VOTRE REPUTATION EN APPLICATION(S)

Extrait du nouvel article paru sur le site Anne-Laure Buffet Accompagnements & Formations

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Tout commence entre Truman Show et Bienvenue à Gattaca. C’est beau, c’est propre, c’est frais, c’est pastel, c’est souriant, c’est chamallow et bubble gum. Et même si je trouve aux personnages croisés dès les deux premières minutes un comportement allant du niais au parfaitement ridicule (hormis un…), je regarde puisque je suis docile et qu’on m’a dit de regarder. L’héroïne de l’épisode, Lacie, vit dans un monde merveilleux. Pas de bruit, pas de cris, pas de dénigrement (…), pas de mauvais jugement (…), on s’aime, on s’apprécie, et on se le dit.

Non.
On se l’écrit.
Non non non.

On se note. On s’étoile. On se tient bien parce que si on ne le fait pas, on chute. Cette version policée du monde est aussi privative de liberté qu’angoissante pour l’authenticité de chacun.

Et ce n’est pas le Meilleur des mondes. Ce n’est pas un monde parfait. C’est  un monde, une société qui petit à petit vous dépersonnalise, vous oblige à vous conformer tel qu’il faut être et être vu(e) pour pouvoir y vivre. Sinon, vous êtes grillé. Désétoilé. Vous chutez. Vous n’êtes plus rien.

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©Anne-Laure Buffet

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CES MÈRES QUI MALTRAITENT LEUR ENFANT (2)

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Il y a dix ans paraissait sous la plume de Sarah Blaffer Hrdy, anthropologue, 600 pages intitulées « les Instincts maternels »(Payot). Parce qu’on doit à la France, à travers les thèses de Simone de Beauvoir et Elisabeth Badinter, l’hypothèse de la « mère socialement construite », la chercheuse démolit cette doctrine, en répliquant que chez tous les primates, l’investissement maternel émerge à la suite d’une sorte de réaction en chaine, « interactions complexes entre gènes, tissus, glandes, expériences passées et signes de l’environnement. Les comportements complexes comme le maternage ne sont jamais totalement prédéterminés génétiquement ni produits par le seul environnement.» Les travaux de Sarah Hrdy n’opposent pas inné et acquis, nature et culture. Ils montrent que l’instinct maternel n’est pas une pulsion sommaire indestructible, mais qu’il se met en place si l’environnement n’est pas défavorable.

Et pourtant…

Et pourtant, chaque jour, je reçois des appels d’hommes, de femmes, d’adolescents en souffrance. Qui ne comprennent pas pourquoi, ou qui ne comprennent que trop.
« Ma mère ne m’aime pas ».

Un constat des plus terribles et des plus douloureux. Car il touche ce qu’il y a d’essentiel dans la construction de l’enfant, puis de l’adulte : le fait d’assouvir un besoin primaire, celui d’être reconnu, désiré et aimé.
Ces mères qui n’aiment pas ou ne savent pas aimer sont bien plus nombreuses que la société bien pensante veut l’admettre. Encore aujourd’hui il est de bon ton de reconnaître, de comprendre et parfois même d’excuser un père trop « sévère », un père « abandonnique », un père qui fuit sa famille, ses enfants et ses responsabilités. « Mais une mère, elle, ne le ferait pas. »
Une mère ne le ferait pas, et encore moins une maman.

Deux notions distinctes, mère/maman, deux notions qu’il faut pour autant prendre en considération et auxquelles il est essentiel de donner la même importance.
Et c’est souvent sur ces deux notions que je reviens en consultation.
La maman, celle qui soigne, dorlote, nourrit, console, câline et protège.
La mère, celle qui éduque, contrôle, donne un cadre, pose des limites, assure la confiance et la reconnaissance, et permet de développer une conscience familiale et sociale.

Parfois l’on se sent plus mère que maman, ou plus maman que mère. Parfois, l’on reconnaît en celle qui nous a mis au monde un côté plus maman, ou plus mère.
Parfois, on ne reconnaît rien de cela, si ce n’est d’avoir vécu de la maltraitance, du dénigrement, du rejet, de la violence.
Quand Hervé Bazin écrit Vipère au Poing, quand Jules Renard rédige Poil de Carotte, quand Melanie Klein étudie les conséquences sur l’enfant du comportement de la « mauvaise mère », ou encore quand Terri Apter consacre un essai aux « Mères toxiques« , ce ne peut que tendre à montrer qu’une mère n’est pas toujours une bonne mère. (Et ne sont cités ici que quelques auteurs, la liste des ouvrages pourrait être bien plus longue).

« Tu veux ma mort… Tu es ma pire ennemie… »
À l’approche de la cinquantaine, xxx m’interroge : « Qu’ais-je fait pour que ma mère me parle comme ça ? »
Rien.
Tout.
Vous êtes venue au monde. Vous êtes le miroir de SES échecs. De SES erreurs et de SES freins. Elle vous déteste car elle s’est elle-même empêchée d’être. Mais pour pouvoir supporter sa propre vie, elle a rejeté sa colère et sa rancoeur sur vous. Et vous en subissez chaque jour les conséquences, cherchant depuis votre naissance à comprendre comment plaire à cette mère qui ne vous donne aucun amour.

« Tu peux te casser à 10.000 kilomètres, je m’en fous… »
xxx a 15 ans. Elle se scarifie. Elle est anorexique. Elle est traitée pour dépression. Elle ne vit plus avec sa mère. Pourtant, elle la guette, elle la quête, elle cherche constamment comment lui plaire. Elle ne peut pas se résoudre à dire quoi que ce soit qui serait entendu comme « contre » sa mère.
Parce qu’il n’est pas normal qu’une mère n’aime pas son enfant…

« Elle me prenait contre elle quand il y avait du monde à la maison, elle m’obligeait à appuyer ma tête contre épaule, et elle me faisait des sourires et exigeait que je l’embrasse. Mais sans qu’on le voit, elle me pinçait le bras jusqu’au sang. Si je n’avais pas été comme elle voulait, elle me privait de dîner, le soir ; elle me laissait seule dans ma chambre, dans le noir, et je l’entendais rire avec mes frères. »
xxx a 37 ans. Elle n’a eu aucune relation amoureuse, aucune histoire, avec personne. Elle pense ne pas y avoir droit. Elle ne sait pas ce que c’est que l’amour. Elle n’en a pas reçu. Elle redoute de faire mal, à son tour.

« Elle est morte il y a deux ans. C’était ma soeur. Elle avait 21 ans. Ma mère ne lui a jamais parlé ; elle la sifflait. Quand papa a quitté la maison, elle lui a dit : Tiens, prends ton chien, en donnant un coup de pied à ma soeur. »
xxx n’a jamais été maltraité par sa mère. Il sait qu’il était le fils aimé, prodigue. Qu’il avait droit à tout, pouvait tout. Sa soeur n’était rien pour leur mère, si ce n’est l’objet du scandale (née avant le mariage) et l’obstacle à une vie plus légère (la mère avait été contrainte d’épouser celui dont elle attendait un enfant).

« J’ai eu un enfant, tard, à 38 ans. Avant, je n’en voulais pas. Je ne voulais pas être comme ma génitrice. Je ne voulais pas risquer de blesser, de frapper, de détruire. J’ai eu une fille. Et je ne sais pas si je fais bien avec elle. J’ai tellement peur… »
xxx se méfie d’elle-même, de chacun de ses mots, de ses gestes, avec son enfant. Elle grandit avec sa fille. Elle apprend à sourire, à donner, à aimer. Elle s’émerveille. À 40 ans, elle découvre la vie, l’amour, ce qu’est d’être maman, ce qu’est d’être enfant.

Non, toutes les mères ne sont pas bonnes. Toutes les mères ne sont pas bienveillantes. Toutes les mères n’aiment pas. Certaines frappent, humilient, rejettent, dénigrent, critiquent. Privent leur enfant de ce qui est essentiel.
Et s’il est parfois possible de comprendre pourquoi elles sont ainsi, si certains enfants, devenus adultes, peuvent finir par accepter, c’est avant tout aux enfants qu’il faut penser, pour les protéger,  et les aider à se reconstruire, plutôt que de chercher à excuser leurs mères, à tout prix.

Let me tell you why you’re here. You’re here because you know something. What you know you can’t explain, but you feel it. You’ve felt it your entire life, that there’s something wrong with the world. You don’t know what it is, but its there, like a splinter in your mind, driving you mad.

Morpheus ~ The Matrix

Un témoignage, en anglais, à lire :
« Her narcissism helps her survive. If it were to be destroyed by my version of events, it would undermine her self-esteem, her very sense of self and the context of her existence. She would also go mad. As it is, she can continue to believe that she was the perfect mother and all the issues are on my side. She’s over 70 now and I think it’s best. But I’m not doing it for her. I don’t do that anymore. I’m doing it for me. Because the day I called it quits, was the day I started to live the life I wanted instead of trying and always failing, to be the daughter she wanted. It’s the day I realised that I was safer living without the love of my mother and better off loving myself. »
Louisa Leontadies

Et toujours en anglais, deux livres à découvrir :

 

 

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©Anne-Laure Buffet
annelaurebuffet@gmail.com

LE MYTHE DE NARCISSE

Narcisse©Sylvain Fuchs

Le narcisse a un caractère ambivalent, ce que l’on remarque aussi bien à travers le personnage que la fleur mythiques. C’est une plante associée aux cultes infernaux : on plante le narcisse sur les tombes pour symboliser l’engourdissement de la mort, on l’offre aux Furies pour paralyser le criminel… mais le narcisse est aussi lié au printemps par sa renaissance, aux rythmes des saisons, à la fécondité. De plus, le porteur de narkê n’a pas qu’un aspect négatif, car ses propriétés sont connues et utilisées sous forme d’huile ou de pommades contre les douleurs dans l’antiquité.

On définit le narcissisme comme une trop grande admiration de soi. Or, dans le mythe, Narcisse ignore qu’il s’agit de lui-même. Pour surmonter cette contradiction, il faut passer par l’explication rationnelle du mythe que présente Pausanias. Narcisse aurait eu une sœur jumelle qu’il aimait beaucoup et dont la disparition lui aurait causé une grande douleur. Un jour, il se vit dans une source et crut apercevoir sa sœur, ce qui le réconforta un peu. Bien qu’il sût que ce n’était pas elle, il prit l’habitude de se regarder dans les sources pour se consoler. De là naquit le « narcissisme ».

La mythologie

Narcisse est un jeune chasseur de la mythologie grecque, doué d’une grande beauté. Dans Les Métamorphoses d’Ovide, il est le fils du dieu-fleuve Céphise et de la nymphe Liriopé. À sa naissance, sa mère apprit de Tirésias qu’il vivrait longtemps, pourvu qu’il ne vît jamais son propre visage. Cependant, arrivé à l’âge adulte, il s’attira la colère des dieux en repoussant l’amour de la nymphe Écho. Poussé par la soif, Narcisse surprit son reflet dans l’eau d’une source et en tomba amoureux ; il se laissa mourir de langueur. La fleur qui poussa sur le lieu de sa mort porte son nom. Selon une autre version rapportée par Pausanias,

Il ne faut pas négliger la version de de Pausanias (postérieure aux Métamorphoses d’Ovide) : Narcisse aurait eu une sœoeur jumelle qui mourut dans son adolescence. C’est pour se consoler de la mort de sa sœur, qu’il adorait et qui était faite exactement à son image, que Narcisse passait son temps à se contempler dans l’eau de la source, son propre visage lui rappelant les traits de sa sœur.
La narcisse, une fleur découlant directement du mythe du jeune chasseur, est le symbole de l’égoïsme et de l’amour de soi. On définit le narcissisme comme une trop grande admiration de soi. Or dans le mythe, selon Pausanias, Narcisse ignore qu’il s’agit de lui-même.

Dans le mythe moderne, Narcisse est puni parce qu’il est amoureux de lui. Sa punition est la mort : on le dit noyé de s’être trop penché sur son image. D’avoir cherché dans le reflet ce qui ferait miroir à cette image. 

Le miroir occupe donc une position stratégique parmi les moyens de se connaître, de s’objectiver, de se regarder comme objet. Il permet de poser, en face de soi-même, un autre soi-même et de se regarder dedans. Je me connais alors en me projetant comme un autre. Mais quel piège! Il y a là deux personnes face à face. Sont-elles vraies?
« Dans cet affrontement avec le miroir, il y a à la fois dualité, dédoublement et unité, identité. C’est le même qui est deux » (Jean-Pierre Vernant), du moins dans la ressemblance extérieure.

 

Dans Ovide comme dans Conon, Narcisse est puni de s’être refusé et d’avoir fait souffrir ses prétendantes et particulièrement Echo. Il est amoureux de son image, mais cela est la punition.

Enfin, il est à lire cette version d’Oscar Wilde :
Oscar Wilde conte que le lac d’eau douce où Narcisse se noya est devenu, après sa mort, une urne de larmes amères. Les divinités de la forêt interrogèrent alors le lac qui avoua :

« Je pleure pour Narcisse, mais je ne m’étais jamais aperçu que Narcisse était beau. Je pleure pour Narcisse parce que, chaque fois qu’il se penchait sur mes rives, je pouvais voir, au fond de ses yeux, le reflet de ma propre beauté. »
Ainsi ce lac est-il lui-même narcissique!

C’est Freud qui a appelé narcissisme l’amour du sujet pour sa propre personne.

« Dans le complexe d’Oedipe, la libido s’avérait liée à la représentation des personnes parentales. Mais il y avait eu auparavant une époque où tous ces objets étaient absents. Il en résultait la conception, fondamentale pour une théorie de la libido, d’un état où celle-ci emplit le Moi propre, où elle a pris celui-ci même comme objet … on pouvait appeler cet état « narcissisme » ou amour de soi. Il suffisait de réfléchir encore pour s’apercevoir qu’il ne cessait à vrai dire jamais tout à fait; pendant tout le temps de la vie le Moi reste le grand réservoir libidinal à partir duquel sont émis les investissements d’objet et vers lequel la libido peut refluer à partir des objets. La libido narcissique se transforme donc en permanence en libido d’objet, et vice-versa. »

Deux conceptions fondamentales du narcissisme s’opposent parmi les psychanalystes, suivant que l’objet est perçu ou non dès la naissance. Si l’on accepte la théorie du narcissisme primaire, le Moi n’est à l’origine pas différencié de l’objet, il s’agit d’un état naturel dont l’individu se dégage progressivement au cours de son développement infantile. C’est la position de Freud ainsi que d’Anna Freud, de Mahler entre autres. Pour eux, à partir du moment où l’enfant se mettrait à percevoir la différence moi-objet, il émergerait par étapes successives d’un état de narcissisme primaire.

Par contre, pour les analystes qui suivent Klein, le Moi et l’objet sont perçus dès la naissance, et la base de narcissisme primaire n’existerait pas. Cependant, la confusion moi-objet n’est pas absente des conceptions kleiniennes et la notion de narcissisme réapparaît avec l’introduction du concept d’identification projective. Ce concept permet d’inclure à la fois une relation d’objet (puisque le sujet a besoin d’un objet pour projeter) et une confusion d’identité entre sujet et objet.
Par la suite, des psychanalystes postkleiniens ont développé les conséquences de l’implication de l’identification projective et de l’envie dans les structures narcissiques. Ainsi, par des voies différentes de celles empruntées par les analystes qui soutiennent l’existence du narcissisme primaire, ils concluent à leur tour à l’importance des phénomènes narcissiques dans les relations d’objets.