CONFERENCE : L’EMPRISE – LA COMPRENDRE POUR S’EN LIBÉRER

CONFERENCE : L’EMPRISE – LA COMPRENDRE POUR S’EN LIBÉRER

Vendredi 25 novembre 2016 Anne-Laure Buffet était invitée par la mairie d’Issy les Moulineaux à donner une conférence sur : L’emprise, la comprendre pour s’en libérer. 

Voir et écouter la conférence :

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Voir sur U TUBE

Un commentaire reçu suite à cette conférence : « J’ai rarement entendu une conférence aussi pertinente. L’analyse est selon moi, fine, juste et suffisamment analogique pour faire sens. La mise en place de l’emprise, l’apparition des symptômes, les conséquences, sont clairement expliquées. Conférence bien menée par Mme Anne-Laure Buffet qui a su aborder cette problématique sous divers angles. »

LA VIOLENCE CONJUGALE : (PETIT) ETAT DES LIEUX

Dans sa Déclaration pour l’Élimination de toutes les formes de discriminations à l’égard des femmes, l’Assemblée générale des Nations Unies définit la violence à l’égard des femmes comme  « tout acte de violence fondé sur l’appartenance au sexe féminin, causant ou susceptible de causer aux femmes des dommages ou des souffrances physiques, sexuelles ou psychologiques, et comprenant la menace de tels actes, la contrainte ou la privation arbitraire de liberté, que ce soit dans la vie publique ou dans la vie privée ».
L’adoption de cette Déclaration en 1993 atteste de la reconnaissance internationale du fait que la violence à l’égard des femmes, résultant des inégalités historiquement constituées entre les femmes et les hommes, constitue une violation des droits de la personne humaine et des libertés fondamentales.

Or, en France, chaque année, 216 000 femmes au moins sont victimes de violences conjugales et une femme meurt tous les deux jours et demi sous les coups d’un conjoint violent.

216 000 femmes, âgées de 18 à 75 ans, sont victimes de violences physiques et/ou sexuelles de la part de leur ancien ou actuel partenaire intime (mari, concubin, pacsé, petit-ami…). Il s’agit d’une estimation minimale. L’enquête n’interrogeant que les personnes vivant en ménages ordinaires, elle ne permet pas d’enregistrer les violences subies par les personnes vivant en collectivités (foyers, centres d’hébergement, prisons…) ou sans domicile fixe. Ce chiffre ne couvre pas l’ensemble des violences au sein du couple puisqu’il ne rend pas compte des violences verbales, psychologiques, économiques ou administratives.

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Peut-on jouer aux apprentis humoristes en toute impunité quand il s’agit de violences faites aux femmes ? Pour le journal Le Berry républicain, il semblerait que oui, du moins si l’on s’en tient à l’article intitulé « Il passe par le toit pour exiger un rapport sexuel de son ex », publié le 26 juin dernier dans la rubrique « à la Une » de l’édition du Cher.

Accumulation de métaphores et de clichés douteux, cet article, sous des dehors humoristiques, relate avec une rare complaisance un cas de violences conjugales. Et si le quotidien a depuis supprimé l’article de son site (qui reste cependant visible en cache), la tonalité générale du propos n’en est pas moins d’une légèreté édifiante et déplacée au regard de la gravité des faits [1].
(Source : Acrimed)

En octobre 2015, lors d’un jeudi de l’Acrimed, le traitement médiatique de la violence faite aux femmes était exposé et discuté. (voir la video)

Aussi 11 propositions sont faites aux journalistes afin de modifier le traitement médiatique des violences faites aux femmes. Afin de mettre un terme à l’utilisation d’expression inappropriées, fausses, de métaphores et jeux de mots tendant à « dramatiser » des situations qui, elles, sont TOUJOURS dramatiques.

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Jacqueline Sauvage a enduré, ainsi que ses enfants, 47 ans de coups, sévices et viols de la part de son mari et a fini par le tuer. Elle est encore en prison et ne connaîtra la décision quant à sa remise en liberté que le 24 novembre prochain.
Les lois et leur application ne sont pas à la hauteur de l’enjeu que représentent ces violences. 
La France a signé et ratifié en 2014 la « Convention du Conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique » dite Convention d’Istanbul . Cette Convention, que les États doivent obligatoirement transposer dans le droit national, contient des dispositions plus favorables que le droit français. Cette transposition n’est toujours pas effective dans le droit français.

Les clichés sexistes sont véhiculés par une publicité complaisante, et qui n’émeut pas grand monde et jamais longtemps. Cette chosification de la femme est aujourd’hui dénoncée, et l’on peut suivre le hashtag #WomenNotObject sur Twitter.
A voir également, le spot WeAre#WomenNotObjects.
Mais bien que dénoncée, elle perdure et véhicule des comportements, et des discriminations qui interviennent comme des injonctions : la « femme » doit être ainsi, et « l’homme », doit être untel. Untel / ainsi. Humain / Objet.

 

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Un rapport du Conseil de l’Europe (2008) mentionne que« la violence conjugale serait la principale cause de décès et d’invalidité des femmes de 16 à 44 ans, avant le cancer, les accidents de la route et la guerre ». Une étude, menée par la délégation aux victimes du ministère de l’intérieur et rendue public en 2008 par le secrétariat d’État à la solidarité, dénombre, pour l’année 2007, que 192 homicides ont été commis au sein du couple. Cette étude a mis en exergue que:

  • En 2007 l’incidence de l’homicide conjugal sur la population générale en France a été de l’ordre de 0,0005 % pour une femme et de l’ordre de 0,0001 % pour un homme
  • la majorité des homicides ont lieu dans les couples dont la situation matrimoniale est établie.
  • la séparation est le mobile principal du passage à l’acte (35 %).
  • cette violence s’exerçant dans le cadre familial entraîne des victimes collatérales, en général les enfants.

Selon l’Étude nationale sur les décès au sein du couple, menée par la délégation aux victimes du ministère de l’intérieur, 146 femmes et 28 hommes ont été tués en 2010 par leur compagnon ou compagne. Ainsi:

  • 18 % de toutes les morts violentes recensées en France et dans lesquelles l’auteur a été identifié ont eu lieu dans le cadre du couple.
  • 35 % des crimes conjugaux sont liés à la séparation (commission par des « ex » ou séparation en cours)
  • 34 % des auteurs d’homicides, uniquement masculins, se sont suicidés après leur acte.
  • En France une femme a une probabilité de mourir sous les coups de son compagnon de l’ordre de 0,0005 %, soit un décès tous les 2.5 jours.
  • En France un homme a une probabilité de mourir sous les coups de sa compagne de l’ordre de 0,0001 % soit un décès tous les 13 jours.

Le 16 novembre 2016, on décomptait la 99e femme décédée sous les coups de son compagnon. Mais combien depuis le début de l’année, sans qu’elles soient prises en compte, le décès suivant une maladie, un suicide, un accident « inévitable » ?
Le 25 novembre prochain aura lieu la Journée Internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes.
Il est temps de réagir.

25 novembre 2016, à 20H, Espace Icare, à Issy les Moulineaux. 
Conférence : L’emprise, la comprendre pour s’en libérer. Entrée libre sur réservation téléphonique : 01 41 23 8000
Conférence donnée par Anne-Laure Buffet

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QUE VOYEZ-VOUS ?

Racontez cette toile.
Qui sont ces personnages ? Que font-ils et où se trouvent-ils ?
Quelle est leur histoire ?
A vous de jouer – A vous d’écrire.
(aucune contrainte en nombre de signes, lignes…)

L’équipe de CVP adressera aux auteurs des trois meilleurs récits une fiction (en PDF) sur la relation mère – enfant. Les trois récits seront publiés avec l’accord des auteurs sur ce site.

Pour participer : AVANT LE 15 OCTOBRE :
en commentaire SUR LE BLOG ou par mail à : associationcvp@gmail.com en indiquant : PARTICIPATION A : QUE VOYEZ-VOUS ? 

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LIBERATION CONDITIONNELLE DE JACQUELINE SAUVAGE REJETÉE

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Jacqueline Sauvage reste en prison. La procureure de Melun, Béatrice Angelelli, a annoncé que le tribunal d’application des peines (TAP) de Melun (Seine-et-Marne) avait rejeté vendredi 12 août la demande de libération conditionnelle de Jacqueline Sauvage, condamnée à dix ans de réclusion pour le meurtre de son mari violent et partiellement graciée par François Hollande en janvier.

Le parquet qui avait pris des réquisitions favorables à la remise en liberté de cette femme de 68 ans, devenue un symbole des violences conjugales, « va faire appel », a ajouté la procureure.

Lire l’article du MONDE

Lire l’article du Huffington Post

Lire l’article du FIGARO

Pour rappel, lire la lettre adressée par CVP à François Hollande en janvier dernier. 

« Certains estiment que l’intervention du chef de l’État ne se justifiait pas dans cette affaire. «Avec sa grâce partielle, François Hollande met totalement à bas une institution (judiciaire, NDLR) qu’il avait pourtant le devoir de protéger et de servir», avait ainsi réagi dans Le Figaro le magistrat honoraire, Philippe Bilger. «On a gagné le procès sur le terrain médiatique et non sur le terrain juridique, on nous le reproche», indique Me Tomasini en redoutant que les juges reprennent d’une main ce que le chef de l’État avait accordé de l’autre. »

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RACONTER, CE N’EST PAS FAIRE COSETTE

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Raconter la violence est essentiel. C’est un acte qui permet de s’en libérer, de pouvoir prendre du recul. De l’observer, extérieurement, en l’analysant bribe par bribe, au fur et à mesure des souvenirs. Qui permet aussi de se faire justice – et non vengeance : se reconnaître en tant que victime, reconnaître « l’autre » comme agresseur, bourreau, toxique, autorise à dire. Tant que la victime n’est pas capable de se nommer comme telle (par refus, culpabilité, déni,…), elle ne reconnaît pas sa souffrance, elle la minimise. Elle réduit ou réfute une partie de son histoire, parfois une vie entière.

La victime se retrouve cependant, et malheureusement, souvent face à un mur. Celui de l’incompréhension, de l’incrédulité, du refus d’entendre, du rejet. Non, « untel » ne peut pas être si monstrueux, il est tellement aimable, tellement souriant. Non, « unetelle » n’est certainement pas une mauvaise mère, elle qui va à la messe et s’occupe des kermesses… Non, cet enfant n’a pas pu vivre tout ce qu’il raconte, sinon pourquoi l’avoir tu… Non, ce n’est pas une histoire de violence conjugale, c’est simplement un conflit de couple, et une médiation devrait suffire à rétablir une saine communication dans l’intérêt majeur des enfants…

Aussi, elle commence à dire, puis se retient, de peur d’être rejetée ou critiquée. De peur de subir la double peine : celle de se savoir victime, et de ne recevoir non seulement aucun soutien mais uniquement des critiques et des reproches, à nouveau.

De plus, la victime est dans un système de comparaison. Elle a tellement entendu de la part de « l’autre », la personnalité toxique, qu’elle est moins que telle personne, qu’elle vaut moins que telle autre, qu’elle sait moins que telle encore, qu’elle ne sait réellement faire qu’une seule chose : taire, mettre de côté la réalité des faits, la croire « pas si grave que ça, parce qu’il y a bien pire »…
Ce qui crée une nouvelle – mauvaise – raison de se taire. D’autres ont bien plus souffert, sans doute. D’autres ont pu se faire entendre, pas elle, ce qui prouve qu’elle n’a rien du vivre de grave. D’autres ont subi des violences dès l’enfance, pas elle… alors de quoi se plaint-elle ?
« Je suis désolée, je me plains tout le temps »… « Excusez-moi, je ne vais pas faire ma Cosette… »

Raconter, se raconter, que ce soit en consultation thérapeutique, en groupe de parole, ou simplement à un tiers membre de la famille, du cercle relationnel ou amical, n’est pas « faire sa Cosette ». C’est non seulement se rendre une forme de justice nécessaire, par la prise de parole si souvent interdite, mais c’est aussi apprendre à se situer, à se faire une place, à être juste et honnête vis-à-vis de soi-même et de son histoire.
Aucune histoire n’est comparable, comme aucun individu, aucune personnalité n’est comparable.
Aucune histoire ne peut être dite « pire » qu’une autre. Chaque histoire étant personnelle, elle est la pire pour celui ou celle qui la vit. A ceux qui refusent d’entendre de se remettre en cause, et non aux victimes de minimiser, pour ne pas gêner ou déranger leurs interlocuteurs.

Aussi, se retenir de parler, de peur d’être jugé(e) comme « faisant sa Cosette », ne crée du tort qu’à une personne : la victime.

©Anne-Laure Buffet
annelaurebuffet@gmail.com

J’AI PRIS CONSCIENCE DE TOUTE L’INCOMPÉTENCE DES SERVICES DE POLICE ET DE LA JUSTICE – TÉMOIGNAGE

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Le témoignage ci-dessous a été communiqué à l’association CVP par une victime de violence conjugale, psychologique, physique, sexuelle, économique. Les victimes sont au nombre de quatre : elle, et ses trois enfants. L’incompréhension des forces de l’ordre, des magistrats, des avocats, l’absence de soutien, l’abandon manifeste de la société, l’ont conduite à une situation de précarité à laquelle s’est ajoutée une détérioration de son état de santé et des manifestations invalidantes et douloureuses.
Cette situation n’est pas unique.
Cette situation traduit le manque de temps, de moyens, de formation, d’implication des professionnels.
Cette situation met en danger non seulement des familles, des enfants, mais l’équilibre de la société fondée sur des valeurs piétinées chaque jour, à huis-clos, dans les commissariats, dans les bureaux des professionnels, dans les tribunaux et salles d’audience.
Et il est à craindre que si personne ne réagisse, cela n’aille qu’en se dégradant encore plus.

A celles et ceux qui pensent que la justice, le droit et le respect de la vie humaine sont des valeurs essentielles à respecter, je dis : Ne baissez pas les bras. Ne soyez pas innocents. Il faut se battre et continuer se combat, chaque jour.

Anne-Laure Buffet, Présidente de l’association CVP – Contre la Violence Psychologique    annelaurebuffet@gmail.com

J’ai été mariée 13 ans à un pervers manipulateur.

J’ai rencontré M. en mai 1989. Il effectuait son service militaire dans la ville où je vivais.

Il faisait un « service long » et je devais entrer dans l’armée, aussi je suis allée à la caserne qui organisait un week-end porte-ouverte. J’étais en compagnie de ma soeur cadette et nous nous sommes très vite faites abordées par un groupe de jeunes militaires. Parmi eux, il y a avait M.

Je lui trouvais beaucoup de charme, il était de plus souriant et il avait beaucoup d’humour.

Il avait 21 ans et moi 22.

Nous nous sommes très vite mis en couple (4 mois après notre rencontre). Je l’ai fait entrer dans l’agence de voyages où je travaillais. Il est devenu G.O , tout en préparant son concours de gardien de la paix , pour lequel je l’aidais à se préparer.

Il venait d’un milieu modeste, d’une famille recomposée. Ses parents avaient divorcés alors qu’il avait 6 ou 7 ans et sa mère s’est très vite remariée avec un « célibataire endurci » plus âgé qu’elle. J’apprendrai bien plus tard que son père biologique avait été évincé de sa vie.

Je venais d’un milieu aisé, avec une fratrie de 7 enfants, mes parents sont restés mariés 66 ans jusqu’à la mort de mon père en septembre 20xx.

M et moi nous sommes mariés en mai 1991 et notre 1er enfant est né en février 1992.

LIRE LE TÉMOIGNAGE 

LA VIOLENCE ECONOMIQUE

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La violence psychologique s’accompagne très souvent de violence économique. Le bourreau va s’employer à couper les vivres de la victime, à la déposséder, à l’obliger à des dépenses considérables et des investissements disproportionnés. Il va exercer un chantage à l’argent, tenir les cordons de la bourse comme on tient une laisse, tirant dessus régulièrement pour mieux retenir sa proie. Et il ne supporte pas de devoir quoi que ce soit, à qui que ce soit – que lui soit condamné à payer, il en perd tout contrôle et cherche encore plus à détruire. Il ira jusqu’à renoncer à ses enfants plutôt que de verser un centime, si cela lui est possible.
Et c’est à la victime de régler tous les frais.
L’addition est extrêmement lourde.

La société, qui n’entend pas, n’accompagne pas, ne prend pas en charge ces victimes ou ne propose que peu d’aides, devient complice par défaut des bourreaux. Elle peut bien souvent et par refus de voir, d’entendre et de s’impliquer, aggraver des situations déjà dramatiques.
Les victimes se retrouvent perdues, sans savoir à qui s’adresser. On leur conseille de lancer une procédure. Mais une procédure coûte cher. Très cher. Et dure très longtemps. Qui va payer, pendant combien de temps, et comment ? 2000, 3000, 10.000 €, parfois bien plus. Il faut hypothéquer sa maison, vendre sa voiture, prendre plusieurs « petits boulots », courir, toujours plus, pratiquer le système solidaire encore mal encouragé – et souvent mal connu ou mal perçu.
On dit à ces victimes de se faire aider. Par qui ? A quel prix ? Et dans combien de temps ?
On leur conseille de (re)trouver un emploi. On leur dit RSA, CMU, CAF. On les abreuve d’informations incomplètes.
Et elles se retrouvent à nouveau blâmées, jugées comme « incapables de s’en sortir ».
Il est urgent que la société se réveille. Il est urgent d’aider ces victimes de terrorisme « ordinaire » et à huis-clos, de les considérer réellement comme des victimes, de mettre en place un moyen de les indemniser.
Comme pour la prise en charge des arrêts maladie suite à un burn out / dépression dû au harcèlement au travail, comme pour les victimes de terrorisme, qui peuvent être indemnisées par le FGTI, il faudrait inventer une indemnisation pour ces victimes de violence psychologique dans la sphère privée.

C’est la démarche de l’association CVP de contribuer à faire reconnaître et admettre cette urgence sociale et économique.

Si vous souhaitez adresser un témoignage : associationcvp@gmail.com

La violence sociale prend également un aspect économique. Beaucoup de victimes se retrouvent sans emploi, sans revenu. Ou elles travaillent avec leur bourreau, pour leur bourreau. Sans être déclarées. Sans reconnaissance sociale et fiscale, sans déclaration à fournir, alors qu’il va leur être demandé un salaire, des revenus, des cautions bancaires… Dépendantes financièrement de leur persécuteur, elles n’ont pas la possibilité de quitter le logement familial. Ce logement peut également être un bien commun, mais elles savent qu’elles vont devoir se battre juridiquement pour obtenir la part qui leur revient. Isolées, elles n’ont pas toujours la possibilité de se réfugier dans leur famille ou chez des amis. Si elles le font, c’est pour un temps très court. Déjà contraintes par la peur de partir, elles se sentent d’autant plus prisonnières qu’elles n’ont pas les moyens de partir.

Il s’agit de femmes, mais aussi d’hommes qui ont perdu leur emploi, qui travaillent en collaboration avec leur épouse, qui se retrouvent écrasés. Qui ont fait confiance, qui ont cru en l’amour que semblait leur donner leur compagne. Biens immobiliers communs, parts de sociétés… Ils ont investi l’argent qu’ils avaient et se retrouvent coincés dans des imbrogliolos bancaires et financiers. Ces victimes restent pour les enfants. Pour ne pas définitivement tout perdre.

Il s’agit encore d’enfants, la plupart du temps adolescents, jeunes adultes, étudiants, qui n’ont pas les moyens de se loger, de régler le coût de leurs études, de leur quotidien. Qui restent sous l’emprise d’un père – ou d’une mère – manipulateur, en espérant que « ça va s’arranger » quand ils auront enfin un travail. Un travail qui ne leur plaira pas, s’ils en trouvent un, mais qu’ils accepteront pour un salaire aussi maigre soit-il, pour fuir.

Il s’agit enfin de ces enfants devenus adultes, encore pris dans un schéma violent où se mêlent culpabilité face à un parent âgé et honte d’une enfance maltraitante, et se retrouvent spoliés, déshérités.

Extrait de Victimes de violences psychologiques : de la résistance à la reconstruction – Anne-Laure Buffet – Le Passeur éditeur