JOURNÉE GUERRE ET PAIX DANS LES FAMILLES – RÉSUMÉ DES INTERVENTIONS

Le 25 novembre, l’Espace Famille 92, présidé par Jean-Michel Jamet, organisait à Boulogne Billancourt sa troisième journée d’étude:  « Guerre et Paix dans les familles, ou comment les violences délitent les liens ».
Avec le centre Flora Tristan et l’association CVP

Cette journée s’est déroulée avec le soutien de la mairie de Boulogne Billancourt, de son Maire adjoint à la santé, monsieur Morand, et de son maire adjoint à la parité et au Droit des femmes, madame Defranoux.

Monsieur Jean-Michel Jamet a présenté les interventions de la journée, en concluant par ce que disait Edgar Morin : l’homo erectus est devenu homo sapiens – homo sapiens sapiens, puis homo sapiens démens, laissant naître la violence.

Deux conférences ont eu lieu durant la matinée.

La première : « Violences conjugales – Repérer – Agir »  fut animée par mesdames Françoise Toutain, directrice du centre Flora Tristan 92 et Guilaine Pineau, psychologue clinicienne. 
Elles ont présenté l’accueil, l’accompagnement, les possibilités d’hébergement, de mise en sécurité et de soutien des centres Flora Tristan et l’Escale, situés dans les Hauts de Seine.
Au cours de cette intervention, elles ont projeté le court-métrage ANNA, réalisé par la MIPROF. Ce court métrage montre une jeune femme victime de violences conjugales, son déni, sa peur et sa culpabilité, sa honte, jusqu’au repérage et à la prise en charge par un professionnel de santé. La vocation de ce film est d’être formatif et informatif pour tous les professionnels destinés à recevoir et écouter des personnes victimes de violences au sein de la sphère privée.

Au cours de l’année 2014, le centre Flora Tristan a reçu sur son numéro d’appel plus de 1800 appels, demandes d’aide et de secours. Il a hébergé et ainsi mis à l’abri de violences 250 femmes et enfants. Les séjours y sont généralement de 48h, avant de trouver un lieu d’hébergement sur, à l’abri, et afin de mettre en place les mesures juridiques de protection pour les victimes.
Cette intervention a rappelé le cycle de la violence :

Les violences conjugales durent parce qu’elles s’installent progressivement.

La victime perd alors ses repères, sur ce qui pourrait paraître normal dans une vie de couple (quelques disputes ou crises passagères)  et ce qui n’est pas normal (une emprise et une destruction de la personne). Elle perd aussi ses forces et croit qu’il est de son devoir de « tenir bon », pour préserver la famille ou les enfants, parfois aussi pour protéger son mari, dont elle perçoit des faiblesses derrière sa violence.

L’escalade : au début, dans le couple, tout va bien, puis petit à petit, s’installe la tension dans la relation. Sous prétexte que… La salière est mal placéeles enfants le fatiguentelle a trois minutes de retard, elle démontre trop de plaisir en compagnie de…, surcroît de travail, alcool, stress, chômage, maladie, …
Le prétexte devient le déclencheur de l’incident : pour éviter une scène, la victime tente par tous moyens d’abaisser la tension de son partenaire. Elle devance et se plie à ses exigences. Elle a peur, est paralysée, tétanisée. Elle se fait toute petite.

L’explosion : l’épisode violent aura lieu, quelle que soit la forme de violence utilisée, l’auteur donne l’impression de perdre le contrôle de lui-même, il dit « qu’il ne peut pas s’en empêcher » La victime se sent démunie, détruite intérieurement.

Le transfert : l’auteur tente d’annuler sa responsabilité dans la crise qu’il a déclenchée, le prétexte devient l’excuse utilisée pour transférer cette responsabilité à la victime.  La victime intériorise cette responsabilité, elle le connaît bien, il n’aime pas  qu’elle  s’habille comme ça, travaille, parle avec ses amies… c’est de sa faute. Elle en oublie sa colère, pour que cette violence cesse, elle pense que c’est à elle de changer de comportement… La victime endosse la responsabilité de l‘épisode violent, elle devient la coupable, les rôles sont inversés, l’auteur reprend très rapidement une vie normale.

La lune de miel : après la crise, l’auteur qui craint de perdre sa compagne commence à exprimer des regrets tout en minimisant les faits et justifiant son comportement. Il veut se réconcilier, il demande pardon, supplie de tout recommencer “à zéro”. Il redevient très amoureux, achète des cadeaux, partage les tâches ménagères, l’éducation des enfants, il promet qu’il ne recommencera plus, qu’il se soignera si cela est  nécessaire… De son côté la victime espère, pardonne, elle veut y croire, elle redécouvre l’homme qu’elle a aimé.
Plus est forte l’emprise de cette violence sur la victime, plus s’amenuisent les périodes de lune de miel, qui vont peu à peu disparaître. L’auteur n’en a plus besoin pour la retenir, les conséquences sur sa vie, sa santé, sont telles qu’elle ne croit plus pouvoir y échapper. Le seuil de tolérance à la violence s’élève.

C’est pendant la période de lune de miel, croyant que tout peut changer, que la victime retire sa plainte, revient au domicile, rompt toute relation avec l’entourage.

C’est également pendant cette période du cycle que, souvent par manque de connaissance du processus de cette violence et de son emprise sur les victimes, les amis, la famille, les voisins, les collègues, ne comprennent plus. Ils se sentent impuissants, ils sont déçus de l’attitude de la victime, ils se promettent de ne plus intervenir. Les professionnels qui n’ont pas reçu de formation spécifique, qu’ils soient médecins, avocats, travailleurs sociaux ou policiers, réagissent de même.

Françoise Toutain et Guilaine Pineau ont insisté sur le rôle des professionnels et sur la nécessité de leur formation afin de pouvoir repérer et en prendre en charge les victimes de violence. Françoise Toutain est revenue sur le terme « victime », souvent décrié car dénigrant pour une personne déjà en souffrance. Elle a rappelé que les anglo-saxons parlent aujourd’hui de « survivor », ou survivantes, pour ces personnes sous emprise psychologique et physique.
Enfin, elles ont l’une et l’autre mis en avant pendant cette intervention que la victime – survivor – est dépersonnalisée, devient object de son bourreau, a souvent peur de fuir, en a rarement le moyens financiers, juridiques, et psychologiques, se retrouve dépossédée d’elle-même.
CONTACT Centre Flora Tristan : floratristan2@wanadoo.fr – 01 47 36 96 48

La deuxième conférence était proposée par Anne-Laure Buffet, présidente de l’association CVP, à Bloulogne Billancourt (92). Le thème était : Les conséquences de ces violences sur les enfants. 
Ci dessous, un résumé de ce qui a été dit pendant cette conférence :

Chaque jour, le nombre d’enfants exposés à de la violence et à des négligence graves ne cesse d’augmenter. Ces violences familiales engendrent des problèmes physiques et psychologiques ainsi que de lourdes conséquences à long terme. Outre les effets dommageables produits sur les enfants dans l’immédiat, les mauvais traitements sont associés à des difficultés multiples et qui font surface à l’adolescence et à l’âge adulte. Aujourd’hui nous parlons d’enfant. Nous en parlons sans définir ni son âge, ni son sexe, mais comme d’un individu en construction, dans son rapport à lui-même, et dans son rapport à l’autre, dans son intégration sociale

Cet enfant sera un jour un homme ou une femme. Il sera aussi un citoyen ou une citoyenne, un parent, un individu à part entière. Ce qui se construit aujourd’hui dans son identité et sa personnalité, lorsque cet enfant est victime de violences familiales, c’est son avenir, mais aussi, de manière plus globale, celle de notre société. Ce qui dès aujourd’hui se déconstruit quand il est soumis à la violence familiale, c’est sa place, tant au sein de cette famille, que dans la société.
Un enfant qui voit ses parents se déchirer, qui est pris à témoin et à partie, qui subit directement la violence familiale que ce soit par les gestes, la paroles, les actes, les coups, ne cesse pas d’aimer ses parents. Ce que l’enfant cesse d’aimer, c’est lui-même, car s’il ne reçoit pas d’amour, s’il n’en a pas de preuve, c’est qu’il n’en est pas digne. Or, un enfant qui grandit en ne s’aimant pas et en se sentant indigne d’être aimé va porter une faille narcissique totalement destructrice. Se croyant incapable de recevoir de l’amour, il va pourtant le quêter, le plus souvent en se mettant en danger. Il peut également le fuir. Il peut enfin en venir à se détester et commettre contre lui-même des actes visant à disparaître, parfois définitivement.

Ses repères, ses valeurs sont inexistants ou extrêmement fragiles.
Il ne sait pas vers qui se tourner, ni à qui s’adresser.
Le plus souvent, il n’est même pas conscient d’être en danger.

Un couple qui évolue dans une relation conflictuelle met toujours en péril son enfant. Soit, parce que cette relation conflictuelle se soldera par une séparation, un divorce. L’enfant, et particulièrement l’aîné quand il y a fratrie, porte alors inconsciemment la responsabilité de cette séparation. Il se sent coupable, n’ayant pas pu permettre au couple parental de rester uni.

Quant à l’enfant exposé de manière structurelle aux conflits et à la violence sans qu’un terme n’y soit mis, il est également en danger, n’ayant pour repère que cette communication violente entre ses parents. L’amour, la confiance en soi et en l’autre, le bien-être, la chaleur familiale lui sont étrangers. Le plus souvent, il ignore ces principes qui devraient pourtant être fondamentaux pour sa construction individuelle.

La situation de violence conjugale dont la dynamique est celle d’une prise de pouvoir de l’un des conjoints sur l’autre est encore plus problématique. Les formes de violences en jeu demeurent parmi les plus radicales et les plus intenses.
Qui plus est, comme tout système maltraitant, la relation conjugale violente fonctionne à huis clos, par emprise et assignation au secret. Elle isole, rabaisse, humilie. La victime y risque son intégrité psychique et parfois sa vie.

Les enfants connaissent aussi cette situation : ils se construisent dans une relation d’interdépendance avec des parents massivement absorbés par la relation violente. Le risque majeur les concernant n’est plus seulement celui de la souffrance, mais celui du trauma.

Les professionnels relevant des champs de la justice, du soin, du social, de l’enseignement ou de l’animation sont tous concernés. L’idée n’est pas que chacun occupe tous les rôles dans cette volonté de protéger les enfants en danger, mais que chacun puisse contribuer à une action de prévention et de protection qui s’articule avec celle des autres.

Enfin, les évènements de ces derniers jours, qui viennent en surpoids d’une crise économique et sociale ne peuvent qu’accentuer ces demandes et ces besoins d’aides, d’écoute et d’accompagnements auprès des enfants en danger. Car il en va tant de leur construction individuelle, de leur vie, que de leur avenir, et celui de notre société. L’impact du terrorisme, qui nous effraie tous, et nous concerne tous. Or, la maltraitance psychologique, physique, au sein de la famille, fonctionne comme le terrorisme national.

Un enfant exposé à la violence psychologique peut ne rien dire, ne rien exprimer ni formuler. Aux yeux des personnes non informées, ou non vigilantes, il ne manifeste aucun comportement particulier, alarmant, pouvant justifier d’une inquiétude, d’une prise en charge, voir d’un signalement de situation préoccupante. Or, tous les enfants qui subissent la violence dans le huis-clos familial vont développer à court, moyen ou long terme, divers symptômes, de divers ordres : les symptômes post traumatique, les symptômes visibles et les symptômes invisibles.

1/ SYMPTÔMES POST TRAUMATIQUES

Ce qui crée le traumatisme est la répétition des faits.

Il existe une différence entre blessure et traumatisme : le traumatisme s’installe dans la durée, en aggravant régulièrement la même blessure qui ne peut donc cicatriser.
La violence répétée, physique, verbale provoque de lourdes conséquences. Et plus elle est cachée, plus les conséquences sont douloureuses et s’inscrivent dans le temps.

a) les symptômes d’intrusion qui rappellent l’événement traumatique sous forme de cauchemars, pensées envahissantes, flash-backs (jeux répétitifs chez l’enfant) ;

b) les symptômes d’évitement de tous les stimuli associés au traumatisme (sentiments, conversations, activités, endroits, personnes, etc.) susceptibles de mener au détachement d’autrui et à une restriction des affects ; Ex : Refus de parler, enfant mutique

c) les symptômes neurovégétatifs, tels que les difficultés d’endormissement ou sommeil interrompu, l’irritabilité ou accès de colère, les difficultés de concentration, l’hyper-vigilance, la réaction de sursaut exagéré.

2/ SYMPTÔMES VISIBLES

 a) Problèmes de santé : retard de croissance, allergies, troubles ORL et dermatologiques, maux de tête, maux de ventre, troubles du sommeil et de l’alimentation, plus souvent victimes d’accidents (8 fois plus d’interventions chirurgicales), encoprésie, énurésie

b) Troubles de l’adaptation : phobies scolaires, angoisse de séparation, hyperactivité, irritabilité, difficultés d’apprentissage, troubles de la concentration

c) Troubles du comportement, 10 à 17 fois plus que des enfants dans un foyer sans violence, dont des comportements agressifs vis à vis des autres enfants, 50 % des jeunes délinquants ont vécu dans un milieu familial violent dans l’enfance.

d) Comportements à risque – Comportements suicidaires

 (Rappel : SUICIDE = volonté ou désir conscients et délibérés de se donner la mort => acte volontaire)

 

3/ SYMPTÔMES INVISIBLES

 a) L’instrumentalisation de l’enfant : la double contrainte, le conflit de loyauté, le déni parental, les fausses accusations

–       La double contrainte

On nomme double contrainte (double-bind) une paire d’injonctions paradoxales consistant en ordres explicites ou implicites intimés à quelqu’un qui ne peut en satisfaire un sans violer l’autre.

–       le conflit de loyauté

Conflit intra-psychique né de l’impossibilité de choisir entre deux situations possibles, ce choix concernant le plus souvent les sentiments ou ce que nous croyons en être, envers des personnes qui nous sont chères

Problème pour l’enfant : comment se positionner ?

–       le déni parental

Comportements de l’un des parents qui vise à exclure l’autre parent en tout ou partie de la vie de l’enfant, l’enfant rejetant ce parent sans se rendre compte qu’il est manipulé.

La communication est coupée, il y a refus d’informer sur quoi que ce soit, refus de communiquer adresse, documents administratifs…

En principe le déni parental s’ajoute au conflit de loyauté : le parent toxique manipule l’enfant et lui fait croire que c’est l’autre parent qui a coupé les ponts, la communication…

–       les fausses accusations, soit de la part d’un enfant manipulé, soit de la part d’un des deux parents.
Objectif : semer le doute et la confusion
Ceci peut aller plus loin : dépôt de plainte, dénonciation, signalement, auprès du Procureur, de la BPM, ou tout simplement à l’école, pour encore une fois semer le doute et la confusion

b) La parentification : Parentalisation et Incestuel

–       la parentalisation

Prendre l’enfant en confident, faire disparaître la barrière générationnelle, faire de l’enfant son parent, responsabilités trop importantes pour son âge…

–       l’incestuel

Barrières totalement absentes, la sexualité du parent est racontée, voir exposée à l’enfant

Une fois comprise l’existence de divers symptômes possibles, il faut non seulement pouvoir les détecter, mais aussi les rendre efficients afin de trouver pour l’enfant la solution la plus adapter, qui va le protéger et éventuellement mettre un terme à la maltraitance

L’enfant, consciemment ou non, envoie des signaux d’alerte. Ceux-ci doivent entraîner des conséquences sur le plan juridique, psychologique et social.
Le rôle des professionnels est défini, et est essentiel dans la protection et l’accompagnement de l’enfant et de la famille en danger.

4/ SIGNAUX D’ALERTE

a) les mots des enfants

Rappel : les enfants sont influençables
Rappel : l’enfant qui va être entendu est en situation d’anxiété

b) l’âge des enfants : un enfant ne peut pas inventer quand il est petit : il raconte ce qu’il voit, ressent, ou ce qu’on lui dit de raconter.

c) la posture de l’enfant face au parent

En rendez-vous : comment se comporte l’enfant quand il est seul, et quand il est avec son ou ses parents

d) le comportement individuel, scolaire, social

5/ CONSÉQUENCES JURIDIQUES ET SOCIALES

Chacun a le devoir, la responsabilité, de faire un signalement au parquet s’il est témoin de violences ou de comportements préoccupants. Le signalement peut être fait par un professionnel, par un membre de la famille, par un étranger à la famille témoin de violences et de maltraitances.

Avant le signalement, il est possible de faire une information préoccupante : la situation est examinée par les cellules existant dans chaque département, entre autres l’Aide Sociale à l’Enfance, avant de recourir au procureur ou au Juge des enfants. Ce peut être aussi PMI, BPM…

–       AEMO (action éducative en milieu ouvert): la mission est de conseiller et d’aider les détenteurs de l’autorité parentale afin de faire disparaître l’état de danger ou de conflit.

L’éducateur doit faire un compte-rendu régulier au Juge des enfants ; relai en cas de placement accepté par les parents : savoir présenter l’éventuel intérêt d’un placement, ce qu’il en découle, les droits des parents…

  • rôle éducatif pour supprimer les maltraitances
  • rôle psychologique pour clarifier les problèmes et suivre la famille

–      Le placement : décidé par le juge des enfants.

Différents types d’accueil possibles : à la journée, pendant un temps déterminé, en placement indéterminé
-> chez une personne privée : autre parent, membre de la famille, famille d’accueil
-> dans un établissement sanitaire ou établissement d’éducation ordinaire ou spécialisée
-> dans un service de l’ASE

RAPPEL : Ce sont des mesures provisoires. Elles peuvent à tout moment être à nouveau examinées. Un enfant peut écrire au JE pour demander à rentrer chez lui.

6/ LE ROLE DES PROFESSIONNELS

a) La mission de prévention
Tous les professionnels ont une responsabilité vis-à-vis des enfants, futurs adultes, personnes en construction et en développement, afin de les protéger et de les accompagner face à la violence psychologique et physique.
Aussi, indiquer les numéros d’écoute, les centre d’appels, les lieux où parler, les organismes et personnes à contacter, est une nécessité qui devrait faire loi.

–       Dans les écoles, les collèges et les lycées
–       Dans les crèches, et tous les centres d’accueil destinés à l’enfance (centre de loisirs, organismes de voyages et séjours scolaires…)
–       Chez les professionnels de santé

(Pour info, Sos enfants maltraités a reçu plus de 5600 appels en 2014.)

B) La mission d’information et d’accompagnement
L’accompagnement des enfants et des familles en difficulté commence par l’écoute.
Ecoute : services téléphoniques, à commencer par le 119 (loi du 10 juillet 1989, création du SNATED : Service National d’Accueil Téléphonique pour l’Enfance en Danger). Aujourd’hui le SNATED propose des forums sur Internet

Interservices parents : accueil, écoute, aide aux familles

Le professionnel a des responsabilités : Ecouter, c’est faire un effort conscient pour entendre. Il faut être à la fois disponible et faire preuve d’ouverture d’esprit.
Il faut faire preuve d’empathie, encourager la parole – particulièrement au téléphone. Attention au « mais » qui peut tout remettre en cause. La reformulation est essentielle : elle permet d’instaurer la confiance, de montrer à l’appelant qu’il este entendu, que le professionnel veut le comprendre.

Ecouter, c’est aussi observer les gestes, les attitudes, les comportements (sans se prendre pour un profiler). C’est prendre le temps. C’est enfin donner les moyens nécessaires pour permettre la parole si elle est difficile : dessins, jeux de rôle, figurines…

Il faut également rendre la parole aux parents bienveillants, les inciter à parler, à raconter la vérité, à reprendre leurs places, à donner des valeurs. Le parent bienveillant se sent souvent incapable, interdit de dire et d’agir. Or, il est autant parent que le parent maltraitant. S’il laisse dire ou faire, souvent par peur, il ne peut assumer son rôle de protecteur vis-à-vis de son ou ses enfants. Aussi, encourager ce parent à rependre son rôle et sa place est indispensable tant pour lui que pour les enfants. Ceux-ci ne se sentiront plus, ou moins, pris dans l’engrenage de la violence et du conflit de loyauté. Quant au parent, il se sentira actif dans ce combat face à un parent violent, il se sentira existant. Le combat est long, épuisant, difficile. Mais aussi épuisant qu’il soit, chaque parent bienveillant a non seulement le droit, mais le devoir d’y participer, de ne plus se laisser déposséder de ce qu’il est en tant que parent et en tant que personne.

Un petite réflexion destinée à tous les professionnels, de la santé, du droit, du social, de l’enseignement : en tant que professionnel il ne faut pas se retrancher derrière son mandat mais assumer chacun sa responsabilité tant de professionnel, que de citoyen et éventuellement de parent. Car si nous sommes contactés comme professionnels, aimerions-nous, pour ceux d’entre nous qui sommes parents, nous retrouver dans le camps des accusés à tort, et pire encore, voir nos enfants utilisés et abîmés, peut-être bien plus, par une volonté manipulatrice et destructrice ? Savoir prendre position est un risque mais aussi une nécessité. Il faut savoir prendre le temps, écouter, observer. Il faut accorder du crédit non seulement à la communication verbale, mais aussi à la non verbale. Il faut enfin comparer les discours des deux parents, et celui de l’enfant, observer les écarts.

Etre professionnel ne fait pas de nous des robots. Nous devons conserver notre part d’humanité, en apprenant par le biais entre autres de formations et de supervision à nous protéger de l’empathie qui biaise l’écoute, mais sans perdre de vue que ces situations dramatiques peuvent aussi nous arriver, à nous, à nos proches.

Pour finir, ce message de Mère Térésa : «  LA PAIX DU MONDE COMMENCE À LA MAISON »

La journée s’est poursuivie l’après-midi avec une représentation théâtrale donnée par Rozenn Bodin, « Des mots sur des maux »
Une représentation extrêmement poignante, juste, mettant en scène la souffrance des enfants, des adultes, le difficile combat procédurier, l’isolement, le morcellement, la violence physique.

VOIR UN EXTRAIT DU SPECTACLE DES MOTS SUR LES MAUX

R Bodin

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2 réflexions sur “JOURNÉE GUERRE ET PAIX DANS LES FAMILLES – RÉSUMÉ DES INTERVENTIONS

  1. Après avoir lu la partie de la conférence d’Anne-Laure Buffet, je me pose la question : qui pratique le déni parental ? Parce qu’en effet de son côté, il fait en sorte d’effacer mon existence par ses dires et en ayant stimule sa compagne à en faire de même auprès de notre fille, instaurant un climat de violence face à l’évocation que ma fille peut fait
    Ré de moi au cours de ses visites chez son père, m’empêchant d’avoir des conversations libres au téléphone lors des vacances scolaires et dirigeant les réponses en les lui soufflant dans l’oreille, Il est tellement discret que j’entends ses murmures à travers le combiné.
    Et d’autres choses encore comme des insultes que ma fille me rapporte…
    Mais moi en tant que victime de ses agissements au cours de notre vie commune, victime encore ensuite après notre séparation, ne suis je pas moi même dans le déni en ne favorisant pas les contacts de notre fille envers ce père alors qu’il ne l’appelle plus depuis longtemps. Qui laisse ma fille dire ouvertement que son père est méchant et cruel sans la contredire. Qui l’a laissé raconter ce qui se passe chez lui à chacune de ses visites chez mes amis, sans y mettre de bémol… Ou du moins, en faisant des actions de protection pour éviter à notre fille d’être trop en contact avec cet être malfaisant qu’est son père, ne suis pas moi même dans un processus de déni du père ? Comment puis-je justifier ces actions de protection devant des professionnels de justice, devant le professeur des écoles de notre fille, devant les personnes qui l’ont côtoyé au cours de notre vie commune, etc… Alors même que je n’ai pas de preuve tangible de cette malfaisance continuelle et répétitive de cet homme qui est le père de ma fille…

    • Non, vous n’êtes pas dans le déni. Vous êtes comme vous le dites dans la protection; Vous vous positionnez en tant que mère. Justifier ? Votre fille n’a aucun contact, son père n’en cherche aucun, il est dans le rejet. Aucune autre justification n’est nécessaire

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