J’AI OUVERT LA BOITE DE PANDORE

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Si j’avais été présente le jour de la découverte du corps de mon père j’aurais demandé à ce qu’une autopsie soit pratiquée mais je n’étais pas sur place et avec le recul je ne sais même pas si j’aurais eu la présence d’esprit de la demander ni même si elle aurait été pratiquée.

 

J’ai des doutes sur les circonstances de la mort de mon père et même si je suis consciente que les doutes ne constituent pas des preuves, ni mon intime conviction; pas même les faits qui me troublent. Je ne veux pas disparaître sans avoir confié mon témoignage.

 

La violence morale est une maltraitante psychologique qui ne laisse aucune trace mais elle peut entraîner des troubles graves et pour en avoir été victime lors de la succession de mon père j’ai la conviction profonde que mon frère a usé et abusé de la confiance de l’entourage de mon père (famille et amis)  afin de l’isoler et de le laisser mourir à petit feu. Il avait besoin d’argent.

 

J’ai appris par l’intermédiaire de la banque dans laquelle nous devions ouvrir un compte en indivision que mon frère était interdit bancaire sans autre précision car seule la justice pourrait me dire à combien s’élevait cette dette. J’étais déboussolée quand seulement quelques heures après l’annonce du décès, mon frère m’a demandé une procuration pour s’occuper seul de la succession mais j’en ai compris la raison bien plus tard lorsque nous avons été face à face. J’ai découvert la personnalité de mon frère en étant confronté à lui pendant les mois qu’ont duré cette succession. Je ne savais pas avant d’être confronté à mon frère qui il était vraiment et pourquoi sinon jamais je n’aurai accepté de le laisser seul auprès de mon père malade et dépressif.

 

Mon frère et moi n’avons jamais eu d’atomes crochus, chacun a fait sa vie de son côté. Avant le décès de notre père nous n’avions quasiment aucun contact. Nous sommes proches en âge mais avons été élevé dans des univers sensorielles différents. Paradoxalement malgré mon éloignement géographique j’étais plus proche de notre père que ne l’était mon frère. Lorsque ma mère a quitté mon père pour aller vivre avec un autre homme, mon père qui venait juste d’être grand père pour la première fois et qui regrettait d’avoir été un père plutôt absent a tenté de se rapprocher de ses enfants pour rattraper le temps perdu. J’ai été la seule à ne pas choisir entre mon père et ma mère. Mes parents se disputaient beaucoup et j’ai été comme on dit un enfant « tampon ». Ma mère m’utilisait, alternant le chaud et le froid, exerçant sur moi une violence morale insidieuse et efficace. J’ai fini par me nier totalement et être exactement ce qu’elle voulait que je sois. Soumise et inexistante. Comme elle préférait mon frère j’ai tout fait pour ressembler à un garçon. J’ai bloqué mon développement de femme et suis restée très longtemps androgyne.

 

Mon frère et mon père ne se sont jamais entendus et lorsque ma mère a quitté mon père  mon frère a choisi de le dénigrer. Il disait qu’il n’avait été qu’un géniteur et ne se parlaient quasiment plus. Mon frère a eu très vite besoin d’argent. Il vivait au dessus de ses moyens. Ma mère lui a donné ce qu’elle avait pour qu’il conserve son train de vie et qu’il préserve les apparences. Quand la source s’est tarie, il n’a plus eu d’autre choix que de se rapprocher de notre père qui a très mal pris ce rapprochement intéressé plus de dix ans après la séparation de nos parents. Mon père va obliger mon frère à signer une reconnaissance de dettes afin que je ne sois pas lésée. Cette reconnaissance de dettes ne sera jamais acceptée par mon frère qui prendra ses distances à nouveau avec lui après avoir encaissé l’argent.

 

Quelques années plus tard, la situation de mon frère ne s’est pas arrangé et mon père fait une grave chute dans les escaliers de sa résidence et se retrouve à l’hôpital avec six cotes cassées et un traumatisme crânien. Mon frère était venu le voir le jour même de sa chute pour « discuter ».

 

Malgré le divorce, ma mère gardait une emprise sur mon père. J’ai trouvé des lettres qui prouve sa jalousie maladive.Elle écrit souvent qu’elle ne supporte pas de le savoir avec une autre femme et conseille à mon père de séparer sa vie privée de sa vie avec moi afin dit elle de protéger ma « santé » fragile.

 

Lorsque mon père est tombé dans les escaliers elle sortait de l’hôpital et je devais aller chez elle pour m’occuper d’elle. Quand je lui ai dit mon souhait d’aller voir notre père cela faisait déjà plusieurs jours que j’étais chez elle et elle a essayé de me l’interdire prétextant que mon frère était aussi capable que moi et que nous n’avions pas besoin d’être deux etc…Ma mère s’est mise dans une rage folle lorsqu’elle a appris que la compagne de mon père avec laquelle il avait des hauts et des bas, était auprès de lui. Elle disait que cette femme était auprès de lui pour nous prendre notre héritage…
J’étais hors de moi d’entendre de tels propos de la part de ma mère et nous nous sommes disputées. Je lui ai fait fait comprendre que la vie sentimentale de son ex mari ne la regardait pas ni moi ni elle et qu’il avait le droit d’être heureux peu importait le père qu’il avait été pour nous ou le mari qu’il avait été pour elle.

Jamais je n’avais osé tenir de tels propos à ma mère mais à ce moment là j’avais 40 ans, une vie amoureuse épanouie, un enfant, et le fait d’être mère avait comblé un vide affectif. Avec les années j’avais gagné en maturité et aussi en confiance.

 

Comme mon frère et ma mère échangeaient des informations sur la santé de notre père sans me tenir au courant cela me mettait en colère et très rapidement mon frère et ma mère m’ont jugée parano, jalouse et hystérique. J’avais déjà entendu ses termes lorsque j’étais plus jeune quand je me plaignais de ne pas être élevée de la même manière que mon frère. Nous avons eu un père démissionnaire. Ma mère était omnipotente. Alors qu’elle ne fixait aucune limite à mon frère et le mettait sur un piédestal elle se montrait autoritaire et cassante avec moi.
J’ai souffert de ne pas avoir de relations avec mon frère et j’ai tout fait pour être aimée de ma mère sans jamais y parvenir. La présence de mon père me sécurisait, il est arrivé que je somatise en son absence, lorsque j’avais peur d’être abandonnée ou lorsque ma mère me faisait peur.

J’exprimais ces peurs en dehors du cercle familial.

 

Je me suis construite en dehors de ma famille, être mère m’a apporté beaucoup au plan psychologique même si le départ du père de mon fils après 10 ans de vie commune a été un choc, j’ai surmonté l’épreuve et j’en suis sortie grandie.

 

J’ai compris depuis le décès de mon père que ma mère n’était pas seulement jalouse des femmes de mon père mais aussi de moi. Elle a tout fait pour m’empêcher d’aller voir mon père et l’argument le plus percutant c’était de me dire qu’il fallait que je donne une chance à mon père et mon frère de se réconcilier. Quelle soeur et/ou fille normalement constituée pourrait empêcher un fils et un père de se réconcilier ?.

 

Pendant des mois, j’ai accepté de me plier à cette volonté et je m’en suis rendue malade. J’étais montée voir mon père à l’hôpital et, apprenant qu’il irait en cure, j’étais un peu rassurée. Il avait également ses soeurs, des amis je n’aurai pas pu croire que mon frère serait seul à rendre visite à mon père pendant trois mois. Je ne l’ai su qu’après son décès qui s’est produit la semaine précédent mon arrivée prévue chez lui…

 

Lors d’une conversation mon père m’avait dit que mon frère refusait de lui rendre le double de ses clefs et je trouvais cela anormal, je voulais y voir plus clair et j’étais déterminée à y aller avec ou sans l’avis favorable de ma mère ou de mon frère. Bien sûr l’argument a été de dire que comme il était « responsable » de mon père il fallait que mon frère puisse ouvrir l’appartement en cas de soucis seulement mon père a été trouvé mort deux jours après son décès présumé et mon frère n’a pas voulu se déplacer quand le gardien l’a informé que les volets n’étaient pas remontés. Des informations mises bout à bout, l’emprise exercée par mon frère sur l’entourage, le soutien de ma mère à distance et le fait que mon frère ait menti pour pouvoir mieux se débarrasser de la compagne de mon père qui était la seule à se méfier tout comme moi de la position de « sauveur de situation » prise par mon frère. De nombreuses personnes qui souhaitait le voir à l’hôpital se sont vu refouler par mon frère.

 

Mon père était dépressif depuis qu’il était à la retraite, je n’ai eu vraiment conscience de la gravité de son addiction à l’alcool que lors de son hospitalisation. Sa mort prématurée est pour moi le résultat d’un isolement psychologique,physique et de violences morales.

 

Mon frère a utilisé contre moi les mécanismes pervers narcissiques c’est ce qui me permet de dire qu’il a pu sans remord laisser mon père mourir par haine et par besoin d’argent. J’ai appris plus récemment qu’il n’a pas hésité à envoyer certains de mes mails à mon fils avec lequel il n’avait eu jusque là aucun contact régulier puisque je n’avais moi même aucun contact régulier avec lui. Mon frère a divisé pour mieux régner. J’ai cru perdre la confiance de mon fils alors que nous n’avons jamais eu aucune difficulté à nous comprendre et à nous entendre. Si je n’avais pas eu auprès de moi une femme qui me connaît depuis l’enfance à qui j’ai pu confier mes doutes et partager mes informations et découvertes au fur et à mesure du temps depuis l’annonce de la mort de mon père et tout au long de la succession, j’aurais pu perdre la raison.

Les violences morales sont quasiment impossibles à contrer parce qu’elles sont parfois déguisées.

 

Lors de la succession, j’ai compris assez rapidement que les conversations orales ne menaient à rien et nos confrontations juste tous les deux me mettait dans un état de stress insupportable. J’ai exigé les échanges mails et demandé à mon époux de m’accompagner au cas où je devais le revoir.

 

Je me suis renseignée sur ce « profil psychologique » et j’ai compris que tous les ingrédients étaient réunis pour qu’il en soit victime. Mon frère n’avait que ma mère ; moi je me suis construite avec d’autres référents maternels ; c’est je crois ce qui m’a sauvé. Construire ma propre famille m’a aidé à me réconcilier avec mon passé. Mon frère n’a pas eu d’enfant et vit avec une femme avec laquelle il n’est pas engagé (pas de pacs, ni mariage) Le comportement de ma mère après le décès de mon père, sa position vis à vis de moi,  son discours et son attitude m’ont tellement révoltée que j’ai décidé de rompre également mes relations avec elle pour me protéger.

 

Lorsque mon père est mort et que j’ai commencé à poser des questions et à m’interroger sur le rôle joué par ma mère et mon frère dans ce drame à huis clos, on m’a qualifié de folle. Lorsque je me suis sentie exclue de la famille, cela a entraîné un traumatisme. Le deuxième choc psychologique après l’annonce du décès.

 

Mon frère a réuni pas loin d’une centaine de personnes à l’enterrement de notre père. Pour l’occasion il avait même préparé un discours mais en face de moi il n’a fait que le dénigrer et il a tenu les mêmes propos à mon fils. En dehors il est aimable,serviable peut même jouer les victimes mais en privée il peut se montrer d’une grande perversité et faire peur. Il a agit comme si je n’existais pas et les gens de la résidence se sont étonnés de me voir seulement pour les obsèques de mon père et non pendant les mois qui ont précédé son décès. Il a fallu que j’explique moi même la situation pour qu’ils me regardent autrement et même en leur expliquant je ne suis pas sûre d’avoir été crue.

 

Si notre père avait souffert d’un cancer, tout le monde aurait trouvé normal de venir le voir mais comme notre père s’isolait lui même à cause de la honte et de la culpabilité qu’il éprouvait vis-à-vis de lui même, il a été facile pour mon frère de l’isoler encore plus et de faire semblant de prendre soin de lui tout en assurant à l’entourage qui le contactait que tout était sous contrôle et qu’il « gérait » la situation.

 

Une seule personne a essayé de se mettre entre notre père et son fils et mon frère l’a fait partir en faisant en sorte qu’elle soit rejetée par la famille. Mon père était désorienté et ne savait plus à quel saint se vouer.Je crois qu’il a fini par ne plus faire confiance à personne.

 

J’ai ouvert la boite de pandore, découvert avec effrois la vrai personnalité de ma mère et de mon frère. Cette mère dont j’ai compris qu’elle me maltraitait psychologiquement parce que j’étais une fille mais aussi parce qu’elle était jalouse de moi et de la relation que j’avais réussi à établir avec mon père et qui en plus m’utilisait pour ne pas que le lien soit rompu entre eux deux. Paradoxalement si le décès de mon père m’a beaucoup affecté ce sont les violences morales exercées conjointement par mon frère et ma mère qui auraient pu me faire perdre la raison. J’ai choisi de rompre les relations de manière définitives avec ce couple toxique. Je sais que mon frère est victime de cette mère trop aimante et omnipotente mais aujourd’hui je le considère comme un bourreau tout comme elle.
Ma mère a projeté sur moi ses propres défauts pendant plus de 30 ans, jalousie maladive, hystérie sont des termes qui s’appliquaient à elle et non à moi. Mon frère a projeté ses propres défauts sur mon père qui n’était pas fin psychologue et n’était plus en état de se défendre et se réfugiait probablement dans l’alcool et dans le déni pour échapper à une réalité trop dure. La mort de mon père m’a ouvert les yeux sur un huis clos sordide. J’ai aujourd’hui toutes les pièces du puzzle et j’essaye de me reconstruire. A la mort de mon père ma mère ne m’a pas serré dans ses bras en voyant mes lunettes noires elle m’a dit en souriant « tu es venue incognito? » puis elle s’est penchée plus bas a tiré mon collant en me reprochant de n’avoir pas mis un collant plus fin « avec la chaleur qu’il fait ». Quand j’ai mis en doute l’intégrité de mon frère on m’a traité de folle et si je n’avais pas construit une famille « bis » autour de moi je n’aurai pas supporter le traumatisme du rejet.

 

Emma, le 21 avril 2014.

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