DEUIL, ACCEPTATION, PARDON – NOTE DE SYNTHÈSE

Que veut dire « faire son deuil » ?

Le mot ‘deuil’, qui dérive du latin ‘dolus’, déverbal de ‘dolere’ (souffrir), désigne, au Xe siècle, la douleur ou l’affliction que l’on éprouve lors de la mort d’un proche.

Au XVe siècle il désigne aussi le décès, la perte d’un être cher. Il aura également plus tard divers sens plus ou moins figurés, tous liés à la mort ou à une grande tristesse.

C’est dans la première moitié du XIXe siècle qu’apparaît notre expression qui ne s’applique d’abord qu’à une chose -qui peut disparaître, mais ne meurt pas- avant, bien plus récemment, de s’utiliser aussi à propos d’une personne.
 Elle marque bien la difficulté qu’il y a à accepter la perte d’une chose à laquelle on tenait beaucoup ou d’un proche et, pour ce dernier, à se faire à l’idée de ne plus jamais le voir, la résignation n’étant qu’un sentiment forcé, non naturel, une acceptation par obligation.

Un des points essentiels est de se réapproprier ce qui s’est passé.

Le deuil renvoie à toute la palette des apprentissages de la perte. Il en résulte une grande diversité des réactions possibles. Il n’existe pas d’attitude « bonne », et la seule réaction « mauvaise » est de laisser les difficultés – une fois comprises – s’enfermer dans un cercle de souffrance inaccessible mais agissant.

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CES MÈRES QUI MALTRAITENT LEUR ENFANT

« Enfants victimes de comportements toxiques et de maltraitance… Enfants devenus adultes… Peut-on pardonner… »

Voici un témoignage reçu en accord avec notre thème de février et mars : Parents toxiques – Enfants en souffrance
L’auteur du témoignage sera sur le plateau de Sophie Davant, dans l’émission Toute une histoire, demain jeudi 26 mars : « Qui sont ces mères qui maltraitent leur enfant ?« 

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« La maltraitance a fait partie de mon quotidien entre l’âge de 6 ans environ et 16 ans. La maltraitance physique était doublée d’une maltraitance psychologique de la part de ma mère envers deux de ses trois filles après son divorce. Elle ne communiquait avec nous que par la violence physique et verbale. Notre sœur aînée avait un rôle différent, mais aussi destructeur.

J’encaissais relativement bien la maltraitance physique que je qualifie de « légère ». Les gifles, les coups, les mises à genoux mains sur la nuque, les tirages de cheveux provoquant des plaques de pelade… s’abattaient sans raison autre qu’un regard mal dirigé, un sourire considéré comme une moquerie ou une grimace, une parole jugée inconvenante, une mèche de cheveux de travers, un vêtement malencontreusement taché, une gaieté qu’elle ne supportait pas.

La maltraitance psychologique a été pour moi la plus grave. J’étais le diable, la souillon, la mauvaise, celle dont on ne pouvait absolument rien tirer, j’irai droit en enfer, rien de moi ne pouvait être sauvé.

Quelques désordres dans mon comportement sont apparus : je volais et j’agressais les passants. Je me suis isolée dans un monde intérieur, à l’abri des tensions, du manque d’amour et des souffrances, meneuse de jeux de rôle que je déroulais selon l’urgence de réparer, de recréer un monde amical. Sur le plan scolaire, je suis passée à côté des apprentissages fondamentaux par l’absence de concentration. Puis la honte et le dégoût de soi sont apparus, j’ai appris à baisser la tête, à longer les murs pour passer inaperçue, à me faufiler sans que l’on me voie, à me taire, à ne plus prendre d’initiative…

Dans la lecture, j’ai trouvé la nourriture nécessaire à ma vie intérieure parallèle, les livres m’ont appris que le bonheur était accessible, que l’amour existait et ma réadaptation a commencé pendant l’épreuve. Grâce à mes lectures je pensais que l’on devait vivre plusieurs vies et que le moment viendrait pour moi d’en vivre une qui me conviendrait. Je me suis projetée sur cet avenir accessible où je ne laisserai pas filer le bonheur.

Effectivement, après ces années d’épreuve, je n’ai connu que du bonheur.

Peut-on pardonner ?

En grandissant, vers l’âge de 14/15 ans je crois, j’ai compris que ma mère se servait de ses filles pour détruire son ex-mari selon l’objectif qu’elle s’était fixé (elle a même crevé ses quatre pneus de voiture pour qu’il ait un accident lors de la tentative de réconciliation) et j’ai commencé à avoir un regard critique sur son comportement vis-à-vis de nous.

J’ai compris aussi que la maltraitance dont nous étions victimes n’était pas dirigée contre nous, mais contre son ex-mari qui l’avait abandonnée et dont elle gardait une profonde blessure. Chaque fois qu’elle nous frappait et nous humiliait sans état d’âme, c’était lui qu’elle frappait et humiliait. Ce n’était pas moi qu’elle voyait quand elle me frappait, c’était lui et elle avait juré de le détruire et de le conduire « jusqu’aux portes de l’enfer ». Comme elle ne pouvait pas l’atteindre, elle allait détruire ses filles. Après que j’ai eu cette révélation, je ne me suis pas trouvé d’autre solution que de la quitter.

Un matin, après une scène violente dont j’étais la cible, ma sœur Annie et moi l’avons quittée pour rejoindre notre père. Ce jour-là, j’ai cru comprendre que si elle avait eu un fusil, elle m’aurait tuée parce que je manifestais un sang-froid et restais impassible devant sa violence, ce qu’elle n’a pas supporté. Mon attitude indifférente lui révélait toute sa faiblesse et ma force. Plus j’étais maître de moi, plus elle se montrait violente.

Peu de temps après mon départ, je lui ai envoyé une lettre dans laquelle je lui ai demandé pardon de n’avoir pas su me comporter selon ses convictions. Elle n’a pas répondu.

Après avoir refusé de revoir ses filles pendant plus de trente-cinq ans, elle a souhaité reprendre contact avec elles. Nous avons eu, elle et moi, deux années de relation riches, interrompues par son décès. Nous n’avons pas évoqué ces terribles années. Pour qu’il y ait pardon, il faut une demande de pardon, elle n’est pas venue. Pour moi, cela n’a eu aucune importance, j’avais rendez-vous avec son cœur apaisé, pas avec des justifications. Et j’ai poursuivi ma route dans le bonheur.

Puisse mon témoignage être un message d’espoir pour les enfants victimes de maltraitance. »

Sylvie Hippolyte, auteur du livre « Les jeudis muets Moi, Fina, enfant du divorce ».

jeudismuets@gmail.com

http://jeudismuets.forumactif.org

Anne-Laure Buffet

 

PREMIÈRE APPROCHE SUR LA QUESTION DU PARDON

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« Cette vipère, ma vipère, dûment étranglée, mais partout renaissante, je la brandis encore et je la brandirai toujours, quel que soit le nom qu’il te plaise de lui donner : haine, politique du pire, désespoir ou goût du malheur ! […] Merci, ma mère ! Je suis celui qui marche, une vipère au poing. »[1].

L’enjeu du pardon est considérable, puisqu’il s’agit de se libérer à la fois de la rancœur et de la culpabilité.

Il est un don par surcroît, le don suprême offert après une offense par un être blessé, en lieu et place de la haine ou du désir de vengeance. Le pardon aux parents présente une difficulté supplémentaire car il est unilatéral : ceux-ci demandent rarement pardon à leurs enfants.

« Il n’y a pas de honte à éprouver de mauvais sentiments envers père ou mère mais, en contrepartie, il y a des risques à les nier ! »[2]

L’acceptation ne découle pas du pardon. On peut accepter sans pardonner.

De même, conserver un lien avec le(s) parent(s) toxique(s) est propre à chacun et ne peut être jugé par l’extérieur. Certains enfants auront développé des mécanismes de défense et de protection les autorisant à maintenir ce lien.

D’autres préfèreront couper toutes relations, pour un temps, ou définitivement.

Quant au parent victime, il doit aussi accepter cette position de l’enfant. Il n’est pas trahi parce que son enfant conserve des contacts avec le parent toxiques.

Plutôt que de pardon, il faudrait parler de désaliénation. Le lien entre le bourreau et sa victime serait alors définitivement rompu. Le sujet ne sera plus sidéré par sa douleur et pourra au moins penser au parent concerné, condition du pardon. C’est seulement quand nous sommes libérés du pouvoir que nous octroyons à l’autre que nous pouvons changer notre regard sur lui, le voyant de nouveau comme un être humain à part entière.

En définitive, ce qui est en jeu, c’est d’accepter que ses parents aient été strictement ces êtres là, avec leurs limites, leurs manquements et non pas des parents idéaux.

[1] Hervé Bazin, Vipère au poing

[2] Virginie Megglé, Aimer ses parents même quand on en a souffert, ed Harmonie Solar

LE PARDON, NÉCESSAIRE À LA RECONSTRUCTION ?

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Le pardon est souvent constaté chez les adultes ayant souffert de violence parentale dans leur enfance. Or, ce mot fait souvent l’objet de divers contresens. Pour bien comprendre ce qu’est véritablement le pardon, il est tout autant nécessaire de savoir ce qu’il est que de savoir ce qu’il n’est pas :

– le pardon n’est pas l’oubli de l’acte, ni sa justification, mais la distinction entre la personne et l’acte;
– le pardon n’est pas un devoir, ni un acte méritoire, mais un processus de libération;
– le pardon n’est pas la réconciliation avec l’autre mais avec soi-même ;
– le pardon n’est pas réservé aux croyants, mais peut concerner toute personne

Lorsqu’il s’agit d’un traumatisme, l’oubli est généralement impossible ; ou alors, s’il se produit, c’est sous l’effet d’un déni qui, s’il dure trop longtemps, peut se révéler plus pathogène que la confrontation à la réalité. Le méfait laisse dans l’histoire de la personne une trace indélébile mais c’est précisément à partir de cette trace qu’il faut tenter de reconstruire du nouveau. « Le pardon est plus un acte qui invente un avenir qu’un acte qui efface le passé. » (A.Houziaux)

Pardonner à quelqu’un n’est pas synonyme d’excuser ou de justifier les actes qu’il a commis (…) ce n’est pas l’acceptation soumise et  béate de la souffrance, mais au contraire le désir de reprendre une parole longtemps confisquée.

Il semble que le passage par la haine soit souvent une étape obligée. Nombreux sont les individus chez qui le pardon a été précédé d’une période plus ou moins longue de haine profonde, parfois jusqu’à vouloir tuer le parent maltraitant, lorsqu’ils étaient adolescents et jeunes adultes. Cette haine a deux fonctions positives : d’une part elle évite la culpabilité, en plaçant la faute sur l’autre ; d’autre part elle permet au jeune de ne pas s’identifier au parent maltraitant, en considérant que cette violence est inacceptable. (…) le désir de tuer le parent maltraitant permet à la personne de se maintenir en vie, en donnant un but à son existence.
Signalons enfin cette réaction parfois présente chez les enfants maltraités : une haine plus intense envers le parent non maltraitant qui ne réagit pas face aux actes du conjoint ou de la conjointe.

Certains considèrent que le pardon est un devoir filial, que, même si les parents ont fait subir des violences à leur enfant, ils restent ses parents envers et contre tout, et qu’il doit leur pardonner. C’est faux : le pardon est un choix librement décidé, non un devoir socialement imposé. Certaines personnes estiment avoir trop souffert pour pouvoir pardonner, et ceci est compréhensible et parfaitement légitime. S’il est vrai que le pardon est souvent mentionné chez les adultes résiliants, n’en concluons pas qu’il faut pardonner pour être résilient. le parcours de chacun est unique et doit être respecté.
De plus le pardon n’est pas un acte méritoire. Pardonner s’est imposé parfois à eux (les pardonnants) comme une quasi-nécessité « thérapeutique ». {…} Le pardon est donc un processus de libération psychologique, souvent plus bénéfique encore pour le pardonnant que pour le pardonné.

Le pardon est une condition de la réconciliation mais il n’y conduit pas toujours. La réconciliation nécessite la volonté des deux parties : le coupable qui demande pardon, la victime qui pardonne, alors que le pardon n’a besoin que d’une personne, la victime, pour émerger. Certains adultes ex-maltraités pardonnent à leurs parents, mais estiment qu’ils ne peuvent aller au-delà, qu’ils ne peuvent s’engager dans une démarche de réconciliation.
Le pardon est un long processus, qui comprend deux composantes successives qui sont souvent confondues. Il y a d’abord le pardon « intellectuel », volonté de briser le cercle de la violence, qui constitue le véritable acte de pardon. Puis il y a le pardon émotionnel, la disparition des sentiments d’amertume, qui lui ne dépend pas de la volonté de la personne et qui peut prendre beaucoup plus de temps.

Jacques Lecomte, Guérir de son enfance, ed. Odile Jacob