COMBATTANT ET NON VICTIME

Une-femme-dans-une-cage

 

Combattantes. C’est ainsi que j’appelle les personnes qui ont connu l’emprise. Qui me consultent et que j’accompagne dans leur travail de reconstruction.

Combattantes et non victimes. Pourquoi ? Parce que marquer du sceau de « victimes » ces personnes, c’est leur retirer leur personnalité propre, leur individualité. C’est les réduire une fois de plus à un état, une catégorie ou une classification. Objetisées par la personnalité toxique et son comportement destructeur, elles ne savent plus, elles ne se croient plus autorisées à être vues comme des individus à part entière, doués d’émotions, de sentiments, d’intelligence. En parler comme de « victimes », c’est considérer – et leur faire croire – qu’elles l’étaient avant cette vie intoxiquée, qu’elles le sont, et qu’elles le resteront.

– C’est une victime de …

Je refuse cette affirmation. Untel ou unetelle n’est pas une victime. C’est une personne entrée en résistance, malgré elle, par nécessité, pour survivre. Même lorsque ses forces sont réduites à leur plus simple expression, même épuisée, elle reste une personne, et c’est ainsi qu’il faut la voir et non derrière ce rideau de fumée opaque « victime ». C’est une personne malmenée, maltraitée, dénigrée. Mais c’est une personne. Elle était – est –  proie, elle est devenue combattante, et elle se bat pour sa libération.

Il s’agit en effet de libération. Les comportements toxiques isolent, emprisonnent, enferment. Les barreaux sont invisibles et le geôlier est enjôleur pour celles et ceux qui ne veulent ou ne peuvent le voir autrement. Mais la proie, choisie par son bourreau, est bien en cage. Elle est otage. Pousser la porte de sa prison invisible, en scier les barreaux, vouloir la dénoncer, la met en danger. Danger psychologique et physique.

Avant d’agir, la proie, enfermée, va devoir être prudente. Elle va devoir apprendre sa prison. En connaître les murs, chaque pierre, chaque interstice, chaque lézarde. Elle va devoir apprendre à se l’approprier et s’y reconnaître. Foncer tel un bélier contre la porte ne sert à rien si ce n’est à se faire encore plus mal. Guettant les instants pendant lesquels le geôlier perd en surveillance est indispensable. Apprendre son langage et s’y adapter, pour faire diminuer sa vigilance, est vital – et, s’il s’agit ici de contre manipulation, elle ne rend pas destructeur à son tour. Elle est protectrice.

L’otage va devoir également chercher l’aide à l’extérieur de la prison. A l’extérieur se trouve toujours une, des personnes bienveillantes, compétentes, professionnelles, qui vont pouvoir lui répondre, l’entendre, et l’aider.
Et dans le combat contre la destruction psychologique, il s’agit de soutiens amicaux. Mais aussi juridiques, et psychologiques. La proie va devoir s’entourer des bonnes personnes. Elle va devoir apprendre à nouveau la confiance.

Enfin, elle va devoir apprendre le temps. La précipitation est un piège. Comprendre que les barreaux qui se dressent autour d’elles sont solides, terribles, et détruisent est une chose. Mais il ne faut pas s’accrocher aux barreaux et les secouer. L’otage va y perdre ses forces. Et les barreaux ne cèdent pas ; bien au contraire le geôlier va les renforcer.
En revanche, en s’accordant le temps d’apprendre cette geôle, en se renforçant avec l’aide de soutiens extérieurs, la proie, entrée en résistance, se prépare à son évasion et sa libération.

Pour cette personne devenue otage, il en est ainsi. Lorsqu’elle prend conscience de ce qu’elle vit, de ce à quoi elle est soumise, elle se retrouve en urgence, urgence de s’en sortir. Et l’urgence ne peut que lui faire du tort. En revanche, en écoutant les conseils et en suivant les recommandations de professionnels compétents, elle va développer une stratégie. Et cette stratégie sera libératrice.
Parfois les proies sont si épuisées qu’elles ne se sentent plus la force de combattre.
Il n’est jamais trop tard. Jamais. Tant que l’on est encore vivant.

 

©Anne-Laure Buffet

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SYNDROME DE STOCKHOLM

mains attachées clé

Durant l’été 1973, un hold-up qui a lieu à Stockholm va mal tourner. Les braqueurs sont obligés de prendre en otage plusieurs employés qu’ils vont séquestrer durant plusieurs jours. Les négociations aboutiront finalement à la libération des otages.

Une étrange réaction des otages

C’est la réaction des otages qui donne son nom au syndrome de Stockholm. Alors que leur vie a été sérieusement menacée , ils vont s’interposer entre les truands et les forces de l’ordre, puis, prendre leur défense en refusant de témoigner contre eux, et iront même les voir en prison comme s’il s’était agi d’amis!

Le syndrome de Stockholm a pu être ainsi observé à de nombreuses reprises, et filmé parfois dans des situations où, lors d’une prise d’otage violente et dangereuse, les otages, devant la caméra d’une équipe de télévision elle-même prise en otage, s’en prennent verbalement aux policiers. Ils soulignent avec sincérité et colère à quel point les forces de l’ordre, intervenant et négociant pourtant pour les libérer, sont à l’origine de ce qui leur arrive et incapables de comprendre les arguments des preneurs d’otages (s’ils sont pris en otage, c’est finalement de la faute des policiers!).

Le syndrome de Stockholm correspond à un aménagement psychologique d’une situation hautement stressante, dans laquelle la vie de l’agressé (otage, victime) est en danger. L’apaisement de leur angoisse est trouvée dans l’identification à l’agresseur.

Comment peut-on faire un lien avec les pervers narcissiques ? Comment l’évoquer dans le cas des victimes ? 

Certaines victimes ne se rendent pas compte qu’elles sont sous emprise. Elles ne veulent tout simplement pas l’admettre ; elles ne le peuvent plus, ayant subi avec le temps un « lavage de cerveau », qui les autorise à croire que leur bourreau n’est pas si bourreau que cela. Qu’il a des raisons de se comporter ainsi. Qu’il est digne de respect, d’écoute, d’attention. Qu’il est lui-même victime d’une société, d’une éducation.
Plutôt que de se protéger, plutôt que de fuir, elles vont rester et défendre celui, ou celle, qui lentement – mais sûrement – détruit leur vie. Elles ne veulent l’aide de personne. Elles n’écoutent la parole de personne. Elles sont soumises.

Le syndrome de Stockholm se développant chez les victimes d’agresseurs, il ne faut pas oublier que le PN qui pratique manipulation et harcèlement est un agresseur – moral et physique – pour sa victime.

Quand une victime est coupée du monde, et affaiblie, elle développe de la confiance pour son agresseur. Puis de la gratitude.

La victime perd peu à peu son sens critique.

Par ailleurs, la victime agit par instinct de survie. Inconsciemment. Elle pense en effet que si elle s’attire la sympathie de son agresseur, elle pourra contrôler les émotions de celui-ci. De cette façon la victime pense se protéger : peut-être que l’agresseur l’épargnera.
Ce contrôle n’est en fait qu’une impression. Ce n’est pas parce que la victime se croit hors de danger, qu’elle l’est réellement.

En agissant ainsi la victime se protège de l’angoisse du danger, mais pas du danger lui-même. Le danger, lui, est toujours réel.

Pour que le syndrome de Stockholm puisse apparaître, il y a plusieurs conditions à réunir. Parmi lesquelles :

  • L’agresseur doit être capable de justifier ses actes aux yeux de sa victime…
    (D’où la confusion créée par un manipulateur dans l’esprit de sa victime…) ;
  • Les victimes potentielles sont ignorantes des mécanismes de manipulation

Dans le cas où l’agresseur est un manipulateur, celui-ci va :

  • isoler sa victime (déménagement ; il fait couper les ponts avec la famille, les amis ou le travail, etc.)…
  • affaiblir sa victime en développant chez elle la peur, le doute, la confusion, la culpabilité, etc. Il pourra aller jusqu’à la priver de sommeil (la réveiller en pleine nuit, etc.)…
  • faire épouser sa propre logique à sa victime (une fois que sa victime sera pleine de doutes et de confusion)…
  • présenter les aides extérieures comme des agressions…
    En effet, dans une prise d’otage, les forces de l’ordre représentent un « danger » potentiel pour les otages, dans la mesure où la relation ravisseurs-otages peut souffrir d’une intervention des forces de l’ordre…
    Dans le cas d’un manipulateur, un proche qui veut aider la victime représente aussi un danger potentiel… au même titre que les forces de l’ordre…

De son côté, la victime va :

  • toujours chercher à satisfaire le manipulateur…
  • épouser ses causes…
  • le défendre…

Un des exemples marquant est celui des femmes/hommes victimes de violences physiques, ou des enfants battus, qui nient la vérité, pour protéger celui ou celle qu’ils aiment… et pour se protéger.