JOURNÉE GUERRE ET PAIX DANS LES FAMILLES – RÉSUMÉ DES INTERVENTIONS

Le 25 novembre, l’Espace Famille 92, présidé par Jean-Michel Jamet, organisait à Boulogne Billancourt sa troisième journée d’étude:  « Guerre et Paix dans les familles, ou comment les violences délitent les liens ».
Avec le centre Flora Tristan et l’association CVP

Cette journée s’est déroulée avec le soutien de la mairie de Boulogne Billancourt, de son Maire adjoint à la santé, monsieur Morand, et de son maire adjoint à la parité et au Droit des femmes, madame Defranoux.

Monsieur Jean-Michel Jamet a présenté les interventions de la journée, en concluant par ce que disait Edgar Morin : l’homo erectus est devenu homo sapiens – homo sapiens sapiens, puis homo sapiens démens, laissant naître la violence.

Deux conférences ont eu lieu durant la matinée.

La première : « Violences conjugales – Repérer – Agir »  fut animée par mesdames Françoise Toutain, directrice du centre Flora Tristan 92 et Guilaine Pineau, psychologue clinicienne. 
Elles ont présenté l’accueil, l’accompagnement, les possibilités d’hébergement, de mise en sécurité et de soutien des centres Flora Tristan et l’Escale, situés dans les Hauts de Seine.
Au cours de cette intervention, elles ont projeté le court-métrage ANNA, réalisé par la MIPROF. Ce court métrage montre une jeune femme victime de violences conjugales, son déni, sa peur et sa culpabilité, sa honte, jusqu’au repérage et à la prise en charge par un professionnel de santé. La vocation de ce film est d’être formatif et informatif pour tous les professionnels destinés à recevoir et écouter des personnes victimes de violences au sein de la sphère privée.

Au cours de l’année 2014, le centre Flora Tristan a reçu sur son numéro d’appel plus de 1800 appels, demandes d’aide et de secours. Il a hébergé et ainsi mis à l’abri de violences 250 femmes et enfants. Les séjours y sont généralement de 48h, avant de trouver un lieu d’hébergement sur, à l’abri, et afin de mettre en place les mesures juridiques de protection pour les victimes.
Cette intervention a rappelé le cycle de la violence :

Les violences conjugales durent parce qu’elles s’installent progressivement.

La victime perd alors ses repères, sur ce qui pourrait paraître normal dans une vie de couple (quelques disputes ou crises passagères)  et ce qui n’est pas normal (une emprise et une destruction de la personne). Elle perd aussi ses forces et croit qu’il est de son devoir de « tenir bon », pour préserver la famille ou les enfants, parfois aussi pour protéger son mari, dont elle perçoit des faiblesses derrière sa violence.

L’escalade : au début, dans le couple, tout va bien, puis petit à petit, s’installe la tension dans la relation. Sous prétexte que… La salière est mal placéeles enfants le fatiguentelle a trois minutes de retard, elle démontre trop de plaisir en compagnie de…, surcroît de travail, alcool, stress, chômage, maladie, …
Le prétexte devient le déclencheur de l’incident : pour éviter une scène, la victime tente par tous moyens d’abaisser la tension de son partenaire. Elle devance et se plie à ses exigences. Elle a peur, est paralysée, tétanisée. Elle se fait toute petite.

L’explosion : l’épisode violent aura lieu, quelle que soit la forme de violence utilisée, l’auteur donne l’impression de perdre le contrôle de lui-même, il dit « qu’il ne peut pas s’en empêcher » La victime se sent démunie, détruite intérieurement.

Le transfert : l’auteur tente d’annuler sa responsabilité dans la crise qu’il a déclenchée, le prétexte devient l’excuse utilisée pour transférer cette responsabilité à la victime.  La victime intériorise cette responsabilité, elle le connaît bien, il n’aime pas  qu’elle  s’habille comme ça, travaille, parle avec ses amies… c’est de sa faute. Elle en oublie sa colère, pour que cette violence cesse, elle pense que c’est à elle de changer de comportement… La victime endosse la responsabilité de l‘épisode violent, elle devient la coupable, les rôles sont inversés, l’auteur reprend très rapidement une vie normale.

La lune de miel : après la crise, l’auteur qui craint de perdre sa compagne commence à exprimer des regrets tout en minimisant les faits et justifiant son comportement. Il veut se réconcilier, il demande pardon, supplie de tout recommencer “à zéro”. Il redevient très amoureux, achète des cadeaux, partage les tâches ménagères, l’éducation des enfants, il promet qu’il ne recommencera plus, qu’il se soignera si cela est  nécessaire… De son côté la victime espère, pardonne, elle veut y croire, elle redécouvre l’homme qu’elle a aimé.
Plus est forte l’emprise de cette violence sur la victime, plus s’amenuisent les périodes de lune de miel, qui vont peu à peu disparaître. L’auteur n’en a plus besoin pour la retenir, les conséquences sur sa vie, sa santé, sont telles qu’elle ne croit plus pouvoir y échapper. Le seuil de tolérance à la violence s’élève.

C’est pendant la période de lune de miel, croyant que tout peut changer, que la victime retire sa plainte, revient au domicile, rompt toute relation avec l’entourage.

C’est également pendant cette période du cycle que, souvent par manque de connaissance du processus de cette violence et de son emprise sur les victimes, les amis, la famille, les voisins, les collègues, ne comprennent plus. Ils se sentent impuissants, ils sont déçus de l’attitude de la victime, ils se promettent de ne plus intervenir. Les professionnels qui n’ont pas reçu de formation spécifique, qu’ils soient médecins, avocats, travailleurs sociaux ou policiers, réagissent de même.

Françoise Toutain et Guilaine Pineau ont insisté sur le rôle des professionnels et sur la nécessité de leur formation afin de pouvoir repérer et en prendre en charge les victimes de violence. Françoise Toutain est revenue sur le terme « victime », souvent décrié car dénigrant pour une personne déjà en souffrance. Elle a rappelé que les anglo-saxons parlent aujourd’hui de « survivor », ou survivantes, pour ces personnes sous emprise psychologique et physique.
Enfin, elles ont l’une et l’autre mis en avant pendant cette intervention que la victime – survivor – est dépersonnalisée, devient object de son bourreau, a souvent peur de fuir, en a rarement le moyens financiers, juridiques, et psychologiques, se retrouve dépossédée d’elle-même.
CONTACT Centre Flora Tristan : floratristan2@wanadoo.fr – 01 47 36 96 48

La deuxième conférence était proposée par Anne-Laure Buffet, présidente de l’association CVP, à Bloulogne Billancourt (92). Le thème était : Les conséquences de ces violences sur les enfants. 
Ci dessous, un résumé de ce qui a été dit pendant cette conférence :

Chaque jour, le nombre d’enfants exposés à de la violence et à des négligence graves ne cesse d’augmenter. Ces violences familiales engendrent des problèmes physiques et psychologiques ainsi que de lourdes conséquences à long terme. Outre les effets dommageables produits sur les enfants dans l’immédiat, les mauvais traitements sont associés à des difficultés multiples et qui font surface à l’adolescence et à l’âge adulte. Aujourd’hui nous parlons d’enfant. Nous en parlons sans définir ni son âge, ni son sexe, mais comme d’un individu en construction, dans son rapport à lui-même, et dans son rapport à l’autre, dans son intégration sociale

Cet enfant sera un jour un homme ou une femme. Il sera aussi un citoyen ou une citoyenne, un parent, un individu à part entière. Ce qui se construit aujourd’hui dans son identité et sa personnalité, lorsque cet enfant est victime de violences familiales, c’est son avenir, mais aussi, de manière plus globale, celle de notre société. Ce qui dès aujourd’hui se déconstruit quand il est soumis à la violence familiale, c’est sa place, tant au sein de cette famille, que dans la société.
Un enfant qui voit ses parents se déchirer, qui est pris à témoin et à partie, qui subit directement la violence familiale que ce soit par les gestes, la paroles, les actes, les coups, ne cesse pas d’aimer ses parents. Ce que l’enfant cesse d’aimer, c’est lui-même, car s’il ne reçoit pas d’amour, s’il n’en a pas de preuve, c’est qu’il n’en est pas digne. Or, un enfant qui grandit en ne s’aimant pas et en se sentant indigne d’être aimé va porter une faille narcissique totalement destructrice. Se croyant incapable de recevoir de l’amour, il va pourtant le quêter, le plus souvent en se mettant en danger. Il peut également le fuir. Il peut enfin en venir à se détester et commettre contre lui-même des actes visant à disparaître, parfois définitivement.

Ses repères, ses valeurs sont inexistants ou extrêmement fragiles.
Il ne sait pas vers qui se tourner, ni à qui s’adresser.
Le plus souvent, il n’est même pas conscient d’être en danger.

Un couple qui évolue dans une relation conflictuelle met toujours en péril son enfant. Soit, parce que cette relation conflictuelle se soldera par une séparation, un divorce. L’enfant, et particulièrement l’aîné quand il y a fratrie, porte alors inconsciemment la responsabilité de cette séparation. Il se sent coupable, n’ayant pas pu permettre au couple parental de rester uni.

Quant à l’enfant exposé de manière structurelle aux conflits et à la violence sans qu’un terme n’y soit mis, il est également en danger, n’ayant pour repère que cette communication violente entre ses parents. L’amour, la confiance en soi et en l’autre, le bien-être, la chaleur familiale lui sont étrangers. Le plus souvent, il ignore ces principes qui devraient pourtant être fondamentaux pour sa construction individuelle.

La situation de violence conjugale dont la dynamique est celle d’une prise de pouvoir de l’un des conjoints sur l’autre est encore plus problématique. Les formes de violences en jeu demeurent parmi les plus radicales et les plus intenses.
Qui plus est, comme tout système maltraitant, la relation conjugale violente fonctionne à huis clos, par emprise et assignation au secret. Elle isole, rabaisse, humilie. La victime y risque son intégrité psychique et parfois sa vie.

Les enfants connaissent aussi cette situation : ils se construisent dans une relation d’interdépendance avec des parents massivement absorbés par la relation violente. Le risque majeur les concernant n’est plus seulement celui de la souffrance, mais celui du trauma.

Les professionnels relevant des champs de la justice, du soin, du social, de l’enseignement ou de l’animation sont tous concernés. L’idée n’est pas que chacun occupe tous les rôles dans cette volonté de protéger les enfants en danger, mais que chacun puisse contribuer à une action de prévention et de protection qui s’articule avec celle des autres.

Enfin, les évènements de ces derniers jours, qui viennent en surpoids d’une crise économique et sociale ne peuvent qu’accentuer ces demandes et ces besoins d’aides, d’écoute et d’accompagnements auprès des enfants en danger. Car il en va tant de leur construction individuelle, de leur vie, que de leur avenir, et celui de notre société. L’impact du terrorisme, qui nous effraie tous, et nous concerne tous. Or, la maltraitance psychologique, physique, au sein de la famille, fonctionne comme le terrorisme national.

Un enfant exposé à la violence psychologique peut ne rien dire, ne rien exprimer ni formuler. Aux yeux des personnes non informées, ou non vigilantes, il ne manifeste aucun comportement particulier, alarmant, pouvant justifier d’une inquiétude, d’une prise en charge, voir d’un signalement de situation préoccupante. Or, tous les enfants qui subissent la violence dans le huis-clos familial vont développer à court, moyen ou long terme, divers symptômes, de divers ordres : les symptômes post traumatique, les symptômes visibles et les symptômes invisibles.

1/ SYMPTÔMES POST TRAUMATIQUES

Ce qui crée le traumatisme est la répétition des faits.

Il existe une différence entre blessure et traumatisme : le traumatisme s’installe dans la durée, en aggravant régulièrement la même blessure qui ne peut donc cicatriser.
La violence répétée, physique, verbale provoque de lourdes conséquences. Et plus elle est cachée, plus les conséquences sont douloureuses et s’inscrivent dans le temps.

a) les symptômes d’intrusion qui rappellent l’événement traumatique sous forme de cauchemars, pensées envahissantes, flash-backs (jeux répétitifs chez l’enfant) ;

b) les symptômes d’évitement de tous les stimuli associés au traumatisme (sentiments, conversations, activités, endroits, personnes, etc.) susceptibles de mener au détachement d’autrui et à une restriction des affects ; Ex : Refus de parler, enfant mutique

c) les symptômes neurovégétatifs, tels que les difficultés d’endormissement ou sommeil interrompu, l’irritabilité ou accès de colère, les difficultés de concentration, l’hyper-vigilance, la réaction de sursaut exagéré.

2/ SYMPTÔMES VISIBLES

 a) Problèmes de santé : retard de croissance, allergies, troubles ORL et dermatologiques, maux de tête, maux de ventre, troubles du sommeil et de l’alimentation, plus souvent victimes d’accidents (8 fois plus d’interventions chirurgicales), encoprésie, énurésie

b) Troubles de l’adaptation : phobies scolaires, angoisse de séparation, hyperactivité, irritabilité, difficultés d’apprentissage, troubles de la concentration

c) Troubles du comportement, 10 à 17 fois plus que des enfants dans un foyer sans violence, dont des comportements agressifs vis à vis des autres enfants, 50 % des jeunes délinquants ont vécu dans un milieu familial violent dans l’enfance.

d) Comportements à risque – Comportements suicidaires

 (Rappel : SUICIDE = volonté ou désir conscients et délibérés de se donner la mort => acte volontaire)

 

3/ SYMPTÔMES INVISIBLES

 a) L’instrumentalisation de l’enfant : la double contrainte, le conflit de loyauté, le déni parental, les fausses accusations

–       La double contrainte

On nomme double contrainte (double-bind) une paire d’injonctions paradoxales consistant en ordres explicites ou implicites intimés à quelqu’un qui ne peut en satisfaire un sans violer l’autre.

–       le conflit de loyauté

Conflit intra-psychique né de l’impossibilité de choisir entre deux situations possibles, ce choix concernant le plus souvent les sentiments ou ce que nous croyons en être, envers des personnes qui nous sont chères

Problème pour l’enfant : comment se positionner ?

–       le déni parental

Comportements de l’un des parents qui vise à exclure l’autre parent en tout ou partie de la vie de l’enfant, l’enfant rejetant ce parent sans se rendre compte qu’il est manipulé.

La communication est coupée, il y a refus d’informer sur quoi que ce soit, refus de communiquer adresse, documents administratifs…

En principe le déni parental s’ajoute au conflit de loyauté : le parent toxique manipule l’enfant et lui fait croire que c’est l’autre parent qui a coupé les ponts, la communication…

–       les fausses accusations, soit de la part d’un enfant manipulé, soit de la part d’un des deux parents.
Objectif : semer le doute et la confusion
Ceci peut aller plus loin : dépôt de plainte, dénonciation, signalement, auprès du Procureur, de la BPM, ou tout simplement à l’école, pour encore une fois semer le doute et la confusion

b) La parentification : Parentalisation et Incestuel

–       la parentalisation

Prendre l’enfant en confident, faire disparaître la barrière générationnelle, faire de l’enfant son parent, responsabilités trop importantes pour son âge…

–       l’incestuel

Barrières totalement absentes, la sexualité du parent est racontée, voir exposée à l’enfant

Une fois comprise l’existence de divers symptômes possibles, il faut non seulement pouvoir les détecter, mais aussi les rendre efficients afin de trouver pour l’enfant la solution la plus adapter, qui va le protéger et éventuellement mettre un terme à la maltraitance

L’enfant, consciemment ou non, envoie des signaux d’alerte. Ceux-ci doivent entraîner des conséquences sur le plan juridique, psychologique et social.
Le rôle des professionnels est défini, et est essentiel dans la protection et l’accompagnement de l’enfant et de la famille en danger.

4/ SIGNAUX D’ALERTE

a) les mots des enfants

Rappel : les enfants sont influençables
Rappel : l’enfant qui va être entendu est en situation d’anxiété

b) l’âge des enfants : un enfant ne peut pas inventer quand il est petit : il raconte ce qu’il voit, ressent, ou ce qu’on lui dit de raconter.

c) la posture de l’enfant face au parent

En rendez-vous : comment se comporte l’enfant quand il est seul, et quand il est avec son ou ses parents

d) le comportement individuel, scolaire, social

5/ CONSÉQUENCES JURIDIQUES ET SOCIALES

Chacun a le devoir, la responsabilité, de faire un signalement au parquet s’il est témoin de violences ou de comportements préoccupants. Le signalement peut être fait par un professionnel, par un membre de la famille, par un étranger à la famille témoin de violences et de maltraitances.

Avant le signalement, il est possible de faire une information préoccupante : la situation est examinée par les cellules existant dans chaque département, entre autres l’Aide Sociale à l’Enfance, avant de recourir au procureur ou au Juge des enfants. Ce peut être aussi PMI, BPM…

–       AEMO (action éducative en milieu ouvert): la mission est de conseiller et d’aider les détenteurs de l’autorité parentale afin de faire disparaître l’état de danger ou de conflit.

L’éducateur doit faire un compte-rendu régulier au Juge des enfants ; relai en cas de placement accepté par les parents : savoir présenter l’éventuel intérêt d’un placement, ce qu’il en découle, les droits des parents…

  • rôle éducatif pour supprimer les maltraitances
  • rôle psychologique pour clarifier les problèmes et suivre la famille

–      Le placement : décidé par le juge des enfants.

Différents types d’accueil possibles : à la journée, pendant un temps déterminé, en placement indéterminé
-> chez une personne privée : autre parent, membre de la famille, famille d’accueil
-> dans un établissement sanitaire ou établissement d’éducation ordinaire ou spécialisée
-> dans un service de l’ASE

RAPPEL : Ce sont des mesures provisoires. Elles peuvent à tout moment être à nouveau examinées. Un enfant peut écrire au JE pour demander à rentrer chez lui.

6/ LE ROLE DES PROFESSIONNELS

a) La mission de prévention
Tous les professionnels ont une responsabilité vis-à-vis des enfants, futurs adultes, personnes en construction et en développement, afin de les protéger et de les accompagner face à la violence psychologique et physique.
Aussi, indiquer les numéros d’écoute, les centre d’appels, les lieux où parler, les organismes et personnes à contacter, est une nécessité qui devrait faire loi.

–       Dans les écoles, les collèges et les lycées
–       Dans les crèches, et tous les centres d’accueil destinés à l’enfance (centre de loisirs, organismes de voyages et séjours scolaires…)
–       Chez les professionnels de santé

(Pour info, Sos enfants maltraités a reçu plus de 5600 appels en 2014.)

B) La mission d’information et d’accompagnement
L’accompagnement des enfants et des familles en difficulté commence par l’écoute.
Ecoute : services téléphoniques, à commencer par le 119 (loi du 10 juillet 1989, création du SNATED : Service National d’Accueil Téléphonique pour l’Enfance en Danger). Aujourd’hui le SNATED propose des forums sur Internet

Interservices parents : accueil, écoute, aide aux familles

Le professionnel a des responsabilités : Ecouter, c’est faire un effort conscient pour entendre. Il faut être à la fois disponible et faire preuve d’ouverture d’esprit.
Il faut faire preuve d’empathie, encourager la parole – particulièrement au téléphone. Attention au « mais » qui peut tout remettre en cause. La reformulation est essentielle : elle permet d’instaurer la confiance, de montrer à l’appelant qu’il este entendu, que le professionnel veut le comprendre.

Ecouter, c’est aussi observer les gestes, les attitudes, les comportements (sans se prendre pour un profiler). C’est prendre le temps. C’est enfin donner les moyens nécessaires pour permettre la parole si elle est difficile : dessins, jeux de rôle, figurines…

Il faut également rendre la parole aux parents bienveillants, les inciter à parler, à raconter la vérité, à reprendre leurs places, à donner des valeurs. Le parent bienveillant se sent souvent incapable, interdit de dire et d’agir. Or, il est autant parent que le parent maltraitant. S’il laisse dire ou faire, souvent par peur, il ne peut assumer son rôle de protecteur vis-à-vis de son ou ses enfants. Aussi, encourager ce parent à rependre son rôle et sa place est indispensable tant pour lui que pour les enfants. Ceux-ci ne se sentiront plus, ou moins, pris dans l’engrenage de la violence et du conflit de loyauté. Quant au parent, il se sentira actif dans ce combat face à un parent violent, il se sentira existant. Le combat est long, épuisant, difficile. Mais aussi épuisant qu’il soit, chaque parent bienveillant a non seulement le droit, mais le devoir d’y participer, de ne plus se laisser déposséder de ce qu’il est en tant que parent et en tant que personne.

Un petite réflexion destinée à tous les professionnels, de la santé, du droit, du social, de l’enseignement : en tant que professionnel il ne faut pas se retrancher derrière son mandat mais assumer chacun sa responsabilité tant de professionnel, que de citoyen et éventuellement de parent. Car si nous sommes contactés comme professionnels, aimerions-nous, pour ceux d’entre nous qui sommes parents, nous retrouver dans le camps des accusés à tort, et pire encore, voir nos enfants utilisés et abîmés, peut-être bien plus, par une volonté manipulatrice et destructrice ? Savoir prendre position est un risque mais aussi une nécessité. Il faut savoir prendre le temps, écouter, observer. Il faut accorder du crédit non seulement à la communication verbale, mais aussi à la non verbale. Il faut enfin comparer les discours des deux parents, et celui de l’enfant, observer les écarts.

Etre professionnel ne fait pas de nous des robots. Nous devons conserver notre part d’humanité, en apprenant par le biais entre autres de formations et de supervision à nous protéger de l’empathie qui biaise l’écoute, mais sans perdre de vue que ces situations dramatiques peuvent aussi nous arriver, à nous, à nos proches.

Pour finir, ce message de Mère Térésa : «  LA PAIX DU MONDE COMMENCE À LA MAISON »

La journée s’est poursuivie l’après-midi avec une représentation théâtrale donnée par Rozenn Bodin, « Des mots sur des maux »
Une représentation extrêmement poignante, juste, mettant en scène la souffrance des enfants, des adultes, le difficile combat procédurier, l’isolement, le morcellement, la violence physique.

VOIR UN EXTRAIT DU SPECTACLE DES MOTS SUR LES MAUX

R Bodin

25 NOVEMBRE 2015 – COLLOQUE « GUERRE ET PAIX DANS LES FAMILLES »

 

 

Le 25 novembre 2015, à l’occasion de la journée de lutte contre les violences faites aux femmes, l’Espace Famille 92, présidé par Jean-Michel Jamet organise un colloque à Boulogne Billancourt (92), en présence de Monsieur Morand, maire adjoint à la santé à Boulogne Billancourt, et de madame Defranoux, maire adjointe pour la parité et le droit des femmes, à Boulogne Billancourt.

THÈME DE LA JOURNÉE : GUERRE ET PAIX DANS LES FAMILLES

Françoise Toutain et Guilaine Pineau, du centre Flora Tristan, interviendront  sur le thème des Violences conjugales : Repérer – Agir.
Anne-Laure Buffet, présidente de l’association CVP, interviendra sur le thème des Conséquences de ces maltraitantes sur les enfants.

Inscription auprès de contact@espace-familles.org

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De très nombreuses manifestations, conférences, réunions, sont prévues lors de cette journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes. Une information est proposée par les CNIDF de chaque région.

LE SILENCE DES VICTIMES (2)

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Nouvel extrait de l’entretien entre Roland André et Anne-Laure Buffet, suite au Silence des victimes. 

RA : Les victimes ont-elles des points communs ? 

ALB : Toutes sont meurtries, abîmées, souillées. Toutes se sentent salies. Elles ont peur et cette peur se démultiplie et se divise, tout autant qu’elle s’empare, envahit les victimes, comme une mérule s’installe dans la cave de la maison pour la grignoter petit à petit. Certaines peurs sont fondées, liées à des évènements, des mots ou des gestes si agressifs qu’ils en deviennent mortifières. D’autres peurs sont des projections, des anticipations, une utilisation de la puissance de l’imagination restreinte à concevoir un nombre incalculable de plans diaboliques, machiavéliques, mis en place par la personnalité toxique pour détruire encore plus.

RA : C’est donc la peur qui domine le plus ? 

ALB : C’est en tout cas le sentiment – et le mot – le plus fréquemment utilisé. Peur de ce qui va être dit, pensé, jugé. Peur des décisions qu’une juge va prendre. Peur de ne pas être compris, de ne pas savoir dire, de trop en dire, de perdre ses moyens devant un tribunal. Peur d’entendre un discours qui viendrait conforter celui de la personnalité toxique. Peur de ne pas savoir ou de ne pas pouvoir protéger ses enfants. Peur d’avoir mal fait, de continuer à mal faire. Peur de devoir éternellement se justifier. Peur de ne pas s’en sortir.

RA : Une victime de violence psychologique sait-elle ce qu’elle vit ? 

ALB : Elle le ressent. Elle sait intuitivement que c’est un viol psychique, une entreprise de destruction. Mais elle ne sait pas le qualifier, elle n’arrive pas à le décrire, elle ne peut rien verbaliser ou formuler clairement. Car la violence détient de nombreuses armes redoutables, dont le brouillard, l’écran de fumée opaque, épaisse, intense, que crée la personnalité toxique. En perpétuel balancement entre chaud et froid, vérité et mensonge, compliments et reproches, la victime ne sait plus ce qui est réel, factuel, ou inventé exagérément pour la mettre à terre. Elle a tendance à minimiser, à s’accrocher aux bons moments, à essayer d’y croire. Il est extrêmement difficile d’admettre qu’on est l’objet d’une arnaque mortelle, qu’on s’est trompé sur l’autre, qu’on a été trompé. Que l’on n’a pas été aimé, mais utilisé. Et cette douleur se renforce quand c’est à un enfant qu’il appartient de comprendre que son parent n’est pas un « bon » parent.

RA : Vous parlez de « bon » parent. Un parent qui fait preuve d’autorité est-il un bon ou un mauvais parent ? 

ALB : Tout dépend de ce que vous entendez par « autorité ». Si c’est une autorité bienveillante, expliquée, cadrante, déterminant des règles et des limites avec l’objectif de permettre à l’enfant de s’y épanouir, de se socialiser, d’être reconnu pour ce qu’il est en tant qu’individu ; si c’est l’accompagner dans des choix sans lui forcer la main mais en indiquant les obstacles, les pièges qui peuvent se dresser ; si l’autorité consiste à rappeler la place que chacun a dans une famille, mais qu’elle ne s’appuie ni sur la critique méprisante, ni sur le dénigrement, ni sur la contrainte psychologique, ni sur la fermeté physique, l’autorité a un sens. Elle mène l’enfant à se responsabiliser, elle lui ouvre la route pour devenir adulte. Elle sait s’adapter et évoluer en fonction des âges et de la personnalité de enfants.
En revanche, si l’autorité est utilisée pour réduire à néant la personnalité de l’enfant, pour en faire une reproduction de l’adulte, des envies, des désirs et des frustrations de celui-ci, si elle oublie le respect du à chaque individu, si elle supprime la liberté de dire, ou de faire, sans raison, sans argument, par simple contrainte et volonté de soumettre, ce n’est dès lors plus de l’autorité, mais de la dictature.
L’autorité n’est pas quelque chose de négatif dans l’éducation, quand elle laisse une place , qu’elle intervient pour être cadrante ou protectrice. Mais quand elle est utilisée dans le seul intérêt de celui qui s’en sert, elle devient destructrice.

SOUFFRANCES IGNORÉES

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L’association CVP a pour vocation de fournir entre autre par le biais de son blog de l’information sur les violences psychologiques au sein de la sphère privée.
Des groupes de parole sont proposés une fois par mois, à Boulogne Billancourt.
Des petits-déjeuners – débats sont également proposés une fois par mois.

À regret, l’association CVP ne peut proposer de consultations individuelles gratuites.

L’association CVP – comme beaucoup d’associations destinées à l’aide et l’accompagnement des victimes – ne bénéficie d’aucune aide ni subvention. L’état et les diverses instances gouvernementales ou réglementaires semblent faire peu de cas de l’avenir des victimes, de la construction des enfants en souffrance, de l’insertion des personnes en difficultés, de l’accompagnement psychologique et économique de celles et ceux ayant eu à subir la violence psychologique, physique, économique.
De même, les victimes sont montrées du doigt comme étant un « coût » pour la société. Mais quel coût ? Celui, précisément, d’une société qui manque d’humanité, qui développe l’individualisme, l’égoïsme et le narcissisme. Qui scinde en plusieurs groupes ses membres, oubliant que les enfants d’aujourd’hui seront les adultes – souvent en souffrance – de demain.
Parce que la souffrance et le malheur font fuir et dérangent, la souffrance individuelle est souvent ignorée, au coeur des familles comme au coeur de notre société.
Et cela au nom du « Chez nous, ça n’existe pas. »

Anne-Laure Buffet

GROUPE DE DISCUSSION – 6 JUIN 2015 – VIOLENCE PSYCHOLOGIQUE ET EMPRISE

Groupe de Parole CVP – Contre la Violence Psychologique

 

le samedi 6 juin, de 15 heures à 18 heures.

Accueil à partir de 14h45

 

L’EMPRISE – LA VIOLENCE PSYCHOLOGIQUE

LA VICTIME, LE BOURREAU ET LES TIERS

 

Comment devient-on victime ? Qu’est-ce qui fait la « proie » ?

Qui est le bourreau ? Comment agit-il ?

Qui sont les tiers ? Quels sont les risques, et les conséquences ?

 

Pendant ce groupe nous reprendrons certains thèmes évoqués pendant l’année, et nous partagerons expériences, compréhensions, constats et prises de conscience.

INFORMATIONS ET INSCRIPTION : associationcvp@gmail.com

 

 

LES VIOLENCES PSYCHOLOGIQUES – CONFÉRENCE ET DÉBAT – ORLÉANS

Le jeudi 21 mai 2015,
une journée consacrée aux violences psychologiques,
à la Librairie Passion Culture, 45000, Orléans

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CONFÉRENCE DE 10H À 12H :
LES VIOLENCES PSYCHOLOGIQUES ET LEURS CONSÉQUENCES

suivie d’un

DÉBAT DE 14H30 À 17H30 :
LES CONSÉQUENCES SUR LES ENFANTS

 

Bulletin Inscription

Renseignements et inscription (obligatoire) auprès de conferencecvp@gmail.com

 

Tarifs :

Pour la journée entière : 10 €
Pour la conférence : 5 €
Pour le débat : 7 €

L’inscription et le règlement sont à adresser à l’ordre de l’association CVP

 

 

AGIR POUR LES PERSONNES VICTIMES DE VIOLENCE PSYCHOLOGIQUE

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La violence psychologique est totalement destructrice pour la personne mise sous emprise et la subissant au quotidien.

D’une part, cette violence, insidieuse, quotidienne, répétitive, ne s’accompagne pas toujours de faits. Les personnes ayant subi une telle forme de violence le disent elles-même : « J’aurai préféré être frappé(e), au moins une blessure ça cicatrise. Et ça se voit. On sait pourquoi on a mal. Et on peut être cru. » Dans la violence psychologique, les coups sont portés, mais ce sont des coups verbaux. Des insinuations, des dénigrements, des mises à l’écart, des critiques et des reproches constants. L’humiliation, qui prend différentes formes, ne cesse jamais. La personne est alors conditionnée.

Enfant, elle ne peut imaginer que les relations familiales, que le parent, puisse être autrement. Elle intègre ce fonctionnement comme étant normal, ou pour le moins, celui auquel elle a droit, celui qu’elle mérite. L’enfant n’est pas en capacité de distinguer le bien du mal, le normal de l’anormal.
Adulte, la personne qui se retrouve sous emprise ne peut le saisir tout de suite. Séduite par des paroles et des comportements toxiques, elle reçoit dans un premier temps beaucoup d’attention, de présence, qu’elle prend et confond avec de l’amour. tant que l’agresseur, le « bourreau », est en phase de séduction, rien dans son attitude ou dans ses paroles ne mettra explicitement celle qu’il a choisie comme victime en danger. Bien au contraire, les témoignages montrent à quel point cette période a pu être idyllique, rassurante, apaisante.
Ce qui peut surprendre est cette réflexion qui revient bien souvent « Dès le début j’ai senti que quelque chose ne collait pas ; mais j’ai pensé que c’était moi qui était trop prudent… et je me suis laissé(e) faire, je me suis laissé(e) avoir. »

Peu à peu le comportement de la personnalité toxique évolue. Viennent les reproches, la surveillance, le questionnement, la remise en cause. La personne qui subit ces agissements s’isolent, se dévalue, perd confiance en elle. Parler lui semble interdit, agir est presque impossible, se rebeller est honteux et impensable.

Les évolutions législatives, les écrits de nombreux spécialistes, les formations – encore trop peu nombreuses – de quelques professionnels, l’information médiatisée, permettent d’alerter, de prendre en compte, cette violence psychologique.
Encore trop mal et trop peu.
Si les personnes qui se sont retrouvées victimes commencent à parler et à agir, à se défendre, à combattre cette violence, elles sont encore minoritaires.
Et doivent faire face à un parcours long et difficile. Sur ce parcours, de manière non exhaustive et dans le désordre, nous retrouverons les étapes suivantes :
– trouver un espace de parole pour se reconstruire et être accompagné(e)
– mettre à distance, fuir, couper les ponts avec la personnalité toxique
– porter plainte, dénoncer les actes de maltraitance et de malveillance
– sortir de l’isolement, reprendre confiance en soi, renouer des liens sociaux, amicaux, professionnels
– assurer matériellement un quotidien, lorsqu’il est classique que le « toxique », calculateur, obsédé par l’argent, prenne, spolie, triche, dupe, escroque
– protéger les enfants de comportements destructeurs, de conflits de loyauté, d’une mise en danger dont ils vont être les victimes collatérales puis directes
– affronter le regard des incrédules, des juges – ceux des tribunaux, et pire encore, ceux qui se croient à même de juger
– …

Chaque action à mener est douloureuse. Une fois que la personne réduite à l’état de victime en prend conscience, elle ressent doublement cette souffrance : celle qu’elle a vécu, et celle qu’elle va devoir vivre encore pour être reconnue comme ayant subi la violence psychologique, et ayant des droits à être défendue.
La personne a peur.
Elle n’ose pas.

C’est pourtant dès la prise de conscience qu’il faut encourager ces personnes à agir. À dénoncer une situation, à revendiquer des droits, à se battre.
C’est aux professionnels, dès cette minute, d’entendre les victimes et de leur proposer un accompagnement le plus complet possible. Juridique, et psychologique. Pour la meilleure défense des droits, pour la meilleure reconstruction de la personne. Pour lui permettre de croire en l’avenir, de le préparer, et de le vivre.

Au sein de l’association CVP, nous proposons cet espace de parole indispensable pour les personnes victimes de violences psychologiques. Nous orientons vers des professionnels de la prise en charge thérapeutique.

Nous prenons en compte la personne en tant que personne, et non en tant que dossier.
Chacun mérite écoute, temps, et soutien et défense.

Anne-Laure Buffet
06 65 14 97 33
Présidente de l’association CVP – Contre la Violence Psychologique   associationcvp@gmail.com