INCESTE ET INCESTUEL – NOTE SUITE AU GROUPE DE DISCUSSION DU 5 MARS 2016

Samedi 5 mars, un groupe de discussion s’est réuni autour d’un thème particulièrement douloureux, et intime : l’incestuel et l’inceste.

 

Ce groupe s’est réuni en présence de Sophie Chauveau, écrivain, auteur de « La fabrique des pervers », à paraître fin avril chez Gallimard. Sophie Chauveau est venue présenter son livre, « autobiographie » familiale relatant l’histoire de sa famille, l’histoire des prédateurs sexuels de sa famille imposant l’inceste sur cinq générations. C’est avec pudeur et chaleur qu’elle livre sa vérité, son histoire, les souffrances de son enfance, son amnésie traumatique, sa compréhension de l’inceste vécu et sa rupture familiale.

 

L’inceste, sujet encore très tabou pour tout ce qu’il comporte de destruction et de violence sexuelle, ne peut cependant être passé sous silence. L’ignorer, c’est ignorer encore les victimes de cette violence particulière infligée par un parent à son enfant. L’ignorer, c’est refuser d’entendre celles et ceux qui en ont été victimes, et qui le demeurent, même à l’âge adulte. L’ignorer, c’est admettre a contrario qu’un parent puisse s’octroyer tous les droits sur son enfant, toutes les possessions et toutes les cruautés.

L’inceste est défini par la loi – modifiée en 2010 pour « élargir le champ des possibles coupables » à toute personne ayant de fait ou de droit un rapport d’autorité à l’enfant au sein de la famille, incluant les frères et sœurs, les cousins, les conjoints suite à une nouvelle union. Jusqu’en 2010, l’inceste ne tombait pas sous le coup de la loi (loi de 1998) : c’est l’abus sexuel sur mineur, (aggravé si l’abuseur a une position parentale, éducative : père, beau-père, père adoptif, tuteur, éducateur…) qui était répréhensible et condamnable. (L’inceste entre adultes consentants n’est pas illégal…). Depuis, la loi du 8 février 2010 punissant spécifiquement l’inceste commis sur les mineurs, qui était jusqu’ici considéré comme une circonstance aggravante des crimes et délits sexuels, a été votée. Ce texte prévoit l’inscription de la notion d’inceste dans le code pénal et dispose que les viols et agressions sont qualifiés d’incestueux lorsqu’ils sont commis « au sein de la famille sur la personne d’un mineur par un ascendant, un frère, une sœur ou par toute autre personne, y compris s’il s’agit d’un concubin d’un membre de la famille, ayant sur la victime une autorité de droit ou de fait ».

Si la loi condamne l’inceste, elle limite sa pénalisation dans le temps, puisque ce crime reste prescriptible ; et la prescription est de 20 ans une fois la majorité atteinte. Ce qui signifie que passé 38 ans, aucune plainte ne peut plus être déposée contre l’agresseur. Or, la fracture psychique et l’horreur vécue par les victimes causent souvent, avec le trauma, une amnésie. Et c’est souvent bien longtemps après, … bien après 38 ans…, que la mémoire se réveille, autorisant la victime à dire. A dire. Mais plus à dénoncer. Car, au regard de la loi, il est trop tard pour le faire…

Lire la suite de la note

 

©Anne-Laure Buffet
Victimes de violences psychologiques, de la résistance à la reconstruction

Publicités

L’IDENTIFICATION À L’AGRESSEUR

1426383_601851353207243_224482339_n

Ferenczi a développé une notion tout aussi célèbre qu’utile : l’identification à l’agresseur (voir : Confusion de langue entre les adultes et l’enfant). Cette identification est le moment clé dans la dynamique du trauma chez l’enfant.

L’enfant vit le choc – le trauma – de façon passive. Il le vit avec effroi, peur, angoisse, incompréhension, soumission. Il va ensuite le reproduire sur le mode actif, de manière compulsive. Il ne peut s’arrêter seul. Il devient alors agresseur. Ce qui se produit alors est le retournement en son contraire de la pulsion.
Lorsque l’identification avec l’adversaire le plus fort – l’agresseur – est installée, les mécanismes de la honte et de la culpabilité vont prendre le devant de la scène. La culpabilité est incorporée. Le psychisme de l’enfant victime l’introjecte.

« Cette peur quand elle atteint son point culminant oblige les enfants à se soumettre automatiquement à la volonté de l’agresseur, à deviner le moindre de ses désirs, obéir en s’oubliant complètement, et à s’identifier totalement à l’agresseur. Par identification, disons introjection de l’agresseur, celui-ci disparaît en tant que réalité extérieure et devient intra-psychique. » (Ferenczi)

L’enfant abusé finit par obéir de façon mécanique – il est robotisé par l’agression et donc l’agresseur lui-même. S’il n’obéit pas, il se bute. En tout état de cause il ne peut comprendre les raisons de son comportement. Il agit sans conscience de ce qu’il acte. Une partie de la personnalité reste bloquée à un instant donné, brutalisé. L’affirmation de soi est rendue impossible, particulièrement en cas de déplaisir.

RÉPÉTITION DE LA VIOLENCE PAR L’ENFANT TÉMOIN OU VICTIME

POURQUOI L’ENFANT RÉPÈTE T-IL LE COMPORTEMENT VIOLENT DE SES PARENTS ?

5

Un enfant victime ou témoin de la violence parentale peut développer une psychopathologie de répétition. Basiquement, on dira que « c’est inévitable ». Pourtant tous les enfants victimes ou témoins ne deviennent pas violents. D’après Winnicott, une des répercussions majeure de l’exposition de l’enfant aux violences conjugales est le sentiment « d’effondrement dans l’aire de la confiance, sui retentit sur l’organisation du moi ». L’attachement primaire n’est pas fiable, ce qui fait naître un sentiment de désespoir, d’insécurité profonde, et la crainte permanente d’un effondrement. La mère battue peut parfois apparaître comme une mère absente, car incapable d’assurer pour l’enfant sa fonction de moi auxiliaire.

Les enfants victimes ou témoins de la violence parentale, conjugale, peuvent se distancier de ces figures violentes. Une rencontre avec un adulte bienveillant aura un rôle fondamental dans le processus de résilience. La résilience se situe dans le désengagement. Il est probable que plus un enfant pourra se désengager vis-à-vis de ses parents et moins il répètera la violence subie. Cependant plus l’enfant sera exposé jeune et moins il pourra se désengager. Le mal, et la culpabilité, introjectés par l’enfant, devenant partie de lui, provoquent un processus de pensée : l’enfant se voit dès lors comme mauvais et coupable. Certains enfants vont dès lors s’identifier au parent agresseur, en devenant à leur tour agresseur du parent victime; D’autres vont entrer dans un schéma victimaire, convaincus de ne pas pouvoir échapper au fait d’être victime.

Pour d’autres enfants, le schéma familial reçu induit que la violence est la seule façon de résoudre les conflits.
Wallon indique que l’imitation est au coeur des apprentissages. C’est un acte constitutif de l’identité. L’enfant se perçoit dans la peau de l’adulte.
L’imitation est au coeur de l’empathie et du système d’attachement, l’enfant cherchant à se mettre à la place de l’adulte et à le comprendre. Elle ne peut se faire qu’avec les personnes qui exercent une profonde influence sur l’enfant : « À la racine de l’imitation, il y a amour, admiration et aussi rivalité. »

La détresse absolue, selon Ferenczi, peut activer deux mécanismes primitifs : le clivage, qui vise à maintenir une partie saine dans le moi, et la projection, permettant au sujet de ne plus ressentir l’état de chaos qui l’habite. De manière paradoxale, il pourrait y avoir identification. La victime se met alors dans la peau du bourreau pour comprendre ses intention. Ce serait alors un vecteur à la répétition traumatique.