L’EMPRISE

Comprendre l’emprise et en sortir. 
Présentation de l’emprise et de ses conséquences pour les victimes de violence psychologique

 

 

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ÉTAT DE SIDÉRATION – DÉFINITION

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Un traumatisme psychique est un évènement qui par sa violence et sa soudaineté, entraîne un afflux d’excitation suffisant à mettre en échec les mécanismes de défense habituellement efficaces, le traumatisme produit souvent un état de sidération et entraîne à plus ou moins long terme une désorganisation dans l’économie psychique.

La sidération est un état de stupeur émotive dans lequel le sujet, figé, inerte, donne l’impression d’une perte de connaissance ou réalise un aspect catatonique par son importante rigidité, voire pseudoparkinsonien du fait des tremblements associés.

La sidération est un phénomène psychologique qui a toujours existé. Elle agit comme un arrêt du temps qui fige la personne dans une blessure psychologique traumatique, au point que les émotions semblent pratiquement absentes. La culpabilité est irrationnelle et une « sidération » qui enferment dans le silence et l’incapacité de dire l’épouvante.

La sidération est un blocage total qui protège de la souffrance en s’en distanciant.
Il arrive que le choc psychologique réactualise une blessure ancienne liée à l’enfance. De là, il est facile de faire le lien avec l’idée que certains ont un « profil de victime » qui attire l’agresseur.

La sidération est à l’origine  d’un état de stress intense qui peut durer plusieurs heures, et va se manifester par cet état de sidération anxieuse, qui n’est autre que le mécanisme de défense archaïque de camouflage dans un milieu naturel, ou d’un état d’agitation inadaptée. La verbalisation est souvent difficile, voire impossible. La victime se retrouve dans un comportement de repli sur soi avec des pleurs et de l’angoisse, pouvant aller jusqu’à des tremblements ou des vomissements.Elle souffre d’une culpabilité omniprésente, avec une impression de souillure pas toujours spontanée mais conséquente,  et un sentiment de honte.

©Anne-Laure Buffet

MÉCONNAISSANCE DES TROUBLES PSYCHOTRAUMATIQUES

Les 2 définitions les plus complètes et les plus reconnues du psychotraumatisme sont :
  • celle de Louis Crocq : «phénomène d’effraction du psychisme et de débordement de ses défenses par les excitations violentes afférentes à la survenue d’un événement agressant ou menaçant pour la vie ou pour l’intégrité (physique ou psychique) d’un individu qui y est exposé comme victime, comme témoin ou comme acteur».
  • celle correspondant au DSM IV américain (catalogue des affections mentales) : troubles présentés par une personne ayant vécu un ou plusieurs événements traumatiques ayant menacé leur intégrité physique et psychique ou celle  d’autres personnes présentes, ayant provoqué une peur intense, un sentiment d’impuissance ou d’horreur, et ayant développé des troubles psychiques lié à ce(s) traumatisme(s).
Pour en faire un résumé et une synthèse on peut définir le psychotraumatisme

Comme l’ensemble des troubles psychiques immédiats, post-immédiats puis chroniques se développant chez une personne après un événement traumatique ayant menacé son intégrité physique et/ou psychique.
Ces troubles peuvent s’installer durant des mois, des années voire toute une vie en l’absence de prise en charge, ils entraînent une grande souffrance morale liée à des réminiscences (mémoire traumatique) avec la mise en place de conduites d’évitement (pour y échapper : phobies, retrait), des conduites d’hypervigilance pour tenter de les contrôler et des conduites dissociantes pour tenter de les auto-traiter (conduites à risque et conduites addictives anesthésiantes).
Les mécanismes neuro-biologiques à l’origine de ces troubles sont détaillés dans la page MÉCANISMES. Ils permettent de mieux comprendre les troubles d’apparence parfois paradoxale présentés par les victimes.

DESCRIPTION

Ce sont des troubles psychiques qui présentent une forte prévalence sur la vie entière, de 5 à 6 % pour les hommes, de 10,5 à 13,8 % pour les femmes

  • Il s’agit de troubles psychologiques méconnus, sous-estimés, fréquents, graves, durables, qui vont peser lourdement sur la santé des victimes traumatisées et sur leur avenir affectif, social et professionnel.
  • Difficiles à diagnostiquer car masqués par une comorbidité (des troubles psychiques et organiques associés) au premier plan
  • Représentant un enjeu majeur de santé publique et un grave problème de société
On distingue deux types de psychotraumatismes :
  • Psychotraumatismes de type I quand l’événement est unique (accident, attentat, incendie, catastrophe naturelle…)
  • Psychotraumatismes de type II quand l’événement est répété ou durable (maltraitance physique psychique et/ou sexuelle de l’enfance, violences conjugales).
Les différents types de traumatismes sont :

Traumatismes non intentionnels :

  • Catastrophes naturelles et industrielles
  • Accidents, incendies…
  • Deuils violents, maladie grave

Traumatismes intentionnels :

  • Violences collectives : d’états, guerres, génocides
  • Violences extérieures: délinquance, agressions, viols, prises d’otages, attentats, homicides
  • Violences institutionnelles, au travail
  • Violences intrafamiliales : maltraitance, violencesconjugales, inceste
Les violences inter-humaines sont les plus grandes pourvoyeuses de psychotraumatismes.
  • Définition OMS des violences : la menace ou l’utilisation intentionnelle de la force physique ou du pouvoir contre soi-même ou contre autrui ou contre un groupe ou une communauté qui entraîne ou risque d’entraîner un traumatisme, un décès, des dommages psychologiques, un maldéveloppement ou des privations.
  • Les violences sont graves : elles ont de graves conséquences sur la santé et sont des atteintes à l’intégrité psychique et physique, à la dignité, au droit de vivre en sécurité et libre, elles sont illégitimes et punies par des lois qui les prennent de plus en plus en compte. Elles sont rendues possibles par une société inégalitaire.
  • Les violences sont intentionnelles : les violences ont pour but de contraindre, d’exercer un rapport de force, un pouvoir, une emprise, une domination, les agresseurs s’autorisent à avoir ces comportements, ils ne sont pas violents par essence et sont responsables de leurs actes. Mais il n’y a pas forcément l’intention de provoquer un préjudice précis.

 

 

Ressource : Mémoire traumatologique et victimologie

GUÉRIR DU STRESS POST TRAUMATIQUE

Une étude américaine publiée dans « Science Translational Medicine » fait état d’une découverte qui permettrait d’éviter que se développe le syndrome de stress post-traumatique. Pour Samuel Lemitre, psychologue spécialiste du stress et du psychotraumatisme, lutter contre le syndrome d’effroi post-traumatique avec une solution 100% médicamenteuse est une chimère.

TOUT L’ARTICLE DU NOUVEL OBS

LES TROUBLES PSYCHIQUES SPÉCIFIQUES LIÉS AUX TRAUMATISMES

femme en cage

Côtoyer, ou avoir côtoyé, une personnalité toxique, comporte de nombreuses conséquences, dont des conséquences psychologiques. Stress, dépendance, manque de confiance en soi, troubles (du sommeil, de l’humeur, de l’alimentation)…
Les conséquences sont physiques et psychiques.

Ces troubles sont liés à des mécanismes de sauvegarde exceptionnels, psychologiques et neurobiologiques, déclenchés lors du stress extrême et du risque vital que génère le traumatisme, ces mécanismes sont responsables d’ une déconnexion du circuit de réponse au stress entraînant une mémoire traumatique, une dissociation avec anesthésie affective et physique.
Ces troubles psychotraumatiques :

  • vont être à l’origine des conséquences les plus graves, les plus fréquentes des violences sexuelles.
  • vont être à l’origine d’un état de souffrance permanent.
  • vont transformer la vie des victimes en «un enfer», «un état de guerre permanente», «sans espoir de s’en sortir».
    Ce sont des conséquences normales de situations anormales

1) Les troubles psychiques spécifiques se répartissent en :

  • état de stress aigu, détresse, avec ou sans une dissociation péritraumatique, troubles psychotiques brefs, jusqu’à 1 mois après le traumatismes.
  • état de stress post-traumatique (>1 mois), chronique (>6 mois), différé, avec la triade pathognomonique : syndrome de reviviscence, syndrome d’évitement, hyper-réactivité neurovégétative :
    1. syndrome de reviviscence = mémoire traumatique : pensées récurrentes sur les violences, ruminations, souvenirs intrusifs de tout ou partie de l’événement ( sensations douleurs, bruits, paroles ), agissements soudains comme si l’événement allait se reproduire, flash-back, illusions, rêves répétitifs, cauchemars, vécus intensément avec une forte angoisse et détresse, l’accouchement peut être une situation de réactivation des réminiscences.
    2. syndrome d’évitement : évitement phobique de toutes situations se rapportant au traumatisme ou pouvant rappeler l’événement, évitement de la pensée, développement d’un monde imaginaire ; évitement de toute situation douloureuse ou stressante, émoussement des affects, désinvestissement des relations interpersonnelles, perte de l’anticipation positive de l’avenir.
    3. syndrome d’hypéractivité neuro-végétative : hypervigilance, état d’alerte et de contrôle, sursaut, insomnie, réveils nocturnes, hypersensibilité, irritabilité, colères explosives, troubles de la concentration et de l’attention.
  • symptômes de dissociation souvent importants : état de conscience altérée, troubles de la mémoire, de la concentration, de l’attention, sentiments d’étrangeté, d’être spectateur de sa vie, dépersonnalisation, compagnon imaginaire.
  • état de stress post-traumatique complexe : proposé pour décrire les conséquences chez des victimes de violences interpersonnelles répétées sur une longue durée (Trauma de type II de Terr). Il est défini par plusieurs critères, dont certains font aussi partie de la personnalité limite :
    1. une altération de la régulation des émotions avec une impulsivité marquée et des comportements auto-destructeurs.
    2. des perturbations de l’attention ou de la conscience, pouvant entraîner des épisodes dissociatifs.
    3. une altération de la perception de soi, avec des sentiments permanents de honte ou de culpabilité, et un sentiment de vide.
    4. une altération de la perception de l’agresseur, qui peut être par exemple idéalisé.
    5. des relations interpersonnelles perturbées, avec une incapacité à faire confiance ou à avoir une relation intime avec autrui.
    6. des symptômes de somatisation.
    7. des altérations cognitives avec une perte d’espoir.

2) Les troubles psychiques associés, souvent sur le devant de la scène

Ce sont des :

  • troubles de l’humeur : présents dans 50% des ESPT (état de stress post-traumatique), dépression, épisodes maniaco-dépressifs.
  • troubles anxieux : anxiété généralisée , crises d’angoisse, attaque de panique, phobies, agoraphobie, phobies sociale, troubles obsessionnels compulsif.
  • troubles de la personnalité : personnalité limite (border-line), asociale.
  • troubles du comportement auto agressif : tentatives de suicide (x10 en cas d’ESPT par rapport à la population générale), automutilation.
  • troubles addictifs : consommation de drogues , d’alcool, jeux (alcool chez 52 % des hommes et 28 % des femmes et de consommation d’autres substances psychoactives chez 35 % des hommes et 27 % des femmes).
  • troubles des conduites : conduites à risques, fugues, conduites d’hypersexualité, marginalisation, conduites violentes.
  • troubles du comportement alimentaire : boulimie, anorexie.
  • troubles du sommeil : narcolepsie (somnanbulisme, hallucinations narcoleptiques, paralysies du sommeil, cataplexie, hypersomnolence diurne)
  • troubles de la sexualité.

3) Les troubles psychotraumatiques spécifiques chez l’enfant de moins de 6 ans

Les symptômes sur le devant de la scène sont :

  • un changement brutal de comportement avec des pleurs et une grande tristesse, un état d’agitation avec une hyperactivité, accompagné d’agressivité et d’opposition ou au contraire une prostation avec un désintérêt pour le jeu, des phobies d’apparition brutale
  • une anxiété de séparation avec refus de se séparer d’adultes protecteurs, de rester seul et de dormir seul dans leur chambre, d’aller chez la nourrice, à la crèche, à la garderie ou à l’école
  • des troubles de l’alimentation et du sommeil (terreurs nocturnes, cauchemars)
  • des comportements, des jeux et des dessins répétitifs et compulsifs reproduisant les violences
  • un comportement régressif : balancements, sucer son pouce à longueur de journée; avec perte d’acquis dans le développement et dans l’autonomie : marche, propreté (énurésie, encoprésie), langage
  • des troubles somatiques avec des douleurs abdominales, des céphalées, des nausées, des vomissements

4) Les troubles psychotraumatiques spécifiques chez l’enfant de plus de 6 ans

Les symptômes sur le devant de la scène sont :

  • des difficultés scolaires, des troubles de l’apprentissages, de la concentration
  • des troubles dissociatifs, avec troubles de la vigilance, absences, vie imaginaire très importante, compagnon imaginaire avec qui l’enfant communique, anesthésie affective, sentiment d’étrangeté particulièrement par rapport à son propre corps
  • des troubles de l’alimentation : anorexie, boulimie, prise de poids
  • des symptômes neuro-végétatifs : troubles du sommeil (difficultés à aller au lit, cauchemars, réveils nocturnes, somnambulisme), irritabilité, colères, hypervigilance,
  • des troubles du comportement : hyperactivité, comportement agressif, opposition, retrait, mise en danger, fugues, violences
  • des troubles anxieux et dépressifs fréquents : idées obsédantes, peurs spécifiques liés au traumatisme, peur du noir, peur d’objet, peur d’aller seul aux toilettes, attaques de panique

5) Les troubles psychotraumatiques spécifiques chez l’adolescent

Les symptômes sur le devant de la scène sont :

  • des difficultés scolaires, échec scolaire, absentéismes
  • des troubles relationnels, retrait et phobie sociale, difficultés relationnelles, irritabilité, colères
  • des conduites à risques dissociantes ++ : mises en danger, sports extrêmes, jeux dangereux (risque d’accidents très important), auto-mutilations, conduites addictives (tabac, alcool, drogue), fugues, sexualité à risque, violences envers autrui, agressivité, délinquance
  • des troubles dissociatifs avec troubles de la vigilance, vie imaginaire très importante, anesthésie affective, sentiment d’étrangeté particulièrement par rapport à son propre corps
  • des troubles de l’alimentation (anorexie, boulimie) et du sommeil
  • des troubles anxieux et dépressifs avec des tentatives de suicide

BIPOLARITÉ ET PSYCHANALYSE

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– Avec toutes ces sautes d’humeur, il est forcément bipolaire…
– Il est … quoi ?
– Bipolaire. Maniaco-dépressif, si tu préfères. C’est pareil.
– Ah bon, t’es sûr ?
– Ben oui, si je te le dis…
– Et elle, elle est quoi ?
– Maniaco-dépressive.
– Ah. Donc, bipolaire ?
– Oui, à quelque chose près…
– Je croyais que c’était pareil ?
– C’est pareil. À quelque chose près…

La vulgarisation de termes médicaux désignant certaines pathologies autorise, outre leur connaissance et une meilleure approche de chaque trouble, une généralisation qui va de pair avec le droit que certains néophytes s’accordent de juger ou de qualifier leurs proches – et moins proches.
Or, seuls des professionnels sont en droit et en mesure de déterminer l’existence d’une pathologie chez un individu, et de la qualifier.

De plus, l’utilisation trop facile de certains termes entraîne des confusions. Ainsi, comme l’écrit Sarah Chiche, « On lit souvent que le trouble bipolaire est la nouvelle manière de nommer la psychose maniaco-dépressive (PMD). Pourtant, la notion de « trouble bipolaire a complètement évacué l’apport psychanalytique sur la compréhension de la manie et de la mélancolie. La psychanalyse relit la théorie de l’humeur sous l’angle libidinal et pulsionnel. »

La manie est la manifestation, pendant au moins une semaine, d’exubérance, d’euphorie, d’irritabilité extrême, compromettant le fonctionnement de la personne. L’énergie et l’activité sont en augmentation, les pensées partent dans tous les sens, la concentration diminue. La personne dort peu, ou pas, et sans ressentir de fatigue ; elle surestime ses capacités. L’optimisme et l’estime de soi sont exagérés. Elle va prendre des risques (alcool, tabac, drogue, sexe, conduites addictives et dangereuses). Elle peut devenir agressive. Dans le cas de manies graves, il peut y avoir hallucinations, idées délirantes, d’où le fait qu’on puisse penser à de la schizophrénie.

La mélancolie est en psychanalyse un état de dépression très grave. La personne ressent un état de profond désespoir, avec des pensées morbides et suicidaires, pouvant aller jusqu’au passage à l’acte. On observe une baise ou une augmentation importante de l’appétit, du sommeil, de l’intérêt en général pour des activités normales pour cette personne.

Il existe des états mixtes correspondant à la présence  sur la même période d’éléments de la série maniaque et de la série dépressive.

Pour le mélancolique, son « moi » est vide.

Dans Deuil et Mélancolie, Sigmund Freud explique que la Verstimmung (déshumeur) est liée à un rapport particulier à l’objet.

Toujours selon Sarah Chiche, « le deuil et la mélancolie sont deux réactions à la perte d’un objet d’amour ou d’un idéal, la libido se désinvestissant de l’objet perdu… Mais dans le deuil, il n’y a ni abaissement du sentiment de soi via l’autoaccusation, ni attente délirante de la punition… Le maniaque, lui, va tenter de résoudre cette ambivalence en niant la perte de l’objet. Ce que croit le maniaque, c’est qu’il peut triompher de la perte, du manque et de la mort. »

Pour plus d’informations sur la bipolarité, voir le dossier de Sciences Humaines, de mars 2013.

PERVERS NARCISSIQUE OU PSYCHOPATHE ?

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Qu’en est-il du concept de pervers narcissique au regard de celui de psychopathe ? 

Si l’appellation « pervers narcissique » est une notion psychanalytique récente (Racamier, 1985), celle de « psychopathe » suit l’évolution de la psychiatrie clinique depuis le début du XIXe siècle, et on en trouve différentes descriptions sous une profusion de dénominations. Pour le grand public, c’est un terme qui semble plus facile à appréhender. Les romans, le cinéma, les séries télévisées se nourrissent de cette fascination du public pour la maladie mentale, et les scénaristes débordent d’imagination pour inventer des histoires toujours plus haletantes (American psycho, Seven, Le silence des agneaux, Esprits criminels, Dexter, pour ne citer que ceux-là).

Le terme « psychopathie » (ou manie sans délire, selon le psychiatre français Philippe Pinel) fut introduit par un psychiatre philosophe allemand, Julius-Ludwig Koch, qui évoqua une « infériorité psychopathique ». Il existe une autre terminologie que nous devons au psychiatre Karl Birnbaum, à savoir le « sociopathe ».
La prolifération de noms sèment plus le trouble et la confusion qu’elle n’apporte de réponse à cette problématique.

De nombreuses approches ont été « expérimentées » pour approfondir nos connaissances de la psychopathie, et le développement de sa compréhension suit d’une manière empirique et heuristique, les progrès réalisés grâce aux évolutions des appareils permettant de « voir » l’activité biologique et physique d’un être humain soumis à différentes tâches ou à diverses contraintes. C’est dans ce cadre-là qu’il faut situer les données actuelles disponibles sur la psychopathie telles que résumées dans les conclusions de la Haute Autorité de Santé (HAS), dans son rapport d’audition publique publié en 2006 et intitulé : « Prise en charge de la psychopathie ».

Ainsi, en conclusion de ce rapport « cette discipline est schématiquement partagée:
• entre un courant biologisant, qui diagnostique des troubles sans lien avec l’histoire du sujet, qui privilégie les thérapies comportementales (qui s’appuient sur les théories de l’apprentissage et du conditionnement) ;
• et un courant psychodynamique qui reconnaît les apports de la psychanalyse et les utilise pour aborder les soins ainsi que les modalités de ses pratiques et qui envisage chaque sujet dans son histoire et sa singularité. Il est probable que les expertises psychiatriques demandées par la justice diffèrent sur le fond en fonction de la formation et de l’orientation du psychiatre. En fait, La trajectoire du psychopathe est faite d’une « histoire sans passé », sans début et sans fin ; le temps, pour lui, ne présente pas de scansions, il n’a pu s’y inscrire… C’est une problématique qui dépasse le seul champ de la psychiatrie. Il conviendrait de s’en préoccuper sous peine de voir s’étendre le terrain de la psychopathie ».

Définitions :

Le mot psychopathie désigne un trouble permanent de la personnalité caractérisé par un sévère manque de considération pour autrui, découlant d’une absence de sentiment de culpabilité, de remords et d’empathie envers les autres. Affichant une apparente normalité en matière de moralité et d’expression émotionnelle, le psychopathe se révèle incapable d’éprouver au plus profond de lui-même des émotions sociales. Sérieusement carencé sur le plan émotionnel, le psychopathe parvient, par mimétisme, à exprimer, verbalement ou physiquement, de tels sentiments sans toutefois les ressentir. Pareille dislocation entre la forme et la substance d’un message émotionnel serait, selon bon nombre d’études neurologiques, générée par une connexion défectueuse entre les réseaux cognitifs et émotionnels du cerveau du psychopathe.

« La psychopathie est un trouble (au sens psychiatrique du terme) qui trouve son origine dans une déviation du développement et qui se caractérise par un excès d’agressivité pulsionnelle ainsi que par une incapacité à nouer des relations aux autres. Le terme de psychopathie représente à la fois une catégorie diagnostique, et un continuum de perturbations psychologiques, dont l’intensité et la nature sont variables d’un individu à l’autre en termes de traitement ».

Cette dernière définition met en évidence deux notions essentielles présentes dans la psychopathie : le trouble et le processus, de manière semblable à la perversion narcissique qui est un mouvement et son aboutissement. Paul-Claude Racamier affirma lui-même que : « des rapports existent sans doute entre perversion narcissique et psychopathie, mais ils sont complexes ».

Il est inutile de procéder à une comparaison point par point des similitudes entre le concept de « pervers narcissique » et celui de « psychopathe » : ils sont identiques en tout à l’exception d’un seul aspect qui permettrait de les spécifier : le psychopathe est « supposé » être plus impulsif que le pervers narcissique.

L’impulsivité se définit en psychologie comme étant une « disposition à agir par impulsion, due à une insuffisance constitutionnelle ou acquise des fonctions d’inhibition et de contrôle ». Autrement dit, l’impulsivité du psychopathe se caractérise par une faible inhibition et des pertes de contrôle qui favorisent le passage à l’acte (ou « l’agir » dont parle Paul-Claude Racamier), ce que la victimologie nomme la « clinique du passage à l’acte » étudiant l’agressivité du sujet évalué. Étant donné les apports importants de cette discipline, c’est désormais chez elle qu’on puisera les explications les plus « fouillées » permettant de comprendre cette agressivité chez les psychopathes et les pervers narcissiques et voir en quoi elle diffère chez les uns ou autres.

Ce point est d’autant plus important que « l’intolérance à la frustration et l’imminence du passage à l’acte auto – ou hétéro – agressif restent cependant deux maîtres symptômes de tout comportement psychopathique ».

L’agressivité

Depuis Konrad Lorenz (1903 – 1989) et son traité sur « l’agression, une histoire naturelle du mal » généralisant le concept anthropologique de « bouc émissaire », les études portant sur cet instinct ont dégagé une typologie consensuelle des comportements agressifs qui peuvent « revêtir des formes très diverses allant de l’homicide à la simple remarque sarcastique…
Arnold Buss a défini trois dimensions caractérisant l’agression :
1) physique-verbale : l’agression est exprimée par des gestes ou des paroles ;
2) active-passive : elle correspond à une action positive que l’individu omet volontairement de réaliser ;
3) directe-indirecte : la victime est physiquement présente ou absente. La combinaison de ces trois dimensions permet de définir 8 types d’agression différents ».

Outre cette typologie de l’agression, de nombreux auteurs ont pu en déterminer deux principales modalités selon que les actes agressifs soient provoqués ou non. Ceci inclut la prise en compte du facteur intentionnel dans l’évaluation de la psychopathie. Dans le cas d’actes agressifs non provoqués, l’agression sera dîte proactive et relève d’une prédation, et lors d’actes agressifs répondant à une provocation, l’agression sera dîtes réactive et aura une fonction de préservation.

Lorsqu’un conflit s’origine dans l’agression proactive, il se perpétue grâce à l’agression réactive et lorsque la situation conflictuelle tend à s’enkyster, notamment lors des « conflits larvés », son origine n’est plus déterminable.

Là où les choses tendent à se compliquer, c’est le fait que l’agression proactive peut être plus ou moins consciente ou inconsciente. Il arrive parfois que l’agresseur passant à l’acte soit totalement inconscient de sa propre agressivité qu’il n’aura alors de cesse de reporter sur « l’autre » réagissant alors sur un mode ambivalent proactif/réactif. Dans cette configuration, il justifira ses propres comportements agressifs en rejetant sa responsabilité dans le conflit sur celui qui aura commis « l’outrage » de le renvoyer à son agression originelle déclencheur du processus. Ce canevas d’enchevêtrement interrelationnel est à l’origine de nombreux dysfonctionnements dans les échanges interindividuels ou intergroupes, mais à l’origine de ces conflits, il y a un ou des individus qui dénient avoir commis un acte agressif proactif et c’est à ce niveau là qu’on peut discerner le normal du pathologique.

Il va de soit qu’agressivité et violence ont des rapports contingents très étroitement liés. Mais si toutes violences supposent un comportement agressif, toutes les agressions ne sont pas nécessairement des violences bien qu’une grande confusion règne à ce propos y compris dans nos textes de loi. Yves Prigent, neuropsychiatre spécialisé dans l’étude de la dépression et des suicides, auteur d’une importante étude sur « La cruauté ordinaire, où est le mal ? », effectue très bien cette distinction-là.

En quoi pervers narcissiques versus psychopathes diffèrent-ils alors ?

Cette différence est uniquement contextuelle, c’est-à-dire que la notion de psychopathie a principalement été étudiée dans le cadre des injonctions de soins prononcées par des tribunaux en matière pénale et la perversion narcissique a été découverte grâce aux recherches effectuées en thérapie des groupes et des familles.

En résumé, un pervers narcissique est un psychopathe qui ne s’est pas fait prendre la main dans le sac.

Cependant, la recherche psychiatrique distingue désormais ce qu’elle nomme les psychopathes « successful » (ou psychopathie primaire, « nos » pervers narcissiques) des psychopathes « unsuccessful » (ou psychopathie secondaire, un peu moins « rusé » que les premiers puisqu’ils se font arrêter en raison de leur « impulsivité »).

 

Alors pour conclure, psychopathe ou pervers narcissique ?

Pour la HAS, le terme préconisé est celui « d’organisation de la personnalité à expression psychopathique » (qui donne l’acronyme OPEP), ou celui plus communément admis de « personnalité limite à expression psychopathique ». Mais si l’on tient compte de l’historique des études portant sur ce trouble de la personnalité, il faut croire que tant qu’il ne nous apparaîtra pas plus « clairement », sa dénomination évoluera encore. Cependant, ce n’est pas parce que le « signifiant » psychopathe, ou pervers narcissique, soulève l’indignation de par la stigmatisation qu’il induit, que le « signifié » (et le trouble qu’il génère) n’est pas valide et doit être ignoré ou, plus grave, nié.

Source : http://lesimbecilesontprislepouvoir.com/2013/02/28/la-fabrique-du-pervers/