PARENTIFICATION – PARENTALISATION – GROUPE DE PAROLE DU 6 FÉVRIER 2016

dorothea-lange

Samedi 6 février, un groupe de discussion s’est réuni autour du thème : l’enfant parentalisé.

« Parentalisé » ; étrange mot, et pourtant de plus en plus employé. On entend également « parentifié ». Que ce soit parentalisé ou parentifié, il n’est pas question d’ergoter sur le mot juste, mais d’en observer la mise en place et les conséquences.

Dans The Langage of Family therapy (1985), Simon, Stierlin et Wynne définissent la parentification comme : « L’attribution d’un rôle parental à un ou plusieurs enfants dans un système familial. Cela entraîne une forme d’inversion des rôles en relation avec une perturbation des frontières intergénérationnelles. »

Il faut également distinguer la parentification ou parentalisation de l’instrumentalisation de l’enfant. Instrumentaliser revient à transformer l’enfant en objet, ne plus lui reconnaître une existence propre, pour s’en servir le plus généralement comme une arme contre une autre personne (autre parent, frère ou sœur,…).

Dans le cas de divorces conflictuels, où l’un des deux parents est un parent « toxique », il est classique qu’un enfant soit instrumentalisée. Il va alors devenir « la poubelle» de son parent – et parfois de ses deux parents, il va entendre des messages injurieux et souvent diffamatoire à l’encontre de son autre parent, messages destinés non seulement à dégrader l’image de ce parent, mais également à éloigner l’enfant dudit parent. On parle alors de conflit de loyauté.

La parentification peut créer un conflit de loyauté. Elle peut également éloigner un enfant de son parent « bienveillant ». Mais la première motivation de la parentification est une volonté inconsciente d’inverser les rôles. En effet être parent implique de savoir tenir une posture : papa ou maman, père ou mère, et adulte. Lorsqu’il y a parentification, la place de l’adulte n’est pas établie avec certitude. Le parent va jouer à être un papa ou une maman, un père ou une mère, mais ne va jamais en assumer les devoirs ou les responsabilités.

Il est nécessaire de souligner tout de suite certaines exceptions : un parent qui va se retrouver en incapacité d’exercer son rôle de parent pendant une durée plus ou moins déterminée (maladie, hospitalisation, séjour à l’étranger, …) peut voir alors son enfant prendre son relais. C’est un relais matériel, concret. Ce n’est pas un relais affectif. La protection et la sécurité qui doivent être assurées par le parent de manière naturelle continuent de s’exercer, et l’enfant ne se sent pas « abandonné ». Ses repères subsistent, le référent demeure, l’enfant ne se retrouve pas en position de transgresser des règles à fin d’assumer lui-même sa propre sécurité et de répondre à ses besoins naturels. A défaut d’être nourri, de manière alimentaire, par son parent dans son quotidien, il reçoit toujours une nourriture spirituelle : des valeurs, des règles, des limites qui l’aident à se positionner et se construire.

De la même manière, le fait de jouer avec ses enfants « au papa et à la maman» , « à la maîtresse», ne constitue pas une parentification malsaine et dangereuse. Comme tout jeu, celui-ci a un commencement, une fin, et des règles. C’est l’adulte qui fixe ce commencement, cette fin, et ces règles. Si l’enfant transgresse les règles, le jeu prend fin. De même, si l’adulte se mettent à transgresser les règles du jeu, l’enfant le comprend, peut le dire, et réclamer lui aussi que le jeu se termine.

Ce ne sont pas ces formes de parentalisation qui peuvent se révéler toxiques pour un enfant. Si elles s’intègrent dans la construction de celui-ci, et dans un cadre bienveillant, un enfant en comprend les limites, les repères, et les valeurs. Sa propre construction psychique n’est pas mise en danger. Il se sent et il est en sécurité. Et il est essentiel de se souvenir que la première de sécurité dont un enfant a besoin, c’est la sécurité affective, bien avant la sécurité matérielle.

En revanche une forme bien plus sournoise et pernicieuse de parentification existe. Celle qui se met en place et se développe lorsqu’un parent, parfois les deux, est incapable d’assumer ses responsabilités d’adultes, et que cette incapacité n’est pas temporelle ou matérielle, mais appartient à sa propre construction. Refusant lui-même d’être un adulte et d’en assumer les contraintes et les responsabilités, ce parent s’est organisé un système selon lequel il joue de manière permanente à être adulte, sans pouvoir reconnaître que c’est un jeu, sans pouvoir s’y conformer – et souvent même s’y résoudre. L’impossibilité de grandir psychiquement, ou le refus de le faire, se transforment en injonctions qui reposent alors sur les enfants : comme je suis à l’âge d’être adulte, mais que je ne sais pas et ne veux pas le faire, c’est à toi de l’être à ma place.

Ainsi l’enfant se retrouve projeté dans une inversion des rôles. Il devient parent et de son parent. C’est l’enfant qui va consoler, qui va soigner, qui va prendre en charge matériellement la maison, qui va devoir gérer le reste de la fratrie, qui va devoir s’oublier et oublier sa place d’enfant ou d’adolescent. Il oublie par manque de temps, il oublie parce que ça lui est interdit. Il a face à lui un parent qui refuse ou qui n’est pas en mesure de «grandir». Il n’est pas protégé. Il va chercher sa propre sécurité. Et lorsqu’il se trompe, ça lui est généralement reproché par ce parent déficient.

Certains enfants parentifiés ne gardent pas à l’âge adulte un mauvais souvenir ou une fragilité. En apparence, et tant qu’ils ne sont pas confrontés à une difficulté. Cependant, ce sont des adultes que l’on entendra dire : «Je n’aime pas jouer. Je ne me projette pas dans l’avenir. Je ne m’accorde pas le droit de rêver. Je n’ai jamais fait de bêtises.»

Ce qui fait partie du domaine de l’imaginaire, du rêve et du fantasme leur est interdit. Ni ayant pas eu accès durant leur enfance et leur adolescence, ils n’en voient pas l’intérêt, ils ne savent même pas l’utilité du rêve ou de la projection.

D’autres enfants devenus adultes vont traverser des périodes de fragilité, ou de souffrance, bien plus importantes. Le manque de protection et de sécurité dont ils ont souffert enfant se réveille violemment à l’âge adulte. Ils se sentent responsables en permanence, ils sont dans l’incapacité de« lâcher prise». Ils ne comptent que sur eux-mêmes. Ils n’ont souvent comme repère que même. Et il sont étrangers à une part d’eux-même : leur enfance.

On pourrait citer de nombreux exemples, le cas le plus fréquent étant celui du parents qui se décharge auprès de son enfant de tout ce qu’il doit supporter et vivre. Que ce soit sur le plan émotionnel, affectif, au matériel, le parent va faire comprendre à son enfant que c’est à lui de se mettre dans la protection, dans la construction, dans l’écoute est dans la patience.

L’identité se développe autour de l’obligation de prendre soin de l’autre.

La perte de confiance et la culpabilité d’être le «mauvais» interviennent dans la constitution psychique de l’enfant. Il n’y a plus de lien entre les besoins de l’enfant et les actions des parents. Et dans son esprit d’enfant se crée un clivage : d’une part l’enfant idéalisé mais négligé, et d’autre part l’enfant incapable d’être enfant et interdit être enfant. Si la non reconnaissance perdure ce clivage peut devenir permanent.

La parentification peut aller plus loin, et de ce fait être encore plus destructrice. L’enfant ou l’adolescent parentifié peut prendre deux fonctions principales :

– parents pour ses parents, pour l’ensemble de la famille, pour la fratrie

– époux du parent du sexe opposé

Bien évidemment si la fonction de parent est pathogène, elle est bien moi dangereuse que celle de conjoint.

L’enfant peut devenir le confident de ses parents. Il peut être messager ou médiateur entre ses parents, ce qui ramène au conflit de loyauté. Il peut également devenir « leader » afin de maintenir un équilibre et ce généralement dans un contexte de dépression parentale. Il peut aussi se voir attribuer le rôle de contrôleur de la famille. Il assume alors la responsabilité de l’adulte, et à l’âge adulte, et lui sera difficile de faire à nouveau confiance à ses parents ou à d’autres adultes. Enfin il peut se retrouver à la place de sauveteur en cas de graves difficultés familiales ou de traumatisme. Il se construira avec cette notion et ce souci permanent de devoir protéger et sauver ses proches. Ce qui va l’amener à s’oublier. Et très souvent à se perdre…

Si l’enfant n’est pas et jamais reconnu dans ce qu’il donne, la parentification prend des caractéristiques destructrices. Il faut également prendre en considération la durée de cette relation, car plus elle s’inscrit dans le temps et plus elle est destructrice.

A l’âge adulte, on constate généralement un désinvestissement affectif. L’adulte est épuisée d’avoir trop donné. Il refuse alors de s’impliquer dans les situations où donner est important pour soi et pour l’autre. Il peut développer des dépressions chroniques. L’estime de soi est en baisse. La confiance en soi est atteinte.

L’enfant a accepté des responsabilités écrasantes pour le bien-être de ses parents. Et les protège contre un monde extérieur présenté comme hostile et persécutant. L’enfant devient alors le soignant de ses parents.

De plus les parents ne manifestent aucune reconnaissance face à l’attention est au dévouement de l’enfant. Il sera souvent critiqué. Si cet enfant n’a pas prêt de lui une autre personne bienveillante, prête à l’encourager, il ne trouvera jamais sa place, ni dans sa famille, ni à l’extérieur.

Pour résumer, la parentification peut avoir des effets destructeurs lorsqu’elle comporte un ou plusieurs des facteurs suivants :

  • L’enfant est surchargé de responsabilités dépassant ses compétences cognitives, émotionnelles ou physiques.
  • Les parents ont des demandes régressives par rapport à leur enfant.
  • Les besoins de l’enfant sont négligés ou exploités.
  • L’enfant ne reçoit pas de reconnaissance pour ce qu’il donne.
  • L’enfant est blâmé et son comportement est désigné comme mauvais.
  • L’enfant est impliqué dans une relation érotisée avec l’un des parents.
  • L’absence de soutien de la famille d’origine des parents.

NB : les paroles et exemples donnés pendant le groupe ne sont pas rapportés ici par souci de confidentialité.
Il est indiqué dans cette note les grandes lignes de ce qui a été évoqué pendant le groupe. Le reste… appartient au groupe.

Anne-Laure Buffet
annelaurebuffet@gmail.com

DÉNI PARENTAL : DEUX PERSONNES (AU MOINS) EN SOUFFRANCE

7ff1b1c_02f4cc5b51376bc9_1_2-post

Le parent pervers tente d’isoler dans un premier temps l’autre parent (Non réprésentation de l’enfant (NRE), ÉLOIGNEMENT GÉOGRAPHIQUE PERVERS (EGV) et/ou via l’utilisation de la Calomnie dans les procédures aux Affaires Familiales). Dans un second temps, les manipulations subtiles et discrètes du parent pervers sur l’enfant (travail de sape, formatage) comme les dénigrements outranciers du parent aliénés en présence de l’enfant, propulseront plus ou moins rapidement l’enfant dans la destruction psychologique. Le modèle parental équilibrant sera détruit, ainsi que l’image de l’autre parent. Les conséquences de cette maltraitance sont la souffrance de l’enfant lors de la séparation puis le déni de l’autre parent. Les conséquences se poursuivent à l’adolescence et à l’âge adulte.

La souffrance de l’enfant

La souffrance de l’enfant est d’abord consciente pendant la phase d’isolement parental, puis au fur et à mesure que l’enfant-otage devient progressivement enfant-soldat, cette souffrance s’intériorise progressivement. C’est seulement lors de cette seconde étape que les symptômes du déni parental sont manifestes chez l’enfant. Plus l’on tarde à mettre fin à cette situation qui a son origine d’abord dans la séparation illégitime du lien parent-enfant puis dans le travail de sape exercé par le parent-gardien, plus les effets sur l’enfant de cette maltraitance psychologique sont dévastateurs et irréversibles. La souffrance étant muette et peu visible chez l’enfant en bas âge, elle n’est pas forcément relevée (a fortiori si le mécanisme d’Exclusion Parentale est méconnu)

La souffrance du parent-victime

La souffrance du parent séparé (puis aliéné, ou nié) est aussi importante que celle de l’enfant séparé (non encore aliéné), mais beaucoup moins muette. Le parent ne peut pas faire le deuil d’un enfant encore vivant et ne reçoit pas non plus une compassion évidente de son environnement encore focalisé sur la dimension conjugale et non pas parentale. La violence inhérente à la calomnie renforce l’isolement et le sentiment d’impuissance et d’injustice. Du coup, le parent cible ne trouve pas d’exutoire à sa souffrance et les réactions de violence, de colères, de larmes, … sont même souvent interprétés à charge ou comme des signes de défaillance par des acteurs qui trop souvent ne sont pas même formés à comprendre cette situation. La méconnaissance générale face à l’EXCLUSION PARENTALEest fortement inductrice du drame.

Voir également : Le déni parental et la parentalisation de l’enfant.

©Anne-Laure Buffet