prendre son relais. C’est un relais matériel, concret. Ce n’est pas un relais affectif. La protection et la sécurité qui doivent être assurées par le parent de manière naturelle continuent de s’exercer, et l’enfant ne se sent pas « abandonné ». Ses repères subsistent, le référent demeure, l’enfant ne se retrouve pas en position de transgresser des règles à fin d’assumer lui-même sa propre sécurité et de répondre à ses besoins naturels. A défaut d’être nourri, de manière alimentaire, par son parent dans son quotidien, il reçoit toujours une nourriture spirituelle : des valeurs, des règles, des limites qui l’aident à se positionner et se construire.

De la même manière, le fait de jouer avec ses enfants « au papa et à la maman» , « à la maîtresse», ne constitue pas une parentification malsaine et dangereuse. Comme tout jeu, celui-ci a un commencement, une fin, et des règles. C’est l’adulte qui fixe ce commencement, cette fin, et ces règles. Si l’enfant transgresse les règles, le jeu prend fin. De même, si l’adulte se mettent à transgresser les règles du jeu, l’enfant le comprend, peut le dire, et réclamer lui aussi que le jeu se termine.

Ce ne sont pas ces formes de parentalisation qui peuvent se révéler toxiques pour un enfant. Si elles s’intègrent dans la construction de celui-ci, et dans un cadre bienveillant, un enfant en comprend les limites, les repères, et les valeurs. Sa propre construction psychique n’est pas mise en danger. Il se sent et il est en sécurité. Et il est essentiel de se souvenir que la première de sécurité dont un enfant a besoin, c’est la sécurité affective, bien avant la sécurité matérielle.

En revanche une forme bien plus sournoise et pernicieuse de parentification existe. Celle qui se met en place et se développe lorsqu’un parent, parfois les deux, est incapable d’assumer ses responsabilités d’adultes, et que cette incapacité n’est pas temporelle ou matérielle, mais appartient à sa propre construction. Refusant lui-même d’être un adulte et d’en assumer les contraintes et les responsabilités, ce parent s’est organisé un système selon lequel il joue de manière permanente à être adulte, sans pouvoir reconnaître que c’est un jeu, sans pouvoir s’y conformer – et souvent même s’y résoudre. L’impossibilité de grandir psychiquement, ou le refus de le faire, se transforment en injonctions qui reposent alors sur les enfants : comme je suis à l’âge d’être adulte, mais que je ne sais pas et ne veux pas le faire, c’est à toi de l’être à ma place.

Ainsi l’enfant se retrouve projeté dans une inversion des rôles. Il devient parent et de son parent. C’est l’enfant qui va consoler, qui va soigner, qui va prendre en charge matériellement la maison, qui va devoir gérer le reste de la fratrie, qui va devoir s’oublier et oublier sa place d’enfant ou d’adolescent. Il oublie par manque de temps, il oublie parce que ça lui est interdit. Il a face à lui un parent qui refuse ou qui n’est pas en mesure de «grandir». Il n’est pas protégé. Il va chercher sa propre sécurité. Et lorsqu’il se trompe, ça lui est généralement reproché par ce parent déficient.

Certains enfants parentifiés ne gardent pas à l’âge adulte un mauvais souvenir ou une fragilité. En apparence, et tant qu’ils ne sont pas confrontés à une difficulté. Cependant, ce sont des adultes que l’on entendra dire : «Je n’aime pas jouer. Je ne me projette pas dans l’avenir. Je ne m’accorde pas le droit de rêver. Je n’ai jamais fait de bêtises.»

Ce qui fait partie du domaine de l’imaginaire, du rêve et du fantasme leur est interdit. Ni ayant pas eu accès durant leur enfance et leur adolescence, ils n’en voient pas l’intérêt, ils ne savent même pas l’utilité du rêve ou de la projection.

D’autres enfants devenus adultes vont traverser des périodes de fragilité, ou de souffrance, bien plus importantes. Le manque de protection et de sécurité dont ils ont souffert enfant se réveille violemment à l’âge adulte. Ils se sentent responsables en permanence, ils sont dans l’incapacité de« lâcher prise». Ils ne comptent que sur eux-mêmes. Ils n’ont souvent comme repère que même. Et il sont étrangers à une part d’eux-même : leur enfance.

On pourrait citer de nombreux exemples, le cas le plus fréquent étant celui du parents qui se décharge auprès de son enfant de tout ce qu’il doit supporter et vivre. Que ce soit sur le plan émotionnel, affectif, au matériel, le parent va faire comprendre à son enfant que c’est à lui de se mettre dans la protection, dans la construction, dans l’écoute est dans la patience.

L’identité se développe autour de l’obligation de prendre soin de l’autre.

La perte de confiance et la culpabilité d’être le «mauvais» interviennent dans la constitution psychique de l’enfant. Il n’y a plus de lien entre les besoins de l’enfant et les actions des parents. Et dans son esprit d’enfant se crée un clivage : d’une part l’enfant idéalisé mais négligé, et d’autre part l’enfant incapable d’être enfant et interdit être enfant. Si la non reconnaissance perdure ce clivage peut devenir permanent.

La parentification peut aller plus loin, et de ce fait être encore plus destructrice. L’enfant ou l’adolescent parentifié peut prendre deux fonctions principales :

– parents pour ses parents, pour l’ensemble de la famille, pour la fratrie

– époux du parent du sexe opposé

Bien évidemment si la fonction de parent est pathogène, elle est bien moi dangereuse que celle de conjoint.

L’enfant peut devenir le confident de ses parents. Il peut être messager ou médiateur entre ses parents, ce qui ramène au conflit de loyauté. Il peut également devenir « leader » afin de maintenir un équilibre et ce généralement dans un contexte de dépression parentale. Il peut aussi se voir attribuer le rôle de contrôleur de la famille. Il assume alors la responsabilité de l’adulte, et à l’âge adulte, et lui sera difficile de faire à nouveau confiance à ses parents ou à d’autres adultes. Enfin il peut se retrouver à la place de sauveteur en cas de graves difficultés familiales ou de traumatisme. Il se construira avec cette notion et ce souci permanent de devoir protéger et sauver ses proches. Ce qui va l’amener à s’oublier. Et très souvent à se perdre…

Si l’enfant n’est pas et jamais reconnu dans ce qu’il donne, la parentification prend des caractéristiques destructrices. Il faut également prendre en considération la durée de cette relation, car plus elle s’inscrit dans le temps et plus elle est destructrice.

A l’âge adulte, on constate généralement un désinvestissement affectif. L’adulte est épuisée d’avoir trop donné. Il refuse alors de s’impliquer dans les situations où donner est important pour soi et pour l’autre. Il peut développer des dépressions chroniques. L’estime de soi est en baisse. La confiance en soi est atteinte.

L’enfant a accepté des responsabilités écrasantes pour le bien-être de ses parents. Et les protège contre un monde extérieur présenté comme hostile et persécutant. L’enfant devient alors le soignant de ses parents.

De plus les parents ne manifestent aucune reconnaissance face à l’attention est au dévouement de l’enfant. Il sera souvent critiqué. Si cet enfant n’a pas prêt de lui une autre personne bienveillante, prête à l’encourager, il ne trouvera jamais sa place, ni dans sa famille, ni à l’extérieur.

Pour résumer, la parentification peut avoir des effets destructeurs lorsqu’elle comporte un ou plusieurs des facteurs suivants :

  • L’enfant est surchargé de responsabilités dépassant ses compétences cognitives, émotionnelles ou physiques.
  • Les parents ont des demandes régressives par rapport à leur enfant.
  • Les besoins de l’enfant sont négligés ou exploités.
  • L’enfant ne reçoit pas de reconnaissance pour ce qu’il donne.
  • L’enfant est blâmé et son comportement est désigné comme mauvais.
  • L’enfant est impliqué dans une relation érotisée avec l’un des parents.
  • L’absence de soutien de la famille d’origine des parents.

NB : les paroles et exemples donnés pendant le groupe ne sont pas rapportés ici par souci de confidentialité.
Il est indiqué dans cette note les grandes lignes de ce qui a été évoqué pendant le groupe. Le reste… appartient au groupe.

Anne-Laure Buffet
annelaurebuffet@gmail.com

SYMPTÔMES CHEZ LES ENFANTS EXPOSÉS À LA VIOLENCE CONJUGALE

Tableau de M. Suderman et P. G. Jaffe – L’enfant exposé à la violence conjugale et familiale : guide à l’attention des éducateurs et des intervenants en santé et en services sociaux, Centre national d’information sur la violence dans la famille, Santé Canada, 1999

Effets sur le développement de l’exposition à la violence conjugale par tranche d’âge

Santé physique et mentale

Développement global : physique, cognitif, identité

Fonctionnement et habiletés sociales

Avant la naissance

Risque de décès néonatal Accouchement prématuré

0-2 ans

Perturbation alimentation et sommeil
Crises, pleurs excessifs

Retard staturo-pondéral Inattention

2-4 ans

Plaintes somatiques Enurésie/encoprésie Cauchemars Anxiété

Syndrome de Stress Post- traumatique

Déficiences des habiletés verbales et intellectuelles

Dépendance exagérée à la mère
Agressivité
Cruauté envers les animaux Destruction de biens

5-12 ans

Plaintes somatiques Anxiété
Dépression
Syndrome de Stress Post- traumatique

Faible estime de soi Confusion et ambivalence Crainte d’être victime de violence ou abandonné Sentiment d’être responsable de la violence et de devoir intervenir Mauvais résultats scolaires Difficultés de concentration Convictions stéréotypées sur les sexes

Crainte d’amener des amis à la maison
Agressivité
Repli sur soi

Destruction de biens Comportement de séduction, manipulation ou d’opposition

Manque de respect à l’égard des femmes

12-18 ans

Plaintes somatiques Dépression
Suicide
Syndrome de Stress Post- traumatique

Faible estime de soi
Baisse des résultats scolaires Ecole buissonnière Décrochage scolaire Sentiment d’être responsable de la violence Convictions stéréotypées sur les sexes

Brutalité
Violences à l’égard des personnes fréquentées
Abus drogues, alcool Fugues
Prostitution
Grossesses précoces Délinquance
Manque de respect à l’égard des femmes

LE SILENCE DES VICTIMES (2)

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Nouvel extrait de l’entretien entre Roland André et Anne-Laure Buffet, suite au Silence des victimes. 

RA : Les victimes ont-elles des points communs ? 

ALB : Toutes sont meurtries, abîmées, souillées. Toutes se sentent salies. Elles ont peur et cette peur se démultiplie et se divise, tout autant qu’elle s’empare, envahit les victimes, comme une mérule s’installe dans la cave de la maison pour la grignoter petit à petit. Certaines peurs sont fondées, liées à des évènements, des mots ou des gestes si agressifs qu’ils en deviennent mortifières. D’autres peurs sont des projections, des anticipations, une utilisation de la puissance de l’imagination restreinte à concevoir un nombre incalculable de plans diaboliques, machiavéliques, mis en place par la personnalité toxique pour détruire encore plus.

RA : C’est donc la peur qui domine le plus ? 

ALB : C’est en tout cas le sentiment – et le mot – le plus fréquemment utilisé. Peur de ce qui va être dit, pensé, jugé. Peur des décisions qu’une juge va prendre. Peur de ne pas être compris, de ne pas savoir dire, de trop en dire, de perdre ses moyens devant un tribunal. Peur d’entendre un discours qui viendrait conforter celui de la personnalité toxique. Peur de ne pas savoir ou de ne pas pouvoir protéger ses enfants. Peur d’avoir mal fait, de continuer à mal faire. Peur de devoir éternellement se justifier. Peur de ne pas s’en sortir.

RA : Une victime de violence psychologique sait-elle ce qu’elle vit ? 

ALB : Elle le ressent. Elle sait intuitivement que c’est un viol psychique, une entreprise de destruction. Mais elle ne sait pas le qualifier, elle n’arrive pas à le décrire, elle ne peut rien verbaliser ou formuler clairement. Car la violence détient de nombreuses armes redoutables, dont le brouillard, l’écran de fumée opaque, épaisse, intense, que crée la personnalité toxique. En perpétuel balancement entre chaud et froid, vérité et mensonge, compliments et reproches, la victime ne sait plus ce qui est réel, factuel, ou inventé exagérément pour la mettre à terre. Elle a tendance à minimiser, à s’accrocher aux bons moments, à essayer d’y croire. Il est extrêmement difficile d’admettre qu’on est l’objet d’une arnaque mortelle, qu’on s’est trompé sur l’autre, qu’on a été trompé. Que l’on n’a pas été aimé, mais utilisé. Et cette douleur se renforce quand c’est à un enfant qu’il appartient de comprendre que son parent n’est pas un « bon » parent.

RA : Vous parlez de « bon » parent. Un parent qui fait preuve d’autorité est-il un bon ou un mauvais parent ? 

ALB : Tout dépend de ce que vous entendez par « autorité ». Si c’est une autorité bienveillante, expliquée, cadrante, déterminant des règles et des limites avec l’objectif de permettre à l’enfant de s’y épanouir, de se socialiser, d’être reconnu pour ce qu’il est en tant qu’individu ; si c’est l’accompagner dans des choix sans lui forcer la main mais en indiquant les obstacles, les pièges qui peuvent se dresser ; si l’autorité consiste à rappeler la place que chacun a dans une famille, mais qu’elle ne s’appuie ni sur la critique méprisante, ni sur le dénigrement, ni sur la contrainte psychologique, ni sur la fermeté physique, l’autorité a un sens. Elle mène l’enfant à se responsabiliser, elle lui ouvre la route pour devenir adulte. Elle sait s’adapter et évoluer en fonction des âges et de la personnalité de enfants.
En revanche, si l’autorité est utilisée pour réduire à néant la personnalité de l’enfant, pour en faire une reproduction de l’adulte, des envies, des désirs et des frustrations de celui-ci, si elle oublie le respect du à chaque individu, si elle supprime la liberté de dire, ou de faire, sans raison, sans argument, par simple contrainte et volonté de soumettre, ce n’est dès lors plus de l’autorité, mais de la dictature.
L’autorité n’est pas quelque chose de négatif dans l’éducation, quand elle laisse une place , qu’elle intervient pour être cadrante ou protectrice. Mais quand elle est utilisée dans le seul intérêt de celui qui s’en sert, elle devient destructrice.

« MON ENFANT EST MANIPULÉ »

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Mercredi 21 octobre, un petit-déjeuner autour du thème « Mon enfant est manipulé » était proposé à Boulogne Billancourt. Ce thème ayant suscité beaucoup de demandes d’inscription, nous avons été plus nombreux que prévu. Et n’ayant pu répondre favorablement à toutes les demandes d’inscription, une autre date sera proposée début 2016. 

De nombreuses questions ont été posées lors de ce petit-déjeuner. L’une, essentielle, synthétisant cet échange : Comment protéger les enfants, comment leur faire prendre conscience de la manipulation ? A cette question essentielle, une seule réponse possible : en parlant. En leur parlant, en leur disant la vérité. Aussi brutale soit-elle à entendre, pour un enfant, et quand bien même il se tait, il se bouche les oreilles, il fait mine de ne pas entendre, il doit connaître la vérité. Elle fait partie de son histoire, de sa construction. Elle est sincère. Et l’enfant sent la sincérité. En étouffant la vérité, en pensant protéger soit par le silence, soit en continuant de dresser le portrait d’un parent parfait alors qu’il est toxique, la sincérité est impossible, et l’enfant le sent. Il en retient que si un de ses deux parents le manipule, lui fait du tort ou du mal, l’autre en fait tout autant soit en étant dans le déni, soit en mentant. N’étant protégé ni par l’un ni par l’autre, il se tournera alors vers le plus fort, le plus convaincant, le plus calme. Or, une personnalité manipulatrice est en apparences forte, convaincante, calme.

Outre les grands principes qui aident les enfants et permettent à un parent bienveillant de le protéger, il faut tenir compte de l’individualité de chaque histoire et de chaque situation. Savoir adapter son langage à l’âge de l’enfant, savoir le ramener au coeur de la discussion, en lui parlant de lui, et non de l’autre parent, savoir lui demander ce qu’il ressent, ce qu’il en pense… Savoir aussi, surtout, qu’un enfant ne répond pas toujours immédiatement, ou positivement, au message bienveillant qu’il va entendre. Mais ce message fait son chemin. Il est difficile, douloureux, car l’enfant doit prendre conscience que l’un de ses deux parents n’est pas un « bon » parent. Il est douloureux également pour le parent bienveillant, qui souhaiterait voir un miracle s’opérer, une transformation radicale se passer dans le comportement de l’enfant. Or, il ne faut pas oublier que face à lui, il a cette machine infernale qu’est la manipulation. Et que s’il lui a été difficile d’y résister, c’est aussi difficile, voir bien plus, pour un enfant.

Au cours de ce petit-déjeuner, comme lors de chaque groupe de discussion ou rencontre, les émotions sont nombreuses et le rire peut s’exprimer ou les larmes couler. « Je me sens moins seule », « Je sors du silence », « Je sais qu’ici je suis comprise, je peux être aidée », « il y a toujours un conseil qu’on peut suivre, une piste de réflexion à explorer »… Ces groupes en permettant l’échange, le partage d’expériences, les témoignages, l’ouverture et la rupture avec l’isolement, permettent d’envisager autrement une situation douloureuse, violente, étouffante.

Merci à tous les participants pour leur confiance.
Le prochain petit-déjeuner aura lieu le mercredi 2 décembre, avec pour thème « La place du nouveau compagnon ».
Informations et inscription : associationcvp@gmail.com