JE TE L’AVAIS DIT QUE TU CRÈVERAIS SEULE À FORCE DE FAIRE LA FIÈRE – TÉMOIGNAGE

womanfogwater

Un long témoignage d’une victime ayant connu la violence psychologique, physique, et sexuelle.
Etat de sidération, soumission, incompréhension, doutes, peur, dénigrements, mensonges, humiliations, remises en cause permanentes, impossibilité d’agir, isolement…

Une relation, comme toute relation violente et perverse, fondée sur le mensonge, l’utilisation du passé, la transformation des faits et de la réalité, et la contrainte – un témoignage précis qui décrit l’évolution de cette relation et la toxicité à laquelle la victime n’a pas pu résister.

Bonjour Madame,

Je viens de terminer la lecture de votre ouvrage. Je m’adresse à vous pour témoigner car je me trouve complètement détruite psychiquement, physiquement et je m’enfonce chaque jour davantage.

Après être restée 12 ans à Paris pour des raisons professionnelles, j’ai regagné ma ville natale en province en juin 2014, une leucémie myéloïde aigüe ayant été diagnostiquée chez ma mère, seulement trois ans après le décès brutal de mon père. Dès mon arrivée, j’ai dû faire face à l’accompagnement de ma mère dans tous les traitements qui lui ont été proposés pour son cancer (échouant tous successivement), à me refaire une place professionnellement. Et tout cela en me trouvant totalement isolée dans une grande ville où je ne connaissais plus personne, où je n’arrivais même plus à m’orienter, et étant fille unique, célibataire, sans enfant.

A ce moment, j’ai été contactée par un ancien camarade de lycée qui avait trouvé mes coordonnées par un organigramme professionnel. Il se disait divorcé depuis 8 ans et père de deux enfants de 10 et 16 ans dont la garde avait été confiée à leur mère et qu’il voyait un week-end sur deux. Nous nous sommes revus et nous avons entamé une relation très vite, trop vite à mon goût en février 2015. Mais il me donnait l’impression d’être enfin vivante, de n’être plus seule pour faire face à tout ce que j’endurais. Il m’inondait de texto, d’appels téléphoniques, de mails, d’invitations au restaurant, à l’opéra… Très vite, mes journées n’ont été rythmées que par lui. Il m’offrait des fleurs ainsi qu’à ma mère malade, proposant son aide en tout, me disant qu’il était amoureux de moi depuis le lycée, qu’il m’avait toujours eu dans le cœur, que son mariage était un «  accident », qu’il était tombé sur une manipulatrice et une profiteuse ( précisant qu’il avait dû verser une prestation compensatoire de 200 000 euros et en plus devoir une pension importante tous les mois) mais que notre relation était unique.

Il est vrai qu’au lycée, nous étions restés des amis inséparables pendant deux ans et lui, avait tenté un petit flirt mais je n’étais pas dans les mêmes émotions ni dans les mêmes envies. Puis la vie nous a séparés, j’ai voulu faire des études longues car j’étais une passionnée (j’aimais apprendre, je voulais découvrir, évoluer…) et lui avait eu péniblement son bac et a voulu partir pour un service militaire long («  pour voir », disait-il). Il a continué à chercher à me revoir, à m’écrire, à m’envoyer des cartes pendant des années. Il est vrai que je ne lui avais pas répondu ou pas dans le sens qu’il le souhaitait parce que quelque chose ne me plaisait pas dans cette situation et que j’avais un mauvais ressenti.

                 Lorsque nous nous sommes revus, il a commencé directement à me reprocher de ne pas lui avoir répondu. Je lui ai dit en riant que c’étaient maintenant de (très) vieilles histoires et que d’ailleurs, çà ne l’avait pas empêché de se marier et d’avoir des enfants. Là, il m’a répondu que justement si j’avais répondu à ses lettres et que notre relation soit allée plus loin, il n’aurait jamais épousé cette femme et que ce divorce qui avait ruiné sa vie affectivement et financièrement n’aurait jamais eu lieu. Il m’a dit que son échec était de ma faute. J’ai cru à une plaisanterie, je trouvais presque romantique qu’il évoque ces souvenirs. Après tant d’années, j’étais flattée…Puis, il devenait récurrent dans nos conversations que le fait que je n’avais pas répondu à ses sollicitations sentimentales d’un lointain passé me rendait responsable et comptable du gâchis de sa situation actuelle.

Un jour, il a ajouté «  à cause de toi et de ton indifférence à mes lettres, je suis tombé sur cette femme narcissique perverse qui m’a escroqué sentimentalement et financièrement». J’ai été très étonnée de ces mots employés qui n’appartenait pas du tout à son vocabulaire habituel. Et il m’a dit qu’après tout moi aussi j’avais fait ma vie et qu’il ne voyait pas ce que je lui reprochais. Je lui ai dit que je ne lui reprochais rien mais que nous n’étions pas dans la même situation.

Je ne m’étais pas mariée, je n’avais pas eu encore d’enfants. Ma réponse n’avait rien d’injurieux mais il fallait qu’il comprenne que nos ressentis, que nos attentes n’étaient peut-être pas les mêmes.

Il m’a répondu d’un ton glacial, hyper-susceptible, «  tu veux dire que maintenant je suis « sur le second marché. Tu me traites «  d’occasion ». Et bien oui, avant j’étais un bon parti et maintenant, je suis une enclume pour tout, je l’assume… ». Je n’ai pas compris qu’il interprète aussi mal mes propos et qu’il soit aussi violent.

Puis, je me suis aperçue toute seule sans qu’il ne m’en parle que l’appartement qu’il occupait et dans lequel nous étions souvent était situé directement au-dessus de celui qu’occupaient son ex-femme et de ses enfants (l’ex-domicile conjugal). Je me suis étonnée de cette situation depuis 8 années de divorce. Il m’a dit alors que cela ne faisait pas 8 ans mais 5 ans et qu’il avait vécu avec plusieurs femmes successives (précisant qu’elles étaient toutes « très chères à son cœur ») au-dessus de son ex-femme sans que ses conquêtes ne s’en offusquent comme moi. Il a ajouté qu’il descendait d’ailleurs tous les matins chercher ses enfants (je pars très tôt et ne le savais pas) et voyait son ex-femme. Il ajoutait que je ne devais pas lui demander de choisir entre ses enfants ou moi (ce que je n’aurais jamais osé faire !) car ce n’est pas moi qu’il choisirait. Je ne comprenais pas comment de pareilles idées lui germaient dans la tête. Puis il entrait dans une rage folle me disant que son ex-femme était la mère de ses enfants et que je ne pouvais rien comprendre car je n’étais pas mère, que j’avais peut-être des diplômes (lui n’en a finalement obtenu aucun) mais que je connaissais rien de la vie. J’étais sonnée par tant de violence et me sentait humiliée en tant que femme.

Il m’a dit qu’il avait hérité d’une maison en dehors de la ville et qu’il l’aménagerait pour nous. Mais je commençais à ressentir un mal-être. Puis au mois de mai 2015 nous sommes partis en Italie. Ce fut une vraie lune de miel. Il m’a offert une magnifique bague de fiançailles et un séjour merveilleux dans une ambiance italienne de printemps. Tout repartait.

En rentrant, il a commencé à avoir des exigences de pratiques sexuelles que je trouvais dégradantes et à exprimer ses demandes dans des termes obscènes mais il insistait puis riait en disant qu’il aimait juste me choquer. Il voulait également laisser la porte des WC ouvertes et que je le regarde si possible et commentait parfois ses excréments, ce qui n’était pas très excitant pour moi…

Il m’a alors dit qu’il avait souffert suffisamment de privations sexuelles de la part de son épouse et qu’il n’osait pas la forcer car elle était la mère de ses enfants mais qu’en revanche, s’il prenait maintenant d’autres femmes, ce n’était pas pour se restreindre et qu’il était d’ailleurs intolérant à la frustration (curieux encore ce vocabulaire sans rapport avec son registre de langage habituel) qu’elle qu’en soit la nature. Je me soumettais pour ne pas le perdre. Mais les rapports sexuels qu’il m’imposait le matin et le soir étaient très brutaux. Les douleurs que j’éprouvais ensuite duraient parfois plusieurs jours. Je lui en parlais mais il ne m’écoutait pas et recommençait parfois plusieurs fois par jour et de façon tout aussi brutale en dépit des douleurs causées. J’ai également multiplié les infections urinaires. J’ai commencé à me sentir agressée par ce type de rapports sexuels et à me sentir même violée par ces rapports imposés au gré de ses pulsions sans aucun souci de mon ressenti. J’ai consulté un gynécologue deux fois en un mois ( !) car je commençais à souffrir de sécheresse, de blocage et de micro lésions causées par la brutalité. La gynécologue qui me suivait depuis des années et était une amie ne m’avait jamais vue dans un pareil état psychique et physique. Je lui ai raconté quelques bribes de ma relation. Elle m’a dit qu’il était normal qu’en étant aussi maltraitée, je n’ai plus de désir et que cet homme était destructeur. Elle m’avait dit que, sous réserve d’examen, selon elle il avait un problème psychopathologique qui le faisait souffrir de compulsions sexuelles. Effectivement, avec lui, il n’était plus question de désir mais de compulsion.

J’avais des doutes mais tout cela oscillait avec des périodes merveilleuses. Il avait emménagé dans sa maison en dehors de la ville. Il s’agissait d’une très grande bâtisse de caractère héritée de sa famille et qu’il avait entièrement fait restaurer à grands frais. Il m’avait demandé d’être là à la réception des travaux en précisant que ce serait ainsi la preuve que je serais la première femme à y pénétrer, me portant dans ses bras pour passer le seuil de la porte et ayant choisi ma date de naissance comme code d’entrée. Personne n’avait jamais eu de tels gestes pour moi, c’était un conte de fées. Je sentais des vibrations positives comme si ces lieux m’acceptaient comme une promesse de bonheur et d’avenir. La maison était encore vide, comme si un monde nouveau s’ouvrait pour nous.

Mais la réalité fut toute autre. Il a emmené au fur et à mesure les meubles qu’il avait partagés avec sa femme avant leur divorce et que je ne connaissais pas (ils étaient jusqu’alors au garde-meubles) puis des meubles de l’appartement situé au-dessus de celui de sa femme qu’il disait avoir occupé avec ses nombreuses «  conquêtes », notamment le canapé sur lequel il insistait lourdement…Enfin, sur chaque parcelle d’étagère de la salle à manger et du salon contigu, il avait installé des photos de ses enfants à tous les âges posant de préférence avec lui, clichés pris par son ex- femme, puis des photos de famille sur lesquelles figurait encore l’intéressée. Ce fut de même pour le rebord de la superbe cheminée, le réfrigérateur, tout autour du meuble TV ainsi lorsque nous regardions le home cinéma, notre regard était contraint de se poser également sur ces photos… Il disait qu’il était heureux que ses enfants aient parlé à leur mère de ce home cinéma car elle depuis, elle était jalouse ainsi que de la maison en général et de ce grand train de vie qu’elle perdait. Enfin, il avait acheté de grandes vitrines d’exposition (extrêmement « kitsch » et sans m’en parler) où figuraient encore des trophées de son passé (familiaux de préférence…). Et pour finir, il avait installé en pleine salle à manger une table de billard et un «  flipper » des années 80 qui occupaient tout l’espace.

A l’étage du dessus, cette magnifique maison d’époque avait été en fait reconfigurée avec de toutes petites chambres mais une immense salle de bains qui tenait la moitié de l’étage avec spa, bains à remous, jacuzzi, immenses miroirs… Mon ami m’expliquait alors qu’il y envisageait des jeux sexuels, ajoutant toujours «  je plaisante… ». Au second étage, régnait un bric-à-brac innommable d’objets de brocante dont certains étaient à la limite de l’insalubrité et dont il tentait de me persuader qu’il s’agissait d’objets de famille car il se prétendait d’ascendance royale. Or, je connaissais sa famille qui disait que c’était une pure invention de sa part et qui n’avait jamais pris ses élucubrations au sérieux. Pourtant ses origines faisaient partie de ses obsessions. Il prétendait tantôt être un descendant direct d’Edouard VII d’Angleterre (par une de ses maîtresses), tantôt être de petite noblesse normande, tantôt appartenir à un clan noble écossais (il disait d’ailleurs avoir le droit de porter le kilt correspondant).

Enfin, je n’avais jamais été consultée une seule fois sur la décoration. Je n’avais eu droit qu’à occuper une petite penderie murale pour mes affaires. Aucune place pour moi. La seule chose qu’il avait eu le culot de me dire était que je pouvais choisir les rideaux !! Je n’avais le droit de circuler dans la maison qu’en portant des patins et devait obligatoirement me déchausser à l’entrée sous peine de réflexions désagréables. Par ailleurs, hormis la cheminée dans la salle à manger, la maison ne disposait d’aucun chauffage (qui avait, prétendait-il, été oublié dans la réfection de la maison… !), ce qui laissait planer un froid glacial et nécessitait de traîner un petit chauffage d’appoint partout où l’on se déplaçait. Et encore, mon ami contrôlait l’utilisation du petit chauffage par mesure d’économies. Egalement pour ce même motif, le réfrigérateur était toujours vide et je devais apporter la nourriture (pour deux évidemment) si je voulais manger le soir. Très vite, le charme du départ avait disparu. Il avait massacré cette maison dans son âme.

Le soir, nous nous y retrouvions pour donner un semblant de respect de son engagement de vivre ensemble dans un «  chez nous ». Mais en réalité il continuait à aller vivre au-dessus de son ex-femme dans la journée pendant que je travaillais.

Il avait des horaires plus qu’élastiques, s’occupant « un peu d’immobilier » (je n’ai jamais très bien compris ses fonctions, il était toujours très flou) tout en louant pour son compte trois ou quatre appartements T2 hérités de famille et son ex-femme ne travaillait pas. Il ne manquait pas de m’envoyer des texto pour me dire qu’il s’y trouvait même s’il savait que cela me perturbait, je devais vivre avec… Je suis directrice juridique d’une grande entreprise et j’avais besoin de beaucoup d’énergie et de concentration pour ma prise de fonctions et pour y rester car la pression y était très dure et au lieu de me sécuriser, il me fragilisait.

Cette villa était à environ 1 heure de mon lieu de travail, non desservie par des transports en commun et ayant vendu ma voiture à Paris, j’étais contrainte d’en passer par lui. Il m’accompagnait le matin et venait me chercher à la sortie de mon travail. Je n’avais plus aucun «  sas de décompression » et si je voulais voir ma mère je devais le lui signaler puisqu’il venait me chercher avec son véhicule à la sortie de l’hôpital. Il niait complètement mes réels besoins et malgré «  sa comédie » qui lui donnait un masque humain vis-à-vis de nos proches, il était totalement indifférent à la souffrance de ma mère et à la mienne qui l’accompagnait dans sa douleur. Bien au contraire, après m’avoir rendue dépendante de son véhicule, il se victimisait et en se faisant passer pour le «  chauffeur de Madame ».

Dans les dépendances de la villa, il hébergeait également la «  copine » d’un «  ami » (qui était malheureux dans son troisième mariage) qui nous regardait avec insistance passer en voiture et rentrer dans la maison. Chaque fois, je ne pouvais m’empêcher de trouver l’environnement malsain. Mais chaque fois je tentais de me rassurer.

Puis il a avoué que son divorce ne datait finalement que de deux ans et qu’il avait été prononcé à la demande de son épouse car «  avec sa femme, au début c’était bien, puis c’était moins bien et donc il  s’était barré avec une autre ». Il précisait aussi qu’il avait cohabité avec cette « autre femme » dans l’appartement situé au-dessus de son domicile conjugal alors qu’il n’était pas encore divorcé. Je lui ai dit que je ne voulais plus qu’il me raconte rien à ce sujet, je lui ai même coupé la parole à plusieurs reprises mais il continuait à parler, dans une espèce de besoin permanent, presque de jouissance libératoire, de m’imposer ces révélations dont je ne voulais pas comme pour m’inoculer au forceps ce passé malsain. Il avait un comportement compulsif autant pour avoir des relations sexuelles que pour me transférer ce vécu négatif. Enfin il devenait évident que nous étions trois dans la relation (elle, lui et moi), en partie pour me maintenir sous tension mais en partie également parce que son ego avait été blessé que ce soit elle qui demande le divorce et encore elle qui le « mette à genou » devant le tribunal en portant des accusations très graves contre lui, et qu’il se soit senti perdant. D’ailleurs, il ajoutait souvent qu’avec elle, la partie juridique n’était pas encore finie…

Je n’arrivais pas à trouver un rythme à cette relation et j’étais sans cesse sur le qui-vive par rapport à de nouvelles révélations. Ce d’autant que parallèlement ma mère subissait des chimiothérapies, j’avais beaucoup de mal à supporter de voir sa souffrance. Je faisais de gros efforts pour tout gérer, pour m’adapter à ma nouvelle vie professionnelle, accompagner ma mère dans l’aggravation de son cancer et répondre aux exigences croissantes de mon compagnon. Alors que j’avais l’impression de faire le maximum, il disait qu’était en train de « baisser les bras dans notre relation » car je ne me montrais pas suffisamment « compréhensive » face à ses conflits internes et aux problèmes personnels qu’il étalait sans limite. Parfois dans les moments les plus intimes que nous partagions, il parlait (encore !) de son divorce avec un luxe de détails (y compris de la nature des actes sexuels qu’il pratiquait avec son épouse et la date de leurs relations intimes insistant sur celle où ils avaient conçu leurs enfants puis sur les derniers rapports sexuels). J’avais l’impression qu’il transférait sur moi tous ses ressentis négatifs pour que je les porte à sa place, que le fait de me contaminer avec tout çà et de me voir souffrir et de mettre la «  panique » dans ma tête le soulageait.

J’ai commencé à éprouver un état de tension permanent, une hyper-vigilance, une peur chronique de ne pas employer le mot juste ou une expression pouvant être interprétée et à adopter des attitudes d’évitement pour éviter les crises et récupérer un peu d’énergie car j’étais épuisée. A ce moment, il redevenait gentil, attentionné, se mettait au petit soin pour moi. La vie redevenait plus douce et je me culpabilisais de ne pas savoir le rendre plus heureux. J’analysais tout, je me méfiais de tout, traquant les indices par peur de le perdre car malgré tout je tenais à notre « couple ». Même lorsque je sortais de soutenir ma mère au centre anti-cancéreux les larmes aux yeux, je me voulais souriante, disponible pour ne pas lui faire subir les conséquences de sa maladie. Lui ne se questionnait pas du tout sur ma souffrance et me faisait vivre dans une insécurité affective chronique. Il ajoutait de façon assez abjecte d’ailleurs que de toute façon au décès de ma mère, j’allais me retrouver toute seule (n’ayant plus de famille). Il sous-entendait que c’était lui ou le vide alors que je devais tout supporter pour le garder !

Nous devions partir en vacances avec ses enfants au mois de juillet 2015 (j’avais déposé des congés en conséquence avec grand peine pour pouvoir réaliser ce projet) lorsqu’il m’a annoncé que nous ne partions pas car il voulait faire des travaux de peinture dans l’appartement au-dessus de son ex-épouse. Là j’ai disjoncté. J’étais à bout. Il est entré en rage, me disant que je lui « pourrissais la vie », que je ne lui « balançais » que des propos pour l’humilier. Affolée, je lui ai demandé lesquels. Il m’a répondu que je le savais (je n’en avais aucune idée). Et a ajouté que si ses précédentes histoires avaient réussi avec son épouse ou ses précédentes conquêtes, il ne serait pas avec moi et que je ne serai pas là. Et sans cesse revenait ce leitmotiv qu’il « baissait les bras dans notre relation », cela sonnait de plus en plus comme une menace à laquelle je ne savais plus quelle réponse apporter en actes et en paroles pour qu’il voit à quel point je tenais à lui.

Après cinq mois de relation, j’étais en pleine confusion, perdue, en proie à des crises d’angoisses jour et nuit. Je n’ai plus répondu à ses appels téléphoniques pendant une seule matinée. Il a alors immédiatement harcelé téléphoniquement ma mère en lui expliquant que je le punissais d’avoir des relations avec son ex-femme mais qu’il ne comprenait pas car cela était nécessaire pour leurs enfants (je ne lui avais pas du tout parlé des enfants mais il mettait ses enfants au milieu pour rendre sa version présentable et acceptable). Je lui en ai voulu de mêler ma mère qui était très gravement malade à toutes ces histoires, de plus en manipulant la vérité. C’était aussi mon droit de vouloir la protéger et son droit à elle de vivre ses derniers jours en paix à l’abri de cet individu.

Le fait qu’il ait touché à ma mère m’a rendu folle. J’étais tellement en colère et blessée à la fois que j’étais bloquée envers lui. Je ne pouvais plus ni lui parler ni le voir. Je suis partie un week-end à Paris voir une amie que je connaissais du cours de danse depuis des années et qui était psychothérapeute pour lui demander conseil. Nous nous étions vues pour déjeuner quelques mois avant d’entamer cette relation. Elle ne me reconnaissait plus. Elle m’a conseillé de continuer à ne plus lui parler puisque j’avais eu le courage de commencer à fuir, et de persévérer pour ne plus le revoir en rentrant. Elle m’a même dit que j’étais «  entre les mains d’un bourreau » et en « pleine descente aux enfers ».

                 Mais cela a été impossible, il me manquait trop. Pendant mon week-end à Paris, il ne m’a passé un seul coup de téléphone pour me punir. J’étais dans un tel état qu’en retournant chez ma mère, j’ai fait une sygmoïdite aiguë liée au choc émotionnel de la peur de ne plus jamais le revoir et qu’il m’abandonne ( !). Je suis partie aux urgences. N’ayant plus de cycles de règles non plus (qui s’étaient arrêtées d’un coup, en fait également sous le coup du stress), on a d’abord soupçonné une grossesse extra-utérine. J’ai alors rappelé mon ami. Ce fut une erreur car nous avons repris contact. Au début, il a joué l’homme hyper-inquiet, déboulant dans le service des urgences, se présentant aux soignants comme mon futur époux, me suppliant de ne plus jamais le laisser, m’implorant de lui dire ce qu’il devait faire pour qu’il s’améliore, jurant qu’il sentait qu’à mon contact il deviendrait meilleur.

Et dès que je suis retourné dans sa villa, j’ai vu que sur les seules deux photos qu’il avait de moi chez lui (et qui était au deuxième étage avec le bric-à-brac des bibelots, pas dans le salon à la vue de tout le monde, naturellement..), l’une était déchirée, l’autre avait disparu. Il avait également une photo de moi dans son portefeuille qu’il avait enlevée (« parce que je ne le méritais plus depuis la matinée où je ne lui avais pas répondu au téléphone et mon week-end à Paris »).

Par contre, il avait ajouté de nouvelles photos de sa fille où il avait mis son visage dans le cou de celle-ci l’embrassant comme un amoureux, leurs cheveux mêlés…Je n’ai pas pu m’empêcher de lui faire une réflexion sur cette pose tant cette pose ne me semblait pas appropriée pour un père et sa fille. Il m’a dit qu’il s’agissait d’un photographe d’art et que je ne comprenais rien. Puis il a commencé à recevoir des texto dont il disait qu’il venait de sa fille et qu’il lisait en souriant amoureusement (et en s’assurant du coin de l’œil que je le remarquais bien) mais sans jamais en dire le contenu. Il utilisait également sa fille depuis longtemps comme intermédiaire entre son ex-femme et lui.

Et après m’avoir dit cela, il exigeait encore un rapport sexuel. Après tout ce qui venait de se dérouler entre nous et mon passage aux urgences, je lui exprimais que j’avais besoin d’un peu de temps. Il m’a alors dit que si je restais pour dormir chez lui sans coucher avec lui, je n’étais qu’une profiteuse. Là encore, le terme m’a fait « disjoncter ». Une profiteuse ? Je ne vivais même pas complètement dans sa villa mais le plus souvent dans ma maison de famille, hélas laissée vide par l’absence de ma mère dont les hospitalisations devenaient de plus en plus fréquentes. Lorsque je venais dans sa villa le soir, c’était pour lui faire plaisir car je me demandais chaque fois ce que j’allais y trouver ( tantôt il laissait traîner «  par hasard » dans son salon sachant qu’il allait m’y recevoir, son jugement de divorce, tantôt des papiers administratifs où figuraient encore le nom de son épouse, tantôt des photos…). J’apportais quasi-systématiquement la nourriture pour tous les deux sans qu’il contribue, j’offrais des cadeaux à ses enfants, je payais le restaurant (oui, je l’avoue, c’est moi qui sortait la CB à la fin du repas et la tendait au serveur. Sur moins d’un an de relation, il a dû payer trois fois le restaurant. J’ai même payé dans des fast-food car même là il ne voulait rien débourser). Une profiteuse, moi ? alors qu’il venait de verser une prestation compensatoire de plus 200 000 euros à son ex-femme tandis que j’assumais les frais quotidiens ? alors qu’il dilapidait son argent dans des quantités de collections et d’objets ridicules pour accumuler et donner l’idée qu’il s’agissait d’héritage de famille provenant de prétendus origines nobles ?

Je lui ai répondu que j’avais l’occasion de louer un appartement à 10 minutes à pied de mon travail et qu’ainsi je ne profiterai plus de sa «  généreuse » hospitalité, réglant par la même occasion mes problèmes de transport.

Là, il m’a dit que j’allais lui payer ce mois de juillet d’une façon dont je ne me doutais même pas. En effet, je ne m’en doutais effectivement pas puisque j’étais une victime et qu’il me reprochait ce qu’il me faisait subir. J’étais une victime et selon lui, j’étais sa persécutrice. C’était à n’y rien comprendre. Tout était inversé !

C’était tellement irrationnel que j’ai cru (bien à tort) à des paroles en l’air. Ce d’autant que mon nouveau petit appartement super moderne et raffiné était près de mon travail mais également dans la même rue que le lycée de sa fille et à une rue de distance de l’école de son fils, je pensais lui faire plaisir en le rapprochant de ses enfants. Il m’a dit que c’était génial mais dès qu’il y est entré alors qu’objectivement tous mes visiteurs avaient trouvé les lieux vraiment agréables et charmants, j’ai senti que quelque chose n’allait pas, comme si une arrière-pensée venait de germer dans son esprit. Et le chaud et le froid continuait… De temps en temps, comme çà, sans rapport avec la conversation, il me rappelait le prix de la bague de fiançailles et le sacrifice financier que cela avait représenté pour lui de me l’offrir.

A début du mois d’août, nous avons organisé une soirée de rêve dans sa villa. Il avait invité tous les anciens du lycée pour me faire une surprise. Moments mémorables de retrouvailles et de bonheur partagés entre tous… Une ambiance de groupe sympa reprenait entre tous, nous recommencions à échanger des texto, mails…

Le 14 août (j’avais travaillé toute la journée, pas lui, bien entendu passant ses journées toujours au-dessus de son ex-femme), je préparais une petite soirée avec une ambiance intime dans mon appartement et lui demandais ce que nous faisons le lendemain. J’avais des idées pour une sortie. Il m’a dit qu’il rentrait ce soir à sa villa et qu’il ne savait pas quand on se reverrait. Là, le choc. Je n’ai rien compris. Il m’a répondu de ne pas insister qu’il avait besoin de «  se désintoxiquer de moi » et il est parti, fuyant dans la nuit sans un regard. J’étais totalement en panique, déboussolée, en larmes…J’ai essayé de l’appeler sur son portable, il laissait sonner mais ne répondait plus.

Le 16 août, il m’a rappelée me demandant s’il on pouvait se parler. Il m’a annoncé que finalement il n’arrivait pas à se passer de moi et qu’il voulait qu’on reprenne le cours de notre relation. Il m’indiquait d’ailleurs que le week-end suivant nous étions invités au mariage de la fille de l’un de ses meilleurs amis et qu’en tant que sa compagne, il était normal que je vienne.

Le samedi 23 août, le mariage se déroule dans un département voisin. J’avais acheté une jolie tenue pour l’accompagner, heureuse et fière d’être présentée à ses amis et de partager ces moments avec lui. Le samedi du mariage était idyllique. Sur le trajet, nous nous sommes arrêtés pour faire un peu de tourisme, se filmer ensemble. La soirée de mariage, il a fait devant ses amis des démonstrations publiques d’attachement à mon égard, se montrant amoureux, prévenant, racontant qu’il m’aimait depuis le lycée et que les prochains mariés pourraient bien être nous… Ses amis disant que cela leur faisait plaisir de le voir tout à ce bonheur et me complimentant. Le dimanche, il m’avait promis de m’emmener visiter un château sur le chemin du retour avant de rentrer fêter la soirée d’anniversaire de sa mère. Je lui avais juste fait remarquer que je ramènerai à sa mère un objet de la région pour marquer l’occasion car je n’avais rien prévu. Il m’a répondu «  ne t’inquiète pas pour le cadeau de ma mère, j’ai toujours des cadeaux d’avance à la maison pour les femmes ». La réflexion m’avait gâché la soirée car je ne savais plus au fond qui il était et à qui j’avais affaire.

Puis curieusement, le lendemain matin, alors que tout le monde se reposait, il a voulu retourner à la salle de mariage car me disait-il ses amis l’avaient invité à «  terminer les restes de la soirée »… Nous sommes arrivés, ses amis et quelques parents finissaient de «  nettoyer » la salle. Mon ami a alors commencé à faire semblant de se rendre utile à la tâche puis très vite a demandé où étaient les restes de nourriture. Il s’est «  goinfré » puis ses amis se sont assis près de nous par politesse sur l’unique table qui restait dans la salle.

Ils m’ont dit que c’était gentil d’être venue car ils savaient que j’avais un emploi du temps très chargé vu l’actualité juridique lourde de mon entreprise. Mon ami leur a répondu du tac au tac «  que de toute façon, il serait venu avec ou sans compagnie ». Ses amis sont restés étonnés puis le père de le mariée, a enchaîné en lui disant «  tu dois être heureux d’avoir retrouvé ta copine de lycée qui a bien réussi comme çà, juriste, directrice, belle entreprise… ». Il lui a répondu «  heureux, je le serais si j’avais une femme comme la tienne. Je me souviens qu’il y a des années, elle s’était levée de son lit pour m’accueillir alors qu’elle était prête à accoucher et que j’étais arrivé chez vous à l’improviste en pleine nuit. Elle m’avait fait cuire des pâtes parce que j’avais faim. Celle-là (en me désignant), elle ne sert vraiment à rien». Un silence s’est fait d’un coup. Je ne savais plus où me mettre et puis un convive est reparti sur un autre sujet. Je me suis levée peu de temps après pour faire semblant de me dégourdir les jambes et m’éloigner à cause de la honte et de la gêne que ses propos avaient instaurées.

Les autres personnes se sont levées progressivement et lui restait assis refusant de bouger et continuant à manger alors que tout le monde donnait le mouvement vers la sortie et le parking. J’ai salué les personnes et suis allée discrètement attendre près de la voiture, les larmes aux yeux.

Il m’a fait attendre une bonne demi-heure avant de me rejoindre puis il a démarré violemment en me disant «  il faut vraiment toujours que tu me fasses remarquer avec tes conneries ». Encore une fois il me reprochait un acte qu’il venait de commettre. Je lui ai demandé ce qu’il lui était passé par la tête de revenir aujourd’hui pour m’humilier devant ces personnes. Il m’a dit tout en roulant «  écoute, je crois que c’est mieux que l’on reste des amis finalement ». Je lui ai demandé ce qu’il lui prenait d’un seul coup pour me faire çà, il a arrêté son véhicule net sur une aire de stationnement et m’a dit «  tu m’humilies devant les autres et en plus, tu t’es mise à t’éloigner de moi hier en courant alors que je m’approchais de toi ». En effet, en réfléchissant vraiment, je me suis souvenue d’un moment la veille où je m’étais dépêchée de regagner la voiture car il commençait à pleuvoir et je ne voulais pas être décoiffée pour la cérémonie. Mais ce n’était pas du tout destiné à le fuir…Comment pouvait-il l’interpréter de cette façon ?

Il m’a dit «  de toute façon maintenant que je t’ai dit que ce serait mieux que l’on reste des amis, là c’est un moment où tu dois crier, donc crie, vas-y, crie ». Puis, il ajoutait «  je te dis de pleurer, c’est comme çà que çà doit se passer. Tu dois pleurer ! ».

J’avoue que là sur une aire de stationnement au beau milieu de nulle part, je trouvais que ce type tenait vraiment des propos de fou. C’était irréel.

Par ailleurs, j’avais souvent eu cette impression qu’il me tenait des propos mais comme s’il parlait à une autre personne, en faisant référence à un vécu qui n’était pas notre vécu commun. Comme s’il voulait (re)jouer avec moi des scénarios écrits avec d’autres ou pour d’autres.

Ensuite, il m’a menacé de me laisser là et que je me « casse à pied » avec ma valise. Je n’ai rien dit pour calmer le jeu. J’avais le cœur lourd. Pendant les deux heures de trajet retour, il a d’abord commencé à me parler de son frère qui avait de la chance d’avoir une relation fusionnelle avec sa femme, puis il a recommencé avec la litanie toutes ses «  ex » qui lui étaient très chères et dont la liste s’allongeait un peu plus chaque fois. C’était épouvantable. Bien sûr, il n’a pas voulu aller à la soirée d’anniversaire de sa mère car je lui avais «  pourri sa journée » encore plus que d’habitude et qu’il rentrait se coucher.

Après cet épisode, nous sommes restés une semaine sans nous voir. J’ai passé une semaine terrible d’attente, d’angoisse, me demandant ce qu’il tramait encore dans sa tête… Puis il m’a rappelée. C’était mon anniversaire. Il voulait m’inviter à dîner le soir au bord de mer et me suppliait de « nous » donner de nouveau cette chance. Et c’était reparti ! Déjà, pas de cadeau, le cadeau, c’était le repas. Et au milieu du repas, il m’a demandé sans transition quel est le montant de mon salaire. Je ne lui ai pas répondu, estimant que çà ne le regardait pas, bottant en touche. Il est revenu à la charge, me disant sur un ton sec «  j’ai posé une question, je veux une réponse ». Je ne lui ai pas répondu, lui demandant de changer de conversation. Alors bien sûr, il parlait de nouveau de son ex-femme ainsi que d’autres amies «  qu’il trouvait charmantes ». Une soirée tiède de fin d’été avait encore viré au cauchemar…

Une semaine après, il m’a téléphoné sur mon numéro de poste fixe professionnel en pleine matinée (lui n’avait aucun horaire de travail, je ne savais même pas ce qu’il faisait de ses journées). Je me suis inquiétée, croyant à une urgence car cela ne c’était jamais produit.

Des collaborateurs étaient présents dans mon bureau en face de moi. J’ai pris le téléphone. Là il m’a annoncé qu’il était préférable que l’on mette fin à notre relation. J’ai pris comme un coup de poing dans l’estomac. J’ai dû demander aux personnes de quitter mon bureau en m’excusant de devoir reporter notre séance de travail. Je lui ai demandé ce que cela signifiait. Il m’a dit qu’il n’en pouvait plus de ma «  cruauté mentale » et que cela ne pouvait plus durer. Encore une fois, tout ce qu’il me faisait subir était systématiquement inversé et m’était reproché.

Puis, il m’a dit qu’il avait venir me chercher tout de suite et que nous allions partir faire un tour «  avec sa moto » et trouver un coin pour parler de tout çà. J’ai quitté mon travail (et oui !) pour partir en moto en pleine matinée devant des équipes de travail qui faisaient semblant de ne pas voir mais qui étaient médusées ! Et là, nous sommes allés discuter dans un endroit un peu en retrait. Il m’a dit que depuis le mois de juillet, plus rien n’était pareil et que je lui en faisais « trop voir ». Je ne comprenais rien. Là encore, je me retrouvais désorientée géographiquement, « extirpée » par force de mon bureau où l’on devait peut-être être en train de me chercher, entendant des propos totalement déconnectés du réel… A « bout de tout », je lui ai dit que j’étais d’accord, qu’on ne se verrait plus mais qu’il me ramène vite à mon travail. En me déposant devant les grilles du siège de l’entreprise, il a commencé à me crier «  mais regarde comme nous sommes ridicules, nous nous aimons, alors pourquoi NOUS faire tout ce mal. Pardonne-moi de ce que je te fais subir… ».

Il criait dans la rue «  mais faisons aussi beaucoup l’amour, encore plus… ». Je me suis demandé s’il avait un but en ayant ce comportement devant mon travail ou s’il était tout simplement dingue. Et il a ajouté «  et puis, je ne suis pas encore prêt pour cette rupture, je n’ai pas la force.. ». Ce qui dans son mental diabolique signifiait surtout qu’il ne s’était pas encore attaché de façon assez solide une autre proie mais à ce moment je ne l’avais pas compris. Et j’ai pardonné encore et encore…tandis qu’il me transfusait sa négativité de façon de plus en plus cruelle.

Par contre, je n’ai plus voulu porter sa bague qui était pour moi le symbole de l’amour et de l’attachement dont je ne savais plus s’il existait «  au passé au présent et au futur ». Il a remarqué que je ne l’avais plus au doigt un jour où il est venu me chercher au travail. Il est entré en fureur mais s’est rapidement repris et m’a dit qu’il n’y avait pas de problème pour que je la lui rende. Il pensait la mettre en vente sur « le bon coin ». Franchement, j’ai cru à de l’humour de second degré. Je lui ai dit «  tu le penses vraiment ? «  «  Il m’a répondu «  oui, elle n’a pas servi à grand-chose alors que je récupère au moins un peu de ce que je l’ai payé ». J’étais atterrée devant autant de bassesse mentale.

Puis au début du mois de septembre, ma mère a fait une septicémie et on l’a cru perdue. Elle a été transportée en urgence à l’hôpital où le médecin m’a annoncé que le pronostic vital était engagé et que les 48 prochaines heures seraient décisives. Le soir, j’ai demandé à mon ami de m’accompagner à l’hôpital car j’étais folle d’angoisse et je voulais soutenir ma mère qui luttait pour vivre. Il m’a répondu qu’il ne pouvait pas car il avait trouvé une affaire sur «  le bon coin » et qu’il avait rendez-vous à l’autre bout de la ville avec un particulier pour un achat qu’il ne pouvait pas manquer : un « serviteur muet » à 15 euros. Evidemment un bout de bois contre la vie de ma mère, çà ne se discute pas !

Puis, il a commencé à découvrir qu’avec « le bon coin » ou des sites de ce type, on pouvait se rendre chez des particuliers. Et là s’introduire chez les autres au prétexte de ventes est devenu une vraie passion. Tous les soirs, il disait avoir des rendez-vous «  bon coin ». C’est ainsi qu’il m’a raconté qu’au prétexte de vendre une glace de salle de bains dont il ne se servait plus, il s’était retrouvé, à 23 heures, seul avec une femme qu’il ne connaissait pas dans la salle de bains de cette dernière et il riait.

Ensuite comme il faisait profession de louer de petits appartements et studios, il passait sa vie à faire visiter les lieux à de potentiels locataires. Lesquels étaient le plus souvent des femmes, assez jeunes vu le type de produit proposé, des étudiantes, parfois des personnes en difficultés passagères ou non, ce qui constituait autant de proies. Il s’est mis à recevoir des coups de fil à 22 heures, 23 heures le soir.

Selon ses versions, c’était tantôt…la femme de ménage, tantôt des jeunes locataires en détresse aux prises avec le chauffage ou la douche en pleine nuit… D’ailleurs, il ne précisait jamais qu’il n’était pas seul et qu’il devait abréger la conversation. Cela durait des demi-heures…

Enfin, bref, je me rendais très vite compte qu’il s’était transformé en « tête chercheuse » de femmes et qu’il était en chasse permanente pour me remplacer avant de me quitter afin de ne pas se lâcher d’une main sans se tenir d’une autre. C’était çà qu’il appelait «  être prêt à la rupture ».

Et tout çà, en se cachant à peine… Il m’a même dit soi-disant en riant, comme toujours, «  j’espère que la prochaine me cassera moins les c… ». Mais il me disait que c’était de ma faute depuis le mois de juillet (encore et toujours…), j’avais tout cassé, qu’il voulait être «  tout pour moi » et qu’il voyait que ce n’était pas le cas. Je lui demandais « qui » il y avait d’autre. Il me disait chaque fois « que je savais » et qu’avec moi, il «  baissait vraiment les bras », cette dernière expression revenant sans cesse…

Ma mère avait survécu à sa septicémie et j’étais heureuse mais elle était en chambre stérile car toujours infectée. Je lui faisais signe à travers des vitres, devait mettre des équipements stériles complets pour l’approcher sans même pouvoir la toucher.

Et lui, au lieu d’être présent et protecteur, ne cessait de resserrer la pression sur moi. Il ne m’accompagnait plus du tout en voiture à l’hôpital, me disant que je devais désormais acheter un véhicule, qu’un de ses « copains » cherchait justement à vendre une voiture ancienne de 17 ans… et que ce serait sympa que je la lui achète car comme cet ami lui rendait des services, c’était une façon de le remercier «  en lui faisant une petite rentrée ». Je n’écoutais même plus…

Ensuite, un midi, il m’a dit qu’il viendrait déjeuner dans mon appartement car il arriverait de l’école de son fils, juste à côté. Je préparais le repas comme je pouvais, rentrant rarement chez moi entre midi et deux mais heureuse de le voir. Il frappait, entrait et dégrafait directement son pantalon pour obtenir une faveur sexuelle. J’ai cru à une blague. Je lui ai dit que je n’avais aucune envie à ce moment-là et de cette façon-là. Il m’a dit que s’il venait chez moi le midi c’était pour manger, regarder la télé «  tranquille » et faire du « quick sex ».

Je n’ai plus voulu le recevoir le midi. Il a alors commencé à me dire que c’était dommage car lui ne pouvait me voir que le midi et pas le soir… Il me disait que le soir, il allait manger chez des ami(e)s où je ne l’accompagnais jamais… Il me laissait seule des week-ends entiers sans même un coup de fil ni un texto. Tous les prétextes y passaient : des salons de collectionneurs, des foires à la brocante, des séances de ménage où il lavait les draps dans sa villa ( ?).

Sa nouveauté était aussi de franchir le seuil de la porte de mon appartement et avant même de m’avoir dit bonjour, d’envoyer sa main à mes seins ou pire directement au sexe.

Il aimait bien aussi tenter de me mettre la main aux fesses devant la grille de mon entreprise par là où tout le monde rentre.

A la fin du mois de septembre, il m’a dit qu’il avait reçu des redressements fiscaux d’un montant élevé et qu’il avait des soucis. Il est devenu odieux. Il a commencé à ne parler que de ses dettes fiscales alors qu’il était propriétaire d’une magnifique villa, d’appartements, que le fait générateur des dettes en question datait de l’époque où il était marié et qu’il venait de verser 200 000 euros à sa femme. De plus compte tenu de son attitude envers moi par laquelle il en était arrivé à nier mon existence sauf pour venir manger chez moi, se faire payer des restaurants et «  faire du sexe », il ne m’était même pas venu à l’esprit de lui proposer de l’argent.

Et là, ce fut encore pire, alors que j’avais le souci de faire transférer ma mère d’établissement, il a pris sa trousse de toilette me disant qu’il ne la laisserait désormais plus chez moi puisque nous ne partagions rien et qu’il allait passer le week-end chez sa mère. Puis ce fut l’épisode où il voulait «  se casser » dans un pays anglo-saxon et me quitter. Il avait soi-disant des offres là-bas et avait 12 jours pour donner sa réponse, laquelle dépendrait de mon comportement jusque-là. Si mon comportement ne lui convenait pas, il accepterait l’offre et m’abandonnerait… Puis ce furent les texto de dernière minute pour me dire qu’il ne viendrait pas (y compris les dimanches) alors que j’avais tout préparé, les RDV où j’attendais 1 heure au point de rencontre. Si j’avais la maladresse de dire que mon positionnement dans mon travail devenait meilleur, que je faisais ma place, les représailles étaient immédiates en me parlant de telle copine sexy, de celles qui étaient des «  vraies femmes » (donc des mères). Mes tee-shirt pour dormir (pourtant sympa) étaient des «  tue l’amour ». Il partait en pleine nuit sur un coup de crise inexpliqué sauf dans sa tête. Ses mots étaient de plus en plus obscènes.

La pression montait d’un cran chaque jour…Il n’avait plus aucune limite, aucune…

En octobre 2015, j’ai fait un début de dépression et le médecin de famille m’a arrêté pour le travail. Lui qui m’avait toujours connue souriante, bonne copine, laborieuse, dévouée, appliquée n’en revenait pas. J’étais détruite, épuisée, incohérente dans ma tête, incapable de me concentrer sur rien que sur cet homme. Il occupait toute mes pensées, avait colonisé mon esprit alors même que les maltraitances pleuvaient sans cesse, toujours plus cruelles (pendant que j’étais au fond de ces abysses, il m’envoyait sur mon téléphone portable, des photos de lui-même qui s’éclatait en soirée, ne prenait aucune nouvelle…). Même l’un de mes supérieurs hiérarchiques pourtant peu suspect d’être complaisant à mon égard m’a téléphoné pour me dire que les personnes au travail m’appréciaient et étaient sérieusement inquiètes pour moi, que si j’avais besoin d’aide, tout le monde était là. J’ai eu des tas de texto de soutien auxquels je ne m’attendais pas pour me dire «  tiens bon, ne plonge pas ! ». J’ai été orientée vers un psychiatre.

Je pleurais, me sentant honteuse d’être tombée dans cette dépendance affective qui m’entraînait toujours plus bas. Je n’avais plus d’estime de moi-même. Je me culpabilisais car mon cerveau était tellement broyé et douloureux que je pensais même plus à ma mère. J’ai décidé de tout lui avouer. Je le regrette maintenant car j’ai gâché ces dernières semaines à lui parler de moi au lieu de lui parler d’elle qui était en train de mourir. Et cette culpabilité, je la porte encore aujourd’hui. J’ai dit à ma mère que je supportais toute cette destruction de moi-même pour sauver ma relation avec cet individu car j’avais peur d’être seule lorsqu’elle me quitterait. Ma peur du vide, du manque, de l’abandon, de la solitude ma faisait endurer tout cela.

Ma mère m’a dit que quel que soit ce que j’endurerais, cet individu me laisserait tomber au pire moment de ma vie parce que c’était un psychopathe malsain qui ne se nourrissait que de détruire les autres. Elle m’a dit que le peu de force qui lui restait, elle me la transmettrait pour m’aider à décrocher de cette dépendance.

Au début du mois de novembre 2015, il a tenté un come-back, recommençant à vouloir me séduire comme au premier jour. Il est arrivé avec un bouquet de roses rouges, se mettant à mes genoux pour me demander pardon… Il m’a même dit qu’il n’avait pas été si méchant puisqu’il aurait pu me demander de l’argent pour payer ses impôts mais qu’il ne l’avait pas fait, c’était donc bien qu’il me respectait… Mais j’étais encore en dépression et trop vide pour lui répondre.

Vers la fin du mois de novembre, il a attaqué de nouveau, en me téléphonant, il reconnaissait avoir «  fait le con » mais quand même, il me demandait de reconnaître aussi que j’étais coupable de ne pas l’avoir aimé mieux. Je ne répondais même plus.

Il me reprochait aussi de ne pas avoir supporté qu’il parle de son ex-femme en permanence et qu’il cherche à la voir plusieurs fois par jour. Car, disait-il, si j’aimais ses enfants, je devais aimer leur mère car ils étaient indissociables, leur mère «  vivait en eux ». Il oubliait de dire que son ex-épouse n’avait plus aucune envie de le revoir. Elle envisageait même de déménager pour ne plus le croiser.

Il me suppliait de venir vivre avec lui «  en plein », de lui redonner une chance. Il recommençait à dire qu’il m’avait eu depuis le lycée dans son cœur, qu’il m’aurait encore pour les années à venir. La seule chose dont je me souviens de cette conversation, c’est à quel point, ses propos sonnaient faux. Puis, il m’a dit qu’il était sous pression parce qu’il était soucieux de voir que ses enfants présentaient des problèmes psychologiques sérieux.

En décembre, il a menacé de se suicider si je ne revenais pas, appelant les amis…

Malheureusement, la veille de Noël, j’ai été appelée par l’hôpital en urgence. Un médecin m’a reçu debout dans le couloir pour m’annoncer que ma mère que ma mère venait de faire une rechute grave qui serait fatale et qu’elle était entrée en phase de fin de vie. Je me suis retrouvée seule dans un couloir d’hôpital désert, une veille de Noël avec ma mère qui allait mourir. Déjà que mon équilibre était précaire, j’ai craqué en plein.

Et là, alerté de la situation par des amis communs, il est revenu dans ma vie. Se rendant disponible pour l’hôpital, m’inondant de texto de soutien lorsque j’étais prêt d’elle pour veiller.

Il m’a juré que de toute façon, il serait toujours près de moi, qu’après cette épreuve, reconstruire notre bonheur ne dépendrait que de nous.

Pendant les quinze jours, il ne me lâchait pas, se rendant indispensable, à tel point que le peu de famille proche que j’avais sur place (sœur de ma mère, cousins germains) se demandait qui était ce garçon si charmant et si prévenant qu’il apercevait (étant précisé qu’eux, ne se sont occupé de rien, à aucun moment). Mais ne connaissaient pas l’histoire, ils se félicitaient que quelqu’un reste pour veiller sur moi. Et inconsciemment, parce que trop fragilisée, je me suis laissée gagné par ce discours ambiant, si élogieux à son égard. J’étais très fusionnelle avec ma mère et c’était comme un peu de moi qui mourrais en même temps. Après je n’aurais plus personne. Alors, pourquoi pas lui, au fond…

Lorsque ma mère est décédée, il est venu veiller le corps, m’aider dans la préparation des funérailles, se présentant, serrant les mains, se comportant comme l’homme de la maison. Il faisait naître non seulement dans ma tête qui était broyée par le chagrin mais en chacune des personnes présentes un espoir d’un accompagnement pour moi dans cette épreuve. Je n’étais pas seule, le chevalier blanc serait là !

Le soir après les obsèques, j’ai souhaité rester seule, ce qu’il a respecté. Puis le week-end suivant, il recevait ses enfants. J’ai préféré ne pas y aller bien que m’entendant très bien avec eux et lui ayant donné des cadeaux pour eux. Mais je pleurais sans cesse et ce n’était pas pour des enfants.

Il m’a donc rappelé la semaine suivante pour venir m’aider à transporter des affaires qui appartenaient à ma mère et que j’avais du mal à manipuler sans pleurer.

Une fois, ce transport fait, pour le remercier, je lui ai dit que nous pourrions aller dîner dehors car avec ces circonstances, les placards étaient vides et j’avais peu envie de cuisiner (j’avais perdu 5 kilos en 15 jours). Là, il était dans ma salle à manger et il m’a dit «  mais je n’ai absolument aucun moment à te consacrer ». Je lui ai dit que je ne comprenais pas bien. J’étais très fatiguée, je devais rester assise car ma tension avait chuté, mon visage ravagé par le chagrin. Il m’a dit «  je suis étonné de te voir comme çà car en principe tu es quelqu’un de fort. Tu as eu de la force quand il s’est agi de me repousser en novembre et de ne pas me répondre au téléphone au mois de juillet. Et bien maintenant c’est moi qui te quittes».

Je n’y croyais pas. En fait, il avait été jusqu’à instrumentaliser la mort de ma mère pour revenir dans ma vie pour ne pas rester sur l’idée que je l’avais laissé tomber mais que c’était lui qui me larguait. Il s’appuyait sur ma détresse immense du fait de la mort de ma mère pour faire sur moi un meurtre psychologique.

J’ai ressenti un coup d’une violence immense. Il a ajouté «  je te l’avais dit que tu crèverais seule à force de faire la fière. Voilà, maintenant, que tu n’as plus personne dans la vie, tu es contente. Et tout çà par ta faute ». Jusqu’au bout il me blâmait de ses propres fautes et partait dans un délire…

Mon seul regret est d’avoir été tellement sidérée que je n’ai pas eu la force de l’insulter, de le jeter dehors.

Alors comme je ne réagissais pas parce qu’assommée et en plein deuil, il a complété en disant «  tandis que ma vie à moi, elle continue. Je vois quelqu’un d’autre que toi depuis déjà plusieurs semaines. Je l’ai rencontrée par hasard ( !). Et je n’ai aucune envie de la laisser tomber comme je le fais maintenant avec toi ». Et il faisait «  non, non, non » avec le doigt et esquissait un sourire. « Elle a pris ta place dans la villa qui devait être la tienne et dont tu n’as pas voulu. La vie continue. Et pour moi, elle s’annonce belle avec mes affaires qui s’arrangent. Alors que toi, tu n’as plus rien… ».

J’ai juste dit «  mais qu’est-ce qui se passe dans ta tête ? »

Il m’a dit : « je pourrais quitter la fille avec laquelle je sors et revenir avec toi. Je suis dans un entre-deux et il va peut-être falloir que je prenne le temps d’y réfléchir pour savoir qui je choisis. En tout cas, je ne la quitterai pas tout de suite. Je te ferai signe, je te téléphonerai. Mais franchement je crois qu’avec toi, j’ai été assez échaudé avec ce que tu m’as fait subir. ». Et la conclusion «  et la raison pour laquelle je t’en veux le c’est que tu n’as pas été COMPREHENSIVE vis-à-vis de mes dettes fiscales ».

Et il est sorti en courant et en riant.

Un mois après, je n’en suis toujours pas revenue. J’ai l’impression d’avoir vu le mal à l’état pur : oser se servir de la mort d’une mère avec laquelle j’étais très proche pour m’atteindre et m’achever! Aucun regret, aucun remord d’avoir eu un tel comportement. Il continue joyeusement sa vie avec ses nouvelles copines et nos amis communs qui ont pris fait et cause pour lui, la pauvre, sans se poser de question… Quand je pense qu’il n’aurait pas été choqué de me pousser au suicide…

Ce traumatisme final s’est ajouté à toute la destruction qu’il avait déjà perpétrée pendant des mois. Et s’ajoute pour moi à la mort de ma mère. Je traverse une période où je suis dévastée. Je ne sais pas si je guérirai vraiment un jour.

AUCUN DIPLÔME À LA CLÉ

977928_6_34bb_ludmilla-tcherinaPhoto de Ludmilla Tcherina

Alors que les mois de février et mars ont été consacrés aux enfants en souffrance, alors que avril et mai reviennent sur l’emprise, la violence psychologique, et l’éventuel pardon, il me semble essentiel une fois de plus de dire que l’objet de CVP est de se consacrer aux victimes de violences psychologiques, et aux potentielles victimes, aux proies, en informant, en dénonçant, en tenter de prévenir et en accompagnant lors de de la (re)construction de la personne en souffrance.

Pour ma part, il n’est pas question de délivrer un diagnostic sur l’auteur des violences. Diagnostic qui ne peut être que tronqué, l’auteur desdites violences ne se présentant jamais comme auteur. S’il vient à parler, c’est bien pour se victimiser, et faire accuser l’autre. Aussi, dire : « En effet, untel ou unetelle est sans conteste un(e) manipulateur pervers narcissique » est à la fois difficile et dangereux.

Difficile, ainsi que ce vient d’être dit, car porter un diagnostic sans avoir reçu la personne « à diagnostiquer » va à l’encontre de toute déontologie. Un avis, une opinion, est possible. Les faits, paroles, actes rapportés fournissent un faisceau d’indices à partir duquel il devient possible, de considérer qu’il y a en effet violence psychologique, comportements destructeurs, intentionnels ou non. De même, il faut prendre en considération la souffrance de la personne reçue et entendue. Il faut être capable d’appréhender un état de stress post traumatique, un état d’anxiété généralisée, une dissociation, des troubles qui se développent, comme la claustrophobie, l’agoraphobie, les intentions suicidaires.

Dangereux, car le diagnostic une fois porté, celui-ci peut plonger la victime dans divers états :
– convaincue d’être victime d’un « PN » (terme trop médiatisé qui empêche tout recul), elle peut focaliser sur ce terme, justement, et ne pas arriver à effectuer pour elle le travail nécessaire de deuil et de reconstruction. Elle devient victime « par définition » et consacre sans s’en rendre compte son énergie à lutter contre le (la) PN, ou à vouloir faire entendre que l’autre est un monstre. Ce qu’elle fait essentiellement, si son psychisme ne se détache pas de « l’autre », c’est continuer de lui consacrer et son temps, et son énergie, et sa vie.
– elle peut également se mettre à chercher comment prouver que l’autre est « PN ». Comment le prouver aux yeux de son entourage, mais aussi comment le prouver devant la société et en justice. Là encore, elle se consacre à « l’autre ». Pas à elle, la victime. Elle se plonge dans un combat presque perdu d’avance en justice. S’il est vrai que devant un juge on peut aujourd’hui arguer de la violence psychologique subie, des conséquences et du traumatisme, et qu’il est même possible de prouver cette violence, il est bien plus risqué et hasardeux de vouloir montrer que « l’autre » est PN, psychopathe, fou et dangereux, et souvent tout à la fois. La justice jugera sur des faits. Sur des éléments concrets.
C’est le travail des avocats, c’est aussi celui de la victime, c’est enfin celui de celles et ceux qui accompagnent la victime, que de lui permettre d’ordonner des faits chronologiquement, de mettre en avant l’intention de nuire, de montrer la répétition de comportements destructeurs.
Et contrairement à ce que pensent de trop nombreuses victimes, c’est possible.
En outre, cette réflexion permet de se recentrer sur « soi », de s’attacher à ce qui est concret, et de se détacher de « l’autre », le bourreau.
– il ne faut pas oublier non plus que si certaines personnes peuvent dire : « je suis victime d’un PN », et le démontrer, d’autres n’en sont pas encore là dans leur parcours, n’arrivent pas encore à prendre pleinement conscience de leur vécu, à le « ressentir », ou à l’exprimer. Parfois, la mémoire occulte des faits, des moments, des périodes. C’est au thérapeute de permettre à la victime de retrouver un accès à ses émotions et à son vécu. Mais tant qu’elle ne le peut pas, la victime va considérer que « finalement ce que j’ai vécu c’est pas si grave que ça, je dois pas être vraiment victime… »

Se rattache à cela un autre élément à prendre en considération : le terme « pervers narcissique » est devenu tellement médiatisé, sur employé, commercialisé et demeure si contextuel, que se développe aujourd’hui une méfiance presque légitime face à l’utilisation de ce « présupposé ». La décision de justice ne sera pas plus lourde pour le bourreau, que le juge développe une intime condition de la perversion narcissique (ou non) de celui qui en est accusé. Et le suremploi du terme aurait même tendance à rendre les magistrats d’autant plus prudents et défiants. « Tiens, « encore » un cas de PN… ». Car aujourd’hui, ils sont pléthore…

En revanche un dossier détaché de l’affect lié, qu’on le veuille ou non, au terme de « PN », un dossier reposant sur des comportements destructeurs et sur la mise en place d’une relation fondée sur la violence psychologique, donc, de fait, une relation où il y a abus, maltraitance, dénigrement de l’individu… est entendu devant la Cour.

Mener un combat pour se faire entendre, mener un combat pour être reconnu(e) victime – ce qui est un état et non un statut, mener également un combat personnel pour sortir de cet état de victime pour faire reconnaître sa souffrance et ses conséquences, mener en somme un combat pour être validé(e) comme individu à part entière et non objet d’un autre, et réhabilité(e) dans son droit à être, est essentiel.
Mener un combat pour entendre que effectivement, l’autre est PN, est secondaire. Encore une fois, c’est continuer à lui consacrer du temps. Or, la seule personne qui compte, c’est celle en souffrance. C’est lui permettre de dire : « Je suis victime, j’ai été victime de violences ». C’est l’amener sur la voie d’une vie libérée de ces contraintes, de ces incompréhensions, de ces violences. Une vie faite de vie, et non d’inexistence.

©Anne-Laure Buffet
associationcvp@gmail.com

ÉTAT DE DISSOCIATION – DÉFINITION

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Les troubles dissociatifs sont caractérisés, selon le DSM-IV (1)par la survenue d’une perturbation touchant des fonctions normalement intégrées, comme la conscience, la mémoire, l’identité ou la perception de l’environnement. Ils sont donc dus à des traumatismes.

Cinq troubles dissociatifs sont identifiés: l’amnésie dissociative, la fugue dissociative, le trouble dissociatif de l’identité, le trouble de dépersonnalisation et trouble dissociatif non spécifié.

L’amnésie dissociative est caractérisée par une incapacité à évoquer des souvenirs personnels importants, habituellement traumatiques ou stressants, cette incapacité ne s’expliquant pas par une mauvaise mémoire.
Nous avons tous la capacité de dissocier, c’est-à-dire que nous sommes tous capables de séparer des sentiments, des expériences, des comportements de notre mémoire consciente, en les supprimant, en les dissociant, en étant amnésiques, en oubliant ; il y a maintes possibilités de dénommer ces phénomènes.
Si nous nous auto analysons dans notre vie quotidienne, notre comportement peut changer beaucoup selon les circonstances du moment, selon la situation et selon nos interlocuteurs.

Dans le cadre d’un traumatisme, trois types de dissociation sont classés :

Dissociation primaire : Cette forme de dissociation représente le processus de traitement d’information particulier pendant un traumatisme psychique. L’expérience est tellement bouleversante pour l’humain que la conscience ne peut pas intégrer celle-ci normalement. L’expérience ou une partie de celle-ci est dissociée. Cette fragmentation de la conscience est liée à une altération de la conscience normale et elle est un symptôme typique du trouble de stress post-traumatique (TSPT).

Dissociation secondaire : Quand la personne se trouve déjà dans un état dissocié, une désintégration au niveau de l’expérience personnelle peut survenir : Une dissociation entre le «Moi observant» et le «Moi expérimentant». La personne prend de la distance par rapport à l’événement et vit le fait à travers la position d’un observateur. Cette définition se rapproche du trouble de dépersonnalisation (voir ci-dessous).

Dissociation tertiaire : Suite à des traumatismes continuels, les humains sont capables de créer des états du moi indépendants (Ego-states) pour stocker les expériences traumatisantes. Ces états du moi sont dans le cas extrême tellement distincts et développés qu’ils présentent des identités propres complexes. Cette définition se rapproche du trouble dissociatif de l’identité (voir ci-dessous)

Ces trois types de dissociation peuvent être perçus soit comme ayant une qualité différente et bien distincte chacun ou alors on peut les imaginer sur une échelle continuelle et les décrire comme étant une expression de plus en plus forte du phénomène de base qu’est la dissociation.

Une dissociation est donc une séparation entre des éléments psychiques et/ou mentaux, qui, habituellement, sont réunis et communiquent. Le schizophrène voit ou sent des choses dans une zone psychique inaccessible à sa raison, l’amnésique ne communique pas avec une partie de sa mémoire (qui pourtant reste présente), une personnalité multiple ne communique pas avec les autres personnalités qui cohabitent dans son psychisme.
Aujourd’hui, on a identifié plusieurs pathologies dissociatives qui sont différentes de la schizophrénie.

Sur le plan fonctionnel, la dissociation est un processus mental complexe permettant à des individus de faire face à des situations douloureuses, traumatisantes ou incohérentes (exemples donnés ci haut.) Elle est caractérisée par une désintégration de l’ego. En d’autres termes, cet état de dérèglement émotionnel peut être si intense qu’il peut produire, dans les cas extrêmes, une « dissociation ». La dissociation est un écroulement de l’ego si intense que la personnalité est considérée comme littéralement cassée en morceaux. Il ne fat pas confondre dissociation psychique et fugue psychotique. Nous allons donc aborder cette notion dans la partie suivante.`

Les symptômes peuvent concerner trois sphères différentes :

  • Idéo-verbale : les propos et leurs liens logiques sont désorganisés, hermétiques. On parle de discordance en cas de franche impénétrabilité. De diffluence lorsque le discours zigzague entre des sujets sans connexion apparente (on parle également de pensée tangentielle). Le mieux est de donner un exemple de discours dissocié :

« Je n’ai pas de nom, j’ai tous les âges, le fluide éternel qui coule dans mes veines ; de l’or ; je vois ce que vous pensez, j’ai un troisième œil qui tourne dans mon cerveau. Je sais que vous voulez m’appauvrir, comme les totems qui hurlent, mais vous ne m’aurez pas car je sais me liquéfier.  »

Lorsqu’il est aussi prolixe, le langage des schizophrènes comporte une forte consonance poétique (sans doute l’aspect hermétique qui fascine) ; le délire n’est jamais loin.

  • Affective : les affects sont très fluctuants et imprévisibles. On parle d’ambivalence affective. Les patients schizophrènes, en effet, contrôlent mal leurs émotions, qui éclatent de façon totalement nue.
  • Comportementale : la discordance a facilement une composante physique. Les gestes sont bizarres, maniérés, incohérents ; l’accoutrement est à la fois baroque et morbide. Toutefois, cette excentricité ne suffit pas à poser un diagnostic. Parfois, on note des formes catatoniques ; le malade est alors figé comme une statue.

CLIVAGE – DÉFINITION

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Définition :
Le clivage est un mécanisme de défense fréquent chez les personnes atteintes de troubles de la personnalité. On le constate fréquemment chez les victimes de traumatismes ou de violences.
Cela consiste en une incapacité de percevoir en même temps les caractéristiques positives et négatives d’une personne, d’un événement ou d’un chose, incluant la perception de soi-même. Le clivage est le résultat d’une pensée dichotomique : tout est blanc ou tout est noir, tout est bon ou tout est mauvais (distorsion). C’est un mode de pensée primaire, évoluant vers un mode de pensée intégrée de l’enfance (trois mois) à l’âge adulte. C’est un mode de pensée excessif (pensée émotionnelle), un concentré d’une émotion intense, qui prend toute la place telle la rage, l’impuissance, l’exaltation, etc.. C’est une sorte de filtre qui a pour fonction la protection de la personne.

Origine :
Processus évolutif normal : Biologique (a. impulsivité; b. instabilité affective), Environnement (a. invalidation; b. imprévisibilité).

Buts du clivage:
Permettre des attachements. Permettre des séparations. Éviter certaines émotions difficilement tolérables (rejet, abandon, destruction).

Conséquences :

  • Alternance de visions contradictoires de soi, d’heure en heure, de jour en jour : idéalisation, dévalorisation, distorsions.
  • Incertitude par rapport au présent et au futur : incapacité de se projeter dans l’avenir.
  • Alternance de comportements contradictoires (qui sera perçu comme étant de la manipulation) selon que la personne se voit et voit les autres comme bons ou méchants, amis ou ennemis.
  • Relations interpersonnelles intenses, instables, exprimées par des ruptures fréquentes.
  • Alternance au niveau des émotions : colère – rage / affection – passion / impuissance – tristesse.

L’ESPT ET LE SYNDROME D’ÉVITEMENT

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ESPT. État de stress post traumatique. Une des conséquences pour les victimes d’avoir vécu en étant soumises à un comportement toxique. L’état de stress post traumatique, connu pour les victimes d’attentats, de guerre, de prises d’otages, de catastrophes naturelles, aériennes… commence à être pris en compte pour les victimes de personnalités toxiques et de pervers narcissiques.

L’État de stress post-traumatique (ÉSPT) est un trouble anxieux se caractérisant principalement par le développement de symptômes spécifiques faisant suite à l’exposition à un événement particulièrement stressant ou à un événement traumatique extrême qui a impliqué la mort, une menace de mort, des blessures graves et/ou une menace à l’intégrité physique de la personne et/ou à celle d’autrui.

L’état de stress post traumatique, en fait, c’est l’impossibilité de contrôler des sentiments, des comportements, des réactions. C’est ce que provoque, entre autres, la « mauvaise madeleine ». Les victimes souffrant d’ESPT sont en souffrance. Elles peuvent être victimes pour avoir directement vécu le trauma ou pour en avoir été témoin.

Niveaux d’état de stress post traumatique ESPT aigu = symptômes persistant moins de 3 mois ESPT chronique = symptôme persistant 3 mois et plus ESPT avec survenue différée = au moins 6 mois se sont écoulés entre l’événement traumatique et le début des symptômes .

Noter que les symptômes et l’importance relative de la reviviscence ou réexpérience (revivre l’événement traumatisant), de l’évitement, de l’hyperactivité neurologique et de la détresse peuvent varier dans le temps. La durée des symptômes est variable avec une guérison complète survenant en trois mois dans environ la moitié des cas alors que de nombreuses autres personnes ont des symptômes qui persistent plus de douze mois après le traumatisme, voir même, durant plusieurs années. Tant et aussi longtemps que la personne ne prendra pas la décision de se prendre charge et aller consulter pour recevoir l’aide nécessaire à son rétablissement.

Le syndrome d’évitement est consécutif de l’ESPT. Syndrome d’évitement : Comportement qui consiste à éviter la confrontation avec l’objet, la situation, la personne ou l’animal phobogène, la simple anticipation déclenchant une réaction anxieuse importante.

Ces comportements, qui font partie intégrante de la névrose phobique, peuvent devenir très invalidants, le patient refusant de sortir de chez lui de peur d’être confronté à sa phobie. Ils permettent de lutter contre l’angoisse, mais celle-ci est susceptible de réapparaitre à la simple idée d’avoir à affronter la situation phobogène. À un degré moindre, chez les personnalités anxieuses ou évitantes (dites classiquement phobiques), l’évitement de toute relation propre à impliquer des engagements d’ordre affectif, sexuel ou agressif, se traduit par des comportements de timidité, d’inhibition et de trac. Un traitement psychothérapique est indiqué.

Le syndrome d’évitement constitue une sorte de « zapping » des pensées, images, sensations et des situations rappelant ou symbolisant les circonstances du traumatisme initial. Parfois, le traumatisé lutte contre le sommeil pour éviter les cauchemars. Cela peut devenir un réel handicap social Les conduites d’évitement ne sont pas des phobies, car là aussi il s’agit d’éviter une situation bien précise en rapport avec un événement récent bien identifié. (1) La conduite d’évitement dissimule souvent le refus du conflit, fréquent pour les victimes souffrant d’ESPT.

Pour exemple, ces témoignages :  » Je sursaute pour un rien, je suis très solitaire, souvent sur mes gardes, je suis toujours très anxieuse, j’évite d’aller faire mes courses aux heures de pointe, je n’ai pas de vie sociale ou si peu… »  » Je pleure pour un rien, j’ai peur d’aller me coucher, je suis comme une enfant, il me faut de la lumière. Et un doudou… »  » Dès que l’on me fait une remarque, je la prends comme un reproche, je me renferme et ne sais jamais quoi dire ou comment réagir… »  » Je ne supporte pas qu’on me demande mon avis. Il va être jugé ; je vais être jugée. »

Pour les personnes qui n’ont pas été soumises à un trauma, il est difficile de comprendre l’ESPT. Pourquoi un évènement anodin, pourquoi quelque chose d’aussi simple que d’aller ou acheter du pain ou répondre au téléphone, entraîne des blocages, de l’anxiété, cette « paralysie » du mouvement et de la pensée ? Les victimes, confrontées au trauma puis à la souffrance, sont en plus exposées au jugement extérieur et aux difficultés à se faire entendre et comprendre. Déjà confrontées à l’isolement, elles s’enferment de plus en plus sans savoir comment se sortir de cette impasse complète.

Guérir de l’ESPT est heureusement possible, en se faisant accompagner par des thérapies adaptées et des professionnels formés à la victimologie ou / et à la souffrance des victimes. Il faut en premier lieu identifier le trauma. Or le trauma tel qu’exprimé par la victime ne sera pas toujours le trauma ayant causé l’ESPT. Identifier la cause permet d’évaluer la conséquence. Pour pouvoir identifier cette cause et de ce fait travailler en thérapie sur le comportement d’évitement et le trouble anxieux, il est indispensable que la victime se sente en confiance, écoutée et comprise, sans jugement extérieur. « Le travail que j’ai fait avec vous m’a aussi beaucoup aidée ces derniers temps, peut-être parce que vous vous êtes spécialisée dans le suivi des victimes et il me semble (mais je demande rarement à un psychanalyste son CV… ) que c’est la formation qui manque souvent aux psy traditionnels qui ne sont pas des « victimologues »… »

 annelaurebuffet@gmail.com

(1) Institut de Victimologie

©Anne-Laure Buffet

RÉPÉTITION DE LA VIOLENCE PAR L’ENFANT TÉMOIN OU VICTIME

POURQUOI L’ENFANT RÉPÈTE T-IL LE COMPORTEMENT VIOLENT DE SES PARENTS ?

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Un enfant victime ou témoin de la violence parentale peut développer une psychopathologie de répétition. Basiquement, on dira que « c’est inévitable ». Pourtant tous les enfants victimes ou témoins ne deviennent pas violents. D’après Winnicott, une des répercussions majeure de l’exposition de l’enfant aux violences conjugales est le sentiment « d’effondrement dans l’aire de la confiance, sui retentit sur l’organisation du moi ». L’attachement primaire n’est pas fiable, ce qui fait naître un sentiment de désespoir, d’insécurité profonde, et la crainte permanente d’un effondrement. La mère battue peut parfois apparaître comme une mère absente, car incapable d’assurer pour l’enfant sa fonction de moi auxiliaire.

Les enfants victimes ou témoins de la violence parentale, conjugale, peuvent se distancier de ces figures violentes. Une rencontre avec un adulte bienveillant aura un rôle fondamental dans le processus de résilience. La résilience se situe dans le désengagement. Il est probable que plus un enfant pourra se désengager vis-à-vis de ses parents et moins il répètera la violence subie. Cependant plus l’enfant sera exposé jeune et moins il pourra se désengager. Le mal, et la culpabilité, introjectés par l’enfant, devenant partie de lui, provoquent un processus de pensée : l’enfant se voit dès lors comme mauvais et coupable. Certains enfants vont dès lors s’identifier au parent agresseur, en devenant à leur tour agresseur du parent victime; D’autres vont entrer dans un schéma victimaire, convaincus de ne pas pouvoir échapper au fait d’être victime.

Pour d’autres enfants, le schéma familial reçu induit que la violence est la seule façon de résoudre les conflits.
Wallon indique que l’imitation est au coeur des apprentissages. C’est un acte constitutif de l’identité. L’enfant se perçoit dans la peau de l’adulte.
L’imitation est au coeur de l’empathie et du système d’attachement, l’enfant cherchant à se mettre à la place de l’adulte et à le comprendre. Elle ne peut se faire qu’avec les personnes qui exercent une profonde influence sur l’enfant : « À la racine de l’imitation, il y a amour, admiration et aussi rivalité. »

La détresse absolue, selon Ferenczi, peut activer deux mécanismes primitifs : le clivage, qui vise à maintenir une partie saine dans le moi, et la projection, permettant au sujet de ne plus ressentir l’état de chaos qui l’habite. De manière paradoxale, il pourrait y avoir identification. La victime se met alors dans la peau du bourreau pour comprendre ses intention. Ce serait alors un vecteur à la répétition traumatique.

VAMPIRE QUOTIDIEN

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On peut comparer métaphoriquement les stratégies d’emprise psychologique au vampirisme au quotidien :

– L’agresseur est un embrouiller, habile à oeuvrer dans l’ombre, le visage masqué : « Il se déplace comme un nuage de brouillard que lui-même suscite » comme le comte Dracula

– « vertueux », membre d’honneur d’une honorable institution, il reporte systématiquement la responsabilité de son acte criminel sur la victime, prétendument vicieuse et séductrice

– il promeut le secret au rang de la politique familiale (ou institutionnelle)

– il ne signe jamais ses forfaits

– il ne donne jamais la moindre explication

– il se trouve toujours « d’excellentes justifications »

– il est passé maître dans l’art de la rhétorique perverse et manie avec maestria l’art du « double lien » face auquel il est impossible de se décider : « Si je te bats c’est pour ton bien… » ; « Mais tu as raison ma chérie, écoute ton copain, porte plainte contre moi et surtout n’oublie pas d’acheter des fleurs pour enterrer ta mère… » ; « Si tu me dénonces, on ne te croira pas… » ; « J’irai en prison et toi à la DDASS… »

– il parvient constamment à culpabiliser subtilement la victime

– il sait admirablement faire alterner les périodes d’accalmie et de violences psychologiques ou physiques

– il utilise l’isolement, stratégie idéale pour porter sans risque une attaque

– il est expert pour monter les membres de la famille les uns contre les autres, attiser les antagonismes, colporter les rumeurs, divulguer  des faux secrets, faire et défaire les alliances

– il ne tient jamais compte des faits. « Les faits dépendent entièrement du pouvoir de celui qui peut les fabriquer »

– il pratique une surenchère permanente, condition de survie de son emprise totalitaire : le moindre arrêt de mouvement pourrait stimuler la réflexion, permettre une remise en question

La relation d’emprise peut parfois sembler être une totale réussite, la victime prenant alors totalement le parti de l’agresseur.

Le renversement des accusations est le redoutable corollaire de la relation d’emprise : il constitue la signature du processus vampirique. Les victimes qui percent les intentions criminelles des agresseurs les plus pervers ont le plus grand mal à être entendues, reconnues. Elles passent régulièrement pour folles, menteuses, paranoïaques, à tort persécutées. Car il n’est pas anodin d’être confronté à la violence impensable. Personne ne peut aisément concevoir le Mal absolu, surtout lorsqu’un être cher est directement impliqué. Comment admettre sans difficulté qu’un membre de sa famille est un criminel ? Les « braves gens » pensent qu’il n’y a pas de fumée sans feu… car ils ignorent que le comte Dracula se déplace avec un nuage de fumée que lui-même suscite, selon l’intuition poétique de Bram Stoker.

L’inversion des accusations est favorisée par l’agressivité que génèrent les victimes de violence répétées et par le déni généralisé de la violence impensable.

 

La relation d’emprise a les mêmes conséquences psychodramatiques que les situations traumatiques répétées (dites de type 2). Elle s’accompagne en général d’un processus d’inversion, les victimes passant pour les bourreaux en raison du déni de la violence impensable et des contre attitudes de rejet qu’elles génèrent. 

 

Gérard Lopez, in Enfants violés et violentés – Le scandale ignoré, ed. Dunod