LE SYNDROME DE LA FÉE CLOCHETTE

« Les fées adorent danser, voyez-vous ; et bien qu’elles oublient les pas, quand elles sont tristes, elles ont tôt fait de les retrouver quand elles redeviennent gaies. C’est la raison pour laquelle les fées ne disent jamais : « Nous nous sentons heureuses », mais : « Nous avons envie de danser ». Je suis sûr que vous avez remarqué que cela veut dire presque la même chose. La joie vous descend très facilement dans les pieds. »

Peter Pan, Sir J.-M. Barrie

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Après le syndrome de Peter Pan, et celui de Wendy, il apparaît incontournable d’évoquer le troisième, l’inséparable, le collatéral des précédents : le syndrome de la Fée Clochette. On le doit à Sylvie Tenenbaum, thérapeute, qui a identifié une nouvelle typologie « représentative de quantité de jeunes femmes actuelles », ainsi qu’indiqué en 4eme de couverture de son livre éponyme : Le syndrome de la fée Clochette, ces femmes qui font du mal et se font mal (Le Moment éditeur).

Et elle définit ainsi ces Clochette modernes : « Aussi charmante qu’insupportable, aussi enchanteresse qu’ensorceleuse, agressive et jalouse. Aussi intelligente que manipulatrice et cruelle. »

Petit retour en arrière, sur la Clochette la plus connue, la plus populaire pour tous : celle de Walt Disney. Clochette suit partout Peter. Où qu’il aille. Quoiqu’il fasse. Elle ne dit rien, elle secoue ses ailes, elle boude, elle fait la moue, elle ne répond à ses demandes que si celles-ci lui conviennent, elle le punit, elle s’éloigne et revient. Elle se fait enfermer et se cogne entre les parois de cette lanterne qui la maintient prisonnière (la lumière serait-elle un piège ?) Elle se montre d’une jalousie féroce, elle complote, elle s’en veut – mais jamais longtemps. Elle se montre espiègle et prépare des tours pendables. Elle pleure, aussi, elle se replie sur elle-même, et elle s’éteint lorsqu’elle ne fait plus rire.

« Chaque fois qu’un enfant dit: «Je ne crois pas aux fées», il y a quelque part une petite fée qui meurt. » (J.-M. Barrie)

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Clochette est donc absolument insupportable. Capricieuse, orgueilleuse et colérique. Exigeante et autoritaire. Pour autant, elle est charmante, séduisante, séductrice, mutine et coquine. Et Clochette (celle du conte et non celle du syndrome) en souffre. Car elle sait que non seulement elle a besoin de Peter Pan pour exister, qu’elle ne peut vivre sans lui et sa fantaisie, mais qu’elle est tout de même condamnée à être abandonnée par le même Peter s’il lui prenait l’idée de grandir, de mûrir. Aussi, et sans en comprendre le sens ou la raison, elle alterne ses sentiments, usant de l’un ou de l’autre, tout comme elle le fait avec ses comportements. Elle agit plus par instinct et impulsion que par réflexion… sa réflexion la menant le plus souvent au calcul stratégique.

Et le corollaire est vite fait. Si elle est stratège pour ses intérêts et seuls intérêts, la voilà manipulatrice. Le cercle se referme. Peter Pan, cet enfant qui ne grandit jamais, a besoin pour se protéger de l’âge adulte de sa Clochette, de sa fée. Elle le guide et veille sur lui, et le maintient dans ce monde imaginaire sans lequel il serait perdu. Quant à Clochette, elle vit dans une relation tout autant faite de dépendance. Si Peter, cet enfant impatient qui semble par instants lui appartenir, la quitte, elle n’est plus rien. Elle disparaît.

Dans ce même monde imaginaire où l’âge adulte est un danger tout autant qu’une crainte – puisqu’il mène aux responsabilités et à la mort – Clochette se sert de ce qu’elle fait le mieux : semer sa poussière d’étoiles et permettre de voler. Elle titille et pinaille et fait des blagues, et les enfants perdus en rient, et Peter applaudit. Quant à l’ego de Clochette, il ne fait que gonfler.

Peter Pan, comme Clochette, ne vivent pas leurs émotions, ne les ressentent pas profondément, et sont même incapables de les nommer.

« Clochette n’était pas totalement mauvaise ou, plutôt, elle était totalement mauvaise à ce moment-là tandis qu’à d’autres, elle était entièrement bonne. Les fées doivent être une chose ou l’autre: elles sont si petites qu’elles ne peuvent malheureusement héberger qu’un sentiment à la fois. » Sir J.-M. Barrie

Qui seraient alors ces femmes de notre monde actuel vivant en souffrant de ce syndrome ?
Si nous ne pouvons vivre sans nous ranger dans des cases au nom prédéfini, que contient celle de la fée Clochette ? En revenant sur ces grands traits de caractère de cette fée de conte, on peut penser à des femmes perfectionnistes, ambitieuses, d’apparence à la fois distante, et séductrices. Qu’on ne peut ni ne doit ignorer, sous peine de subir leurs foudres, et non leurs étoiles, mais qui vont jeter aux yeux de celles et ceux qui les admirent cette poudre qui « fait voler ». Stratagème pour endormir. Et de là à ce qu’un petit malin roublard crée une nouvelle analogie entre cette poudre aux yeux, cette poussière d’étoiles, et une autre poudre bien plus toxique, il n’est pas loin.

Elles sont donc forcément instables, sur le plan affectif. Elles séduisent, charment, ensorcellent, mais sont perpétuellement insatisfaites, courent (ou plutôt volent) derrière un absolu et une perfection qui, comme tout absolu et toute perfection, sont toujours inatteignables.

Et si elles se perdent autant dans cette quête d’absolu, c’est bien pour ne pas penser. Ni à elles, ni à leur histoire, ni à leur passé (bien sûr douloureux et pas réglé), ni à cette peur de ne plus être aimée, de ne plus être désirée.

Elles vont apparaître (ou laisser comme souvenir) comme des femmes insensibles, tyranniques, despotiques, instables, insensibles et jalouses. Le tableau manque de charme, puisque le charme est contenu dans cette illusion qu’elles projettent mais qui demeure bien loin de leur réalité.

Et bien sûr, elles sont inconscientes de tout cela. Si elles en souffrent, elles en projettent la cause sur les autres. Sur ce Peter qu’elles ont croisé, mais qui, lui, a décidé devenir un homme. Sur cette Wendy qui a su amadouer Peter, s’en occuper, et le retenir.
Certains pourraient, par une déduction d’une rapidité extrême, les voir comme des Amazones. Sauf qu’elles ne cherchent pas l’homme pour se reproduire ou combattre, elles le quêtent pour exister, tout en le détestant d’exister lui aussi.

Bien évidemment, c’est dans leur enfance que la cause de ce comportement sera cherchée. Une enfance où l’on croisera forcément un parent « toxique », une place « à part » d’enfant mal aimé ou moins aimé, une violence psychique ou physique refoulée, un besoin de se venger pour exister, une peur de perdre et d’être abandonnée, un besoin d’exister et d’être reconnue, une dissociation du moi… et que sais-je encore.

L’apparence prime, le décor l’emporte sur la réalité. Ce culte esthétique pourrait conduire à une nouvelle comparaison : ces femmes cherchant à être remarquables et remarquées à tout prix se transformeraient peu à peu et sans s’en rendre compte en femme – objet, prête à tous les sacrifices physiques pour peu qu’ils lui apportent le sentiment d’être.

Et au-delà de tout ça demeure une profonde et inévitable colère.

Colère contre tous, colère contre elles-mêmes.

Colère qu’elles contrôlent ou croient contrôler, comme elles imaginent tout contrôler, tout gérer. Ou comme elles le souhaitent, ce qui seraient pour elles tant un moyen de s’affirmer, que de prendre cette fameuse revanche sur la vie dont elles semblent avoir tant besoin.

C’est souvent face à la solitude que la colère se développe. Le désespoir aussi,

A la fois femme – enfant (ou adolescente) car trop immature pour mettre un nom sur ses émotions, pour les appréhender et les affronter, avec un besoin cruel de s’affirmer dans des « Non » répétés à qui mieux-mieux, et à la fois femme méprisante, castratrice, qu’on pourrait dire misandre, ce sont avant tout des personnes en souffrance. Et qui ont besoin d’aide même si elles ne le disent pas ou ne le demandent pas.
Parce que leur confiance en elles est et a été entamée voir interdite. Et que leur moyen de l’exprimer ressort dans cette dépendance affective inavouée et dans cette affirmation brutale d’un moi pas construit et non consolidé.

Il n’est donc absolument ni ludique, ni facétieux ni charmant de se retrouver sous l’étiquette du syndrome de la fée Clochette. De petite fée virevoltante, les femmes ainsi qualifiées deviennent des prédatrices manipulatrices et vengeresses. En s’alliant à une Wendy, on retrouve presque la caractérologie des personnages féminins du film Les diaboliques, de Henri-Georges Clouzot.

Et le risque demeure qu’en lisant rapidement ce type de terminologie, une femme en souffrance continue de se fuir, niant la réalité, ou sombre en dépression, croyant se reconnaître et ne sachant que faire.

Peut-on en guérir ?

Pour en guérir, il faudrait avant tout que ce soit une maladie.
Or, ce n’en n’est pas une, et il faut arrêter de voir et de mettre de la maladie, du pathologique, partout. Les fées Clochette, les Wendy, les Peter Pan ne sont pas malades, ils n’ont pas de troubles psychiatriques. Ils souffrent d’un trouble du comportement, d’un défaut d’estime d soi, d’une personnalité mal construire, d’un dysfonctionnement et d’une inadéquation entre réel, réalité, et vécu.

En revanche, si la lecture inquiète, surprend, rappelle « quelque chose que je connais très bien », elle est alors un signal. Non pas d’un « Mais qu’est-ce qui ne va pas chez moi (ou chez elle) ? » mais d’un « Il existe une solution, une aide, un soutien possible et constructif ». Si une, voir des prise(s) de conscience sont nécessaires, si elles vont être difficiles car génératrices de culpabilité (en soulignant que d’autres ont pu souffrir du fait de ces comportements instables), la construction de la personnalité effective est possible.

La fée Clochette souffre d’une faille. Narcissique, affective, abandonnique… Ce n’est ni en un article ni et encore moins en restant dans la théorie qu’il est possible de la déterminer, puisque nous parlons d’individus, de personnes, d’histoires personnelles et familiales, parfois de transgénérationel. Nous parlons aussi de relations interpersonnelles, d’affect et d’émotions. La personne en souffrance, en demande d’aide – même si elle n’en est pas consciente – doit pouvoir recevoir cette aide, et qu’elle lui soit bénéfique. A elle en tout premier lieu. Il ne s’agit pas de construire un monde individualiste, égoïste, ou chacun agit dans l’indifférence la plus complète et en ne se préoccupant en rien de ce qui l’entoure.

Il s’agit de se confronter, à soi, de se mettre face à son miroir, de chercher à être entendu(e), mais aussi d’entendre.

Alors syndrome de Peter Pan, de Wendy, ou de Clochette, que faut-il en retenir ?

Nous sommes aujourd’hui confrontés, de manière assez générale, à un paradoxe. On peut presque le comparer à cette double injonction qui détruit et est une arme de la violence psychologique. Il faut aller bien – c’est obligé puisque les clés sont distribuées facilement dans un certain nombre de périodiques. Mais si vous allez bien, si vous avez du caractère, si vous vous affirmez, si vous osez dire non ainsi qu’on vous y invite ; ou si encore vous êtes une personne « gentille », empathique, bienveillante ; ou encore, si vous avez un caractère joueur, espiègle… bref, qui que vous soyez, vous risquez d’aller mal si vous ne le vivez pas encore. Vous risquez de vous effondrer si vous ne l’avez pas déjà fait. Vous voilà prévenu.

Aussi, déterminer ce type de syndromes (qui n’ont, il faut encore une fois le répéter, aucune reconnaissance médicale mais reposent sur des analogies typologiques ou comportementales), communiquer sur ces syndromes a le mérite de mettre un nom sur une situation, une relation ou un comportement. Et c’est à la fois tout l’avantage et tout le danger des lectures. Elles sont éclairantes, mais insuffisantes. Elles s’adressent à tous, mais ne résolvent pas une situation. Elles peuvent également induire un autre danger : à défaut de s’y « reconnaître » et de mettre en place une démarche active pour « s’aider, soi », elles autorisent à se concentrer sur l’autre, et de ce fait à déplacer tant le problème que la difficulté. Ce qui maintient la personne en souffrance dans sa souffrance sans lui permettre d’aider qui que ce soit d’autre, puisque ses comportements seront toujours instables, disproportionnés ou inadaptés. Ce qui parfois peut même justifier ce qui sera ressenti comme une absence de progrès, d’évolution : se concentrant uniquement sur « l’autre », la personne en demande d’aide ne fera aucun travail réel sur elle.

Elle sera alors doublement en souffrance, le vivra comme une double peine, et se bloquera dans une forme de déni : y aurait-il tout de même un avantage à ne pas parler de soi, un « profit » à ne pas avancer ? Car la découverte de soi oblige toujours à une rupture : celle avec la personne que l’on était « avant ». Et accepter cette séparation est aussi difficile que salvateur. Accepter ouvre surtout la porte à une réalité : Je n’étais pas (plus) moi, je me retrouve, et je m’aime ainsi. Je suis un(e) humain(e), et non l’étoile que l’autre doit contempler, admirer, ou tenter de décrocher.

« Les étoiles sont très jolies mais elles ne peuvent prendre part à aucune action; elles se contentent de regarder sans fin. C’est une punition qu’on leur a imposée pour quelque chose qu’elles ont fait il y a si longtemps qu’elles-mêmes ne se rappellent plus ce que c’était. »
Sir J.-M. Barrie

©Anne-Laure Buffet

 

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UN MOIS DE JANVIER 2016 ET DE NOUVELLES RENCONTRES À VENIR

L’année 2015 touche à sa fin. Pour certains, elle fut lourde de procédures, de nouvelles difficultés, de violences diverses, de tristesses et d’angoisses. Pour d’autres ce fut l’année de la prise de conscience, de la compréhension, du passage à l’acte, du changement, de la séparation. Pour d’autres encore, les combats qui ne cessent jamais, qui semblent sans fin, et sans justice, sans reconnaissance, sans changement.
Pour tous, c’est une année de plus qui se termine, et une autre qui va bientôt commencer, avec son lot de nouveaux espoirs, de nouvelles énergies, de nouvelles craintes aussi.
Une nouvelle année au cours de laquelle CVP va essayer de vous accompagner au mieux, sachant qu’il n’est pas possible malheureusement de répondre à toutes vos demandes d’aides et de soutiens.

Dès le mois de janvier, divers rendez-vous sont proposés :

  • Les 8, 15 et 26 janvier, des débats animés par Anne-Laure Buffet sur la maltraitante familiale et maternelle sont prévus au cinéma le St André des Arts, après la projection du film Sous la peau, réalisé par Katia Scarton-Kim et Nadia Jandeau. Le film est un huis-clos entre 5 soeurs, victimes de maltraitance maternelle, se retrouvant pour l’anniversaire de leur mère, anniversaire qui va donner lieu à un drame.
    La projection du film est à 13h, et les débats suivront le film.
  • Le samedi 9 janvier, un groupe de discussion autour du thème « L’enfant et l’aliénation parentale » se réunit à Boulogne Billancourt à 15h. Informations et inscription : associationcvp@gmail.com. N’hésitez pas si vous souhaitez nous rejoindre à vous inscrire rapidement, le groupe étant presque au complet. 
  • Le mardi 19 janvier, une formation est proposée sur le thème : Confiance en soi – Estime de soi – Amour de soi, à Boulogne Billancourt, de 14h à 18h. Informations et inscription : associationcvp@gmail.com. (Attention, la même formation est prévue le 12 janvier mais est déjà complète et fermée aux inscriptions)
  • Le mercredi 27 janvier, une rencontre petit-déjeuner sur le thème « Oser parler » est prévue de 9h à 11h à Boulogne Billancourt. Informations et inscription : associationcvp@gmail.com

Enfin, la sortie du livre de Anne-Laure Buffet,  « Victimes de violences psychologiques – de la résistance à la reconstruction » est prévue le 14 janvier 2016, aux éditions le Passeur.

Elles sont épuisées, dans l’incompréhension, détruites. Ombres d’elles-mêmes, partagées entre la culpabilité, la honte, la peur, le doute, elles sont convaincues de n’être plus rien, de n’avoir jamais été qui que ce soit. Elles disent avoir perdu l’espoir, le courage et la foi. « Elles », ce sont les victimes de violences psychologiques. Enfants, adultes, conjoint(e)s, les victimes n’ont ni âge, ni sexe. Trop souvent, la violence psychologique demeure incomprise, voire réfutée, et la
plupart des auteurs s’interrogent sur les pervers narcissiques en occultant leurs victimes. Dans ce livre, Anne-Laure Buffet leur donne la parole. Elle expose les processus conduisant à devenir une proie et propose un questionnaire inédit pour repérer l’emprise d’une personnalité toxique. Elle montre, à l’aide d’exemples cliniques concrets, les lourdes conséquences psychiques induites par la violence. Enfin, elle offre des clefs pour aider les victimes à se reconstruire et vivre pleinement.
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Nous vous souhaitons une bonne fin 2015 à tous, beaucoup de forces et de nouvelles énergies, de partages et de nouvelles rencontres.

Anne-Laure Buffet – Présidente de CVP – Contre la Violence Psychologique

LA BELLE AU BOIS DORMANT

Petite analogie, ou comment utiliser un conte de fées… pour ne pas rêver :

Vous connaissez l’histoire de la Belle au Bois dormant.

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Aurore, princesse bien-aimée de ses parents,  de la Cour et du royaume, se retrouve prise comme objet de la vengeance d’une sorcière qui n’avait pas été invitée à célébrer sa naissance. Celle-ci jette un sort à un fuseau, auquel la princesse va se piquer. Elle s’endort pour cent ans, tout comme le château et ses habitants ; jusqu’au jour où un prince redécouvre le château, se fraye un passage à travers la végétation qui le recouvre, et, en embrassant la princesse, la réveille – ou la ramène à la vie, selon les interprétations – ainsi que tous les habitants du château.

Alors, imaginez un instant…

La personnalité toxique est cette vieille sorcière. Jalouse, folle de rage de ne pas avoir pu participer et jouir des dons reçus par un(e) autre, elle cherche à attirer cet(te) personne à elle, à le (la) séduire, pour mieux le (la) posséder, et lui prendre ce qu’elle n’a pas (si on pense au conte : les dons reçus des fées par la princesse à son baptême).
La séduction se fait de diverses manières. Si on repense au dessin animé de Walt Disney, il suffit de se souvenir de la musique ainsi que des lumières qui changent lorsque la jeune Aurore va grimper les marches de l’escalier jusqu’au fuseau ensorcelé.
En se piquant, Aurore cède à la séduction ; attirée malgré elle, elle ne peut résister. Elle devient alors le jouet de la sorcière.
Or, la sorcière, en endormant Aurore, et le royaume, ne reçoit pas pour autant les dons qu’elle convoite ; elle les a « simplement » endormis, donc tenus à l’écart, pour qu’ils ne lui fassent pas d’ombre.

La victime d’une personnalité toxique, ou si l’on n’utilise le terme de « victime », pour le moins la personne sous emprise d’une personnalité toxique, est endormie : elle ne se rend pas compte qu’elle disparaît peu à peu, qu’elle s’évapore au contact de la personnalité toxique. Son entourage (dans le conte, le château et ses habitants) n’en est pas non plus conscient. Lui aussi est endormi, sous le « charme » ou plutôt le sort jeté par la personnalité toxique.

C’est le plus souvent un élément extérieur, un fait ou une personne objective (le prince), qui vont provoquer une réaction, et permettre à la personne sous emprise de se réveiller.

Bien sûr l’analogie est facile.
Mais les contes de fées, rappelez-vous, sont comme des paraboles ou des métaphores. Ils sont fait pour enseigner.

Et si l’on revient au dessin animé, lorsque la sorcière devient dragon avant d’être abattue par le prince, sa colère destructrice, prête à tout enflammer, à tout perdre, plutôt que de renoncer, peut bien s’apparenter à ce que met en place une personnalité toxique qui sent sa « proie » lui échapper.

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ABUSÉE PAR MON PSY – TÉMOIGNAGE

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Angélique a 15 ans quand sa soeur jumelle meurt clans l’accident de voiture dont elles ont toutes les deux été victimes. La jeune femme s’enfonce dans une détresse insondable et, sur les conseils de sa famille, est envoyée vers un psychothérapeute. Cet homme chargé de guérir l’âme se transforme en prédateur et soumet Angélique à ses fantasmes sexuels, sous prétexte de l’emmener sur le chemin de la guérison. La jeune femme est un gibier tout trouvé : fragile, bientôt dépendante de lui, elle sombre dans un enfer de dépendance psychique et sexuelle qui durera… 17 ans. Le passage à l’acte sexuel est une transgression majeure dans le fonctionnement de la cure thérapeutique. C’est une faute morale, éthique et déontologique pénalement condamnable, mais c’est aussi une faute technique qui compromet toute amélioration et empêche toute perspective de guérison. II faudra bien du temps et des efforts pour qu’Angélique, soumise à des actes brutaux et des leurres qui l’étourdissent, retrouve des repères moins fous et s’épanouisse dans ce qui est sa voie : l’expression artistique. II lui a fallu beaucoup de courage pour oser raconter son histoire, qui a pour but d’interpeller le monde soignant et de mettre en garde les futures victimes. Pendant combien de temps encore les abus sexuels, clans le cas d’une prise en charge thérapeutique, seront-ils un sujet tabou frappé de déni et de honte ?

ABUSÉE PAR MON PSY – ANGÉLIQUE BÈGUE

Et Angélique Bègue sur Facebook

 

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J’ATTENDS – JACQUES PRÉVERT

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J’attends le doux veuvage j’attends le deuil heureux
Il a mis en veilleuse ma lampe d’Aladin il m’a appelée menteuse et je ne disais rien

J’attends le doux veuvage j’attends le deuil heureux

En entrant au bordel il a retiré son alliance et là il a choisi
une femme à ma ressemblance
Et puis de tous mes noms et prénoms et surnoms fébrilement il l’a insultée et subitement il l’a fouettée
Avec moi il n’osait

Tu es ma chienne ton seul nom c’est
Fidèle et pour moi fais la belle
Voilà ce qu’il lui disait

J’attends le doux veuvage j’attends le deuil heureux

Et puis
il s’est jeté sur moi
comme sur sa pire ennemie
et il m’a embrassée
et il m’a caressée
et j’étais pleurait-il
tout l’amour de sa vie

J’attends le doux veuvage j’attends le deuil heureux

Déjà mon amoureux lave le sang du meurtre dans les eaux de mes yeux.

LEUR SEUL MOT D’EXCUSE

Parce que « ce n’est pas – leur – faute ». 

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Parce qu’ils sont incapables de sentiment, donc incapables d’excuse. Et comme le répète Valmont, sous les conseils de Madame de Merteuil : « Ce n’est pas ma faute ».
Les Liaisons dangereuses, de Choderlos de Laclos, où une approche romanesque de la perversion narcissique.

DES LIAISONS TRES DANGEREUSES

Quand le pervers narcissique devient héros de roman…

La marquise de Merteuil, dans le célèbre roman épistolaire Les Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos (1772), tire les ficelles, se proposant comme prêtresse de l’amour : sa mission, la propagation et la diffusion de l’amour, l’éveil de l’être sensuel, voire dépravé, qui gît au fond des humains.

L’intrigue est nouée après que la marquise se refuse à Valmont en lui proposant un pacte pervers : elle l’acceptera le jour où il aura obtenu les faveurs de madame de Tourvel, mais il faudra que Valmont lui en apporte la preuve écrite (Lettre 20).

Le vicomte de Valmont se lance à la conquête de Mme de Tourvel, qui refuse ses assiduités. Il invente de nouvelles ruses, simule des tourments, évoque sa bonne foi, prouve sa générosité, son dévouement. Il s’accroche à son projet galant, et si sa détermination faiblit, la marquise, qui suit par lettres toute l’affaire, lui vante les mérites de Mme de Tourvel (Lettre 38) en dévoilant en elle l’être sensuel qui s’ignore.

« Savez-vous que vous avez perdu plus que vous ne croyez à ne pas vous charger de cet enfant ? elle est vraiment délicieuse ! Cela n’a ni caractère ni principes ; jugez combien sa société sera douce et facile. Je ne crois pas qu’elle brille jamais par le sentiment ; mais tout annonce en elle les sensations les plus vives. Sans esprit et sans finesse, elle a pourtant une certaine fausseté naturelle, si l’on peut parler ainsi, qui quelquefois m’étonne moi-même, et qui réussira d’autant mieux que sa figure offre l’image de la candeur et de l’ingénuité. Elle est naturellement très caressante, et je m’en amuse quelquefois : sa petite tête se monte avec une facilité incroyable ; et elle est alors d’autant plus plaisante qu’elle ne sait rien, absolument rien, de ce qu’elle désire tant de savoir. »

La marquise traitera Valmont de couard, se moquera de sa gaucherie dans la lettre 81.

« Que vos craintes me causent de pitié ! Combien elles me prouvent ma supériorité sur vous ! et vous voulez m’enseigner, me conduire ? Ah ! mon pauvre Valmont, quelle distance il y a encore de vous à moi ! »

Elle va également « s’inquiéter des bruits qui courent sur lui ».

Puis, quand Valmont a enfin « vaincu » Mme de Tourvel, en se servant des bons offices d’un prêtre, il écrit à la marquise : « et depuis hier, elle n’a plus rien à m’accorder… », comme si l’anéantissement commençait désormais à tisser sa toile.

La marquise, devenue jalouse, au comble de sa perfidie, fera envoyer une lettre dévoilant à Mme de Tourvel le double jeu de Valmont (Lettre 141). Madame de Merteuil pousse Valmont à éconduire Madame de Tourvel avec cruauté, froideur, et mépris, en ne lui exposant comme simple argument, maintes fois répété : « Ce n’est pas ma faute ».

A la lettre 145, Valmont se vera félicité par Madame de Merteuil :

« Sérieusement, Vicomte, vous avez quitté la Présidente ? vous lui avez envoyé la lettre que je vous avais faite pour elle. En vérité, vous êtes charmant ; et vous avez surpassé mon attente ! J’avoue de bonne foi que ce triomphe me flatte plus que tous ceux que j’ai pu obtenir jusqu’à présent. Vous allez trouver peut-être que j’évalue bien haut cette femme, que naguère j’appréciais si peu ; point du tout : mais c’est que ce n’est pas sur elle que j’ai remporté cet avantage ; c’est sur vous : voilà le plaisant et ce qui est vraiment délicieux. »

On connaît la suite… Madame de Tourvel neurasthénique et dépressive, finira par mourir. Valmont décèdera lui aussi dans un duel… mais avant de partir, il révèlera, en communiquant les lettres de Madame de Merteuil, qui était vraiment ce personnage.

La dernière lettre de ce roman montre la « chute » de madame de Merteuil, chute sociale et désavoeu de tous, seule souffrance que le pervers narcissique peut réellement ressentir.

« Le sort de madame de Merteuil paraît enfin rempli, {…}, et il est tel que ses plus grands ennemis sont partagés entre l’indignation qu’elle mérite, et la pitié qu’elle inspire. J’avais bien raison de dire que ce serait peut-être un bonheur pour elle de mourir de sa petite vérole. Elle en est revenue, il est vrai, mais affreusement défigurée ; et elle y a particulièrement perdu un oeil. Vous jugez bien que je ne l’ai pas revue ; mais on m’a dit qu’elle était vraiment hideuse.

Le marquis de *** {…} disait hier en parlant d’elle que la maladie l’avait retournée, et qu’à présent son âme était sur sa figure.

Qui pourrait ne pas frémir en songeant aux malheurs que peut causer une seule liaison dangereuse ? {…} Mais ces réflexions tardives n’arrivent jamais qu’après l’évènement ; et l’une des plus importantes vérités, comme aussi des plus généralement reconnues, reste étouffée et sans usage dans le tourbillon de nos meours inconséquentes.

Adieu, ma chère et digne amie ; j’éprouve en ce moment que notre raison, déjà si insuffisante pour prévenir nos malheurs, l’est encore davantage pour nous en consoler. »

Dans le comportement de madame de Merteuil qui « joue » avec Valmont, comme un chat avec une souris, on reconnaît bien les étapes par lesquelles passent ce « jeu » du pervers narcissique : séduction, emprise, manipulation, diffamation, accablement, destruction, mise à mort…

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