30 CARACTÉRISTIQUES DU MANIPULATEUR DÉCRYPTÉES

SS14012

SS14012

En 1997, Isabelle Nazare Aga établit une liste de 30 caractéristiques permettant de repérer un manipulateur, homme, ou femme.
Cette liste a permis à bon ombre de personnes de comprendre une situation personnelle, d’essayer d’y faire face, de se déculpabiliser.
Depuis, 20 ans ont passé. Ces caractéristiques sont toujours aussi valables. Mais aujourd’hui, elles sont utilisées, disséminées un peu partout sur Internet, sans prise de recul, sans analyse. A la moindre friction dans un couple, ou dans n’importe quel type de relation, il est devenu courant d’y recourir, ou de proposer de les lire, afin de se demander si – oui ou non – nous avons affaire à un manipulateur. Ce qui entraîne des excès, des abus d’interprétation. Ce qui nuit à l’approche objective du travail d’Isabelle Nazare Aga, à la prise de distance qu’elle propose. Au-delà de cette liste, il faudrait une question, à laquelle seul le lecteur peut répondre : Suis-je en danger ?
Et pour aller plus loin : Suis-je une victime ? Mon comportement est-il celui d’une victime de manipulateur ?

Afin de mieux comprendre ces 30 caractéristiques, et les conséquences de chaque caractéristique sur les victimes, je vous en propose un petit décryptage.

Et avant tout, une mise en garde : Chacun peut, exceptionnellement, se comporter ainsi. C’est la répétition – la presque quotidienneté – qui fait de tel ou tel comportement un comportement manipulateur. C’est également le refus d’admettre l’existence de ces comportements qui les rend manipulateurs. Une personnalité bienveillante acceptera d’entendre qu’elle a mal agi, ou admettra qu’elle avait un objectif précis à un moment précis, mais que le comportement auquel il est fait référence ne fait pas partie de ses valeurs et de ses principes.

Enfin, on dit « le manipulateur », ce qui ne veut pas dire qu’il est forcément un homme. Le manipulateur est un homme, une femme, un individu dénué de toute reconnaissance de l’autre et ne servant qu’une seule personne : lui-même.

1 Il culpabilise les autres au nom du lien familial, de l’amitié, de l’amour, de la conscience professionnelle.

Il culpabilise, oui. Mais les mots utilisés ne sont pas forcément entendus comme culpabilisants. Les injonctions peuvent être dissimulées sous de faux compliments. Ex : « Tu es tellement jolie, tu mérites bien mieux et notre famille aussi qu’untel ou untel… »

Conséquence : la victime place ces notions avant tout, cherchant à ne les trahir en rien, et jamais. Elle s’observe, s’analyse et se critique en permanence, se sentant tenue par un devoir de loyauté considérable et devant être sans faille. Le moindre mot, le moindre geste qui n’irait pas dans le sens d’une de ces notions seraient alors vécus comme une trahison. Et la culpabilité ressentie serait d’autant plus forte.

2 Il reporte sa responsabilité sur les autres, ou se démet des siennes.

Il le fait en ayant toujours une bonne raison, un bon argument, qu’il semble impossible de contredire. Et ce bon argument, cette bonne raison vont, de plus, prendre appui sur une réalité objective non réfutable.

Ex : « Je t’ai laissé régler les questions concernant les enfants, puisque tu as fait le choix de ne pas travailler pour t’en occuper. Je pensais, en toute sincérité et en toute confiance, que si tu avais un souci tu m’en parlerais. Je n’y suis pour rien si tu préfères te taire. »

Conséquence : la victime va constamment chercher à savoir si elle fait bien, si elle pense bien, si elle comprend bien, si elle agit bien. Elle se croit tenue de « gérer » le quotidien, de régler toutes les difficultés. Elle est obligée, c’est-à-dire dans l’obligation de faire et de comprendre, sans jamais se tromper, sans aucun manquement possible. Son mode de pensée peut être résumer ainsi : « Si il m’a été confié telle mission, telle responsabilité, c’est que j’en ai la capacité ? Si je n’y arrive pas, c’est que je ne suis pas à la hauteur ou que j’ai fait croire quelque chose de faux. Je suis donc menteur, vantard, et incapable. C’est ma faute »

3 Il ne communique pas clairement ses demandes, ses besoins, ses sentiments et opinions.

Il ne le fait pas, car il n’en a pas, si ce n’est de surpasser tout et tous, et de détruire ce qui pourrait lui faire de l’ombre. Cependant il sait que cette absence est a-normale. Aussi, il invite, imite, et laisse son interlocuteur dans l’embarras et le flou.

Ex : « J’aimerai beaucoup partir enfin en vacances ». Oui, mais où ? Quand ? Comment ? Avec qui ? A l’interlocuteur de deviner et d’anticiper. Et s’il ne le fait pas, le couperet va tomber… car, par amour ou amitié pour le manipulateur, il devrait savoir, sans qu’il soit besoin de lui dire.

A noter, le « enfin », qui est prononcé sur un ton de reproche, comme si l’interlocuteur – la victime – empêchait les vacances ou ne savait pas s’en charger.

Conséquence : la victime va constamment se demander ce qui pourrait satisfaire le manipulateur. Elle ne va avoir de cesse de proposer, d’organiser, de prévoir, y consacrant un temps infini, concentrant ses pensées uniquement sur ce qu’elle imagine faire plaisir au manipulateur. Bien sûr, elle ne peut y arriver, le manipulateur prenant un malin plaisir à changer de goût, d’avis, d’opinion, pour ne jamais être contenté. Pour ne jamais avoir à dire merci. Pour conserver le contrôle de la pensée de sa victime. Pour l’empêcher de penser à quoi que ce soit ou qui que ce soit d’autre.

4 Il répond très souvent de façon floue.

La clarté et l’évidence sont dangereuses pour le manipulateur car non négociables. Un « oui » ou un « non » fermes ne laisse aucune porte de sortie, aucune liberté de manœuvre au manipulateur. Aussi, il va répondre par des formules à la fois alambiquées et mystérieuses, laissant planer l’incertitude.

Ex : « Je verrai plus tard » (mais le « plus tard » est indéfini), « Pourquoi me poser cette question, tu connais la réponse » (et l’interlocuteur se voit contraint de se taire, fouillant chaque centimètre de son cerveau en espérant trouver cette réponse qui est censée s’y trouver – et ne la trouvant pas, se sent de plus en plus bête)

Conséquence : la victime attend. C’est d’ailleurs part commune chez les victimes : elles attendent. Elles attendent un geste, un mot, un compliment, une critique, un encouragement. Elles attendent et finissent par ne plus rien faire, ne sachant que faire. Et lorsqu’à force d’attendre, elles ne font vraiment plus rien, se sentant inutiles, sans envie et sans projet, elles se le font reprocher, de plus en plus vertement.

5 Il change ses opinions, ses comportements, ses sentiments selon les personnes ou les situations.

Non seulement il est caméléon, et s’adapte en fonction du profit à tirer de son ou ses interlocuteurs, mais n’ayant aucun sentiment, il va servir à celui ou celle qui l’écoute ce qu’il devine être le plus profitable, à l’instant. Ainsi, dans la même journée, il sera athée puis pratiquant, plutôt de gauche, ou plutôt de droite, plutôt réservé ou plutôt prolixe. Et jamais il ne posera de manière tranchée une opinion, ce qui lui permet ces volte-faces constants, qu’il ne remet pas en cause, mais dont il se sert pour expliquer à sa victime qu’elle « ne comprend rien et n’a le sens ni de la mesure, ni de la nuance. »

Conséquence : la victime ne sait plus quoi penser. Elle ne sait plus si elle a vraiment entendue, vraiment compris, et mieux encore, si elle sait aimer vraiment celui sur lequel elle semble se tromper, encore, puisqu’elle n’a pas compris, pas saisi ses vrais sentiments.

6 Il invoque des raisons logiques pour déguiser ses demandes.

Comme il est gentil, le manipulateur, à ne vouloir n’y s’imposer, ni obliger, ni gêner son interlocuteur ! C’est souvent ainsi qu’il explique pourquoi il ne demande pas clairement ce qu’il souhaite ou désire. Mieux encore, il ira jusqu’à dire qu’il laisse ainsi son libre-arbitre, sa faculté de penser à son interlocuteur. Certes. A condition de penser comme lui, de vouloir comme lui, de faire comme lui.

Le terme « demande » devrait d’ailleurs être remplacé ici par « ordre ». Car une demande qui n’est pas assouvie ne devrait pas entraîner de conflit. Un ordre non respecté crée une tension. Ce que le manipulateur appelle demande n’est rien de moins qu’une injonction – et c’est ainsi que les victimes l’entendent, mais déguisée par des formules de politesse, par de l’obséquiosité, par de la flatterie, qui endorment la vigilance et la capacité de refus des victimes.

Conséquence : la victime se remet en cause. Il lui est laissé le choix de décider ; si elle se trompe, c’est qu’elle ne sait pas faire, n’est pas à la hauteur, n’a pas de goût, pas d’idée, pas d’imagination.

7 Il fait croire aux autres qu’ils doivent être parfaits, qu’ils ne doivent jamais changer d’avis, qu’ils doivent tout savoir et répondre immédiatement aux demandes et questions.

Et pour mieux le laisser croire, il va d’abord séduire et flatter. Puis, lentement, remettre en cause. Enfin, il critiquera, reprochera, et détruira.

Conséquence : la victime devient ultra perfectionniste sans savoir définir ce qu’est la perfection. Elle va s’épuiser, aller au bout de ses forces physiques et intellectuelles, se critiquer avant même d’avoir entrepris la moindre action, déjà convaincue de ne pas pouvoir y arriver, et mieux encore de ne pas pouvoir satisfaire les attentes, et enfin de décevoir celui qui lui fait tellement confiance…

8 Il met en doute les qualités, la compétence, la personnalité des autres : il critique sans en avoir l’air, dévalorise et juge.

Ainsi, il tient à l’écart, sème le doute, se met en valeur et en avant, et isole la victime. Le manipulateur n’admet que la lumière, la puissance et la gloire. Tout ce qui peut être un obstacle ou un frein doit être éliminé.

Ex : « Ce dossier est pas mal. Mais le travail n’a pas été confié à la bonne personne. C’est dommage, une fois de plus elle ne se montre pas à la hauteur, alors qu’elle pouvait saisir sa chance. »

Conséquence : la victime se met à juger sans s’en rendre compte ses proches, ses collègues de travail. Pour justifier les propos du manipulateur et ne pas le critiquer ou s’opposer à ce qui est dit, elle va se taire, couper court à la communication avec ses proches, s’en éloigner, ou chercher en eux la moindre faille qui conforte ce qui lui est dit par le manipulateur.

9 Il fait faire ses messages par autrui.

Incapable de dire clairement les choses, il se sert de la technique dangereuse du téléphone arabe. Les messages sont forcément tronqués, déformés, et il a ensuite tout loisir pour dire que tel message ne vient pas de lui, que tel autre n’est pas vrai, que tel autre encore est une interprétation, pas la réalité.

Conséquence : la victime ne sait plus distinguer le vrai du faux. Elle ne sait plus si ce qui lui est dit par un tiers est exact. Elle doute de ce qu’elle entend, de ce qu’elle comprend, et même du tiers.

10 Il sème la zizanie et crée la suspicion, divise pour mieux régner.

Si la situation est classique, malheureusement, en entreprise, elle est encore plus classique dans des familles ou l’un des parents – parfois les deux – manipule. Pour mieux contrôler la fratrie, et parfois l’autre parent, le parent manipulateur va glisser des petites phrases, des petites remarques, de façon anodine, mais qui s’infiltrent comme du poison dans l’esprit de ceux qui les entendent. Ainsi, la rivalité entre sœurs, le rejet d’un parent par ses enfants, la cruauté d’un enfant envers les autres… prennent leur source dans ce venin, qui fait naître suspicion, doute, jalousie, tristesse, rancœur…

Conséquence : même si la victime peut trouver que ces remarques sont anodines, ou exagérées, elle aura à force de les entendre – car la répétition œuvre dans le sens du manipulateur – une méfiance, une défiance vis-à-vis des autres. Elle va se tenir à distance, se taire et s’éloigner, ou faire le jeu du manipulateur en cherchant à se défendre ou se protéger.

11 Il sait se placer en victime pour qu’on le plaigne.

D’ailleurs rien n’est jamais de sa faute. Il aurait tellement aimé que les choses se passent autrement. Et il est tellement malheureux… En public, il est capable de pousser à bout – à mots couverts – sa victime, pour la mettre en colère, pour l’obliger à se montrer sur la défensive, à donner une fausse image d’elle-même.

Il va user de tous les moyens possibles, jusqu’aux procédures, se glissant dans la peau d’un saint de vitrail blessé et malheureux.

Conséquence : la victime doit se justifier en permanence. Aux yeux des tiers, elle est responsable ou coupable, et se sent comme telle. Elle est dénigrée, ou croit l’être. Et à trop se justifier, elle en perd toute crédibilité. Elle-même finit par ne plus se croire. Elle-même finit par penser qu’elle est coupable.

12 Il ignore les demandes même s’il dit s’en occuper.

Tout autant, il promet énormément mais ne fait jamais rien. C’est une fabrique de belles paroles sans jamais qu’elles soient suivies d’effet.

Conséquence : non seulement la victime doit faire ce que le manipulateur avait promis, mais elle ne se sent ni écoutée ni vue. Elle se sent perdre en intérêt, se convainc de ne pas en avoir, ou de ne pas savoir dire ou faire. Elle se sent inutile, vide. Transparente.

13 Il utilise les principes moraux des autres pour assouvir ses besoins.

Et ce pour une raison bien simple : lui-même n’en a pas. Ni principe, ni valeur, ni sens du bien et du mal. Ou plus exactement, il connaît le sens du bien et du mal à la condition que ce soit son bien, son mal. Le reste ne le concerne en rien, et ne le touche pas. En revanche, il sait d’instinct que la morale permet d’organiser une relation, un système. Il observe et s’en sert pour les appliquer aux autres.

En résumé, le manipulateur est l’incarnation du « Faites ce que je dis, pas ce que je fais ».

Conséquence : la victime est soumise à des sermons et des rappels à l’ordre perpétuels. Elle vit aux côtés d’un censeur, d’un inquisiteur, qui, tel un Torquemada de salon, va chercher à la corriger, ou la punir en permanence.

14 Il menace de façon déguisée, ou pratique un chantage ouvert.

Ainsi, il instaure une ambiance de peur, de stress, permanents. Ce qui lui permet d’installer et de développer son contrôle sur sa victime. Il met en dépendance, de manière malsaine, et oblige à la soumission, par crainte de représailles verbales, ou physiques.

Ex : « Il vaudrait mieux que tu comprennes ce que je te demande sans que j’ai besoin de le répéter », ou encore : « Si tu ne suis pas mes conseils, ce sera la preuve que tu n’en n’as rien à faire de moi… »

Conséquence : la victime s’interdit de réfléchir. Elle est conditionnée à obéir. Au premier chantage, elle n’en tient pas compte. Le manipulateur va lui faire payer, car c’est pour lui une rébellion. Au deuxième chantage, présenté insidieusement, elle se pliera. Au troisième, elle perd déjà en personnalité.

15 Il change carrément de sujet au cours d’une conversation.

Toujours dans la nécessité d’entretenir le doute et le flou, ou encore pour ignorer sa victime, le manipulateur coupera court à une conversation entamée, s’imposant dans la discussion, et obligeant à parler d’autre chose.

Conséquence : la victime se sent là encore invisible, sans intérêt. Elle pense n’avoir aucune idée, aucune intelligence. Elle perd l’habitude de parler pour ne pas être à nouveau interrompue – elle entend alors qu’elle n’a jamais rien à dire, qu’elle est stupide. Elle perd en capacité et envie de s’exprimer, en privé, et en public. Elle devient mutique.

16 Il évite ou s’échappe de l’entretien, de la réunion.

S’il le fait par lâcheté, ce ne sera jamais présenté ainsi. Il fera croire à un rendez-vous plus important – ce qui dénigre l’intérêt du rendez-vous qu’il manque, à une urgence dont il ne peut parler, ajoutant du secret à son absence, à un souci personnel (santé, famille…) obligeant les autres à le plaindre.

Ainsi, il échappe à la confrontation, au risque de mis en échec ou d’être critiqué, à l’opposition. Si son discours tient face à un interlocuteur, il est en danger face au groupe, car dans le groupe il peut toujours se trouver une personne qui ne le croira pas et pourra le déstabiliser.

Conséquence : la victime « reste sur sa faim », doit se soumettre à des horaires et un changement perpétuel d’organisation et d’emploi du temps. Elle a de la compassion, elle surinvestit ce qu’elle doit réaliser, au risque de s’épuiser, pour soulager celui qui semble soudain en difficulté.

17 Il mise sur l’ignorance des autres et fait croire en sa supériorité.

Son discours transformera ignorance en incompétence. Il ne proposera jamais un enseignement sain, permettant à sa victime d’apprendre et de fait de développer ses propres compétences, il va la rabaisser, l’obligeant à se mésestimer. Il utilisera un discours compliqué, des phrases vides de sens mais complexes, faisant penser à ses interlocuteurs qu’ils ne comprennent rien. Excellent orateur, le manipulateur « s’écoute parler », et ne supporte aucune interruption.

Ex : « Je pensais que tu connaissais le sujet, il est tout à fait simple à comprendre, et nous aurions pu échanger toi et moi sur certains points. Il est bien dommage de ne pas pouvoir le faire mais je suis certain(e) qu’avec un peu de travail, tu seras bientôt à la hauteur pour pouvoir en discuter. »

Conséquence : la victime est peu à peu convaincue de ne rien savoir, et que cette absence de connaissance est de sa faute, tant il semble évident de savoir. Si dans un premier temps elle essaie d’apprendre, de s’informer, ce ne sera jamais assez, et elle se décourage au point de ne plus chercher à apprendre. Elle taira également ses connaissances, n’en sera plus sûre, et finira à nouveau par penser qu’elle est stupide.

18 Il ment.

Le mensonge n’est pas permanent mais régulier. Les vérités sont déformées, exagérées, enjolivées en fonction de ses besoins. Il invente des histoires, en les sachant fausses, par seul intérêt. Il sait qu’il ment.

Conséquence : la victime ne peut plus distinguer le vrai du faux. Elle passe des heures à analyser pour se rapprocher de la vérité. Mais quelle vérité ? puisqu’aucune ne semble vraiment vraie.

19 Il prêche le faux pour savoir le vrai.

Tout comme il divise pour mieux régner, le manipulateur est un parfait avocat du diable. Il sera alors tout sourire, tout sucre et tout miel, et la victime va se laisser berner et séduire.

Conséquence : la victime va lui livrer les informations recherchées sur un plateau et sans méfiance. Et avec ce qu’elle a fourni comme information, elle se fera écraser peu de temps après.

20 Il est égocentrique.

Le manipulateur sait parfaitement où se situe son nombril et l’entretien avec passion. Rien d’autre ne l’intéresse. Il est centré uniquement sur lui, sa réflexion, ses gestes, ses actes ont pour seul intérêt de nourrir ce « nombril ». Il est le nombril du monde, et tout doit tourner autour de lui et être fait dans son unique intérêt.

Conséquence : la victime doit se dévouer entièrement et exclusivement à cet être supérieur. Elle n’a pas le choix. Ce qui n’est pas fait pour lui sera jugé comme étant contre lui, et de ce fait rejeté, ignoré ou méprisé.

21 Il peut être jaloux.

Plus exactement, il peut se montrer jaloux. Car jaloux, il l’est intrinsèquement. Des autres, de ce qu’ils ont, de ce qu’ils sont, de ce qu’ils font. Il ne l’exprimera que s’il a un intérêt immédiat à le faire. Il sera alors dans la possession, et la destruction, par la parole, ou par le geste. Ce qui ne le sert pas ne doit pas exister et doit immédiatement être détruit.

Conséquence : la victime va couper les ponts avec ce qui était son passé. Sa famille, ses amis, ses études, son métier, ses goûts sont laissés de côté, abandonnés, pour ne pas permettre au manipulateur de soupçonner la moindre trahison, le moindre secret ; pour ne jamais être « pris en faute » ou à défaut.

22 Il ne supporte pas la critique et nie les évidences.

La remise en cause est impossible. C’est un crime de lèse-majesté qui doit immédiatement être puni. Le manipulateur n’admet pas la moindre opposition car il sait. Son pouvoir serait moindre s’il n’était pas omnipotent et omniscient. Aussi s’opposer à lui revient à se mettre en danger à l’instant même.

Conséquence : la victime accepte tout. Elle ne critique rien, ne juge rien, n’émet aucune idée contraire, approuve même ce qu’elle sait être faux, immoral, inutile.

Elle perd l’usage du « non », du refus, et développe une peur du conflit qui la maintient dans le silence et l’acceptation.

23 Il ne tient pas compte des droits, des besoins et des désirs des autres.

Tout simplement parce que l’autre n’existe pas ou uniquement pour le servir. L’altérité est une notion parfaitement opposée au fonctionnement manipulateur. L’autre est un objet, qui sera jeté ou détruit quand il ne sera plus utile. L’autre ne peut pas avoir d’idée, de sentiment, d’envie, de projet.

Conséquence : la victime va chercher à dire ce dont elle a besoin, ce qu’elle aime, ce qui lui plaît. Ses demandes et ses envies ne seront jamais écoutées et encore moins satisfaites. Là encore, elle va peu à peu perdre en personnalité. Elle va ignorer ses propres envies, et ses propres besoins, les croyant sans valeur et sans intérêt. Elle ne va plus s’écouter. Elle va s’oublier, totalement, au seul profit du manipulateur.

24 Il utilise souvent le dernier moment pour ordonner ou faire agir autrui.

Le manipulateur fonctionne et fait fonctionner dans l’urgence. Il déguisera ses demandes sous de faux compliments, ou au contraire en commençant par dénigrer et reprocher : « Vous auriez pu y penser avant ! Il faut toujours que je fasse tout tout seul… »

Conséquence : précipitation, stress, erreurs, conviction d’avoir tort… la victime pense qu’il lui appartient de répondre, tout de suite, parfaitement, et qu’elle est coupable de ne pas avoir anticipé une demande … qu’elle ne pouvait imaginer. La victime est privée de toute capacité de recul et de jugement. Elle vit dans l’instant présent, finit par tout accepter, est téléguidée, comme un automate. Elle possède une fonction marche – arrêt, et celui qui appuie sur le bouton, c’est le manipulateur.

25 Son discours paraît logique ou cohérent alors que ses attitudes répondent au schéma opposé.

Le manipulateur sait parler. Il est éloquent et convaincant. Il a toujours les bons arguments. Il semble même rassurant, et sécurisant… « on » lui fait confiance. Dans la pratique, il est désordonné, confus, désorganisé, imprécis, instable ; Mais le discours bien servi dupe ceux qui l’entendent. Ils s’y réfèrent et n’ont plus l’analyse nécessaire pour juger les actes. Ils s’en tiennent aux paroles, hypnotisés.

Conséquence : la victime tente de rapprocher les paroles des faits. Les paroles ayant une logique, elle va se reprocher de trouver un manque de logique aux faits, ou encore va se dire que l’action n’est pas terminée, que quelque chose d’autre va être mis en place. Elle est placée en situation d’attente, d’immobilisme. Ce que le manipulateur ne tardera pas à lui reprocher, comme il va lui reprocher son manque d’initiative, son incapacité à prendre des décisions, à mettre en place une action. L’accumulation des reproches pèse sur la victime comme des enclumes, et elle s’enfonce de plus en plus dans cet immobilisme mortifère.

26 Il flatte pour vous plaire, fait des cadeaux, se met soudain aux petits soins pour vous.

Séducteur un jour, séducteur toujours…Aucune manipulation ne fonctionne sans séduction. Elle en est l’origine et le fondement, et revient sans prévenir, souvent aux moments les plus critiques, pour rassurer, apaiser, et tromper un peu plus.

Conséquence : la victime croit en ce qu’il est commun d’appeler « la lune de miel ». Epuisée par les reproches, les critiques, le chantage, l’ignorance, elle se sent re-vivre. Elle s’imagine à nouveau vue, reconnue, aimée. Elle se rassure en se disant qu’elle s’est trompée. Qu’elle a sans doute mal analysé une situation. Qu’elle a sa part de responsabilité. Que chacun, pendant une période, peut être tendu, difficile, désagréable. Elle finit par penser que c’est de sa faute, qu’elle est trop exigeante, trop incohérente, trop « méchante ». Elle cède à la séduction. Elle se fait enfermer dans un schéma de violence psychologique, espérant ces lunes de miel, de plus en plus rares et brèves.

27 Il produit un sentiment de malaise ou de non-liberté.

Le manipulateur sème le doute, le flou, la confusion. Il oblige au contrôle, à l’hyper vigilance, à l’anticipation. Rien n’est naturel. Il absorbe l’oxygène, rend l’atmosphère pesante, oblige à raconter ses faits et gestes et jusqu’à dévoiler son jardin secret, de peur de se faire dire qu’il y a mensonge et dissimulation.

Conséquence : la victime n’est pas « à l’aise ». Elle vérifie chacune de ses paroles, chacun de ses actes, pour ne pas contrarier. Elle s’excuse, en permanence, de peur de déranger. Elle s’exprime de manière mesurée, redoutant d’être considérée comme agressive ou idiote. Elle respire moins bien. Son corps devient douloureux à force de se contracter ; La souffrance devient physique.

28 Il est parfaitement efficace pour atteindre ses propres buts mais aux dépens d’autrui.

Le manipulateur n’accepte que la gloire, la puissance et les sommets. Son objectif est de dominer, d’être puissant, seule valeur qu’il reconnaisse. L’autre n’existant pas ou uniquement à son profit, il sait s’en servir, comme d’un barreau d’échelle ou d’une marche d’escalier, pour continuer d’avancer et de grimper, sans se soucier des conséquences pour celui qu’il écrase.

Conséquence : la victime est petit à petit dépossédée de ce qu’elle est, de ses talents, de ses compétences. Utilisées uniquement afin de servir le manipulateur, elles s’amenuisent et la victime n’est plus à même de les considérer objectivement, puisque, aussitôt utilisées, aussitôt critiquées. En effet, si la victime savait se les attribuer réellement, elle pourrait en faire usage pour elle-même et de ce fait mettre en danger les rêves de grandeur du manipulateur. La victime est exploitée, et lorsque cette exploitation n’a plus de raison d’être, rejetée.

29 Il nous fait faire des choses que nous n’aurions probablement pas fait de notre propre gré.

Séducteur, convaincant, ou menaçant, il empêche la victime d’avoir le moindre libre arbitre. N’ayant ni valeur ni morale, il cherche son propre plaisir ou sa seule réussite, sans prendre en compte ce que d’autres vont transgresser pour lui. Il ne voit que le résultat, le moyen ne compte pas.

Conséquence : humiliations, compromissions, soumission, acceptation des abus… la victime est là aussi comme « télécommandée » et accepte, ou croit accepter, ce qui est contraire à ses valeurs. Que ce soit d’ordre matériel, financier, spirituel, physique, sexuel, la victime ne dit jamais non. Et comme elle ne dit jamais non, il est encore plus simple pour le manipulateur de lui faire penser et croire qu’au fond d’elle, elle était d’accord, elle avait dit oui.

30 Il fait constamment l’objet des conversations, même quand il n’est pas là.

Le manipulateur devient indispensable. Tout tourne autour de lui – c’est le but recherché – et consacrer du temps à autrui ou autre chose est interdit. Lorsque l’entourage sent ou comprend la dangerosité du comportement, il continue d’en parler, cherchant à comprendre un peu plus, à se justifier, à excuser ou à critiquer. Et tout ce temps, qu’il soit présent ou non, est autant de cadeaux qui lui sont faits, puisqu’il interdit que quoi que ce soit existe sans lui.

Conséquence : la victime croit trahir en ne pensant pas au manipulateur, en n’agissant pas pour lui, en ne parlant pas de lui. Elle est obsédée, se sent obligée d’en parler constamment, en vient à lasser les autres, et les trouve irrespectueux ou méchants de ne pas avoir la même dévotion. Quand elle prend conscience, elle n’a de cesse de se justifier, ou d’en parler pour être rassurée et confortée, pour ne pas se sentir injuste, cruelle ou ingrate.

La victime n’existe plus qu’au travers du manipulateur.

Anne-Laure Buffet : Victimes de violences psychologiques, de la résistance à la reconstruction, ed. Le Passeur

Isabelle Nazare-Aga : Les manipulateurs sont parmi nous, éditions de l’Homme

©Anne-Laure Buffet
annelaurebuffet@gmail.com

NOUVELLE MISE AU POINT

unnamed

Je vois fleurir ici ou là de plus en plus d’articles, d’informations, de reportages et de commentaires concernant les pervers narcissiques.
Sur les réseaux sociaux, les pages, groupes, posts concernant les PN sont pléthores.

Au sein de CVP – Contre la Violence Psychologique, ou en demande d’accompagnement et de psychothérapie, je reçois de nombreux mails et appels me demandant de déterminer si le (la) conjoint(e), le parent, l’enfant est ou non PN. J’entends demander très souvent : « maintenant que je sais qu’il est PN … parce que j’ai lu des articles… que dois-je faire ? »

Aussi je reviens sur ce diable des temps modernes, ce vampire assoiffé, ce monstre quotidien, le (la) PN.

Je suis POUR l’information. POUR la médiatisation. POUR la protection et la défense des victimes. POUR accompagner leur reconstruction.
Je suis CONTRE les amalgames. CONTRE les déductions simplistes. CONTRE les présupposés. CONTRE les étiquettes.

D’une part il m’est impossible lorsque je suis consultée de définir clairement, à 100 % et sans risque d’erreur si untel ou unetelle est ou non MPN. Tout simplement parce que je n’ai pas la personne en face de moi. Je peux estimer des attitudes, des faits, des comportements… Mais je ne vais pas poser de diagnostic définitif après un quart d’heure, ou une heure, d’entretien. Tout comme un médecin soignera la personne qui le consulte, et non par procuration, je ne porterai pas d’avis par procuration.

D’autre part, et à mon sens, conforter qui que ce soit en disant « en effet c’est bien un(e) MPN » n’est pas lui rendre service. Constater un état de victime, une dégradation de la confiance en soi, une perte de reconnaissance, une situation matérielle détériorée voir détruite est tout à fait possible. Recevoir les plaintes, entendre et comprendre les agissements d’une personnalité toxique, évaluer l’ampleur d’une situation dans ce qu’elle a de catastrophique pour celui ou celle qui la vit est bien évidement faisable. Pour autant mon objectif, et mon quotidien, sont de permettre à ces personnes de se reconstruire, d’être informées des démarches possibles, de mettre en place des barrières psychologiques pour se protéger.
En revanche je ne suis pas St Michel et je n’irai pas pourfendre l’horrible dragon qui s’est abattu sur leur vie.
Dire à qui que ce soit : « Ah oui en effet c’est affreux, vous êtes face à un(e) MPN » peut avoir une terrible conséquence : la satisfaction inconsciente d’être effectivement victime, et l’incapacité psychologique et matérielle de s’en relever.

De plus, je tiens tout de même à rappeler que TOUT COMPORTEMENT TOXIQUE EST NOCIF, VOIR DESTRUCTEUR, POUR CELUI OU CELLE QUI LE VIT. Savoir qu’il est le fait d’un(e) MPN n’apporte à l’affaire que peu d’éléments, si ce n’est la conviction à acquérir qu’il est quasi impossible de le (la) faire changer, que ce n’est pas une pathologie, ou pas reconnu comme tel, et qu’en tout état de cause il n’existe pas de traitement médicamenteux ; que devant la justice, les victimes sont peu ou pas entendues ; que leur défense est difficile ; que nombre de professionnels sont trop mal informés – quand ils le sont.

Mais je veux tout de même insister sur un point : la douleur ressentie ne sera ni plus ni moins forte que vous soyez face à un(e) MPN ou pas. Ce qui détruit, c’est le comportement toxique, tout autant que ce qui a permis l’installation de cette relation toxique. Je me permets de rappeler que les MPN se retrouvent également face à des personnes qui ne seront pas sensibles à leurs agissements, car elles ne sont pas construites pour être réceptives. Le (la) manipulateur(trice) choisit sa proie, et avec raison : il (elle) choisira celui ou celle capable de le satisfaire, et cette satisfaction ne peut pas être apportée par tout le monde.
Ce qui compte est d’évaluer la présence d’un comportement toxique et de ce fait d’une relation destructrice. Déterminer – ensuite – si le « coupable » est MPN ou non a alors un sens. Mais ce ne doit pas être le but premier.

Enfin, je tiens à rappeler que la victime d’un(e) MPN ne s’en rendra compte que tardivement. Pour qu’un fonctionnement pervers narcissique fonctionne pleinement, il faut du temps. Le (la) MPN est patient. Il ne se révèle, quand il se révèle, qu’une fois l’emprise totale, et la proie dans une situation qui l’empêche de  s’échapper, ou avec de grandes difficultés.
Une relation toxique de quelques mois peut être très destructrice… Je doute cependant qu’elle soit le fait d’un(e) parfait(e) MPN, celui « structurellement accompli » en tant que MPN. Il faut souvent de nombreuses années, une relation dite stable et durable, une vie aux apparences parfaites, un cadre très normatisé (par le/la MPN), pour que la prise de conscience intervienne.

Encore une fois, je préfère de très loin parler de personnalités toxiques, et réserver la catégorie MPN a des cas particuliers, plutôt que de généraliser, au risque d’effrayer des personnes affaiblies par une vie sous contraintes. Je préfère évoquer des comportements toxiques et destructeurs, et accompagner en thérapie pour mettre en place un système de défense, de protection, et de réaction, plutôt que de focaliser sur « Est-ce ou non un(e) MPN ? ».
Ma première interrogation est : « Le comportement subit est-il « normal » selon vous, ou destructeur ? Quel intérêt à le qualifier avant de s’en défaire ? Un(e) jaloux(se) pathologique vous satisferait-il plus qu’un(e) MPN ? Pourriez-vous continuer de vivre ainsi si je vous disais : ce n’est pas un(e) MPN mais juste un dépendant affectif / paranoïaque / casse-pieds ? »

Dernière chose… je lis beaucoup « mon », « ma » MPN… Ne vous l’appropriez pas, MPN ou toxique ou quoi qu’il(elle) soit. DÉTACHEZ-VOUS, en premier lieu par le choix lexical. « Mon », « ma » reste possessif. Il, elle, vous appartient, en tant que bourreau. COUPEZ CETTE CHAÎNE. Coupez vous de ce boulet.
Une de mes patientes parle du « caillou ». C’est bien suffisant, comme l caillou dans la chaussure. Elle ne dit pas « mon ». Elle dit « le ». Elle ne le nomme plus. Elle s’en est détachée.

©Anne-Laure Buffet

MAUVAISE QUALIFICATION – MAUVAISE INTERPRÉTATION

1231103_576886059037106_1295581781_n

Il est important de revenir régulièrement sur la perversion narcissique et ses particularités qui la distinguent d’autres déviances, pathologies, comportements à risque pour un individu, un groupe d’individus, voir pour la société elle-même. 

La perversion narcissique est une déviance. Tant que rien ne sera clairement établi d’un point de vue recherche médicale, tant que la science en sera encore – et la pauvre science fait ce qu’elle peut – à investir le champ des possibles sur l’existence d’un gêne, sur une malformation neurologique, sur une asymétrie cervicale… Bref, tant que rien ne sera vérifié et plusieurs fois vérifié et de manière certaine, la perversion narcissique est et reste une déviance, et non une pathologie. C’est une des raisons pour laquelle elle est si difficile à traiter… Le ou la PN ne se reconnaissent pas atteint d’un trouble du comportement… Mais de plus aucune analyse fonctionnelle ne peut établir ou affirmer la présence de ce trouble… Et aucun traitement n’est mis en place pour, pour le moins, corriger l’absence d’empathie d’un ou d’une PN.

Le pervers narcissique pratique le harcèlement moral, entre autres. Il est même champion toute catégorie. Il en connait et devine spontanément tous les effets, tous les modes, toutes les conséquences, tous les bénéfices pour lui (ou elle). Il sait que le harcèlement peut se pratiquer sous différentes formes… Et même le silence en est un quand il y a refus manifeste de participer, de répondre, quand laisser l’autre dans l’attente et le doute, et l’angoisse de la réponse qui ne vient pas procure si ce n’est du plaisir, en tout cas la certitude que la « proie », affaiblie, ne se montrera pas combattive par la suite.
Le pervers narcissique n’use pas que du harcèlement ; il peut calomnier, diffamer, critiquer, humilier, tout autant qu’il va séduire, flatter, charmer sa proie.
Il sait également menacer, réduire au silence, isoler.
Il attaque la construction de la personne tant sur le plan psychologique que physique.

Le ou la PN cherche non seulement à s’accaparer ce que « possède » sa victime, tout autant qu’il veut la détruire, par jalousie, conscient qu’il ou elle n’a pas ce qu’il convoite, et ne peut l’acquérir. Sa folie destructrice le conduit à vouloir, au moins psychiquement, tuer sa proie, lorsqu’il/elle constate son incapacité à obtenir ce qu’il/elle en attend.

Il n’est pas question dans cet article de diminuer les risques, les conséquences, et les manifestations d’un harcèlement moral. Résister nerveusement aux brimades et aux humiliations, « tenir bon » lorsque l’on reçoit vingt, cinquante, cent appels, jour et nuit, ne pas sombrer dans l’angoisse, et même la paranoïa, lorsqu’on se sait observé, suivi… Et conserver son énergie, sa confiance en soi, son optimisme, pour mener à bien une tâche, une mission, une activité, professionnelle ou personnelle, pour ne pas excuser au nom de l’Amour… Nous savons combien de victimes de harcèlement moral se retrouvent sans défense, démunies, terrifiées, perdues, et ne sachant pas vers qui se tourner.

Mais encore une fois le harcèlement moral n’est pas le seul élément constitutif, caractéristique de la perversion narcissique. Le ou la PN est bien plus… pervers que cela. Bien plus subtil. Bien plus fin. IL/elle est patient(e). Pour atteindre son but, il peut prendre son temps. Dans les témoignages que nous recevons, il est d’ailleurs frappant de remarquer que les victimes de PN ont mis cinq, dix, parfois vint ans, et même plus, à comprendre. À commencer à réaliser.

Une victime de harcèlement le constate.
Une victime de PN ne le constate pas. Ou très tard. Souvent trop tard.
Une victime de harcèlement arrive souvent à en parler.
Une victime de PN n’ose pas parler.

Une victime de PN, tout au plus, dira qu’elle « ressent un malaise », qu' »elle se sent mal », qu' »elle ne peut pas expliquer ». Le ou la harcelée pourra s’appuyer sur des faits.

La perversion narcissique fait devenir l’acteur involontaire de ces films d’angoisse hollywoodiens si bien construits… C’est une ambiance, une atmosphère, une « musique »… C’est cet ensemble de petits rien indicibles et indéfinissables qui en s’accumulant permettent au ou à la PN de refermer chaque jour un peu plus son piège autour de sa proie.

Encore une fois, nous ne minimisons pas les conséquences pour les victimes d’un harcèlement moral. Mais lorsqu’il s’agit de parler de perversion narcissique, il faut considérer le harcèlement… et bien plus encore.
Et surtout, accuser une personne, quelle qu’elle soit, d’être PN, manipulateur, harceleur… ou toute autre chose, ne doit jamais être fait sans certitude, sans preuve, sans éléments tangibles, et sans confrontation avec la réalité.

©ALB

C’EST PAS MOI, C’EST L’AUTRE

Ville-Andersson3

La perversion narcissique est une déviance, et non une pathologie.

Ainsi que le dit Jean-Charles Bouchoux en parlant du pervers narcissique, « il ne connaît ni souffrance, ni remords. Il n’est pas malade. Rapidement, c’est son entourage qui devient malade ». Le narcissisme est censé apaiser et protéger le pervers. Il développe une tendance à la mythomanie et à la paranoïa, un pouvoir de conviction et un acharnement s’apparentant au jusqu’au-boutisme.
Il se présente comme victime, martyr de la personne que, justement, il cherche à éliminer. Et l’élimination est sur toutes les scènes, sociale, personnelle, familiale, professionnelle…

Sa confusion entre lui et l’autre lui fait incorporer les qualités qu’il peut trouver chez l’autre. Son « soi » grandiose est conforté ; son « moi » déstructuré compense ses faiblesses. Son arme principale ? La séduction.

Il est porteur d’un poison inodore, incolore. Il n’en est même pas conscient ; il se dédouane par projection sur l’autre. Échappant ainsi à toute souffrance, il ne se remet pas en question. En revanche, il cherche en permanence chez « l’autre », considéré comme ennemi, les causes de son malaise – mal-être. « L’autre » devient son miroir. Le PN y voit son reflet qu’il veut détruire ; et en cherchant à le détruire, il détruit « l’autre ».
« Le pervers, par ses actes, sème une confusion telle que sa victime, bien souvent, ne peut plus agir intelligemment. Injonctions paradoxales, agressions violentes, dévalorisation puis séduction ne permettent plus à la victime de pouvoir réagir sainement. La paradoxalité est telle que la victime ne sait plus si elle doit croire ce que lui indiquent ses sens, ce qu’elle voit ou ce qu’elle entend. Toute logique devient caduque. »

Le pervers narcissique pratique la confusion des limites entre soi et l’autre. Il incorpore les qualités de l’autre, les attribue à son soi grandiose, pour pallier à sa faiblesse du Moi. Ces qualités appropriées, il les dénie à leur véritable possesseur. La séduction est un aspect crucial de cette stratégie. (Hubert Houdoy). Le PN s’appuie sur l’instinct protecteur qui lui est proposé. Il incorpore, pour mieux détruire.

Il utilise tous les stratagèmes possibles pour atteindre son objectif, quitte à déployer une énergie démesurée, à transgresser les terres de sa victime, à spolier ses jardins secrets, à semer les graines de la discorde, de la suspicion dans son entourage, à pratiquer la politique de la terre brûlée, pour sortir indemne et victorieux. (Martiale O’Brien)

« MON » TRÈS CHER PN

« Mon » très cher PN.
Voilà maintenant plusieurs années que je ne vis plus ni sous ton toit ni sous ta coupe. Je suis au regret de te dire qu’après tous ces mois sans toi, je vais très bien. Et même de mieux en mieux. Non, finalement, je ne suis pas au regret. J’utilise encore certaines formules de politesse avec toi. C’est une mauvaise habitude. Mais ne sois pas inquiet. Je me soigne.
Figure-toi que j’entends à nouveau le chant des oiseaux le matin. Que le soleil ne me fait plus plisser les yeux. Que les ombres ne me font plus peur. Que le bruit d’une porte qui s’ouvre ne me fait plus sursauter.
Quand mon téléphone sonne, je ne tremble plus. Je réponds, si j’en ai envie, quand j’en ai envie. L’inventeur de la boîte vocale a eu une riche idée. Tu peux me laisser un message après le signal sonore, comme toute personne normalement constituée. Je te promets de l’écouter quand j’en aurai le temps.
Je me suis coupé les cheveux. Je m’habille comme je veux. Je mets des jupes pour sortir, et des talons. Je me maquille. Personne ne vient me critiquer. Personne ne m’y encourage. Personne ne me traite de pute après un dîner.
Si ça t’intéresse, les enfants vont bien. Ils parlent de toi, très souvent. Ça ne t’étonnera pas ; ça devrait même te faire plaisir puisque c’est tout ce que tu attends. Pour Noël je t’offrirai un enregistrement de leurs discussions. Tu vas voir, c’est très instructif. Certes, ils parlent de toi. Comme d’un piètre clown. Tu devrais être fier. L’idiote que j’étais à tes yeux ne les a pas empêché d’avoir un cerveau, et un cerveau qui fonctionne. Ils ne sont pas aveuglés. Ils ont très bien compris qui tu es. Ta chance, c’est qu’ils t’aiment, encore.

J’ai arrêté de porter un foulard. La marque de tes doigts s’est enfin effacée. En fait, j’ai arrêté de le porter lorsque je suis partie. Je n’ai plus eu besoin de cacher l’empreinte que tu avais laissée. Quand il a fallu que je dise d’où ces traces provenaient, j’ai eu honte. Pour toi. Quel animal faut-il être pour n’avoir comme seul moyen d’être avec l’autre que celui de vouloir le tuer ? Le flic qui m’a reçue était très aimable. Mais pas étonné. Il semble que ce soit classique. Vous, toi, tes congénères, craquez lorsqu’on vous échappe. Alors, vous resserrez vos petits doigts boudinés de toutes vos forces pour retenir celle qui s’éloigne. « C’est à moi, c’est à moi ! ». Mais je ne joue plus dans ta cour de récré.

J’ai trouvé un travail. Difficile, c’est évident. Mais j’ai trouvé. La période n’est pas propice. C’est ainsi, j’ai été recrutée. Mes compétences, je les ai montrées. Et, ça va t’étonner, elles ont été retenues et reconnues.

Tiens, je ne sais pas si tu vas sourire, mais figure-toi que j’ai fait ce que tu me conseillais souvent. Hier soir, j’ai pris un bain. Un long bain, pour me détendre. J’avais mis des bougies, du bain moussant, de la musique, et je m’étais servi un verre. Je suis restée longtemps dans mon bain. Personne n’est venu m’y chercher en me disant que je trainassais, que je ne faisais rien, que je ne m’occupais de rien, que je ne m’intéressais à rien.
La pile de linge à repasser grossit d’ailleurs. Je repasse ce dont nous avons besoin. Et les enfants comme moi ne manquons de rien. Eux ne pensent pas que je suis à leur disposition, à leur service.

J’ai prévu de partir en vacances avec eux au soleil. Non, ce n’est pas dangereux. Non, je ne les expose à aucun cancer de la peau. Non, je ne profite pas outre mesure. Non, je ne suis pas égoïste. Nous avons décidé ensemble de l’endroit. Nous avons choisi ensemble la période. J’ai à peine hésité. Mais si j’étais restée à paris, comme l’année dernière, tu aurais répété que je préfère les laisser livrés à eux-mêmes sous une chape de pollution. Alors sans t’en parler, j’ai opté pour une chape de soleil. Et c’est très bien ainsi.

Tu n’en sauras pas plus. Le reste de ma vie ne te regarde pas. Plus. La couleur de mes culottes, le contenu de mon assiette, l’heure de mon réveil, le temps que je mets pour aller travailler, les amis que je vois… Tout cela ne te concerne plus. Tu peux me demander. Je ne te répondrai pas. Va jouer au garde-chiourme ailleurs.

À l’occasion, n’oublie pas de verser la pension alimentaire que tu me dois, ou plus exactement que tu dois aux enfants. Je te rappelle que si toi, tu oublies, la justice, elle n’oublie pas. N’aime pas. Et pourrais être amenée à te le faire savoir.

Comme il fait très beau, je te souhaite une belle journée.
Je ne te dirai pas « Bien à toi ». Il ne faut rien exagérer. Bien cordialement est déjà de trop. Et « bien mal acquis ne profite jamais » est sentencieux, n’est-ce pas ?
Alors, bien le bonjour, « mon » très cher PN. Et au plaisir de ne pas te revoir.

NE PAS CONFONDRE !

07422a20c7f2f37b98f2f4fcb793-post

Depuis l’existence de ce blog, et suite à nos nombreuses lectures, aux commentaires, ici, ou sur la page Facebook, ou encore, ailleurs sur Internet, il semble qu’il y ait confusion, généralisation. 

Nous connaissons tous des parents dont les enfants sont forcément les premiers de la classe. Forcément, champion de tennis ou grand musicien. Artistes en herbe mais talentueux, ayant appris à lire seuls à 4 ans. Les tests de Q.I. sont pléthore ; un enfant « classique », à la scolarité « classique », parfois mauvais élève (est-ce possible ? quel drame dans une famille !) entraîne pitié et condescendance, comme s’il était atteint d’une maladie incurable.

De la même manière, il devient « normal » d’avoir dans son entourage, dans sa famille, un bipolaire, un dépressif, un parano, un « dingo ». Depuis que le sujet des pervers narcissiques est connu du grand public, ou en tout cas depuis que la presse devient prolixe sur le sujet, il semble que chacun ait « son » manipulateur, « son » pervers narcissique.

Comme déjà dit sur le blog : attention aux assimilations ! 

On répertorie à environ 2% de la population les pervers narcissiques. Bien sûr, ce chiffre semble déjà très élevé et peut faire peur. La vulgarisation des critères de Isabelle Nazare-Aga (30 critères) permet une première approche, une meilleure compréhension, un certain déchiffrage. Mais il ne faut pas s’y fier à 100 %.
Il faut aussi consulter des spécialistes. Il faut aller plus loin dans l’étude. Trop nombreux sont ceux qui lisent ces critères comme ils feraient un test dans un magazine féminin. (D’ailleurs, à quand le test Elle ou Marie-Claire « Et vous, vivez-vous avec un pervers narcissique ?)

Ces critères sont des indices. Ils ne se suffisent pas à eux-même. La parole, l’approfondissement par le questionnement, l’écoute, permettent d’aller plus loin. Et sont nécessaires.

On peut connaître une personne au caractère particulièrement difficile. Exigeant, macho, indifférent parfois, distant quand on a besoin d’écoute. Tous NE SONT PAS des pervers narcissiques.

La perversion narcissique est une pathologie. Grave; Dangereuse. Destructrice. Parfois mortelle pour les victimes, et pour le bourreau lui-même, lorsque la victime n’en peut plus, craque, passe à l’acte.

Pour sortir de l’emprise, il faut du temps, beaucoup, parfois des années. Car il faut d’abord la comprendre.

Pour ceux qui essaient de visualiser : imaginez un corps dont on aurait retiré le cerveau, la pensée, l’âme. Il ne reste que l’enveloppe charnelle, vivante, car elle se refuse à disparaître totalement.

Une fois sorti de l’emprise, il faut tout autant de temps pour se reconstruire. C’est un champ de ruines que laisse un PN derrière lui.

Aussi, avant de qualifier quelqu’un de PN, il faut en être certain. En soi, lui attribuer une perversité narcissique ne rendra pas le « coupable » plus mauvais, ou plus susceptible de compassion. La « victime » n’en ira pas mieux pour autant, tant qu’elle n’agira pas, aussi difficile que ce soit.

Et je vois mal la fierté à avoir en disant « moi aussi, je vis avec un PN ».
Vivre avec un PN, c’est déjà être condamné. C’est un drame. Alors, qualifions quand c’est vrai, vérifié, certain. Mais pas à la légère. Chaque terme à une raison d’être, respectons-les.

Anne-Laure Buffet

LES 30 CRITERES, SELON ISABELLE NAZARE-AGA

Isabelle Nazare-Aga ( extraits du livre « Les manipulateurs sont parmi nous ») a dressé une liste de 30 critères permettant de définir un pervers narcissique. Il faut répondre à 14 caractéristiques minimum pour commencer à établir un profil de PN.

Attention aux assimilations et aux confusions, aux interprétations erronées ou trop rapides : nous pouvons tous, un jour ou l’autre, répondre à certains de ces critères. L’auto-analyse n’est pas suffisante en cas de doute, ou lorsqu’un de vos proches vous répète que VOUS êtes pervers narcissique. Demandez un avis objectif, un autre regard.

Ne vous qualifiez pas de PN sous prétexte que vous pouvez dans certains cas répondre en manquant de clarté, vous montrez égoïste… Chacun d’entre nous peut être amené, à un moment, à utiliser certains mécanismes de défense du pervers narcissique.

1.Il culpabilise les autres au nom du lien familial, de l’amitié, de l’amour, de la conscience professionnelle

2.Il reporte sa responsabilité sur les autres, ou se démet des siennes

3.Il ne communique pas clairement ses demandes, ses besoins, ses sentiments et opinions

4.Il répond très souvent de façon floue

5.Il change ses opinions, ses comportements, ses sentiments selon les personnes ou les situations

6.Il invoque des raisons logiques pour déguiser ses demandes

7.Il fait croire aux autres qu’ils doivent être parfaits, qu’ils ne doivent jamais changer d’avis, qu’ils doivent tout savoir et répondre immédiatement aux demandes et questions

8.Il met en doute les qualités, la compétence, la personnalité des autres : il critique sans en avoir l’air, dévalorise et juge

9.Il fait faire ses messages par autrui

10.Il sème la zizanie et crée la suspicion, divise pour mieux régner

11.Il sait se placer en victime pour qu’on le plaigne

12.Il ignore les demandes même s’il dit s’en occuper

13.Il utilise les principes moraux des autres pour assouvir ses besoins

14.Il menace de façon déguisée, ou pratique un chantage ouvert

15.Il change carrément de sujet au cours d’une conversation

16.Il évite ou s’échappe de l’entretien, de la réunion

17.Il mise sur l’ignorance des autres et fait croire en sa supériorité

18.Il ment

19.Il prêche le faux pour savoir le vrai

20.Il est égocentrique

21.Il peut être jaloux

22.Il ne supporte pas la critique et nie les évidences

23.Il ne tient pas compte des droits, des besoins et des désirs des autres

24.Il utilise souvent le dernier moment pour ordonner ou faire agir autrui

25.Son discours paraît logique ou cohérent alors que ses attitudes répondent au schéma opposé

26.Il flatte pour vous plaire, fait des cadeaux, se met soudain aux petits soins pour vous

27.Il produit un sentiment de malaise ou de non-liberté

28.Il est parfaitement efficace pour atteindre ses propres buts mais aux dépens d’autrui

29.Il nous fait faire des choses que nous n’aurions probablement pas fait de notre propre gré

30.Il fait constamment l’objet des conversations, même lorsqu’il n’est pas là