LES ZÈBRES – HAUT POTENTIEL EN SOUFFRANCE

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Un mot a pour vocation première la communication avec autrui et si chacun comprend bien ce que renferme une notion, on peut dépasser sans état d’âme les réticences idéologiques.
Et si, comme nous le faisons aujourd’hui pour un certain nombre d’entre nous, nous décidions de les appeler des ZEBRES ! 

Jeanne Siaud-Fachin

 

Le terme zèbre  est de plus en plus courant. Il désigne des personnalités atypiques.

Parler de zèbre évite la contrainte d’un vocabulaire lourd de sens erroné et de mythes néfastes : intellectuellement précoce, précoce, haut potentiel, surdoué… aucun ne convient pleinement, aucun n’exprime ce qu’il faut comprendre : accepter la différence sans la craindre, la fuir, ou encore la critiquer, et permettre à ceux qui sont différents de se sentir dans la norme, et savoir les regarder comme une chance et non comme un danger.

Les zèbres ne correspondent pas à la norme établie par souci de simplicité, d’unité et d’équilibre, par la société. Ils ne la comprennent même pas, non pas qu’ils n’en n’aient pas les capacités, mais parce qu’ils ne peuvent la ramener à aucune réalité qu’ils puissent appréhender. De fait, ils sont hors norme, et très souvent jugés anormaux, alors qu’ils sont a-normaux, c’est-à-dire en dehors de la norme. Chaque zèbre est différent d’un autre, chaque rayure est différente, comme chaque empreinte digitale est unique. Parmi eux, on trouve les HPE (haut potentiel émotionnel), les HPI (haut potentiel intellectuel), les EIP (enfant intellectuellement précoce), les sentinelles[1], entre autres. Certains vont être plus attirés par le domaine artistique, d’autres par les sciences, par la recherche… Quelque soit le domaine, leur réflexion est toujours en arborescence. Chaque question soulevée en appelle une autre, invite à une nouvelle hypothèse, autorise d’autres recherches, d’autres expériences, sans que jamais cette insatiable curiosité ne soit suffisamment et convenablement nourrie. Comme un arbre qui pousse, dont les branches se développent et le feuillage s’étoffe, les zèbres voient leur conscience et leur questionnement, s’épanouir de la sorte. Chaque ramification donnant naissance à une autre, ils ne savent comment arrêter cette réflexion perpétuellement insatisfaite, incomplète, inassouvie. Ne pouvant deviner que leur entourage ne fonctionne pas de même, ils cherchent à satisfaire à toutes leurs questions sans y parvenir et se discréditent à leurs propres yeux, se dévalorisant et se considérant incompétents.

Ils se sentent différents, et l’expriment lorsqu’ils doivent parler d’eux. Or, si la différence peut être un atout, les zèbres la vivent comme un handicap. Ils sont incompréhensibles pour ceux qui les côtoient, passent souvent pour des contestataires, leurs idées n’étant pas communes et donc dérangeantes. Ce fonctionnement les rend indomptables comme l’étrange équidé à rayures qui ne peut être domestiqué. Et les rayures ne sont absolument pas symétriques, comme ne peuvent fonctionner en symétrie les deux hémisphères du cerveau d’un surdoué – l’hémisphère droit étant de loin le plus sollicité. Indomptables et uniques, les zèbres vivent ou se retrouvent en troupeau, se reconnaissant entre eux sans avoir la nécessité de le dire, et encore moins de se justifier.

Ces personnalités entrent dans le champ de la « douance », terme désignant les enfants ou les adultes dont les capacités intellectuelles n’entrent pas dans la norme établie. L’empathie, l’extrême sensibilité, le doute, la culpabilité permanente de se savoir différent et impuissant à gommer ces différences, sont des traits de caractère que l’on retrouve dans le profil des victimes de harcèlement moral et de violences psychologiques. Or, ce sont des traits que possèdent les zèbres, à un degré très élevé. Si l’animal est la proie des grands prédateurs, devant souvent se protéger près de la girafe, animal au long cou faisant le gué, l’Homme-Zèbre est tout autant attaqué par l’Homme-Prédateur.

Leur sensibilité leur permet de comprendre l’implicite, l’indicible. Pourtant cette remarquable perspicacité semble disparaître, ou du moins ne leur est plus d’aucune utilité quand ils sont confrontés à la méchanceté et à la bêtise.

La méchanceté gratuite, par pur plaisir ou désir d’assouvir une pulsion les laisse désarmés. Ils vont alors désespérément chercher une explication rationnelle, logique, justifiant l’agressivité et la violence auxquelles ils sont exposés. Leur perfectionnisme doublé d’une grande lucidité, génère régulièrement chez l’individu à haut potentiel un sentiment d’incapacité et d’échec devant le non aboutissement de ses projets. Il focalise particulièrement sur ses défauts et s’empêche de voir ses qualités et ses compétences. Facilement enthousiaste quand il mène à bien une entreprise, il peut paraître prétentieux. Et ses difficultés d’adaptation l’éloignent encore plus de la norme.

Les enfants zèbres peuvent être pris facilement pour cible de harcèlement. Leur comportement dérange. Les autres enfants ne les reconnaissent pas comme faisant partie des leurs, les adultes ne savent pas comment s’adresser à eux. Eux-mêmes sont en souffrance, et vivent avec un sentiment de décalage permanent. Ils cherchent à s’adapter sans y arriver. Ils cherchent à comprendre, font du mimétisme qui peut passer pour de la singerie, peuvent se montrer très infantiles, trouvant les autres très enfants, et pensant que ce doit être un état naturel. Ils sont montrés du doigt par leurs camarades, exclus des jeux, incompris… Leurs difficultés d’adaptation et d’intégration les tiennent à l’écart. Ils sont vus comme asociaux, comme des bêtes étranges, décalées. Ils sont eux-mêmes singés. Les enfants sont cruels, n’acceptent pas la différence, en ont peur. Alors comment accepter dans un groupe celui qui tient de longs discours savants, ou qui se tait en permanence, le nez dans ses livres ? Celui qui s’émeut devant un papillon à l’âge où l’on se moque encore souvent des instants de beauté que nous donne la nature ? Celui qui a une telle notion de la justice qu’il fait de chaque règle, de chaque devoir donné par un instituteur un mot d’ordre à respecter à la lettre ? Le corps enseignant, peu ou mal préparé à recevoir ces élèves, se réfugie derrière de la sévérité, ou encore du désintérêt, laissant l’élève livré à lui-même… et à l’éventuel échec scolaire.

Le rejet dont est victime un enfant précoce, sa construction difficile, un milieu hostile dont il ne connait pas les codes, des questions existentielles angoissantes qui n’ont pas de réponse, fragilisent sa confiance en lui et son rapport à l’autre. Cet enfant en perpétuel décalage en souffre, car il ne se sent pas lui-même différent, il sent que le monde est différent de lui, et ne comprend pas pourquoi. Ne pouvant comprendre qu’il a une intelligence particulière, il se sent toujours imposteur, particulièrement dans ses réussites. Il reçoit tout au premier degré, sans jamais analyser ni prendre de recul. Paradoxalement, il trouve plus de justification à la critique qu’au compliment, ne comprenant pas qu’on l’apprécie, qu’on s’intéresse à lui, qu’on l’aime. Il peut se mettre en échec, afin de dissimuler des facultés de compréhension et de réflexion hors norme. Il peut devenir agressif ou se mettre en danger, adopter des comportements délictueux et destructeurs pour lui-même, puisque se jugeant inadapté à la société et incapable de la comprendre, il préfère la fuir plutôt que de devenir un poids.

L’enfant puis l’adulte à haut potentiel est une victime idéale pour les harceleurs. Il cumule l’hypersensibilité, le haut potentiel de doute – en particulier sur lui-même – et un parcours souvent heurté qu’il est aisé de retourner contre lui dans un discours dénigrant. Il n’a pas les mots pour se protéger ou repousser les critiques et attaques auxquelles il va avoir droit. Et comme il ne dit rien, semblant presque accepter ce qui lui est infligé, il devient la cible idéale des quolibets, des remarques blessantes, des ordres démesurés.

Martine a entendu sa mère répéter toute son enfance qu’elle n’était pas normale. Elle a cherché non seulement à plaire à sa mère, mais aussi à essayer de comprendre en quoi elle n’était pas normale. Elle a ouvert de grands yeux pendant notre échange : « – Vous allez me dire que je suis folle, que ma mère avait raison, et qu’en plus je suis stupide.

– Non, ni folle, ni stupide. Vous voyez le monde à votre manière, avec vos facultés, et celles-ci sont extensibles, particulièrement sensibles, dans certains domaines. Je vais faire une comparaison : vous fonctionnez comme un élastique, toujours en tension entre la normalité et le fonctionnement de votre cerveau. Si l’on touche à cet élastique, il réagit, il se met à vibrer, il est sensible à tout mouvement. Si l’on relâche l’élastique, il ne sert plus à rien. Vous avez besoin de cette tension, d’être constamment sollicitée. C’est une stimulation qui vous est nécessaire. Mais vous dérangez puisque vous n’êtes jamais au même rythme que votre entourage. Vous dire que vous n’êtes pas normale règle le problème. Vous devenez le problème, et permettez ainsi aux autres de ne pas en avoir. »

Ainsi, les zèbres sont jugés comme l’on jugeait les fadas du village, les simplets, ou encore les fous auxquels on collait un entonnoir sur la tête. Leur intelligence particulièrement fine et sensible impressionne, fait peur, renvoie à certains leur ignorance et leur absence de volonté à apprendre, les transforme en ennemis. Elle attire les manipulateurs et les ambitieux sans scrupules, qui y trouvent une source de connaissances et de pouvoir, mais vont également chercher à détruire ce zèbre trop glorieux à leurs yeux. En parfait prédateur, chasseur, la traque ne cessera que lorsque la bête sera à terre, lorsque le massacre pourra être accroché au mur et exposé aux yeux de tous.

Ne correspondant à rien de connu, ils sont qualifiés de bizarres, avec ce rictus narquois et ce ton dédaigneux qu’ont les prétentieux, les incompétents, les personnes trop bornées pour s’intéresser à ce qu’elles ne peuvent dominer, tout de suite. Martine se souvient des regards mi amusés, mi dédaigneux auxquels elle a encore droit. « Il y a quelques jours j’étais dans un parc avec des amis. Je regardais les feuillages d’un arbre. Une amie me demande si j’avais vu un écureuil. Et je lui réponds que non. Pas un écureuil. Un éléphant. Parce que dans ce feuillage, je voyais vraiment un éléphant. Elle a souri, a dit : ah toi ! on ne te changera jamais, tu vois toujours des trucs qui n’existent pas ! Vous comprenez, c’est ça, ma vie. Je vois ce qui n’existe pas. Mais je le vois vraiment, je le devine. Alors pour faire plaisir, j’ai toujours joué un rôle. Et comme on voulait que je sois la cinglée du groupe, j’ai tenue cette place. La cinglée. »

Montrés du doigt, soumis à la vindicte, ils servent à cristalliser les problèmes familiaux ou communautaires et à s’en déresponsabiliser. Très empathiques, ils ont besoin de s’investir auprès de leur entourage, d’être bienveillant, de trouver des solutions, d’éviter les conflits. Ils vont d’autant plus s’investir qu’ils vont être mis de côté, critiqués, évincés. Particulièrement sensibles, ils réagissent fortement aux compliments, aux attentions et aux reproches. Cherchant perpétuellement des réponses à leurs questions, ils ne seront jamais au repos. Ils sont soumis à l’autorité, à la hiérarchie, aux règlements et au Droit. Possédant un sens aigu de la justice, ne comprenant pas qu’on y déroge, qu’on fasse mal, ou qu’on soit cruel, ils chercheront continuellement non seulement à arranger une situation qui ne leur convient pas, mais à se croire coupable, puisque l’autre ne peut mal faire.

Ainsi de Martine qui s’est conformée toute sa vie à ce que sa mère lui demandait, lui ordonnait, pour lui plaire, et acceptait comme justes les reproches et critiques qui lui étaient faits, ne pouvant en aucun cas les remettre en cause. Non seulement ils venaient de sa mère, qui semblait donc légitime à faire des reproches « pour le bien de Martine », mais ils venaient d’une personne ayant autorité. De plus, comme pour toute personne, Martine ne pouvait imaginer qu’il y ait du mauvais en sa mère. Et encore moins, parce que, précisément, c’était sa mère.

[1] Terme inventé par Olivier Revol, auteur de Même pas grave ! L’échec scolaire, ça se soigne et J’ai un ado mais je me soigne, JC Lattès

 

Extrait de « Victimes de violences psychologiques : de la résistance à la reconstruction », Anne-Laure Buffet, Le Passeur éditeur

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VICTIME PARCE QUE « DIFFÉRENT »

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Les enfants « surdoués » peuvent être pris facilement pour cible de harcèlement. leur comportement qui n’entre pas dans la norme dérange. Ils sont montrés du doigt par leurs camarades, exclus des jeux, incompris… Leurs difficultés d’adaptation, et d’intégration, leur attirent aussi parfois les foudres de leurs professeurs. Le corps enseignant, peu ou mal préparé à recevoir ces élèves, se réfugie derrière de la sévérité, ou encore du désintérêt, laissant l’élève livré à lui-même… et à l’éventuel échec scolaire.

Pour ces enfants « surdoués », on parle aujourd’hui de « douance ». Alors, qu’est-ce que cette douance, qui peut amener à l’exclusion ?

Qu’est-ce que la Douance ?

Ce terme qui nous vient du Canada sert à désigner les enfants ou les adultes dont les capacités intellectuelles dépassent la norme établie. Les termes « enfant intellectuellement précoce » et « haut potentiel » sont davantage répandus aujourd’hui, car moins connotés que surdoué.

Le ministère de l’Éducation et de la Formation de l’Ontario définit l’élève surdoué comme «l’enfant d’un niveau intellectuel très supérieur à la moyenne, qui a besoin de programmes d’apprentissage beaucoup plus élaborés que les programmes réguliers et mieux adaptés à ses facultés intellectuelles».

Entre 2 % à 5 % de la population présente les aptitudes ou les capacités intellectuelles élevées. Pour le moment, il n’existe pas encore d’autre méthode que les tests de développement intellectuel qui sont surtout axés sur le QI (Quotient Intellectuel) pour déterminer l’existence de la douance. Ce sont les scores du QI qui définissent l’élève comme surdoué.
Par contre, plusieurs experts ont tenté d’élargir la définition traditionnelle de l’intelligence.

Selon Joseph Renzulli, professeur à l’Université de Connecticut et un expert dans le domaine de la douance, « la douance fait appel à l’interaction de trois caractéristiques psychologiques fondamentales : aptitudes supérieures à la moyenne, très grand sérieux à la tâche et dégrés élevés de créativité  » (Three Ring Conception of Giftedness, 1978). 
L’étude de Howard Gardner, le psychologue cognitiviste, a produit la théorie des intelligences multiples qui définissait huit formes d’intelligence : linguistique, logicomathématique, visuospatiale, somatokinesthésique, musicale, interpersonnelle, intrapersonnelle et naturaliste. 
D’autres penseurs ont également contribué à la douance et des approches à privilégier dans ce domaine : Edward de Bono (Pensée latérale), Daniel Goleman (Intelligence émotionnelle), C.W. Taylor (Talents multiples), Hugues et Miles (Processus mentaux).

Source Isabel Roque Gomes, conseillère pédagogique en enfance en difficulté (Canada)

Manifestations de la douance

Les observations empiriques des auteurs qui ont publié des ouvrages sur le sujet (Ellen Winner, J-C. Terrassier, J. Bert, A. Adda, J. Siaud-Facchin, P. Planche, D. Jachet) font état de caractéristiques communes aux enfants à haut potentiel, bien qu’on ne les retrouve pas forcément toutes à la fois chez le même individu.

Caractéristiques

  • curiosité et soif d’apprendre, posent beaucoup de questions, sont capables d’acquérir des connaissances par leurs propres moyens
  • capacité d’hyper-concentration (en faisant abstraction de l’environnement)
  • conscience méta-cognitive (savent identifier et réutiliser les stratégies qu’ils emploient pour résoudre des problèmes)
  • intérêt atteignant parfois momentanément un niveau obsessionnel pour certains sujets
  • apprentissage précoce de la lecture, parfois sans aide extérieure
  • hypersensibilité
  • souvent possessifs
  • tempérament solitaire
  • sens de la justice
  • grande capacité d’attention
  • maturité intellectuelle supérieure à celle des enfants de leur âge (dyssynchronie externe)
  • affectivité et/ou développement psycho-moteur parfois en décalage avec la maturité intellectuelle (difficultés en écriture) : dyssynchronie interne
  • sens de l’humour
  • sensibilité à l’harmonie (musique, esthétique)
  • mémoire importante
  • capacité à suivre une conversation ou un exposé en faisant autre chose
  • facilité à justifier ses comportements a posteriori

Centres d’intérêt

  • lisent beaucoup et vite
  • grand intérêt pour les dictionnaires, les encyclopédies
  • intérêt pour les origines de l’homme, de l’Univers, pour la Préhistoire, les dinosaures
  • jeux « compliqués »
  • préoccupés très tôt par la mort
  • se passionnent pour beaucoup de sujets en changeant souvent
  • intérêt pour les problèmes moraux, philosophiques, métaphysiques, politiques
  • tentés par les expériences « limites », sensibilité aux addictions
  • peuvent ressentir un intérêt allant jusqu’à l’obsession pour un sujet particulier, puis en changer subitement

Vie relationnelle

  • difficultés d’intégration dans les groupes
  • suscitent plus que d’autres l’intérêt ou le rejet
  • recherchent la compagnie d’enfants plus âgés
  • aiment dialoguer avec les adultes.

Précaution indispensable

Même si un nombre important de ces caractéristiques se manifeste, « être surdoué » ne peut être confirmé que par un professionnel compétent à l’issue d’un bilan psychologique comprenant un test de Q.I. Ce test n’est valable que s’il a été étalonné sur un échantillon représentatif de la population dont fait partie le sujet et qu’il est administré par un professionnel dans des conditions strictes de passation. Autant dire que les tests de Q.I que l’on trouve dans les magazines, sur Internet, ou que l’on fait passer dans les émissions de télévision n’ont aucune valeur et qu’ils ne peuvent servir en aucun cas à détecter des surdoués.

NARCISSIQUE OU BORDERLINE ?

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DÉFINIR LE TROUBLE BORDERLINE

Joel Paris, dans l’American Psychiatric Press définit ainsi le syndrome :

« Les relations avec autrui sont intenses mais orageuses et instables avec des difficultés de maintenir des liens intimes étroits. La personne peut manipuler autrui et a souvent de grandes difficultés de faire confiance à autrui. Il y a aussi une instabilité émotionnelle avec de sensibles et fréquents signes d’une dépression (empty lonely), d’irritabilité et d’anxiété. Il peut apparaître des conduites imprévisibles et impulsives impliquant des dépenses excessives, de la promiscuité, du jeu d’argent (gambling), abus de drogues ou d’alcool, vol à l’étalage, boulimie ou conduites dommageables pour soi-même comme par exemple des tentatives de suicide. On décèle encore des troubles de l’identité avec confusion et incertitudes à propos de l’identité (self-identify), la sexualité, les buts, et perspectives vitales, le choix d’une carrière, les amitiés ».


Alors, « Borderline » ou « pervers narcissique » ?

Ce que l’on appelle un « pervers narcissique » ou encore « narcissique à tendances perverses », désigne une personne (homme ou femme) à l’ego surdimensionné, qui est dans sa réalité et qui va chercher à utiliser les autres à ses fins propres et s’arranger pour se faire passer pour victime. Il maintient sa « victime » sous sa coupe pour son propre bénéfice.

Au regard de comportements de personnes souffrant d’un trouble borderline, certains pourraient se dire « mais alors les borderline sont des pervers narcissiques ! »

Nous parlerions alors de « borderline narcissiques »… mais les narcissiques « libres de faire leurs métiers de narcissiques » (non entravés), ne sont pas enclin à se faire du mal, renoncer à leur identité, à s’auto-mutiler, ou à faire des tentatives de suicide.

Comment distinguer ces deux types de personnalités ? Le « narcissique à tendances perverses », est convaincu de sa supériorité, il croit vraiment être ce qu’il montre alors que les « borderline » ne sont pas (peu) ce qu’ils montrent au reste du monde.

La première différence profonde entre les deux, c’est que le « narcissique à tendances perverses » ne souffre pas lorsqu’il est libre (il ne souffre que lorsqu’il est contraint, entravé ou quand il ouvre les yeux sur le fait « qu’un tel génie ne serait finalement qu’assez médiocre », etc.) alors que le « borderline » est, lui, en souffrance… 
D’une certaine manière on pourrait dire que le « borderline » est souffrance, au point même que les moments de bien être peuvent être vécus comme le prélude à la catastrophe suivante qui ne manquera pas de se produire tôt ou tard..

 

Modes de pensée du « narcissique »

Pour le narcissique, seul LUI compte. L’autre est soit quantité négligeable, soit outil, moyen, pour atteindre ses objectifs.
Son mode de pensée est concentré sur son ego et sur la supériorité définitive de celui-ci :

« Je suis génial, je suis fort, je suis au dessus du lot »

« L’autre ne peut pas ne pas m’aimer »

« Je vais me servir de l’autre pour obtenir ce que je veux, ce à quoi j’ai droit et je vais m’arranger pour que ma victime se sente coupable afin qu’elle ne m’en veuille pas et qu’elle n’ait aucun désir d’indépendance »

« Pourquoi aurais-je un problème de conscience, ce n’est quand même pas de ma faute si elle est à ce point stupide »

« Ma victime me remerciera pour ce que je fais pour elle, ce qui est normal étant donné que c’est vrai, sans moi elle ne serait rien, c’est un honneur que je lui fais »

« Quand il arrive un problème à un de mes proches, je suis triste. Mais en fait j’ai de la peine pour moi, pas pour lui » (processus généralement inconscient)

.Le « narcissique » a donc un unique objectif :  obtenir un bénéfice pour sa propre personne. Il n’a pas de problème de conscience, pas de remord, pas de scrupule, et pas même de compréhension de ce qui peut lui être reproché. Le doute, l’autocritique et les remises en question ne font pas partie de la pensée générale du « narcissique ».

 

Modes de pensée du « borderline »

Le « borderline » a un mode de fonctionnement qui échappe à sa conscience. Il peut aussi dans certaines circonstances donner le sentiment de nier l’autre. Mais dans ce mode d’action dit « borderline » l’autre n’existe pas, non pas parce qu’il est quantité négligeable ou parce qu’il serait « inférieur », mais parce que le problème n’est pas là.

« Je suis faible »

« Au fond de moi, je sais que je suis nul(le) même si j’ai une capacité à comprendre le monde que les autres n’ont pas ou peu ».

« Ma nullité est sur le constat de mes échecs et de mon incapacité au bonheur »

« L’autre ne peut pas m’aimer, s’il m’aime c’est qu’il se trompe »

« Je me trouve dans une situation émotionnelle ingérable… voire ‘mortelle’ de mon point de vue, il me faut donc absolument sortir de cette situation émotionnelle »

« Mon émotion décide alors pour moi de la façon dont je dois procéder et même si mon conscient sait que ce n’est pas la solution, je subis mon émotion »

« Je suis conscient de ce que j’ai fait. Je pense que c’était mal, et je suis ainsi face à un problème de conscience, de culpabilité qui à nouveau génère une émotion pouvant être insupportable, il me faut donc absolument sortir de cette situation »

« Si je ne peux pas trouver d’alternative pour sortir de cette panique émotionnelle, alors je tente de rendre totalement responsable l’autre de ce qui est arrivé, non pas parce que  je cherche à le rabaisser ou m’en servir mais parce que si ce n’est pas lui le responsable alors c’est moi et moi je ne pourrais pas me supporter en ayant agis ainsi »

« D’une certaine façon je reproche à l’autre de ne pas m’avoir empêché d’être moi-même. Il aurait dû me protéger malgré moi et m’empêcher de me mettre dans cette situation. S’il m’avait respecté et aimé, il ne m’aurait pas mis dans cette situation émotionnellement ingérable. C’est donc bien de sa faute si tout ceci est arrivé »

Le « borderline » a donc un objectif, échapper à l’émotion ressentie comme « mortelle ». Suite à un événement « faisant du mal à l’autre », il sera d’usage qu’il ait de gros problèmes de conscience, des remords, mais il devra à nouveau échapper à ce flux émotionnel (il pourra par exemple essayer de se suicider après son acte ou rendre l’autre responsable, non pas pour « l’utiliser » mais pour échapper à sa propre culpabilité)

Le doute, l’autocritique et la remise en question sont au coeur de la pensée générale du « borderline » même s’il peut se trouver dans l’impossibilité de l’avouer. (encore une fois car cela pourrait être générateur d’émotions ingérables)

 

Apparence et non réalité. Impulsivité et transgression réactionnelle dans le trouble borderline.

Pour résumer, on peut effectivement voir le « borderline » comme un « narcissique », un manipulateur, un pervers, un antisocial… C’est effectivement une façade que le borderline peut « montrer ».

« Montrer » car les personnes qui souffrent d’un trouble borderline sont exactement le contraire ! On ne peut donc pas raisonnablement traiter une personne de narcissique sous le seul prétexte qu’elle en présenterait l’apparence.

L’essence du trouble borderline est au niveau émotionnel. 
C’est l’émotion qui est alors génératrice de comportements d’apparence narcissique.

Une personne qui souffre d’un trouble borderline peut se droguer, faire de la boulimie, voler, blesser voire même tuer ou se tuer, ce qui est de l’ordre de la transgression. Mais cette transgression n’est pas l’objectif mais « accident de parcours ». 
L’objectif de l’impulsion est de résoudre un problème émotionnel. On peut qualifier alors la transgression de « dommage collatéral », ce qui n’a rien à voir avec une démarche profondément narcissique de négation de l’autre où l’objectif est alors son propre plaisir.

Voir l’article complet sur le site de l’AAPEL