SE LIBÉRER, PAS À PAS

Reem-Eissa7

« Qu’est-ce que j’ai été bête… ! »
« Je suis un imbécile, je n’ai rien vu venir… »
« En fait il a raison, je suis malade pour ne pas l’avoir vu plus tôt. »
« Vous pensez que je suis stupide ? J’aurais pu comprendre avant. »

Non.
Ni bête, ni imbécile, ni malade, ni stupide. Rien de tout cela. La victime entre les pattes d’un bourreau n’est rien de tout cela. Le lapin qui se retrouve piégé par le chasseur n’est ni bête ni stupide.
Et l’oiseau qui reçoit une balle en pleine aile n’est pas malade d’avoir volé.

Ils ont été des proies et ils ont été choisis à cause de ça.

La question ici n’est pas de savoir ce qui amène telle ou telle personne à être une proie. S’il s’agit d’une construction mentale, au-delà d’une prédisposition, il n’y a ni à juger ni à condamner. Mais à constater pour permettre un changement.

La question est : « Pourquoi est-il si difficile de comprendre ? Pourquoi la proie devenue victime se disqualifie-t’elle autant ? »
Les mois, les années de dénigrement, d’humiliations, de jugements, de violence sourde, entraînent une sorte de lobotomie cérébrale. Un décervelage. Une incapacité de réflexion, de recul, de pensée. La victime devient handicapée. Elle n’y peut rien.
L’entourage, celui qui reste, qui s’effrite peu à peu, s’escrime et s’échine à vouloir lui faire entendre raison. Du calme à la colère, tous les tons de la gamme sont utilisés. Jusqu’au mépris ou à l’indifférence quand les proches, usés de ne pas se croire entendus, baissent les bras et s’éloignent.

La victime subit. Seule.

Comme la souris sous la patte du chat.

Pour beaucoup d’entre elles, heureusement, se produit ce déclic qui permet le changement. Qui les pousse à réagir. À fuir. Et la fuite n’est pas une lâcheté, c’est une preuve de force et de courage, dans le cas présent. Car c’est la seule issue.

Sortir de l’emprise se fait lentement. Par étapes. avec des rechutes. Le doute que sème la personnalité toxique retient, comme la culpabilité. Et la peur, monstre terrifiant et paralysant. La peur, comme celle de l’enfant qui se cache sous sa couette, alors que le loup certainement guette sous le lit…

Sortir de l’emprise demande de comprendre que « ça ne va pas ». Ça ne devrait pas se passer comme ça. Et « ça » est tellement indéfini, encore. Vient le moment où « ça » se clarifie. Les mots entendus sont injustes, les silences sont dénigrants, les insultes non méritées, les critiques infondées. Les maux de ventre, de coeur, de dos, de tête, de jambe… sans raison et cause réelle, si ce n’est de la somatisation.
« Ça » devient un peu plus clair. Mais à qui parler de « ça » ? Qui pourrait entendre et comprendre ? Qui pourrait parler, aider, sans juger ? Comment le dire en étant certain(e) d’être compris(e) et soutenu(e)?

Un fait nouveau. Un de plus, souvent anodin. Anecdotique. Celui qui donne la force et la motivation pour fuir. Aller se plaindre ? À qui… Voyons, il n’y a pas eu de coup… Vous n’êtes pas blessé(e), de quoi vous plaignez-vous ? Vous voudriez être battue, à l’hôpital, morte, ou vos enfants violés ? Mais, monsieur l’agent… Non, madame, monsieur, rentrez chez vous. Discutez avec votre conjoint… Et une bonne réconciliation sur l’oreiller, hein, c’est pas mal ?…

Sentiment de solitude qui s’intensifie.

Une fois de plus. Une fois de trop. La peur domine, le doute, la honte, la culpabilité, toutes ces entraves à la réflexion. Mais c’était une fois de trop.

La victime a compris son calvaire.

Elle n’a pas encore compris l’ampleur de son calvaire.
Elle a compris qu’elle ne devait pas vivre « ça », et elle a compris… qu’elle avait bien compris que « ça » ne devrait pas se vivre, « jamais ».

Il lui reste encore à comprendre. C’est un long chemin. Comprendre que tout était faux, mensonger, cruel et destructeur.
Comprendre qu’elle n’est coupable en rien. Mais responsable de tout changer.
Comprendre que ce n’est pas une question de volonté ou de force.
C’est une question de combat.
Comprendre que partir ouvre la porte à la liberté. Pas à la tranquillité. La liberté qu’elle gagne, c’est celle de ne plus être seule dans ce combat. C’est d’être en résistance, en étant accompagné, soutenu, défendu.
Comprendre qu’elle va devoir faire un long travail. Un travail de deuil, douloureux. Un travail de reconstruction, pénible, parfois violent. Et la violence, la victime en a si peur maintenant. Cette violence-là est pourtant bienveillante. Mais chaque nouvelle secousse est un séisme pour la victime devenue combattante.

Comprendre que partir est vital.
Et que pour autant, la guerre est déclarée. Le bourreau ne laisse pas sa proie partir. Il ne peut l’accepter. Si elle part, il la détruira complètement.

Sans aide extérieure, il est presque impossible de lutter. Face à ces monstres du quotidien, il faut nécessairement être aidé(e).

C’est possible.
Heureusement, c’est possible.
Heureusement, nombreuses sont les victimes qui s’en sortent. Qui vivent, après. Qui vivent et vivent mieux. Elles ont un long chemin devant elle. Mais elles vivent, enfin.

L’enfant est trop souvent l’enjeu dans ce drame familial. Devenant l’arme dont le parent toxique se servira pour détruire son ancien conjoint, il est positionné de fait en tant que victime. La principale victime est et demeure le parent soumis à la violence psychologique. 
L’enfant se retrouve alors confronté à divers états psychologiques possibles comme le conflit de loyauté et le déni parental. 

©Anne-Laure Buffet
annelaurebuffet@gmail.com

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7 réflexions sur “SE LIBÉRER, PAS À PAS

  1. Bonjour Anne Laure

    Je rentre ce soir au domicile pour notre rendez vous de demain, je suis stressée un max des réactions « Scuds » de Monsieur.

    Je n’ose pas trop me bourrer de Tranxène, j’ai 400 km à faire pour revenir et une faute d’inattention sur la route ne pardonne pas et je ne veux pas lui donner le plaisir d’un veuvage prématuré.

    Je me suis inscrite auprès de François pour la journée du 27 septembre. Je n’ai pas eu de retour, j’espère qu’il a bien enregistré ma présence ce jour-là.

    J’ai besoin de courage pour retrouver le lieu de tous les dangers et je dois avouer là que j’en manque et je repousse le moment de prendre la route.

    Merci encore de votre implication et de vos encouragements.

    Bien amicalement

    Annick

    • Bonjour Annick,

      cela me fait drôle de lire et découvrir que je ne suis pas le seul à employer le mot « Scud » pour définir les attaques gratuites et assassines de l’autre…

      Je crois que du courage vous en avez, mais que c’est l’énergie qui va avec qui vous fait parfois défaut… en tout cas, c’est ainsi pour moi !

      Je vous envoie plein d’énergie.
      Salutations
      Christian

      • Bonjour, Scud me fait réagir … C était aussi mon expression utilisé contre ses violentes diatribes ! Je suis partie il y a 8 mois apres 7 ans et différentes ruptures ! Mais plus de regret, un certain dégoût physique même depuis peu à la pensée de cet homme qui ne vit que pour séduire …. Il ne lâché pas l intrusion mentale par mail et SMS ( chaud … Très chaud ! Puis quelques jours plus tard …. Froid … Glacial ) agacé de voir sue plus rien ne prend face à mon indifférence, il continue tout seul à échafauder des scénarios de polémique en décortiquant au laser et scalpel mon fonctionnement … Le dégoût qu il le provoque est encore trop ! Mais plus aucune envie de le voir … Et au fond il en  » crève « …. Barbe bleue ( je ne suis pas dans sa cave avec les autres mais libre et vivante )…. Je suis partie en déposant une main courante au commissariat car là … Enfin( je dis enfin car cela m a permis … Enfin … D écrite le mot fin et de fuir en posant un acte officiel) …. Enfin donc il m a frappée .. Tenté de m étouffer pour le faire taire avec son écharpe, donné des coups de pied et appelé sur moien les nommant les maladies les plus graves ( cancer et AVC ) ….. Il a été vraiment trop loin … Ce brillant avocat !

    • Je m aperçois avoir fait de nombreuses fautes de frappe qui m ont conduite à faire également des fautes d orthographe ….. Sorry pas pu corriger

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