RÉPÉTITION DE LA VIOLENCE PAR L’ENFANT TÉMOIN OU VICTIME

POURQUOI L’ENFANT RÉPÈTE T-IL LE COMPORTEMENT VIOLENT DE SES PARENTS ?

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Un enfant victime ou témoin de la violence parentale peut développer une psychopathologie de répétition. Basiquement, on dira que « c’est inévitable ». Pourtant tous les enfants victimes ou témoins ne deviennent pas violents. D’après Winnicott, une des répercussions majeure de l’exposition de l’enfant aux violences conjugales est le sentiment « d’effondrement dans l’aire de la confiance, sui retentit sur l’organisation du moi ». L’attachement primaire n’est pas fiable, ce qui fait naître un sentiment de désespoir, d’insécurité profonde, et la crainte permanente d’un effondrement. La mère battue peut parfois apparaître comme une mère absente, car incapable d’assurer pour l’enfant sa fonction de moi auxiliaire.

Les enfants victimes ou témoins de la violence parentale, conjugale, peuvent se distancier de ces figures violentes. Une rencontre avec un adulte bienveillant aura un rôle fondamental dans le processus de résilience. La résilience se situe dans le désengagement. Il est probable que plus un enfant pourra se désengager vis-à-vis de ses parents et moins il répètera la violence subie. Cependant plus l’enfant sera exposé jeune et moins il pourra se désengager. Le mal, et la culpabilité, introjectés par l’enfant, devenant partie de lui, provoquent un processus de pensée : l’enfant se voit dès lors comme mauvais et coupable. Certains enfants vont dès lors s’identifier au parent agresseur, en devenant à leur tour agresseur du parent victime; D’autres vont entrer dans un schéma victimaire, convaincus de ne pas pouvoir échapper au fait d’être victime.

Pour d’autres enfants, le schéma familial reçu induit que la violence est la seule façon de résoudre les conflits.
Wallon indique que l’imitation est au coeur des apprentissages. C’est un acte constitutif de l’identité. L’enfant se perçoit dans la peau de l’adulte.
L’imitation est au coeur de l’empathie et du système d’attachement, l’enfant cherchant à se mettre à la place de l’adulte et à le comprendre. Elle ne peut se faire qu’avec les personnes qui exercent une profonde influence sur l’enfant : « À la racine de l’imitation, il y a amour, admiration et aussi rivalité. »

La détresse absolue, selon Ferenczi, peut activer deux mécanismes primitifs : le clivage, qui vise à maintenir une partie saine dans le moi, et la projection, permettant au sujet de ne plus ressentir l’état de chaos qui l’habite. De manière paradoxale, il pourrait y avoir identification. La victime se met alors dans la peau du bourreau pour comprendre ses intention. Ce serait alors un vecteur à la répétition traumatique.

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LA CAPACITÉ D’ÊTRE SEUL

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La capacité d’être seul est un phénomène très élaboré et de nombreux facteurs contribuent à son établissement. Elle est en relation étroite avec la maturité affective.
Le fondement de la capacité d’être seul est l’expérience vécue d’être seul en présence de quelqu’un. De cette façon, un petit enfant, dont l’organisation du moi est faible, est capable d’être seul grâce à un soutien du moi fiable.

Le type de relation qui existe entre le petit enfant et la mère – qui agit en tant que soutien du moi – mérite une étude particulière. Bien que d’autres termes aient été utilisés, je suis d’avis que l’expression « relation au moi » (ego relatedness) pourrait convenir temporairement.
Dans le cadre de la relation au moi interviennent des relations instinctuelles qui fortifient, plutôt qu’elles ne le troublent, le moi qui n’est pas encore organisé.

Graduellement, l’environnement qui sert de support au moi est introjecté et sert à l’édification de la personnalité de l’individu, si bien que se forme une capacité d’être vraiment seul. Même ainsi, théoriquement, il y a toujours quelqu’un de présent, quelqu’un qui, en fin de compte et inconsciemment, est assimilé à la mère, celle qui, durant les premiers jours et les premières semaines, s’était identifiée temporairement à son petit enfant et pour laquelle rien ne comptait d’autre, au cours de cette période, que les soins à lui apporter.

Donald W. Winnicott

CES MÈRES TROP « AIMANTES »

Les mères trop aimantes ou abusives

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Loin des débats culturels, confessionnels ou idéologiques, il n’en reste pas moins que certaines mères, et ce pour de multiples causes, sont des mères « abusives ».

À l’inverse de la « good enough mother » (voir Winnicott), la mère abusive contraint son enfant – le plus souvent son fils – à être un prolongement d’elle-même. En psychanalyse, certains parlent de l’importance phallique qu’elle possède – enfin ! – complexée par une castration naturelle.

La mère abusive est exigeante, mais elle est aussi inconsciente du caractère anormal de son amour. C’est presque toujours en toute bonne foi que la tyrannie affective maternelle entre en jeu. L’amour maternel abusif est captatif, elle ne peut comprendre ni satisfaire correctement les besoins de l’enfant. Elle agit le plus souvent à contre-temps sur le plan éducatif. Elle a tendance à interpréter comme des offenses contre elle les erreurs que l’enfant fait sans malice. Une mère normale sait qu’élever son enfant, c’est lui apprendre à se passer d’elle. C’est précisément ce que redoute et refuse la mère abusive, qui s’efforce de pérenniser chez lui le bébé qui était entièrement sous son pouvoir.[1]

On peut rapprocher par certains de leurs comportements les mères abusives des MPN. Pour autant il demeure une distinction majeure : si la mère abusive peut avoir pour désir d’assouvir sa propre satisfaction au travers de son enfant sans tenir compte de l’identité propre à celui-ci, et de ses besoins naturels, elle peut l’être aussi par anxiété, perfectionnisme, culpabilité, avec l’unique désir d’être vue comme une mère parfaite. Mais la perfection n’est pas de ce monde…[2]


[1] Voir à ce sujet : Marie-Noël Tardy-Ganry et Thérèse Durandeau, Les troubles de la personnalité chez l’adolescent. Comment réagir en tant que parent ?

[2] Ainsi certaines mères (mais c’est également vrai pour certains pères) tireront une gloire très personnelle des résultats et progressions de leurs enfants. Le moindre échec, la première difficulté, devient leur échec, leur difficulté, et ils n’auront de cesse de le taire, et de chercher le moyen pour y pallier, en oubliant alors l’intérêt propre de leur enfant.

©Anne-Laure Buffet