16 AVRIL 2015 – SOIRÉE NARCISSISME, RAGE & CRIMINALITÉ

Avec Michel FERRACCI-PORRI, écrivain et spécialiste des affaires criminelles hors norme et de la rage narcissique, et Anne-Laure BUFFET, présidente de l’association CVP – Contre la Violence Psychologique et chercheuse en victimologie et personnalités toxiques.

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Les places étant comptées, et afin d’organiser au mieux le buffet qui ponctue la soirée, MERCI DE NOUS RÉPONDRE AU PLUS VITE.

Renseignements : coqalane@wanadoo.fr ou facebook (Eric Poindron) ou 06 33 09 70 03 , ou annelaurebuffet@gmail.com

Et, pour découvrir Michel Ferracci-Pourri, écouter le podcast de l’émission « L’heure du crime », du 1er avril 2015.

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LE MYTHE DE NARCISSE

Narcisse©Sylvain Fuchs

Le narcisse a un caractère ambivalent, ce que l’on remarque aussi bien à travers le personnage que la fleur mythiques. C’est une plante associée aux cultes infernaux : on plante le narcisse sur les tombes pour symboliser l’engourdissement de la mort, on l’offre aux Furies pour paralyser le criminel… mais le narcisse est aussi lié au printemps par sa renaissance, aux rythmes des saisons, à la fécondité. De plus, le porteur de narkê n’a pas qu’un aspect négatif, car ses propriétés sont connues et utilisées sous forme d’huile ou de pommades contre les douleurs dans l’antiquité.

On définit le narcissisme comme une trop grande admiration de soi. Or, dans le mythe, Narcisse ignore qu’il s’agit de lui-même. Pour surmonter cette contradiction, il faut passer par l’explication rationnelle du mythe que présente Pausanias. Narcisse aurait eu une sœur jumelle qu’il aimait beaucoup et dont la disparition lui aurait causé une grande douleur. Un jour, il se vit dans une source et crut apercevoir sa sœur, ce qui le réconforta un peu. Bien qu’il sût que ce n’était pas elle, il prit l’habitude de se regarder dans les sources pour se consoler. De là naquit le « narcissisme ».

La mythologie

Narcisse est un jeune chasseur de la mythologie grecque, doué d’une grande beauté. Dans Les Métamorphoses d’Ovide, il est le fils du dieu-fleuve Céphise et de la nymphe Liriopé. À sa naissance, sa mère apprit de Tirésias qu’il vivrait longtemps, pourvu qu’il ne vît jamais son propre visage. Cependant, arrivé à l’âge adulte, il s’attira la colère des dieux en repoussant l’amour de la nymphe Écho. Poussé par la soif, Narcisse surprit son reflet dans l’eau d’une source et en tomba amoureux ; il se laissa mourir de langueur. La fleur qui poussa sur le lieu de sa mort porte son nom. Selon une autre version rapportée par Pausanias,

Il ne faut pas négliger la version de de Pausanias (postérieure aux Métamorphoses d’Ovide) : Narcisse aurait eu une sœoeur jumelle qui mourut dans son adolescence. C’est pour se consoler de la mort de sa sœur, qu’il adorait et qui était faite exactement à son image, que Narcisse passait son temps à se contempler dans l’eau de la source, son propre visage lui rappelant les traits de sa sœur.
La narcisse, une fleur découlant directement du mythe du jeune chasseur, est le symbole de l’égoïsme et de l’amour de soi. On définit le narcissisme comme une trop grande admiration de soi. Or dans le mythe, selon Pausanias, Narcisse ignore qu’il s’agit de lui-même.

Dans le mythe moderne, Narcisse est puni parce qu’il est amoureux de lui. Sa punition est la mort : on le dit noyé de s’être trop penché sur son image. D’avoir cherché dans le reflet ce qui ferait miroir à cette image. 

Le miroir occupe donc une position stratégique parmi les moyens de se connaître, de s’objectiver, de se regarder comme objet. Il permet de poser, en face de soi-même, un autre soi-même et de se regarder dedans. Je me connais alors en me projetant comme un autre. Mais quel piège! Il y a là deux personnes face à face. Sont-elles vraies?
« Dans cet affrontement avec le miroir, il y a à la fois dualité, dédoublement et unité, identité. C’est le même qui est deux » (Jean-Pierre Vernant), du moins dans la ressemblance extérieure.

 

Dans Ovide comme dans Conon, Narcisse est puni de s’être refusé et d’avoir fait souffrir ses prétendantes et particulièrement Echo. Il est amoureux de son image, mais cela est la punition.

Enfin, il est à lire cette version d’Oscar Wilde :
Oscar Wilde conte que le lac d’eau douce où Narcisse se noya est devenu, après sa mort, une urne de larmes amères. Les divinités de la forêt interrogèrent alors le lac qui avoua :

« Je pleure pour Narcisse, mais je ne m’étais jamais aperçu que Narcisse était beau. Je pleure pour Narcisse parce que, chaque fois qu’il se penchait sur mes rives, je pouvais voir, au fond de ses yeux, le reflet de ma propre beauté. »
Ainsi ce lac est-il lui-même narcissique!

C’est Freud qui a appelé narcissisme l’amour du sujet pour sa propre personne.

« Dans le complexe d’Oedipe, la libido s’avérait liée à la représentation des personnes parentales. Mais il y avait eu auparavant une époque où tous ces objets étaient absents. Il en résultait la conception, fondamentale pour une théorie de la libido, d’un état où celle-ci emplit le Moi propre, où elle a pris celui-ci même comme objet … on pouvait appeler cet état « narcissisme » ou amour de soi. Il suffisait de réfléchir encore pour s’apercevoir qu’il ne cessait à vrai dire jamais tout à fait; pendant tout le temps de la vie le Moi reste le grand réservoir libidinal à partir duquel sont émis les investissements d’objet et vers lequel la libido peut refluer à partir des objets. La libido narcissique se transforme donc en permanence en libido d’objet, et vice-versa. »

Deux conceptions fondamentales du narcissisme s’opposent parmi les psychanalystes, suivant que l’objet est perçu ou non dès la naissance. Si l’on accepte la théorie du narcissisme primaire, le Moi n’est à l’origine pas différencié de l’objet, il s’agit d’un état naturel dont l’individu se dégage progressivement au cours de son développement infantile. C’est la position de Freud ainsi que d’Anna Freud, de Mahler entre autres. Pour eux, à partir du moment où l’enfant se mettrait à percevoir la différence moi-objet, il émergerait par étapes successives d’un état de narcissisme primaire.

Par contre, pour les analystes qui suivent Klein, le Moi et l’objet sont perçus dès la naissance, et la base de narcissisme primaire n’existerait pas. Cependant, la confusion moi-objet n’est pas absente des conceptions kleiniennes et la notion de narcissisme réapparaît avec l’introduction du concept d’identification projective. Ce concept permet d’inclure à la fois une relation d’objet (puisque le sujet a besoin d’un objet pour projeter) et une confusion d’identité entre sujet et objet.
Par la suite, des psychanalystes postkleiniens ont développé les conséquences de l’implication de l’identification projective et de l’envie dans les structures narcissiques. Ainsi, par des voies différentes de celles empruntées par les analystes qui soutiennent l’existence du narcissisme primaire, ils concluent à leur tour à l’importance des phénomènes narcissiques dans les relations d’objets.

LA PERVERSION – CARACTÉRISTIQUES

 

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La perversion, au sens propre du terme, se manifeste par la volonté de jouir sans limite et d’utiliser l’autre selon son bon plaisir. Son « ambition » est de détourner le bien pour l’entraîner vers le mal. Ses symptômes caractéristiques sont :

– l’absence totale d’empathie (il ne se soucie pas des sentiments ou de la souffrance de l’autre) ;

– la tendance au passage à l’acte et à la transgression (il met un point d’honneur à obtenir immédiatement le statut social, l’être humain ou l’objet convoité).

L’instrument majeur du pervers est le langage, dont il se sert comme d’un fouet. Tel un dompteur il le manie en virtuose pour persuader, tromper, railler, humilier, si bien d’ailleurs que ses victimes restent sans voix, car, avec lui, impossible de dialoguer.

 

D’où vient la perversion ?

 

Pour comprendre la perversion, il convient de se référer au fonctionnement psychique d’un enfant d’environ 3 ans. Comme lui, le pervers ne tolère pas la frustration, s’arrange pour nier les réalités dérangeantes, se croit tout permis et s’imagine plus important qu’il ne l’est. Il fera des caprices, il va bouder, il va croiser les bras en fronçant les sourcils, il va vous lancer des « non » péremptoires. Vous êtes, bête, idiot, laid, sans qualité, comme un enfant dit à sa mère qu’elle n’est pas belle ou qu’il ne l’aime plus. Il faut se conformer  à ses attentes. S’il maltraite, il ne cherche pas forcément à détruire : il joue comme un enfant avec ses jouets, cassant pour le besoin du jeu ou pour se venger quand le jeu ne lui plait plus.

Il ne se sent jamais coupable. Rationnellement, il sait que faire souffrir les autres est interdit : il n’est pas fou. Mais pas question de se plier à la loi commune, la seule qui vaut est celle de son désir. Et quand il s’agit d’apprivoiser une proie, il sait se travestir en personnage attentif, généreux, attentionné. Il avance comme un caméléon pour s’adapter à sa victime et l’attirer dans ses filets.
Finalement, le pervers peut être comparé à un enfant tyrannique et dépendant : quand la proie décide de partir, il perd ses moyens, tombe malade, se plaint d’être incompris. Comme un enfant lorsque ses parents sortent le soir, il va réagir par l’agressivité, la colère et les pleurs, tout en redoutant le complet abandon. Au fond, il se déteste, assure Dominique Barbier. Enfant, il a subi un traumatisme initial : « Quelque chose en lui s’est cassé, stoppant ainsi un processus qui aurait dû être plus harmonieux. La relation à l’autre a été entravée trop tôt pour se construire. » Ce n’est pas qu’il soit incapable de déchiffrer les émotions d’autrui. Il s’en moque. Mais, dans la cruauté infligée à l’autre, se tient un message implicite : le monde est pourri, sale, de même que ceux qui le peuplent.

 

Comment les pervers piègent-ils ?

 

Les pervers ne sont pas de grands angoissés. Ils consultent rarement, sauf par calcul ou pour avoir la paix.
Le second rendez-vous n’a généralement pas lieu. Sauf si l’individu a décidé de s’amuser avec le psy. C’est surtout l’entourage que les thérapeutes rencontrent, car les pervers ont l’art de percuter l’intimité la plus secrète. Leur stratégie consiste à s’emparer de l’espace mental : la proie se met alors à douter des paroles entendues, des scènes vécues ; elle est en pleine confusion. Étymologiquement, pervertir, du latin perverto, signifie « renverser, ruiner, anéantir ». Les pervers anéantissent les pulsions de vie, les capacités à s’estimer. Ils réussissent à rendre honteux de soi-mêmes. Cela, grâce à leur génie pour mettre le doigt sur les zones de failles : le sentiment indélébile d’être une méchante fille ou un mauvais garçon, de ne pas être aimable, d’être inutile.