LE SILENCE DES VICTIMES (2)

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Nouvel extrait de l’entretien entre Roland André et Anne-Laure Buffet, suite au Silence des victimes. 

RA : Les victimes ont-elles des points communs ? 

ALB : Toutes sont meurtries, abîmées, souillées. Toutes se sentent salies. Elles ont peur et cette peur se démultiplie et se divise, tout autant qu’elle s’empare, envahit les victimes, comme une mérule s’installe dans la cave de la maison pour la grignoter petit à petit. Certaines peurs sont fondées, liées à des évènements, des mots ou des gestes si agressifs qu’ils en deviennent mortifières. D’autres peurs sont des projections, des anticipations, une utilisation de la puissance de l’imagination restreinte à concevoir un nombre incalculable de plans diaboliques, machiavéliques, mis en place par la personnalité toxique pour détruire encore plus.

RA : C’est donc la peur qui domine le plus ? 

ALB : C’est en tout cas le sentiment – et le mot – le plus fréquemment utilisé. Peur de ce qui va être dit, pensé, jugé. Peur des décisions qu’une juge va prendre. Peur de ne pas être compris, de ne pas savoir dire, de trop en dire, de perdre ses moyens devant un tribunal. Peur d’entendre un discours qui viendrait conforter celui de la personnalité toxique. Peur de ne pas savoir ou de ne pas pouvoir protéger ses enfants. Peur d’avoir mal fait, de continuer à mal faire. Peur de devoir éternellement se justifier. Peur de ne pas s’en sortir.

RA : Une victime de violence psychologique sait-elle ce qu’elle vit ? 

ALB : Elle le ressent. Elle sait intuitivement que c’est un viol psychique, une entreprise de destruction. Mais elle ne sait pas le qualifier, elle n’arrive pas à le décrire, elle ne peut rien verbaliser ou formuler clairement. Car la violence détient de nombreuses armes redoutables, dont le brouillard, l’écran de fumée opaque, épaisse, intense, que crée la personnalité toxique. En perpétuel balancement entre chaud et froid, vérité et mensonge, compliments et reproches, la victime ne sait plus ce qui est réel, factuel, ou inventé exagérément pour la mettre à terre. Elle a tendance à minimiser, à s’accrocher aux bons moments, à essayer d’y croire. Il est extrêmement difficile d’admettre qu’on est l’objet d’une arnaque mortelle, qu’on s’est trompé sur l’autre, qu’on a été trompé. Que l’on n’a pas été aimé, mais utilisé. Et cette douleur se renforce quand c’est à un enfant qu’il appartient de comprendre que son parent n’est pas un « bon » parent.

RA : Vous parlez de « bon » parent. Un parent qui fait preuve d’autorité est-il un bon ou un mauvais parent ? 

ALB : Tout dépend de ce que vous entendez par « autorité ». Si c’est une autorité bienveillante, expliquée, cadrante, déterminant des règles et des limites avec l’objectif de permettre à l’enfant de s’y épanouir, de se socialiser, d’être reconnu pour ce qu’il est en tant qu’individu ; si c’est l’accompagner dans des choix sans lui forcer la main mais en indiquant les obstacles, les pièges qui peuvent se dresser ; si l’autorité consiste à rappeler la place que chacun a dans une famille, mais qu’elle ne s’appuie ni sur la critique méprisante, ni sur le dénigrement, ni sur la contrainte psychologique, ni sur la fermeté physique, l’autorité a un sens. Elle mène l’enfant à se responsabiliser, elle lui ouvre la route pour devenir adulte. Elle sait s’adapter et évoluer en fonction des âges et de la personnalité de enfants.
En revanche, si l’autorité est utilisée pour réduire à néant la personnalité de l’enfant, pour en faire une reproduction de l’adulte, des envies, des désirs et des frustrations de celui-ci, si elle oublie le respect du à chaque individu, si elle supprime la liberté de dire, ou de faire, sans raison, sans argument, par simple contrainte et volonté de soumettre, ce n’est dès lors plus de l’autorité, mais de la dictature.
L’autorité n’est pas quelque chose de négatif dans l’éducation, quand elle laisse une place , qu’elle intervient pour être cadrante ou protectrice. Mais quand elle est utilisée dans le seul intérêt de celui qui s’en sert, elle devient destructrice.

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