DEUIL, ACCEPTATION, PARDON – NOTE DE SYNTHÈSE

Que veut dire « faire son deuil » ?

Le mot ‘deuil’, qui dérive du latin ‘dolus’, déverbal de ‘dolere’ (souffrir), désigne, au Xe siècle, la douleur ou l’affliction que l’on éprouve lors de la mort d’un proche.

Au XVe siècle il désigne aussi le décès, la perte d’un être cher. Il aura également plus tard divers sens plus ou moins figurés, tous liés à la mort ou à une grande tristesse.

C’est dans la première moitié du XIXe siècle qu’apparaît notre expression qui ne s’applique d’abord qu’à une chose -qui peut disparaître, mais ne meurt pas- avant, bien plus récemment, de s’utiliser aussi à propos d’une personne.
 Elle marque bien la difficulté qu’il y a à accepter la perte d’une chose à laquelle on tenait beaucoup ou d’un proche et, pour ce dernier, à se faire à l’idée de ne plus jamais le voir, la résignation n’étant qu’un sentiment forcé, non naturel, une acceptation par obligation.

Un des points essentiels est de se réapproprier ce qui s’est passé.

Le deuil renvoie à toute la palette des apprentissages de la perte. Il en résulte une grande diversité des réactions possibles. Il n’existe pas d’attitude « bonne », et la seule réaction « mauvaise » est de laisser les difficultés – une fois comprises – s’enfermer dans un cercle de souffrance inaccessible mais agissant.

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LE SILENCE DES VICTIMES

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RA : -Pourquoi est-ce si difficile de comprendre une victime, alors que c’est tellement expliqué dans les médias ?

ALB : – Parce que ce serait accepter d’entendre l’horreur. Parce que pour un proche, pour un père, pour une soeur, pour un ami, pour un enfant, pour une cousine, pour les voisins, c’est comprendre qu’ils ont été, eux aussi, bernés. Manipulés. Arnaqués et trahis. Parce que c’est également déchirer un voile, ou plus exactement un rideau extrêmement épais et opaque, derrière lequel on ne peut deviner ce qu’il se passer, et qu’on ne cherche même pas à soulever. Comme au théâtre tant que le rideau est baissé, le spectateur est impatient de savoir ce qu’il se passe derrière ce rideau. Mais quand il s’agit de violences conjugales, le spectateur souvent innocent va découvrir des coups, des cris, des injures, du mépris, du silence, des os brisés, du sang, des viols psychiques et physiques, des enfants mutilés dans leur coeur et leur âme.
Parce que la violence se tait. Elle n’est pas festive, elle n’est pas hurlante, elle n’est pas partageuse. Elle se consacre et se concentre sur une personne, ou sur un noyau familial. Mais c’est une belle actrice. Elle se farde et se maquille et demande un parfait masque à tous ceux qui la vivent. Il faut sourire, il faut rire, il faut se taire, il faut aller bien. C’est le devoir des comédiens que la violence sélectionne sans qu’ils le sachent.
C’est extrêmement compliqué pour ceux qui n’ont rien vu, n’ont rien fait, d’avoir les mots, les gestes adaptés pour aider les victimes. Ils sont projetés dans leur propre histoire et soit préfèrent qu’elle ne soit pas contrariée, soit ne supportent plus ce qu’eux-même connaissent et ne savent pas fuit. Ils se sentent incapables, souvent lâches, parfois stupides. Ils cherchent à consoler, mais comment consoler une mère dont les enfants se font ouvrir le ventre par les mots et les gestes d’un père maltraitant, chaque soir ? Comment rassurer un père dont l’épouse rabaisse la fratrie, l’ignore, la brutalise, cassant le mythe parfait de l’amour maternel ? Et lui qui reste là, semblant être les bras ballants, pris entre la peur de sa compagne et la peur de voir ses enfants être détruits ? Que dire à une soeur, une amie qui s’affaisse lentement mais sûrement, de plus en plus, chaque jour, et qui semble refuser d’entendre par peur des représailles ? A quel moment est-il possible de faire une distinction entre l’incapacité de  fuir cette violence et le choix de s’y soumettre ?

RA : -Pourtant les victimes parlent à leurs proches, à des professionnels ?

ALB : -Non. Rarement. A qui voulez-vous qu’elles parlent ? Elles vont entendre qu’elles ne sont pas mortes, même pas blessées, qu’on ne peut pas faire grand chose. Ou que leur mari sera informé, convoqué… et laissé libre de rentrer chez lui, et de frapper celle qui a dénoncé. Comment un enfant peut-il comprendre et surtout verbaliser que son père, sa mère ne l’aime pas ? Est-ce normal pour un enfant de ne pas être aimé ? Non. Un enfant qui n’est pas aimé est un enfant qui a commis une faute. Alors il se tait. Quand il n’entend pas de la part de son autre parent qu’il l’a bien cherché ; quand il ne se fait pas insulter et menacer, en voulant dénoncer un inceste, de vouloir détruire l’équilibre de la famille, de rompre le secret « magique » qui vit avec celle-ci. Oui, à qui voulez vous qu’elles parlent, lorsque les médecins ne reconnaissent pas la violence, lorsque le personnel soignant semble sourd ? Lorsque la peur de se retrouver jugé(e) dépressif, d’être éloigné(e) des enfants, de ne plus pouvoir les protéger, les oblige à se taire ?

RA : – Les victimes ont bien des mots, une langue, un moyen de s’exprimer ?

ALB : -Elles n’ont plus de mots. Elles ont honte. Elles ont peur. Elles sont salies, et se sentent sales et pensent qu’elles seront vues ainsi. Elles se taisent. Elles taisent la vérité. Elles oublient pour tenter de survivre. Elles s’enfoncent dans ce silence. Elles fondent dedans, s’y éteignent, s’y noient. Elles étouffent. Elles n’ont plus d’air, plus de paroles. Les victimes meurent lentement d’une mort annoncée sans bristol, sans faire-part. D’une mort quasi inévitable.

Extrait de l’interview de Anne-Laure Buffet par Roland André.
(Intégralité de l’interview à venir…)

annelaurebuffet@gmail.com

GROUPE DE PAROLE : PERSONNALITÉ TOXIQUE ET EMPRISE

 

UN GROUPE DE PAROLE SE RÉUNIRA LE SAMEDI 12 AVRIL

THÈME :

PERSONNALITÉ TOXIQUE, RELATION D’EMPRISE

 

GROUPE COMPLET

 

CE GROUPE DE PAROLE ACCUEILLERA VIRGINIE MEGGLÉ, PSYCHANALYSTE
Virginie Megglé viendra nous parler de son travail de psychanalyste, de son approche adlérienne,
et de son dernier ouvrage : « Le bonheur d’être responsable, vivre sans culpabiliser », ed. Odile Jacob

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QU’EST-CE QU’UNE PERSONNALITÉ TOXIQUE ?
Pervers narcissique, manipulateur, dépendant affectif, parent castrateur, maltraitant…
Quelles sont ces personnalités qui nous entourent et nous étouffent ?
Pourquoi les qualifier de « toxique » ? Le sont-elles pour tout le monde ?

QUELS COMPORTEMENTS ? QUELLES CONSÉQUENCES ?
Comment agit la personnalité toxique ? À quoi peut-on la reconnaître ?
Quelles sont les grandes caractéristiques ? Qui sont les victimes ?

RECONNAÎTRE UNE RELATION D’EMPRISE ET EN SORTIR
La prise de conscience – Le travail de deuil – La reconstruction

Cette réunion aura lieu à Boulogne Billancourt
(15 participants maximum)

 

Merci de vous inscrire par mail avant le 8 avril auprès de : associationcvp@gmail.com

Vous recevrez alors en retour une confirmation de votre inscription ainsi que l’adresse et le plan d’accès.

L’IDENTIFICATION À L’AGRESSEUR

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Ferenczi a développé une notion tout aussi célèbre qu’utile : l’identification à l’agresseur (voir : Confusion de langue entre les adultes et l’enfant). Cette identification est le moment clé dans la dynamique du trauma chez l’enfant.

L’enfant vit le choc – le trauma – de façon passive. Il le vit avec effroi, peur, angoisse, incompréhension, soumission. Il va ensuite le reproduire sur le mode actif, de manière compulsive. Il ne peut s’arrêter seul. Il devient alors agresseur. Ce qui se produit alors est le retournement en son contraire de la pulsion.
Lorsque l’identification avec l’adversaire le plus fort – l’agresseur – est installée, les mécanismes de la honte et de la culpabilité vont prendre le devant de la scène. La culpabilité est incorporée. Le psychisme de l’enfant victime l’introjecte.

« Cette peur quand elle atteint son point culminant oblige les enfants à se soumettre automatiquement à la volonté de l’agresseur, à deviner le moindre de ses désirs, obéir en s’oubliant complètement, et à s’identifier totalement à l’agresseur. Par identification, disons introjection de l’agresseur, celui-ci disparaît en tant que réalité extérieure et devient intra-psychique. » (Ferenczi)

L’enfant abusé finit par obéir de façon mécanique – il est robotisé par l’agression et donc l’agresseur lui-même. S’il n’obéit pas, il se bute. En tout état de cause il ne peut comprendre les raisons de son comportement. Il agit sans conscience de ce qu’il acte. Une partie de la personnalité reste bloquée à un instant donné, brutalisé. L’affirmation de soi est rendue impossible, particulièrement en cas de déplaisir.

FAIRE ENTENDRE LA VOIX DES VICTIMES

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Pervers narcissiques… Un terme à la mode, terriblement à la mode… Il apparaît partout, on ne peut presque pas y échapper, et pourtant bien peu comprennent ce qu’il en est vraiment, et surtout les conséquences pour les victimes. Pourtant, les dangers sont tels qu’il faut à tout prix les entendre et les protéger.

Pervers narcissiques, vampires, monstres, harceleurs, manipulateurs, fous… Combien de faux synonymes existent-ils encore afin de qualifier ces personnes si peu dénuées d’âme, d’empathie, d’amour tout simplement, amour au sens large du terme ? Ce qui est certain, c’est que les médias tous autant qu’ils sont en parlent, en font des sujets du jour ou de la semaine ; les reportages et interviews se multiplient, les spécialistes semblent aussi nombreux que les cailloux sous les sabots d’un cheval.

Pourtant la perversion narcissique est souvent mal expliquée et donc mal comprise. Ses caractéristiques et de fait ses conséquences restent survolées, malgré les efforts de nombreux thérapeutes et professionnels pour informer largement. Les amalgames et les comparaisons nocives s’enchaînent, avec le risque concomitant de qualifier de PN untel ou unetelle qui ne l’est pas.

Pendant que l’on parle à tire-larigot de ces PN, et que l’on évoque par le biais de rares témoignages – car les victimes n’osent pas parler – on oublie le sort, justement, des victimes.

Or, le sort est terrible : incomprises, jugées, critiquées parfois car paraissant pleurnichardes ou exigeantes, se sentant coupables et honteuses, atteintes dans leur intégrité physique, psychique et matérielle, leur quotidien est proche de l’enfer.

Ce qui leur est conseillé : fuir. Certes. Mais comment, où, quand ? Et ensuite, que va-t-il se passer ? Pour certaines, les plus chanceuses, bien trop rares, le ou la PN va de lui-même s’éloigner et se trouver une autre proie. Pour les autres victimes, les plus nombreuses, partir ne signifie pas mettre un terme au cauchemar, mais le poursuivre; Après les vexations, humiliations, jugements permanents, après avoir été mises à mal, à terre, blessées dans leur esprit et leur corps, elles doivent maintenant affronter tant la colère et l’envie de détruire du PN qu’une justice qui n’y entend pas grand chose, qui protège et répare bien peu, et un corps médical souvent ignorant ou mal informé donc incapable de soigner tant le corps que l’âme.

La victime arrive avec ses faiblesses, ses échecs, sa dépréciation complète d’elle-même. Le PN pendant ce temps continuera d’user des armes qui lui sont chères : la critique, la victimisation, la culpabilisation, la séduction… Il saura ainsi faire croire habilement à tout un chacun que lui, elle, malgré tout, va très bien, que c’est l’autre le grand coupable de tout. Et le plus affreux de tout c’est que bien souvent il sera cru.

En cas de conflit et de procédure juridique, parler et accuser l’autre d’être PN alors qu’on est sa victime est presque impossible, car la peur des représailles tout autant que celle de n’être pas compris(e) rendent muets. Celui ou celle qui mettra en avant cette déviance est, le plus souvent, le PN lui-même. La victime se trouve face à un nouveau mur : devoir prouver qu’elle va bien.

Alors, plutôt que de se battre, par crainte de tout ce qu’elles vont encore perdre, jusqu’à leur santé, jusqu’à leurs enfants, elles se taisent.

Au pays des Droits de l’Homme, à l’heure où le pouvoir de la presse est inconstesté et inconstestable, à l’époque où la Justice veut se faire respecter et entendre, certaines victimes de monstres, car il n’y a pas d’autre terme pour qualifier simplement les PN, se retrouvent prises au piège d’un engrenage qui les écrase lentement, sûrement, et sans qu’elles ne puissent être entendues.

Il est temps de faire changer cela. Il est temps de faire entendre des voix. Il est temps que le monde bouge.

NE PAS SE TROMPER DE CIBLE

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Ce blog a deux mois.
À l’instant où j’écris l’article, il a reçu 7824 visites. Ce chiffre parle de lui-même. Les manipulateurs, les pervers narcissiques, effraient, envahissent, détruisent, deviennent malheureusement un quotidien. Une cause de destruction.
Depuis l’existence du blog, et de la page FACEBOOK, j’ai reçu de nombreux témoignages.
J’ai également eu des appels au secours.
Avec, souvent, des situations d’une extrême urgence à gérer.
Je réponds toujours. Même le week-end. Les jours fériés. La nuit. Je suis le plus possible présente, à l’écoute et dans la recherche de solutions.

Je SAIS ce que vit une victime de PN. Je l’ai écrit sur ce blog.

Je sais sa souffrance. Ses peurs. Ses doutes. Sa solitude. Sa culpabilité.
Je comprends et j’entends le besoin, la nécessité de parler. Et celle d’avoir une oreille attentive, chaleureuse, compréhensive.

Puis, il faut passer à l’action. Comprendre les conséquences d’une vie avec un PN est une première étape. C’est la prise de conscience. Reste le plus douloureux. AGIR. Oublier la compassion que l’on espère et que l’on recherche. Oublier les mots qui réconfortent, pendant un temps. Oublier la peine, pour pouvoir être efficace.
Et ne pas se tromper de cible.
Ceux qui, comme moi, sont prêts à aider, à informer, à accompagner, donnent de leur temps et le font volontiers, vont devoir aussi, souvent, être directs quand il faut agir. Car il ne faut plus perdre de temps. Face à une question pratique : que faire ? il faut répondre de manière aussi pratique. Si la réponse semble brutale, dénuée de sentiments, c’est une erreur de la part de celui qui la reçoit de l’entendre ainsi. La vraie brutalité serait de ne pas répondre.
Je ne suis là pour culpabiliser personne.
Mais quand un sauveteur vient repêcher celui qui se noie, il ne cherche pas à savoir s’il risque de l’écorcher, de lui faire un bleu, de l’égratigner. Il panse les plaies lorsque le noyé est sorti de l’eau.
Quand j’interviens auprès d’une victime, comme ce sauveteur, je sais que mes paroles peuvent être mal perçues. Elles sont faites pour faire agir. Pour entreprendre des démarches, constituer un dossier, se mettre à l’abri.

Les plus grandes blessures, les plus grandes cicatrices, elles sont dûes au PN. Chaque effort pour le quitter fait mal et laisse une trace. Mais sans ces efforts, il est impossible de s’en sortir. Aussi douloureux soient-ils. Et si parfois la douleur semble plus forte, c’est qu’elle annonce aussi la fin du tunnel, la « guérison ».

DIRE NON À LA HONTE

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Afin de sortir, et de sortir au mieux, des griffes du pervers narcissique, il est fondamental de commencer par chasser la honte.

La honte est un sentiment partagé par l’ensemble des victimes. Il n’est donc pas honteux… d’avoir honte. Et c’est un sentiment profondément ancré. Il se cache derrière du rire, de la dérision, du cynisme. La victime entendra dire d’elle qu’elle est caustique, acerbe, qu’elle rit aux éclats, trop vite, trop facilement. C’est uniquement une façade, et cette façade ne devrait tromper personne. Ni l’entourage, ni, et principalement, la victime, qui se sent plus forte en adoptant de tels comportements.

Elle n’est pas plus forte. Elle protège. Elle se ment. Elle se trompe. Elle tait une vérité qui doit être énoncée.

Ce qui retient de parler ? Ce qui provoque la honte ? La peur du jugement, la peur du regard de l’autre. La peur de la sanction. La crainte de le dire comme un aveu de faiblesse, là où la faiblesse n’a pas lieu d’être et d’être citée.

La peur de la sanction également qui se traduit par « tu ne vaux rien ».

La victime confond deux notions : être victime et être coupable. La honte vient du sentiment de cécité de la victime, qu’elle doit verbaliser, avouer. Se dire soumis, c’est avouer une faiblesse, alors qu’encore une fois il n’y a ni faiblesse ni lâcheté. Le PN sait à qui il s’en prend, et encore une fois, le PN s’en prend à celui qui est plus fort que lui, plus fort et bienveillant.

La honte dissimule une colère aussi sourde que sournoise, qui retourne contre la victime le sentiment de cim-lpabilité mêlé à la prise de conscience du manque de lucidité. La victime aurait dû être lucide. Elle oublie, ou elle ne sait pas, qu’elle ne pouvait pas l’être.

La victime doit savoir se pardonner. Et pour se pardonner, elle doit retrouver confiance en elle, elle doit apprivoiser à nouveau l’estime d’elle-même, mis à mal, voire à terre, par le PN.