ETRE THERAPEUTE AUPRÈS DES VICTIMES DE VIOLENCE INTRAFAMILIALE

Au mois d’août 2016, deux articles parus dans Maxi, dans la colonne « L’avis de l’expert ». 

Thérapeute spécialisée en violences intra familiales, il faut bien sûr accompagner les victimes pour leur permettre de trouver les clés pour lutter contre ces violences, mais également pour reconstruire ce qui est le plus abîmé, voir détruit : la confiance en soi, sujet très particulier des attaques des personnalités toxiques.
En effet la confiance en soi est un atout, une arme contre la toxicité. L’atteindre, lui nuire, la réduire à néant, empêche le combat de la victime qui se retrouve démunie et se croit interdite de toute réaction.
Il est donc indispensable non seulement de permettre cette lutte contre les violences intrafamiliales, mais aussi d’être présent, à l’écoute, et dans l’aide, lors de la reconstruction des victimes.
Anne-Laure Buffet – Coach et Thérapeute – Présidente de l’association CVP

Comment vivre sereinement après la violence ? 

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Comment retrouver l’estime de soi ? 

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LES ZÈBRES – HAUT POTENTIEL EN SOUFFRANCE

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Un mot a pour vocation première la communication avec autrui et si chacun comprend bien ce que renferme une notion, on peut dépasser sans état d’âme les réticences idéologiques.
Et si, comme nous le faisons aujourd’hui pour un certain nombre d’entre nous, nous décidions de les appeler des ZEBRES ! 

Jeanne Siaud-Fachin

 

Le terme zèbre  est de plus en plus courant. Il désigne des personnalités atypiques.

Parler de zèbre évite la contrainte d’un vocabulaire lourd de sens erroné et de mythes néfastes : intellectuellement précoce, précoce, haut potentiel, surdoué… aucun ne convient pleinement, aucun n’exprime ce qu’il faut comprendre : accepter la différence sans la craindre, la fuir, ou encore la critiquer, et permettre à ceux qui sont différents de se sentir dans la norme, et savoir les regarder comme une chance et non comme un danger.

Les zèbres ne correspondent pas à la norme établie par souci de simplicité, d’unité et d’équilibre, par la société. Ils ne la comprennent même pas, non pas qu’ils n’en n’aient pas les capacités, mais parce qu’ils ne peuvent la ramener à aucune réalité qu’ils puissent appréhender. De fait, ils sont hors norme, et très souvent jugés anormaux, alors qu’ils sont a-normaux, c’est-à-dire en dehors de la norme. Chaque zèbre est différent d’un autre, chaque rayure est différente, comme chaque empreinte digitale est unique. Parmi eux, on trouve les HPE (haut potentiel émotionnel), les HPI (haut potentiel intellectuel), les EIP (enfant intellectuellement précoce), les sentinelles[1], entre autres. Certains vont être plus attirés par le domaine artistique, d’autres par les sciences, par la recherche… Quelque soit le domaine, leur réflexion est toujours en arborescence. Chaque question soulevée en appelle une autre, invite à une nouvelle hypothèse, autorise d’autres recherches, d’autres expériences, sans que jamais cette insatiable curiosité ne soit suffisamment et convenablement nourrie. Comme un arbre qui pousse, dont les branches se développent et le feuillage s’étoffe, les zèbres voient leur conscience et leur questionnement, s’épanouir de la sorte. Chaque ramification donnant naissance à une autre, ils ne savent comment arrêter cette réflexion perpétuellement insatisfaite, incomplète, inassouvie. Ne pouvant deviner que leur entourage ne fonctionne pas de même, ils cherchent à satisfaire à toutes leurs questions sans y parvenir et se discréditent à leurs propres yeux, se dévalorisant et se considérant incompétents.

Ils se sentent différents, et l’expriment lorsqu’ils doivent parler d’eux. Or, si la différence peut être un atout, les zèbres la vivent comme un handicap. Ils sont incompréhensibles pour ceux qui les côtoient, passent souvent pour des contestataires, leurs idées n’étant pas communes et donc dérangeantes. Ce fonctionnement les rend indomptables comme l’étrange équidé à rayures qui ne peut être domestiqué. Et les rayures ne sont absolument pas symétriques, comme ne peuvent fonctionner en symétrie les deux hémisphères du cerveau d’un surdoué – l’hémisphère droit étant de loin le plus sollicité. Indomptables et uniques, les zèbres vivent ou se retrouvent en troupeau, se reconnaissant entre eux sans avoir la nécessité de le dire, et encore moins de se justifier.

Ces personnalités entrent dans le champ de la « douance », terme désignant les enfants ou les adultes dont les capacités intellectuelles n’entrent pas dans la norme établie. L’empathie, l’extrême sensibilité, le doute, la culpabilité permanente de se savoir différent et impuissant à gommer ces différences, sont des traits de caractère que l’on retrouve dans le profil des victimes de harcèlement moral et de violences psychologiques. Or, ce sont des traits que possèdent les zèbres, à un degré très élevé. Si l’animal est la proie des grands prédateurs, devant souvent se protéger près de la girafe, animal au long cou faisant le gué, l’Homme-Zèbre est tout autant attaqué par l’Homme-Prédateur.

Leur sensibilité leur permet de comprendre l’implicite, l’indicible. Pourtant cette remarquable perspicacité semble disparaître, ou du moins ne leur est plus d’aucune utilité quand ils sont confrontés à la méchanceté et à la bêtise.

La méchanceté gratuite, par pur plaisir ou désir d’assouvir une pulsion les laisse désarmés. Ils vont alors désespérément chercher une explication rationnelle, logique, justifiant l’agressivité et la violence auxquelles ils sont exposés. Leur perfectionnisme doublé d’une grande lucidité, génère régulièrement chez l’individu à haut potentiel un sentiment d’incapacité et d’échec devant le non aboutissement de ses projets. Il focalise particulièrement sur ses défauts et s’empêche de voir ses qualités et ses compétences. Facilement enthousiaste quand il mène à bien une entreprise, il peut paraître prétentieux. Et ses difficultés d’adaptation l’éloignent encore plus de la norme.

Les enfants zèbres peuvent être pris facilement pour cible de harcèlement. Leur comportement dérange. Les autres enfants ne les reconnaissent pas comme faisant partie des leurs, les adultes ne savent pas comment s’adresser à eux. Eux-mêmes sont en souffrance, et vivent avec un sentiment de décalage permanent. Ils cherchent à s’adapter sans y arriver. Ils cherchent à comprendre, font du mimétisme qui peut passer pour de la singerie, peuvent se montrer très infantiles, trouvant les autres très enfants, et pensant que ce doit être un état naturel. Ils sont montrés du doigt par leurs camarades, exclus des jeux, incompris… Leurs difficultés d’adaptation et d’intégration les tiennent à l’écart. Ils sont vus comme asociaux, comme des bêtes étranges, décalées. Ils sont eux-mêmes singés. Les enfants sont cruels, n’acceptent pas la différence, en ont peur. Alors comment accepter dans un groupe celui qui tient de longs discours savants, ou qui se tait en permanence, le nez dans ses livres ? Celui qui s’émeut devant un papillon à l’âge où l’on se moque encore souvent des instants de beauté que nous donne la nature ? Celui qui a une telle notion de la justice qu’il fait de chaque règle, de chaque devoir donné par un instituteur un mot d’ordre à respecter à la lettre ? Le corps enseignant, peu ou mal préparé à recevoir ces élèves, se réfugie derrière de la sévérité, ou encore du désintérêt, laissant l’élève livré à lui-même… et à l’éventuel échec scolaire.

Le rejet dont est victime un enfant précoce, sa construction difficile, un milieu hostile dont il ne connait pas les codes, des questions existentielles angoissantes qui n’ont pas de réponse, fragilisent sa confiance en lui et son rapport à l’autre. Cet enfant en perpétuel décalage en souffre, car il ne se sent pas lui-même différent, il sent que le monde est différent de lui, et ne comprend pas pourquoi. Ne pouvant comprendre qu’il a une intelligence particulière, il se sent toujours imposteur, particulièrement dans ses réussites. Il reçoit tout au premier degré, sans jamais analyser ni prendre de recul. Paradoxalement, il trouve plus de justification à la critique qu’au compliment, ne comprenant pas qu’on l’apprécie, qu’on s’intéresse à lui, qu’on l’aime. Il peut se mettre en échec, afin de dissimuler des facultés de compréhension et de réflexion hors norme. Il peut devenir agressif ou se mettre en danger, adopter des comportements délictueux et destructeurs pour lui-même, puisque se jugeant inadapté à la société et incapable de la comprendre, il préfère la fuir plutôt que de devenir un poids.

L’enfant puis l’adulte à haut potentiel est une victime idéale pour les harceleurs. Il cumule l’hypersensibilité, le haut potentiel de doute – en particulier sur lui-même – et un parcours souvent heurté qu’il est aisé de retourner contre lui dans un discours dénigrant. Il n’a pas les mots pour se protéger ou repousser les critiques et attaques auxquelles il va avoir droit. Et comme il ne dit rien, semblant presque accepter ce qui lui est infligé, il devient la cible idéale des quolibets, des remarques blessantes, des ordres démesurés.

Martine a entendu sa mère répéter toute son enfance qu’elle n’était pas normale. Elle a cherché non seulement à plaire à sa mère, mais aussi à essayer de comprendre en quoi elle n’était pas normale. Elle a ouvert de grands yeux pendant notre échange : « – Vous allez me dire que je suis folle, que ma mère avait raison, et qu’en plus je suis stupide.

– Non, ni folle, ni stupide. Vous voyez le monde à votre manière, avec vos facultés, et celles-ci sont extensibles, particulièrement sensibles, dans certains domaines. Je vais faire une comparaison : vous fonctionnez comme un élastique, toujours en tension entre la normalité et le fonctionnement de votre cerveau. Si l’on touche à cet élastique, il réagit, il se met à vibrer, il est sensible à tout mouvement. Si l’on relâche l’élastique, il ne sert plus à rien. Vous avez besoin de cette tension, d’être constamment sollicitée. C’est une stimulation qui vous est nécessaire. Mais vous dérangez puisque vous n’êtes jamais au même rythme que votre entourage. Vous dire que vous n’êtes pas normale règle le problème. Vous devenez le problème, et permettez ainsi aux autres de ne pas en avoir. »

Ainsi, les zèbres sont jugés comme l’on jugeait les fadas du village, les simplets, ou encore les fous auxquels on collait un entonnoir sur la tête. Leur intelligence particulièrement fine et sensible impressionne, fait peur, renvoie à certains leur ignorance et leur absence de volonté à apprendre, les transforme en ennemis. Elle attire les manipulateurs et les ambitieux sans scrupules, qui y trouvent une source de connaissances et de pouvoir, mais vont également chercher à détruire ce zèbre trop glorieux à leurs yeux. En parfait prédateur, chasseur, la traque ne cessera que lorsque la bête sera à terre, lorsque le massacre pourra être accroché au mur et exposé aux yeux de tous.

Ne correspondant à rien de connu, ils sont qualifiés de bizarres, avec ce rictus narquois et ce ton dédaigneux qu’ont les prétentieux, les incompétents, les personnes trop bornées pour s’intéresser à ce qu’elles ne peuvent dominer, tout de suite. Martine se souvient des regards mi amusés, mi dédaigneux auxquels elle a encore droit. « Il y a quelques jours j’étais dans un parc avec des amis. Je regardais les feuillages d’un arbre. Une amie me demande si j’avais vu un écureuil. Et je lui réponds que non. Pas un écureuil. Un éléphant. Parce que dans ce feuillage, je voyais vraiment un éléphant. Elle a souri, a dit : ah toi ! on ne te changera jamais, tu vois toujours des trucs qui n’existent pas ! Vous comprenez, c’est ça, ma vie. Je vois ce qui n’existe pas. Mais je le vois vraiment, je le devine. Alors pour faire plaisir, j’ai toujours joué un rôle. Et comme on voulait que je sois la cinglée du groupe, j’ai tenue cette place. La cinglée. »

Montrés du doigt, soumis à la vindicte, ils servent à cristalliser les problèmes familiaux ou communautaires et à s’en déresponsabiliser. Très empathiques, ils ont besoin de s’investir auprès de leur entourage, d’être bienveillant, de trouver des solutions, d’éviter les conflits. Ils vont d’autant plus s’investir qu’ils vont être mis de côté, critiqués, évincés. Particulièrement sensibles, ils réagissent fortement aux compliments, aux attentions et aux reproches. Cherchant perpétuellement des réponses à leurs questions, ils ne seront jamais au repos. Ils sont soumis à l’autorité, à la hiérarchie, aux règlements et au Droit. Possédant un sens aigu de la justice, ne comprenant pas qu’on y déroge, qu’on fasse mal, ou qu’on soit cruel, ils chercheront continuellement non seulement à arranger une situation qui ne leur convient pas, mais à se croire coupable, puisque l’autre ne peut mal faire.

Ainsi de Martine qui s’est conformée toute sa vie à ce que sa mère lui demandait, lui ordonnait, pour lui plaire, et acceptait comme justes les reproches et critiques qui lui étaient faits, ne pouvant en aucun cas les remettre en cause. Non seulement ils venaient de sa mère, qui semblait donc légitime à faire des reproches « pour le bien de Martine », mais ils venaient d’une personne ayant autorité. De plus, comme pour toute personne, Martine ne pouvait imaginer qu’il y ait du mauvais en sa mère. Et encore moins, parce que, précisément, c’était sa mère.

[1] Terme inventé par Olivier Revol, auteur de Même pas grave ! L’échec scolaire, ça se soigne et J’ai un ado mais je me soigne, JC Lattès

 

Extrait de « Victimes de violences psychologiques : de la résistance à la reconstruction », Anne-Laure Buffet, Le Passeur éditeur

L’EMPATHIE, PAS SI SYMPATHIQUE

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Empathie : Faculté intuitive de se mettre à la place d’autrui, de percevoir ce qu’il ressent. (Larousse). 

L’empathie est la compréhension des sentiments et des émotions d’un autre individu. Cette compréhension entraîne un décentrement de la personne emphatique. C’est-à-dire qu’elle va se mettre à la place de celui ou celle pour lequel elle ressent de l’empathie, et ce pleinement. Elle va se mettre à agir, faire, pense, à la place de la personne concernée par l’empathie.
Ce décentrement peut être au détriment de la personne emphatique, comme il peut l’être au détriment de la personne visée par l’empathie. La première s’oublie en tout ou partie, puisqu’elle est à la place de l’autre. La deuxième se voit proposer des actes, des faits, des solutions qui ne lui appartiennent pas et qu’elle peut rejeter, ou être amenée à reprocher.

Il faut bien distinguer l’empathie de la sympathie et de la compassion. Nous pouvons tous faire preuve de compassion, ou de sympathie. Nous pouvons comprendre la souffrance, dans le sens entendre et accepter. Sans la ressentir. Nous pouvons être amenés à intervenir pour autrui, sans se surinvestir.

La personne empathique ressent presque physiquement la souffrance de l’autre. Devant son enfant malade, son conjoint dans la douleur, elle voudrait pouvoir lui prendre sa douleur, la ressentir totalement, afin de soulager celui qui est en souffrance. De même, elle va intervenir, jusqu’à aller au bout de ses forces, pour aider celui qui este n difficulté. Cette intervention surinvestie lui fait oublier ses propres réalités et ses propres contraintes ou difficultés.

Des investigations neurophysiologiques ont par ailleurs permis de constater qu’une personne douée d’empathie, observant une personne soumise à des explorations fonctionnelles, ressent et réagit comme le patient, sans pour autant subir les explorations fonctionnelles. Ce mécanisme de résonance sensori-somatique entre autrui et soi, relativement primitif sur les plans évolutif joue un rôle crucial dans le développement de l’empathie et du raisonnement moral en nous permettant de partager la détresse des autres et de déclencher une inhibition des comportements agressifs. Dans le cas de la douleur, il semblerait que nous soyons prédisposés à ressentir la détresse des autres comme un stimulus aversif, et que nous apprenions à éviter les actions associées à cette détresse.

Les neurones miroirs sont des neurones activés indistinctement lors d’une action observée et d’une action effectuée. Ils envoient un message nerveux correspondant et permettent en quelque sorte de vivre ce qui est observé de l’autre comme si c’était soi même.
Ils sont parfois appelés les neurones empathiques. 

En l’absence de processus de régulation assurant efficacement le maintien de l’organisation individuelle, la contagion émotionnelle, automatique, s’effectue sans entrave et entraîne une quasi-identité des émotions, comme dans le cas du bébé qui imite les cris de ses congénères (Simner, 1971 ; Sagi & Hoffman, 1986). En revanche, dès lors que ces processus régulateurs sont efficaces, dès lors que l’individu est suffisamment constitué et capable d’assurer le maintien de son organisation au moins dans certaines marges, la contagion émotionnelle se trouve contenue, régulée et ne suscite donc qu’une similitude partielle entre l’émotion de la personne cible et l’émotion que l’on pourra alors qualifier légitimement d’empathique.

Autrement dit, la joie extrême ou la détresse extrême d’une personne ne pourra susciter une semblable joie ou une semblable détresse chez un observateur que dans le cas d’une contagion émotionnelle.

La contagion émotionnelle se présenterait comme une aptitude biologique innée à se laisser envahir, happer par les émotions d’autrui, caractérisant plus particulièrement les états fusionnels ou symbiotiques qui précèdent ontogénétiquement l’empathie. Dans ce cas, il n’est plus possible de se représenter distinctivement les intentions et les ressentis d’autrui, le processus de projection peut alors devenir dominant.

L’empathie apparaît comme une capacité acquise au cours de la psychogenèse de se représenter ce que ressent ou pense l’autre ou les autres tout en le distinguant de ce que l’on ressent et de ce que l’on pense soi-même, sans pour autant s’en détacher et provoquant un surinvestissement intellectuel ou émotionnel.

La coupure par rapport aux émotions se manifesterait comme un processus pour mettre à distance et se couper d’émotions ou d’affects dont on redoute, le plus souvent inconsciemment, la perte de contrôle et/ou la souffrance qu’ils occasionnent. Processus qui s’oppose à l’empathie envers autrui ou envers soi mais qui peut, en situation d’urgence, constituer une parade utile à la contagion émotionnelle « dangereuse ».

VICTIME PARCE QUE « DIFFÉRENT »

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Les enfants « surdoués » peuvent être pris facilement pour cible de harcèlement. leur comportement qui n’entre pas dans la norme dérange. Ils sont montrés du doigt par leurs camarades, exclus des jeux, incompris… Leurs difficultés d’adaptation, et d’intégration, leur attirent aussi parfois les foudres de leurs professeurs. Le corps enseignant, peu ou mal préparé à recevoir ces élèves, se réfugie derrière de la sévérité, ou encore du désintérêt, laissant l’élève livré à lui-même… et à l’éventuel échec scolaire.

Pour ces enfants « surdoués », on parle aujourd’hui de « douance ». Alors, qu’est-ce que cette douance, qui peut amener à l’exclusion ?

Qu’est-ce que la Douance ?

Ce terme qui nous vient du Canada sert à désigner les enfants ou les adultes dont les capacités intellectuelles dépassent la norme établie. Les termes « enfant intellectuellement précoce » et « haut potentiel » sont davantage répandus aujourd’hui, car moins connotés que surdoué.

Le ministère de l’Éducation et de la Formation de l’Ontario définit l’élève surdoué comme «l’enfant d’un niveau intellectuel très supérieur à la moyenne, qui a besoin de programmes d’apprentissage beaucoup plus élaborés que les programmes réguliers et mieux adaptés à ses facultés intellectuelles».

Entre 2 % à 5 % de la population présente les aptitudes ou les capacités intellectuelles élevées. Pour le moment, il n’existe pas encore d’autre méthode que les tests de développement intellectuel qui sont surtout axés sur le QI (Quotient Intellectuel) pour déterminer l’existence de la douance. Ce sont les scores du QI qui définissent l’élève comme surdoué.
Par contre, plusieurs experts ont tenté d’élargir la définition traditionnelle de l’intelligence.

Selon Joseph Renzulli, professeur à l’Université de Connecticut et un expert dans le domaine de la douance, « la douance fait appel à l’interaction de trois caractéristiques psychologiques fondamentales : aptitudes supérieures à la moyenne, très grand sérieux à la tâche et dégrés élevés de créativité  » (Three Ring Conception of Giftedness, 1978). 
L’étude de Howard Gardner, le psychologue cognitiviste, a produit la théorie des intelligences multiples qui définissait huit formes d’intelligence : linguistique, logicomathématique, visuospatiale, somatokinesthésique, musicale, interpersonnelle, intrapersonnelle et naturaliste. 
D’autres penseurs ont également contribué à la douance et des approches à privilégier dans ce domaine : Edward de Bono (Pensée latérale), Daniel Goleman (Intelligence émotionnelle), C.W. Taylor (Talents multiples), Hugues et Miles (Processus mentaux).

Source Isabel Roque Gomes, conseillère pédagogique en enfance en difficulté (Canada)

Manifestations de la douance

Les observations empiriques des auteurs qui ont publié des ouvrages sur le sujet (Ellen Winner, J-C. Terrassier, J. Bert, A. Adda, J. Siaud-Facchin, P. Planche, D. Jachet) font état de caractéristiques communes aux enfants à haut potentiel, bien qu’on ne les retrouve pas forcément toutes à la fois chez le même individu.

Caractéristiques

  • curiosité et soif d’apprendre, posent beaucoup de questions, sont capables d’acquérir des connaissances par leurs propres moyens
  • capacité d’hyper-concentration (en faisant abstraction de l’environnement)
  • conscience méta-cognitive (savent identifier et réutiliser les stratégies qu’ils emploient pour résoudre des problèmes)
  • intérêt atteignant parfois momentanément un niveau obsessionnel pour certains sujets
  • apprentissage précoce de la lecture, parfois sans aide extérieure
  • hypersensibilité
  • souvent possessifs
  • tempérament solitaire
  • sens de la justice
  • grande capacité d’attention
  • maturité intellectuelle supérieure à celle des enfants de leur âge (dyssynchronie externe)
  • affectivité et/ou développement psycho-moteur parfois en décalage avec la maturité intellectuelle (difficultés en écriture) : dyssynchronie interne
  • sens de l’humour
  • sensibilité à l’harmonie (musique, esthétique)
  • mémoire importante
  • capacité à suivre une conversation ou un exposé en faisant autre chose
  • facilité à justifier ses comportements a posteriori

Centres d’intérêt

  • lisent beaucoup et vite
  • grand intérêt pour les dictionnaires, les encyclopédies
  • intérêt pour les origines de l’homme, de l’Univers, pour la Préhistoire, les dinosaures
  • jeux « compliqués »
  • préoccupés très tôt par la mort
  • se passionnent pour beaucoup de sujets en changeant souvent
  • intérêt pour les problèmes moraux, philosophiques, métaphysiques, politiques
  • tentés par les expériences « limites », sensibilité aux addictions
  • peuvent ressentir un intérêt allant jusqu’à l’obsession pour un sujet particulier, puis en changer subitement

Vie relationnelle

  • difficultés d’intégration dans les groupes
  • suscitent plus que d’autres l’intérêt ou le rejet
  • recherchent la compagnie d’enfants plus âgés
  • aiment dialoguer avec les adultes.

Précaution indispensable

Même si un nombre important de ces caractéristiques se manifeste, « être surdoué » ne peut être confirmé que par un professionnel compétent à l’issue d’un bilan psychologique comprenant un test de Q.I. Ce test n’est valable que s’il a été étalonné sur un échantillon représentatif de la population dont fait partie le sujet et qu’il est administré par un professionnel dans des conditions strictes de passation. Autant dire que les tests de Q.I que l’on trouve dans les magazines, sur Internet, ou que l’on fait passer dans les émissions de télévision n’ont aucune valeur et qu’ils ne peuvent servir en aucun cas à détecter des surdoués.