L’EMPRISE

Comprendre l’emprise et en sortir. 
Présentation de l’emprise et de ses conséquences pour les victimes de violence psychologique

 

 

ÉTAT DE SIDÉRATION – DÉFINITION

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Un traumatisme psychique est un évènement qui par sa violence et sa soudaineté, entraîne un afflux d’excitation suffisant à mettre en échec les mécanismes de défense habituellement efficaces, le traumatisme produit souvent un état de sidération et entraîne à plus ou moins long terme une désorganisation dans l’économie psychique.

La sidération est un état de stupeur émotive dans lequel le sujet, figé, inerte, donne l’impression d’une perte de connaissance ou réalise un aspect catatonique par son importante rigidité, voire pseudoparkinsonien du fait des tremblements associés.

La sidération est un phénomène psychologique qui a toujours existé. Elle agit comme un arrêt du temps qui fige la personne dans une blessure psychologique traumatique, au point que les émotions semblent pratiquement absentes. La culpabilité est irrationnelle et une « sidération » qui enferment dans le silence et l’incapacité de dire l’épouvante.

La sidération est un blocage total qui protège de la souffrance en s’en distanciant.
Il arrive que le choc psychologique réactualise une blessure ancienne liée à l’enfance. De là, il est facile de faire le lien avec l’idée que certains ont un « profil de victime » qui attire l’agresseur.

La sidération est à l’origine  d’un état de stress intense qui peut durer plusieurs heures, et va se manifester par cet état de sidération anxieuse, qui n’est autre que le mécanisme de défense archaïque de camouflage dans un milieu naturel, ou d’un état d’agitation inadaptée. La verbalisation est souvent difficile, voire impossible. La victime se retrouve dans un comportement de repli sur soi avec des pleurs et de l’angoisse, pouvant aller jusqu’à des tremblements ou des vomissements.Elle souffre d’une culpabilité omniprésente, avec une impression de souillure pas toujours spontanée mais conséquente,  et un sentiment de honte.

©Anne-Laure Buffet

MÉCONNAISSANCE DES TROUBLES PSYCHOTRAUMATIQUES

Les 2 définitions les plus complètes et les plus reconnues du psychotraumatisme sont :
  • celle de Louis Crocq : «phénomène d’effraction du psychisme et de débordement de ses défenses par les excitations violentes afférentes à la survenue d’un événement agressant ou menaçant pour la vie ou pour l’intégrité (physique ou psychique) d’un individu qui y est exposé comme victime, comme témoin ou comme acteur».
  • celle correspondant au DSM IV américain (catalogue des affections mentales) : troubles présentés par une personne ayant vécu un ou plusieurs événements traumatiques ayant menacé leur intégrité physique et psychique ou celle  d’autres personnes présentes, ayant provoqué une peur intense, un sentiment d’impuissance ou d’horreur, et ayant développé des troubles psychiques lié à ce(s) traumatisme(s).
Pour en faire un résumé et une synthèse on peut définir le psychotraumatisme

Comme l’ensemble des troubles psychiques immédiats, post-immédiats puis chroniques se développant chez une personne après un événement traumatique ayant menacé son intégrité physique et/ou psychique.
Ces troubles peuvent s’installer durant des mois, des années voire toute une vie en l’absence de prise en charge, ils entraînent une grande souffrance morale liée à des réminiscences (mémoire traumatique) avec la mise en place de conduites d’évitement (pour y échapper : phobies, retrait), des conduites d’hypervigilance pour tenter de les contrôler et des conduites dissociantes pour tenter de les auto-traiter (conduites à risque et conduites addictives anesthésiantes).
Les mécanismes neuro-biologiques à l’origine de ces troubles sont détaillés dans la page MÉCANISMES. Ils permettent de mieux comprendre les troubles d’apparence parfois paradoxale présentés par les victimes.

DESCRIPTION

Ce sont des troubles psychiques qui présentent une forte prévalence sur la vie entière, de 5 à 6 % pour les hommes, de 10,5 à 13,8 % pour les femmes

  • Il s’agit de troubles psychologiques méconnus, sous-estimés, fréquents, graves, durables, qui vont peser lourdement sur la santé des victimes traumatisées et sur leur avenir affectif, social et professionnel.
  • Difficiles à diagnostiquer car masqués par une comorbidité (des troubles psychiques et organiques associés) au premier plan
  • Représentant un enjeu majeur de santé publique et un grave problème de société
On distingue deux types de psychotraumatismes :
  • Psychotraumatismes de type I quand l’événement est unique (accident, attentat, incendie, catastrophe naturelle…)
  • Psychotraumatismes de type II quand l’événement est répété ou durable (maltraitance physique psychique et/ou sexuelle de l’enfance, violences conjugales).
Les différents types de traumatismes sont :

Traumatismes non intentionnels :

  • Catastrophes naturelles et industrielles
  • Accidents, incendies…
  • Deuils violents, maladie grave

Traumatismes intentionnels :

  • Violences collectives : d’états, guerres, génocides
  • Violences extérieures: délinquance, agressions, viols, prises d’otages, attentats, homicides
  • Violences institutionnelles, au travail
  • Violences intrafamiliales : maltraitance, violencesconjugales, inceste
Les violences inter-humaines sont les plus grandes pourvoyeuses de psychotraumatismes.
  • Définition OMS des violences : la menace ou l’utilisation intentionnelle de la force physique ou du pouvoir contre soi-même ou contre autrui ou contre un groupe ou une communauté qui entraîne ou risque d’entraîner un traumatisme, un décès, des dommages psychologiques, un maldéveloppement ou des privations.
  • Les violences sont graves : elles ont de graves conséquences sur la santé et sont des atteintes à l’intégrité psychique et physique, à la dignité, au droit de vivre en sécurité et libre, elles sont illégitimes et punies par des lois qui les prennent de plus en plus en compte. Elles sont rendues possibles par une société inégalitaire.
  • Les violences sont intentionnelles : les violences ont pour but de contraindre, d’exercer un rapport de force, un pouvoir, une emprise, une domination, les agresseurs s’autorisent à avoir ces comportements, ils ne sont pas violents par essence et sont responsables de leurs actes. Mais il n’y a pas forcément l’intention de provoquer un préjudice précis.

 

 

Ressource : Mémoire traumatologique et victimologie

GUÉRIR DU STRESS POST TRAUMATIQUE

Une étude américaine publiée dans « Science Translational Medicine » fait état d’une découverte qui permettrait d’éviter que se développe le syndrome de stress post-traumatique. Pour Samuel Lemitre, psychologue spécialiste du stress et du psychotraumatisme, lutter contre le syndrome d’effroi post-traumatique avec une solution 100% médicamenteuse est une chimère.

TOUT L’ARTICLE DU NOUVEL OBS

LES TROUBLES PSYCHIQUES SPÉCIFIQUES LIÉS AUX TRAUMATISMES

femme en cage

Côtoyer, ou avoir côtoyé, une personnalité toxique, comporte de nombreuses conséquences, dont des conséquences psychologiques. Stress, dépendance, manque de confiance en soi, troubles (du sommeil, de l’humeur, de l’alimentation)…
Les conséquences sont physiques et psychiques.

Ces troubles sont liés à des mécanismes de sauvegarde exceptionnels, psychologiques et neurobiologiques, déclenchés lors du stress extrême et du risque vital que génère le traumatisme, ces mécanismes sont responsables d’ une déconnexion du circuit de réponse au stress entraînant une mémoire traumatique, une dissociation avec anesthésie affective et physique.
Ces troubles psychotraumatiques :

  • vont être à l’origine des conséquences les plus graves, les plus fréquentes des violences sexuelles.
  • vont être à l’origine d’un état de souffrance permanent.
  • vont transformer la vie des victimes en «un enfer», «un état de guerre permanente», «sans espoir de s’en sortir».
    Ce sont des conséquences normales de situations anormales

1) Les troubles psychiques spécifiques se répartissent en :

  • état de stress aigu, détresse, avec ou sans une dissociation péritraumatique, troubles psychotiques brefs, jusqu’à 1 mois après le traumatismes.
  • état de stress post-traumatique (>1 mois), chronique (>6 mois), différé, avec la triade pathognomonique : syndrome de reviviscence, syndrome d’évitement, hyper-réactivité neurovégétative :
    1. syndrome de reviviscence = mémoire traumatique : pensées récurrentes sur les violences, ruminations, souvenirs intrusifs de tout ou partie de l’événement ( sensations douleurs, bruits, paroles ), agissements soudains comme si l’événement allait se reproduire, flash-back, illusions, rêves répétitifs, cauchemars, vécus intensément avec une forte angoisse et détresse, l’accouchement peut être une situation de réactivation des réminiscences.
    2. syndrome d’évitement : évitement phobique de toutes situations se rapportant au traumatisme ou pouvant rappeler l’événement, évitement de la pensée, développement d’un monde imaginaire ; évitement de toute situation douloureuse ou stressante, émoussement des affects, désinvestissement des relations interpersonnelles, perte de l’anticipation positive de l’avenir.
    3. syndrome d’hypéractivité neuro-végétative : hypervigilance, état d’alerte et de contrôle, sursaut, insomnie, réveils nocturnes, hypersensibilité, irritabilité, colères explosives, troubles de la concentration et de l’attention.
  • symptômes de dissociation souvent importants : état de conscience altérée, troubles de la mémoire, de la concentration, de l’attention, sentiments d’étrangeté, d’être spectateur de sa vie, dépersonnalisation, compagnon imaginaire.
  • état de stress post-traumatique complexe : proposé pour décrire les conséquences chez des victimes de violences interpersonnelles répétées sur une longue durée (Trauma de type II de Terr). Il est défini par plusieurs critères, dont certains font aussi partie de la personnalité limite :
    1. une altération de la régulation des émotions avec une impulsivité marquée et des comportements auto-destructeurs.
    2. des perturbations de l’attention ou de la conscience, pouvant entraîner des épisodes dissociatifs.
    3. une altération de la perception de soi, avec des sentiments permanents de honte ou de culpabilité, et un sentiment de vide.
    4. une altération de la perception de l’agresseur, qui peut être par exemple idéalisé.
    5. des relations interpersonnelles perturbées, avec une incapacité à faire confiance ou à avoir une relation intime avec autrui.
    6. des symptômes de somatisation.
    7. des altérations cognitives avec une perte d’espoir.

2) Les troubles psychiques associés, souvent sur le devant de la scène

Ce sont des :

  • troubles de l’humeur : présents dans 50% des ESPT (état de stress post-traumatique), dépression, épisodes maniaco-dépressifs.
  • troubles anxieux : anxiété généralisée , crises d’angoisse, attaque de panique, phobies, agoraphobie, phobies sociale, troubles obsessionnels compulsif.
  • troubles de la personnalité : personnalité limite (border-line), asociale.
  • troubles du comportement auto agressif : tentatives de suicide (x10 en cas d’ESPT par rapport à la population générale), automutilation.
  • troubles addictifs : consommation de drogues , d’alcool, jeux (alcool chez 52 % des hommes et 28 % des femmes et de consommation d’autres substances psychoactives chez 35 % des hommes et 27 % des femmes).
  • troubles des conduites : conduites à risques, fugues, conduites d’hypersexualité, marginalisation, conduites violentes.
  • troubles du comportement alimentaire : boulimie, anorexie.
  • troubles du sommeil : narcolepsie (somnanbulisme, hallucinations narcoleptiques, paralysies du sommeil, cataplexie, hypersomnolence diurne)
  • troubles de la sexualité.

3) Les troubles psychotraumatiques spécifiques chez l’enfant de moins de 6 ans

Les symptômes sur le devant de la scène sont :

  • un changement brutal de comportement avec des pleurs et une grande tristesse, un état d’agitation avec une hyperactivité, accompagné d’agressivité et d’opposition ou au contraire une prostation avec un désintérêt pour le jeu, des phobies d’apparition brutale
  • une anxiété de séparation avec refus de se séparer d’adultes protecteurs, de rester seul et de dormir seul dans leur chambre, d’aller chez la nourrice, à la crèche, à la garderie ou à l’école
  • des troubles de l’alimentation et du sommeil (terreurs nocturnes, cauchemars)
  • des comportements, des jeux et des dessins répétitifs et compulsifs reproduisant les violences
  • un comportement régressif : balancements, sucer son pouce à longueur de journée; avec perte d’acquis dans le développement et dans l’autonomie : marche, propreté (énurésie, encoprésie), langage
  • des troubles somatiques avec des douleurs abdominales, des céphalées, des nausées, des vomissements

4) Les troubles psychotraumatiques spécifiques chez l’enfant de plus de 6 ans

Les symptômes sur le devant de la scène sont :

  • des difficultés scolaires, des troubles de l’apprentissages, de la concentration
  • des troubles dissociatifs, avec troubles de la vigilance, absences, vie imaginaire très importante, compagnon imaginaire avec qui l’enfant communique, anesthésie affective, sentiment d’étrangeté particulièrement par rapport à son propre corps
  • des troubles de l’alimentation : anorexie, boulimie, prise de poids
  • des symptômes neuro-végétatifs : troubles du sommeil (difficultés à aller au lit, cauchemars, réveils nocturnes, somnambulisme), irritabilité, colères, hypervigilance,
  • des troubles du comportement : hyperactivité, comportement agressif, opposition, retrait, mise en danger, fugues, violences
  • des troubles anxieux et dépressifs fréquents : idées obsédantes, peurs spécifiques liés au traumatisme, peur du noir, peur d’objet, peur d’aller seul aux toilettes, attaques de panique

5) Les troubles psychotraumatiques spécifiques chez l’adolescent

Les symptômes sur le devant de la scène sont :

  • des difficultés scolaires, échec scolaire, absentéismes
  • des troubles relationnels, retrait et phobie sociale, difficultés relationnelles, irritabilité, colères
  • des conduites à risques dissociantes ++ : mises en danger, sports extrêmes, jeux dangereux (risque d’accidents très important), auto-mutilations, conduites addictives (tabac, alcool, drogue), fugues, sexualité à risque, violences envers autrui, agressivité, délinquance
  • des troubles dissociatifs avec troubles de la vigilance, vie imaginaire très importante, anesthésie affective, sentiment d’étrangeté particulièrement par rapport à son propre corps
  • des troubles de l’alimentation (anorexie, boulimie) et du sommeil
  • des troubles anxieux et dépressifs avec des tentatives de suicide