MAIS UN JOUR OU L’AUTRE IL VOUS REMERCIERA D’AVOIR RÉTABLI « SA » VÉRITÉ

Le témoignage d’une enfant devenue adulte. Aux parents inquiets, en souffrance pour leurs enfants, un vécu et un avis qui éclairent. 

Même si vous pensez que dire la vérité sur l’autre parent va blesser l’enfant, que cela sera pour lui trop douloureux, je pense qu’il est pourtant nécessaire de le faire. L’enfant sait, même s’il ne vous le montre peut-être pas, au fond de lui, il sait les défaillances de l’autre parent. Il a vu, il a entendu, et si ce n’est pas le cas, il a RESSENTI.
Ne pas lui dire ne fait qu’engendrer de la souffrance, amplifier l’incompréhension de cet autre parent qu’il aime mais dont il ne comprend pas toujours les réactions, les propos à votre égard. Il entend sûrement des horreurs sur vous, mais pour ne pas vous blesser, il préfèrera se taire et ne pas vous en parler, au grand risque d’intégrer que ces faits sont la réalité. Vous ne voulez pas le blesser, et inversement, mais au final, c’est tous deux qui souffrez. Et l’autre parent s’en sort plutôt bien, en formatant un « petit lui ».

Je sais de quoi je parle, je l’ai vécu, j’ai été la victime d’un parent toxique. Ma chance a été qu’on me l’a expliqué tôt, et très vite, j’ai intégré le fait que j’avais un « bon » père, et le « mauvais » dont je devais à tout prix prendre mes distances, et prendre le meilleur. Cela a été dur (et ça l’est encore) d’accepter le fait qu’il soit malade, j’ai énormément souffert à entendre toutes les absurdités qu’il disait sur ma mère, et j’étais même prête à les croire (pourtant je ne restais que 2h chez lui, une fois par semaine, je vous laisse imaginer les dégâts d’un week end entier). Mais heureusement je pouvais en parler à ma mère qui rétablissait sa vérité, LA vérité.

A ce jour, j’entends votre peur à vous, parents, de dire à votre enfant que son autre parent est malade, mais je ne peux qu’insister, au vu de mon vécu, sur la nécessité de le faire. Bien sûr en s’adaptant à l’âge de votre enfant, et en ayant un discours le moins négatif possible, car il ne faut pas oublier que cette personne (bien qu’inhumaine à vos yeux), reste un parent pour lui, et auprès de laquelle il espère trouver de l’amour. Cela sera douloureux pour votre enfant, il se peut qu’il vous en veuille, qu’il vous accuse de mentir, tellement cette vérité est difficile à accepter, mais un jour ou l’autre, il vous remerciera d’avoir rétabli la vérité, « SA » vérité de vie. Il pourra alors faire ses choix en ayant tous les éléments de son histoire, et non pas en essayant de rassembler des morceaux de non-dits, mensonges. Vous ne pouvez pas, pour son bien-être, le laisser croire aux propos de l’autre parent, par RESPECT pour vous-même, et par RESPECT pour lui. Il a le DROIT à la vérité. Il a le DROIT d’être protégé de l’autre parent. Et cela passe par vous.

Votre enfant sait intérieurement que quelque chose cloche, mais si personne ne lui dit, avec les mots adaptés, comment peut-il se construire une vie d’adulte structurée? Comment se construire lorsque son vécu se base sur des ressentis qu’il ne peut expliquer? Et lorsque son vécu se base sur des mensonges concernant ses parents et donc lui?

Votre DEVOIR de parent est de le protéger, et si vous ne pouvez aller contre des décisions de justice, vous lui devez au moins la vérité. Et c’est énorme.

Courage…

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AU SUJET DU DÉNI PARENTAL

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Le terme d’aliénation parentale est sujet à de fortes polémiques. Nous reviendrons sur ces polémiques ; nous adhérons au sein de CVP à l’idée de l’aliénation, qui revient à dire que l’autre, l’un des deux parents, est rendu étranger à l’enfant, est mis en dehors du lien biologique et naturel.
Afin de sortir de ces polémiques qui vont jusqu’à provoquer des débats et des discussions que nous jugeons à la fois stériles et extrémistes au regard de l’intérêt de l’enfant, nous choisissons au sein de CVP de parler de déni parental.
Le déni parental peut est observé sous trois angles.
D’une part, il est le déni de ses propres responsabilités en tant que parent lorsque l’on est un parent toxique, agissant en manipulateur – destructeur tout en faisant en sorte que l’entourage soit convaincu d’avoir affaire à un bon père ou une bonne mère.
Or, la manipulation entraine maltraitance, rejet de l’enfant, dénigrement, empêchement d’une construction autonome, libre, et consciente… La manipulation peut prendre pour forme de « parentaliser » l’enfant, retirant à ses parents l’autorité naturelle que celui-ci doit avoir sur l’enfant, celle qui permet de se construire autour de valeurs et avec des limites normales de protection. Ainsi l’enfant qui devient le confident, l’alter ego de son parent, ainsi également de l’enfant dont la présence est réclamée comme nécessaire à un équilibre « Je suis si triste sans toi, j’ai besoin que tu sois là pour aller bien, tu manques à papa, à maman… », ainsi encore de celui qui est choisi comme allié contre l’autre parent « Tu préfères ton père ou ta mère ? Si ton  père avait fait autrement, s’il était moins méchant… Si ta mère était moins bête… Ce n’est pas ce que je voulais, ne m’en veux pas… »
C’est aussi le déni de l’autre parent, de son rôle, de ses facultés éducatives, du lien à maintenir avec le (les) enfant(s) de la potentialité d’un danger dans l’évolution de cette relation. L’interdiction de communiquer, l’empêchement à téléphoner, le refus d’informer sur un lieu de vacances, sur une inscription dans une école, sur une situation médicale sont des comportements niant l’existence de l’autre parent en tant que parent.
De même de ces parents qui, une fois qu’ils ont refait leur vie, confie à leur nouveau conjoint(e) un rôle d’éducateur auprès de leurs enfants, les investissant totalement dans le quotidien des enfants, et permettant à l’enfant de croire que l’autre parent n’a plus sa place, ou ne veut pas de cette place…. que, en définitive, l’autre parent le rejette.
Ainsi de cet enfant qui dit à sa mère, décrivant son week-end chez son père « Avec les parents on est allé à la campagne. » ; ainsi encore de cet autre enfant qui confond les parents de sa belle-mère avec ses grands-parents, puisqu’on lui a appris que dorénavant, ce serait ses grands-parents.
Le cadre familial, déjà disloqué, explose un peu plus ; l’image de la famille n’existe plus. Les rôles se mélangent. L’enfant ne sait plus quelle est sa place, et n’arrive pas à donner une place à chacun.
Enfin, et conséquence des deux premiers points, le déni parental peut venir de l’enfant manipulé qui rejette voir exclut de sa vie un de ses parents… en l’espèce le parent protecteur. L’enfant croyant le manipulateur agit sans conscience mais en repoussant l’aide et la protection offerte par le parent autrefois sous emprise. Chosifié par le parent manipulateur, il devient alors complice sans le vouloir de la destruction entreprise contre le parent protecteur. Il agit sans capacité de recul et de réflexion, soumis et contraint, sans distanciation possible.
©Anne-Laure Buffet
annelaurebuffet@gmail.com

PARTICIPER À UN GROUPE DE PAROLE

GROUPE DE PAROLE

Les groupes de parole sont des moment intenses, privilégiés, et avant tout, qui appartiennent à ceux qui y participent.

Ils ne sont pas réservés exclusivement aux victimes, ni aux femmes… La violence psychologique peut être vécue en témoin ; la violence psychologique peut être le fait d’une femme. D’un parent. D’un enfant. D’un proche.

Ils ne remplacent pas un accompagnement individuel, ils participent d’une autre démarche : venir échanger, partager sur un thème bien précis, être à la rencontre d’autres personnes ayant vécu une expérience, une histoire similaire. Ils permettent de sortir de l’isolement, du silence, ils activent la prise de conscience.

La prise de conscience peut être déclenchée par la parole d’un ou d’une autre participant(e). Des moments très forts en émotions et en compréhension sont vécus, et exprimés dans le silence ou par la parole, entre larmes et sourires. Il n’y a jamais obligation de parler ; la seule demande est de respecter la parole de l’autre et son ressenti. Pas de jugements mais des interrogations permettant de mettre en lumière des zones d’incompréhension. Chacun(e) y vient à son rythme, en fonction de ses possibilités. Enfin, la confidentialité est un élément clé de ces groupes. Ce qui se dit appartient au groupe et ne doit pas en sortir.

Au-delà de ces groupes, des liens se tissent. Venir en anonyme, puis reprendre sa route un peu moins seul(e), fait aussi partie de la démarche accompagnant la prise de conscience.

« … je suis en échange avec xxx  et yyy….
J’ai aussi reçu un mail très chouette de zzz
Merci pour votre énergie »

« Je n’ose pas encore participer, mais les groupes de parole me sont utiles. J’y apprends beaucoup et comprends mieux son comportement et le mien… »

« Ainsi, je ne suis pas seul… »

Les groupes de parole CVP ont lieu à Boulogne Billancourt, et à Reims. CVP souhaite en organiser dans d’autres villes en 2014 afin d’élargir la possibilité de « parler » aux victimes désireuses d’être entendues. Ils sont animés par une professionnelle de l’accompagnement, ainsi que par d’autres professionnels (avocats, juristes, psychologues, psychométricienne…) selon les groupes.

Leur fonctionnement est permis par les adhésions et les cotisations reçues par CVP. Merci à vous de nous soutenir afin de pouvoir continuer à assurer le bon fonctionnement de ces groupes.

Le programme des groupes de parole se retrouve sur le blog. Vous pouvez aussi nous le demander à : associationcvp@gmail.com

LE SYNDROME DE MÉDÉE, PARCOURS SADIQUE DE LA PERTE D’AMOUR

 

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Le syndrome de Médée est une modalité de harcèlement mise en œuvre par un parent voulant priver son conjoint de la relation avec ses enfants et apparaissant à l’occasion d’une rupture conjugale. Ce concept ajoute des dimensions psychopathologiques importantes à la notion de syndrome d’aliénation parentale : utilisation de l’enfant pour se venger, deuil sadique d’amour, retour de rites sacrificiels chez des sujets avec trouble de la personnalité confrontés à des relations d’amour dramatiques. Les aspects cliniques et légaux du syndrome sont analysés dans le but de fournir des clés valables de décision médicale. Le syndrome de Médée est une réaction destructive très grave avec impact négatif majeur sur les enfants et les adultes. Une nouvelle législation est nécessaire afin de décourager ce comportement et de mieux protéger les victimes.

Introduction

Je me propose de discuter le concept de syndrome de Médée et d’explorer, par son entremise, la psychopathologie des conduites de harcèlement qui sont mises en œuvre par des parents cherchant à priver leur conjoint de son/ses enfants. Les praticiens doivent connaître ce tableau en raison de son relief clinique et juridique grandissant en médecine de premier recours. L’augmentation significative des séparations conflictuelles favorise, dans un contexte social et culturel éclaté, l’enlisement des situations de divorce litigieux dans des impasses dramatiques dont les enfants deviennent les otages infortunés. Un médecin averti de l’existence de ce tableau pourra prescrire des mesures valables de prévention et traitement que nous allons détailler.

La connaissance des facteurs psychologiques et culturels œuvrant dans ce syndrome l’aidera à mieux comprendre la souffrance traumatique du parent privé de sa progéniture et l’arrière-pays d’un comportement se fixant l’objectif de réduire son propre fils à la condition d’objet de vengeance. Ces deux dimensions sont les grandes oubliées des actuelles classifications. Le syndrome de Médée a l’avantage de contraster cette approche en mettant l’accent sur les complications tragiques de la vie amoureuse, une vision chère au regard psychodynamique sur les crises de vie. Loin de nous l’intention de nous servir de Médée pour blâmer la femme (le syndrome est très majoritairement féminin) ou mettre en cause ses droits. Un malaise étrange semble cependant faire obstacle, dans notre culture, à la reconnaissance de la cruelle détermination s’attachant au harcèlement décrit plus haut. Un usage bien tempéré de l’outil psychanalytique montre ici tout son intérêt pour le domaine de la santé. Réactualiser l’importance de cette approche à partir d’un domaine controversé de la pratique de l’urgence et de la crise est un autre but de ce travail.

Syndrome de médée, complexe de médée

Un «complexe de Médée» a été décrit par E. Stern dans une étude visant à élucider la dynamique de l’infanticide passionnel et connaît actuellement un regain d’intérêt dans des domaines aussi divers que les affaires criminelles, la psychiatrie de l’enfant et les conflits familiaux en situation de séparation parentale. Le mythe a, dans ses maintes versions, la propriété de faire parler une dimension tragique universelle de l’humain, dans le cas spécifique «l’enfant réduit à la condition d’objet de vengeance».
Frappée, à son corps défendant, par la flèche d’Eros, Médée se plie à son amour pour Jason contre promesse d’une éternelle fidélité. Elle aide ensuite les Argonautes à s’emparer de la toison d’or, le trésor inestimable appartenant à son propre père. Puis s’exile en Grèce avec son amant. Mais le volage Jason se lasse de son amour. Trahie et humiliée, la superbe Médée tue alors ses enfants et, en proférant des terribles mots de vengeance, déchire le ventre qui a enfanté les fils du héros. Les études psychanalytiques ont insisté sur le lien entre le fonctionnement de Médée et un complexe inconscient caractérisé par une hostilité prononcée envers le sexe masculin (envie du pénis). Le propos de priver l’homme de sa descendance relèverait de l’intention de le priver de sa puissance (pénis=enfant, et vice versa) et donc de le châtrer.

Mais la Médée qui déchire son ventre illustre un aspect plus perturbant de la déception d’amour. Son besoin d’éternelle fidélité témoigne en effet d’un conflit profond avec une identité de mère qui marquerait la fin d’attachements familiaux aussi ambivalents qu’indissolubles et une incapacité de transposer ceux-ci dans le monde de sa vie sentimentale adulte. Le conflit furieux entre sexualité et amour parental, angoisse de séparation et emportement du désir est le trait le plus marquant de Médée et l’aspect le plus tragique d’une trajectoire par trop semblable à celle d’un deuil tragique et meurtrier de l’enfance. La toison enlevée, sa patrie est perdue : une hostilité plus profonde est simultanément réveillée. Médée n’est pas pour rien une sorcière, la hors-la-loi, ennemie mortelle de l’enfant de nos contes de fées où tant de bons rois ne cessent de la proscrire. Une Némésis poursuit depuis les amants qui rejoint les deux volets du conflit rappelés plus haut. D’abord meurtre du frère, puis assassinat de ses propres enfants. Ce destin rejoint le récit légendaire du rôle conjuratoire d’une toison sacrée et des rites sacrificiels du bouc par rapport au sacrifice d’enfants visant à apaiser d’obscures divinités matriarcales. Que Médée déchire ses entrailles et tue ses enfants, ou qu’elle essaie de priver son conjoint de ces derniers, une même nécessité arme sa main ou instrumente ses ruses. C’est l’image d’un enfant humain produit de l’amour des parents qu’elle vise et avec lui le scandale de ses imprévisibles vicissitudes de ce même amour, que nulle sorcière ne saurait tolérer.

Clinique du syndrome de médée

Le harcèlement visant la privation violente d’enfant a des présentations excessivement variées et il faut le couvrir par le concept de syndrome de Médée, pour souligner la grande diversité des situations en présence, le complexe de Médée visant plutôt à désigner la commune racine de cette clinique dans un parcours sadique de la perte que le mythe grec a magistralement éclairé. En pratique, une démarche structurée et impitoyable est mise en place, visant à entraver l’accès à l’enfant mais aussi à placer la victime dans une situation d’impotence pour mieux sévir, élément sadique pathognomique du syndrome. Des comportements d’intimidation et d’exclusion sont adoptés également envers les proches et alliés de la victime, médecins compris. Les enfants sont les premiers à subir des pressions morales afin qu’ils refusent de suivre le conjoint mais aussi de lui parler lors des visites, des téléphones, à l’école et même en cas d’hospitalisation. Il s’agit en somme d’une forme organisée de maltraitance qui porte sur une dimension vitale de la vie affective et se traduit par des effets psychotraumatiques très importants. Celui ou celle qui en font les frais sont à considérer à tous points de vue comme des victimes. Du côté de celles-ci, on remarque un syndrome de stress post-traumatique d’intensité variable en rapport avec l’horreur d’être privé de ses enfants.
Le père privé de l’enfant souffre aussi souvent de dépression, de troubles anxieux et peut tenter le suicide. On s’apercevra ensuite que le syndrome de Médée a une histoire, et que pour le père le divorce a été une délivrance. En d’autres mots, la privation d’enfant prolonge un rapport de couple à l’enseigne du caractère tyrannique de l’épouse maltraitante qui n’hésitera pas à se servir d’accusations infondées d’inadéquation, de violence et même d’abus sexuel susceptibles d’engendrer un sentiment paralysant d’horreur. Soutenues par un sentiment de supériorité morale et une attitude de mépris, ces plaintes témoignent d’autre part d’une bonne conscience déconcertante. La victime nécessite des soins qui doivent mettre au premier plan un soutien et une guidance appropriés. Pour que cela marche, le choix du médecin doit appartenir au seul patient et l’indication du traitement ne doit en aucune façon stigmatiser le comportement de celui-ci. Ce sont des interventions de longue haleine, car la situation traumatisante va durer, qui font appel à une prise de position claire du médecin par rapport au harcèlement. Une observation et un diagnostic soigneux s’imposent, éventuellement à l’aide d’un spécialiste. Cette évaluation est facile à réaliser dans le cadre d’un suivi initial serré permettant de récolter un matériel de première main sur les faits en présence. Les traitements pharmacologiques sont utiles en cas d’effondrement dépressif ou de stress post-traumatique grave. Les antidépresseurs sont alors à préférer à la sédation. On assiste parfois au réveil d’anciens troubles névrotiques et il convient alors de faire appel au spécialiste qui peut plus facilement adopter une guidance à géométrie variable. Ce volet du traitement a son focus électif au niveau des craintes suscitées par la confrontation avec l’image terrifiante d’un compagnon habité par une fureur «Médéique», mais doit s’adresser aussi au sentiment de faute et de désillusion des patients qui se mettent en ménage avec des Médées. Ces troubles peuvent se traduire à la fois par un activisme ou des évitements pouvant faire obstacle à des démarches rationnelles d’autodéfense mais aussi à un processus de deuil permettant de refaire sa vie avec un nouveau partenaire. A mon avis, ce type de traitement nécessite également une guidance et une aide active sur le plan médico-légal.

Genèse intersubjective du syndrome de médée et retour des rites de proscription dans la société civilisée

Médée jouit du soutien d’un entourage qui forme autour d’elle une «pseudo-communauté» l’aidant à atteindre ses buts. Dans notre société multiculturelle, cela se nourrit de l’affrontement de cultures inconciliables chez des groupes fermés, habités par des croyances magiques et inféodés à des loyautés patriarcales ou matriarcales. On est étonné de découvrir combien souvent les membres de professions soignantes, sociales ou juridiques qui sont supposés porter les valeurs de l’état de droit, montrent par contre des réactions d’évitement, de dénégation, voire de complaisance envers le maltraitant. Trauma sur trauma, ces attitudes ont un effet redoutable sur la victime. Privée de for où sa cause pourrait être entendue, elle entamera cette voie finale de la détresse traumatique consistant à se percevoir comme anéantie et privée d’identité. La raison psychologique ne suffit donc pas dans de pareils cas. L’emprise du syndrome résulte également de l’impact intersubjectif d’un scénario rejoignant une espèce de retour sur scène d’anciens rites collectifs de proscription. Les vicissitudes de la vie amoureuse et du deuil sont un moteur électif de ce retour. Un sentiment perturbant de faute domine la scène sociale. Depuis on se cherche, quelle que soit l’attitude manifeste, un bouc émissaire. Les questions du châtiment et de la réparation, de la propriété d’un enfant réduit à l’état de chose et de la marque d’infamie à appliquer au coupable vont suivre. Mais, dans un cas comme dans l’autre, une même grandiosité a pris sournoisement possession des jugements moraux du groupe qui se laisse gagner par un sentiment que le Mal est quelque part et réclame un sacrifice. Mais alors, le fait de réclamer, participer ou seulement rester impassibles devant la destruction de la relation du parent et de son enfant ne représente-t-il pas la répétition d’anciens rites de proscription, eux-mêmes héritiers des anciens sacrifices d’enfants ? C’est en somme Médée qui gouverne désormais les logiques affectives du groupe social et fait dérailler les jugements de valeur et la relation affective avec la réalité de ce qui est en train de se passer.

Avant d’être affligée par le relent actuel du syndrome de Médée, la société civilisée avait bien souffert d’un syndrome d’Anna Karénine marquant cette fois-ci d’infamie la femme traîtresse à son foyer par amour et la privant d’enfant. Ici aussi le deuil du rapport conjugal se transformait en un rite sadique de proscription, en une condamnation et au vagabondage qui s’ensuit. Pas loin de nous, et même parmi nous, des rites de répudiation déclinent également au masculin la nécessité incarnée par le mythe de Médée. Au gré de son évolution dans un sens matriarcal ou patriarcal, notre culture s’approprie ainsi un même rite sacrificiel, qui constitue un déraillement sadique du deuil d’amour et de ce que cette perte très particulière fait apparaître de notre besoin dérisoire d’une éternité de nos attachements. Quelque chose d’indépassable est introduit dans notre conscience morale et notre identité par la sexualité et les rapports de l’amour et de l’humain dans la psychologie collective. C’est pourtant une banale peine d’amour qui est à la base de tout cela… et le problème, c’est bien la démesure du syndrome de Médée par rapport à la réalité de ce qui est en train de se passer. Mais dire émergence d’un rite collectif, c’est dire aussi dislocation de la logique de notre rapport avec la réalité. Cela pose le problème de savoir comment intervenir efficacement auprès de l’individu ou du groupe maltraitant. Il est vain d’espérer que des personnalités aussi grevées de troubles de la personnalité acquiescent à autre chose que l’intimidation pénale. Et il ne sert à rien de prescrire médiations ou traitements tant que cette folie n’a pas été sanctionnée. Médecins et juristes devraient donc être conscients que paranoïa et sadisme sont tels dans le syndrome de Médée que seule l’intimidation pénale peut arrêter ces sujets délirants qui ne deviendront jamais fous. La mère ou le père qui s’entêtent à vouloir priver le conjoint de ses enfants sont en fait habités par le sentiment d’être des justiciers : leur cause doit donc être entendue et jugée, sans quoi les bonnes intentions de la pédagogie ou de la psychothérapie ne pourront rien. Force est de constater que des législations prévoyant ce délit, mais aussi des mesures de puissance partagée, assorties de peines sévères pour le non-respect des droits des ex-époux, ont donné des résultats encourageants (Zizolfi, 2009, communication personnelle). C’est donc bien la voie qu’il conviendrait de suivre à l’avenir.

Implications pratiques

 

> Le syndrome de Médée est important en raison de la gravité extrême de la souffrance infligée et de la fréquence augmentée des séparations conjugales aboutissant à des confrontations hostiles et stigmatisantes
> Des interventions médicales spécifiques s’imposent, et ont un certain succès, en particulier chez la victime
> L’entourage proche, mais aussi les professionnels, réagissent parfois à la survenue du syndrome de Médée par des réactions d’évitement ou de dénégation que le médecin doit bien connaître, s’agissant de comportements pouvant beaucoup aggraver le stress traumatique de la victime
> Des nouvelles législations devraient permettre de mieux reconnaître le caractère délictueux de la privation d’enfant à but de vengeance passionnelle et de sanctionner cette conduite de façon appropriée

 

Source : Antonio Andreoli
Rev Med Suisse 2010;6:340-342

RÉAGIR QUAND ON EST UN PARENT ALIÉNÉ

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Selon Warshak (psychologue et chercheur américain, spécialisé dans les conséquences d’un divorce conflictuel, et dans l’aliénation parentale), le parent aliéné doit prendre conscience de sa part de responsabilité dans le phénomène du SAP (non pas tant au niveau de son apparition mais au niveau de son maintien). Un chapitre entier de son ouvrage décrit une série d’actions à entreprendre pour le parent aliéné (mais ne concerne que les cas où le contact est toujours maintenu) :

Empathie 
Quand l’enfant exprime des sentiments négatifs à propos du parent aliéné, celui-ci doit les entendre ; bien que ces sentiments aient été influencés par le parent aliénant, ils sont néanmoins bien réels. Le parent aliéné doit accepter la réalité de l’enfant avant de vouloir la modifier, faute de quoi l’enfant a l’impression de ne pas être pris au sérieux.

Communication indirecte 
Les enfants et les adolescents parlent difficilement de leurs craintes et de leurs peurs. Quand les adultes essaient de les aider, ils éludent la conversation. Le parent aliéné doit donc rendre cette expression plus confortable par une communication indirecte.

Écoute provoquée 
Il s’agit de laisser « accidentellement » l’enfant écouter une conversation qui le concerne. N’ayant aucune chance de corriger les distorsions de l’enfant de manière directe, le parent aliéné fait passer un message qu’il veut que l’enfant entende via une conversation « privée » (par exemple au téléphone). Le message ne doit jamais être centré sur la colère ressentie envers le parent aliénant.

« Deux pas déplacés » 
L’enfant aliéné n’a pas conscience d’être influencé. Il est par ailleurs vivement déconseillé d’exprimer à l’enfant qu’il a fait l’objet d’une manipulation (ceci équivaut à lui dire que ses propres sentiments et pensées ne lui appartiennent pas). Le parent aliéné peut, au lieu de cela, approcher le problème en abordant un thème général tournant autour de l’influence. L’enfant ne peut éventuellement accepter l’idée d’une manipulation le concernant que s’il a préalablement intégré l’idée que tout individu est susceptible de tomber sous une influence.

Tiers 
L’enfant n’accorde aucun crédit à la parole du parent aliéné. Il est utile de faire intervenir des tiers (respectés par l’enfant) : amis, professeurs, etc. De nouveau, ce tiers doit être capable d’entendre l’enfant, avant de le confronter trop vite à sa réalité falsifiée.

« Battre le fer tant qu’il est chaud » 
Il est préférable d’aborder des sujets délicats avec l’enfant lorsque celui-ci est d’humeur réceptive. Si l’enfant s’amuse avec le parent aliéné, il est moins à même de rejeter ce qu’il lui dit.

Ponts 
En s’entourant d’individus le traitant avec respect, le parent aliéné permet à l’enfant de se rendre compte que l’opinion du parent aliénant (à l’égard du parent aliéné) n’est pas partagée par le reste du monde.

Expériences correctrices 
Le SAP peut être renversé par des expériences chaleureuses entre le parent aliéné et l’enfant. Les activités préconisées font intervenir l’interaction directe (par exemple, de la cuisine). Le parent aliéné ne doit pas s’attendre à ce que l’enfant participe volontairement à l’activité ; aussi, lui dira-t-il qu’il a besoin d’une aide. Durant l’activité, le parent aliéné doit focaliser son attention sur le plaisir de l’échange relationnel. De manière générale, plutôt que d’adresser à l’enfant une critique directe sur ses distorsions, le parent aliéné montre de manière indirecte qu’il n’est pas le mauvais parent qu’imagine son enfant.

Mémorisation du positif 
Le parent aliéné peut focaliser l’attention de l’enfant sur l’amusement qu’il vit sur le moment. Une autre manière de mémoriser l’expérience positive est d’utiliser les photos et la vidéo. Néanmoins, il ne s’agit pas de « prêcher », d’exagérer.

Remémoration 
Se rappeler les bons moments passés autrefois ensemble constitue une puissante expérience liante. Encore une fois, cette méthode ne doit pas être employée brusquement ; à cet égard l’usage de tiers peut être utile (par exemple montrer des photos à un tiers en présence de l’enfant).

Isolements dans la fratrie 
Combattre un PAS est plus accessible avec un enfant seul que face à un groupe de frères et sœurs. Un enfant se conforme à ses frères et sœurs. A l’inverse, il est plus difficile pour un enfant d’être rejetant s’il est placé dans un milieu où personne ne partage sa position. Il ne s’agit pas de créer un conflit entre les enfants ni de demander à l’enfant « conquis » de convertir les autres enfants à sa nouvelle position. Le parent peut discuter de la possibilité qu’aura l’enfant de subir la désapprobation à son retour chez le parent aliénant.

Apprentissage de la neutralité 
Le parent aliéné doit tenter d’inculquer à l’enfant qu’il a le droit d’avoir une relation saine avec ses deux parents (sans prendre parti pour l’un aux dépens de l’autre).

Religiosité revisitée 
Si la technique de religiosité a été utilisée pour manipuler l’enfant, le parent aliéné peut s’en défendre en utilisant la même « arme ». Par exemple dans le christianisme, un des dix commandements est « Honore ton père et ta mère » ; le mensonge est un péché, … Dans le judaïsme, La Lashon Hara (« mauvaise langue ») considère qu’un discours médisant est pire qu’un vol (un objet volé peut être restitué, tandis qu’une parole malveillante ne peut être annulée).

Acceptation du désaccord 
Lorsque l’enfant détient un point de vue négativiste (et probablement faussé) à l’égard du parent aliéné, l’argumentation (voire la confrontation) n’a pas de prise. Le parent aliéné ne doit pas essayer de convaincre l’enfant qu’il a tort (notamment dans le cas d’allégations d’abus sexuel) ; le mieux est d’exprimer à l’enfant le droit à chacun d’avoir sa vision des faits, et de ne plus se concentrer sur ce désaccord insoluble.

Imperfection humaine 
L’enfant doit être aidé dans la compréhension du fait que les deux parents ont chacun leurs points positifs et leurs faiblesses (plutôt qu’un vilain parent versus un héros), et qu’il est normal d’avoir des sentiments mélangés (positifs et négatifs) envers les personnes que l’on aime.

Pensée indépendante 
Il arrive à l’enfant de rapporter les dires du parent aliénant au parent aliéné. La réponse « Ce n’est pas vrai » est inefficace (car elle disqualifie le discours du parent préféré aux yeux de l’enfant). Par contre :  « Qu’est-ce que toi tu penses ? » amène l’enfant à penser par lui-même.

Media 
Certaines histoires développées dans les films peuvent faire passer un message à l’enfant. Par exemple, dans Hook, le capitaine Crochet tente de détourner un enfant de son père. Après la vision du film, une discussion ne doit pas être entamée d’emblée, le film pourra par contre être pris comme exemple dans des conversations futures.

Meilleur parentage 
Le parent aliéné peut être à tel point obnubilé par les attitudes néfastes du parent aliénant, qu’il en oublie ses propres contributions au phénomène. Des parents autocentrés ou rigides doivent apprendre les centres d’intérêt et les besoins de l’enfant. Il se peut également que le parent aliéné soit trop rude, en attende trop de l’enfant, lui accorde peu d’attention ou fasse preuve de manque de patience.

Évitement des erreurs communes 
La faute générale typique du parent aliéné est de rester passif. Il ne doit pas espérer que l’enfant se dégagera seul de l’aliénation. Ceci dit, la possibilité de contact avec l’enfant ne suffit pas à elle seule, la façon dont le parent aliéné va se comporter est primordiale. Voici les erreurs à éviter :
– L’enfant aliéné dit généralement beaucoup de méchancetés. « Se battre » avec l’enfant ne résout 
pas le problème. De plus, toute agression servira d’argument au parent aliénant. 
– Certains parents « contre-rejettent » leurs enfants, espérant un revirement de situation de leur part. 
– Les sermons font rarement effet sur les sentiments négatifs. 
– Ne pas accorder de crédit aux sentiments de l’enfant (« Tu ne me détestes pas vraiment ») pousse 
l’enfant à croire qu’il n’est pas entendu ni compris. 
– Si l’enfant rapporte au parent aliéné des propos provenant du parent aliénant, le parent aliéné peut 
interpréter ce fait directement comme étant de l’aliénation. Or, il se peut que l’enfant relate ces 
propos car cela le met mal à l’aise. Il faut alors montrer à quel point il doit être difficile pour lui 
d’entendre de telles choses. 
– Quand le parent aliéné dénigre le parent aliénant (par surenchère), cela ne produit rien d’autre 
qu’une bonne raison pour l’enfant de désaimer ce parent (aliéné). Au contraire, passer à côté de ce 
genre d’interventions permet à l’enfant de connaître un lieu à l’écart des hostilités (par opposition au 
lieu de vie du parent aliénant). 

Selon Stuart-Mills , le parent aliéné ne doit pas s’attendre à ce que ses enfants respectent son autorité. Car les enfants aliénés ont perdu tout sens de la discipline et de l’autorité. L’auteur préconise la catharsis. Lorsque les enfants insultent ou violentent le parent aliéné, la réaction spontanée de ce dernier est de vouloir les forcer à arrêter. Or, l’expression des affects négatifs est un besoin pour ces enfants. Il est nécessaire de permettre des moments de catharsis, même s’il paraissent contre-intuitifs sur le moment.

D’après Major, les parents qui ont combattu avec succès le SAP sont ceux qui:
– ont fait des efforts dans l’amélioration de leur parentage,
– ont contrôlé leurs émotions sans jamais user des représailles,
– ont songé à renoncer mais ne l’ont jamais fait,
– ont pris un avocat de la famille ayant de l’expérience avec le SAP,
– se sont moins concentrés sur les douleurs subies que sur les actions à mettre en place (ils ont évité
le profil de victime),
– ont tenu un journal contenant les évènements clés,
– ont toujours téléphoné, sont toujours venus chercher les enfants, mêmes lorsque ceux-ci montraient
de la réticence,
– se sont focalisés sur l’amusement avec l’enfant sans leur faire partager leurs peines ou parler
négativement de l’autre parent,
– n’ont jamais violé les décisions judiciaires, et ont toujours payé les pensions alimentaires à temps.

Ressource pour cet article : Le Syndrome d’Aliénation Parentale, par Didier Erwoine

L’ALIÉNATION PARENTALE, TROP SOUVENT RÉFUTÉE ! ET POURTANT…

Un lien très intéressant pour tous ceux qui disent que l’aliénation parentale n’existe pas, est une exagération, un délire des « victimes », une manipulation pleurnicharde…

 

Voir aussi  » Le déni parental »

CONTRE L’ALIÉNATION PARENTALE

C’EST AUSSI MON ENFANT – OLGA ODINETZ

Paul Bensussan (expert psychiatre auprès de la cour de cassation) :

C’est le plus éprouvant de ce qui nous est donné à voir en matière d’expertise : c’est une sorte de massacre avec les meilleures intentions du monde ! Chaque parent se dit désireux de tout faire pour leur enfant. Avec l’enfant que l’on dit vouloir protéger et qui est réellement esquinté.

Cette pathologie redoutable et encore méconnue ne menace pas que le parent rejeté : elle sape le fondement même de l’identité et de la personnalité de l’enfant, compromettant même, lorsque le stade de sévérité va jusqu’à la rupture durable, son « droit élémentaire d’entretenir régulièrement des relations personnelles et des contacts directs avec ses deux parents », droit qui lui est normalement garanti par l’article 9 de la Convention internationale des Droits de l’Enfant, entrée en vigueur le 2 septembre 1990.(source :paulbensussan.fr )

Source : AFFAIRES FAMILIALES ET DROITS DES ENFANTS