SOUFFRANCES MORALES INFLIGÉES AUX ENFANTS

66645d5768f2f6e8f92459_72ee0-postLes souffrances morales peuvent paraître anodines ; pourtant elles blessent profondément et durablement l’enfant qui en est victime. Les mots ou « expressions » familiales sont autant de petites blessures, de petites violences quotidiennes et répétées qui vont s’inscrire dans la mémoire et dans le comportement de l’enfant, et ce tout au long de sa vie, s’il n’en prend pas conscience et ne s’en détache pas.

«Tais-toi bien ! Ce que tu dis est stupide !»

«Tu n’es vraiment pas douée. Qu’est-ce que je vais bien pouvoir faire de toi !»

«Tu fais exprès de faire n’importe quoi ? Tu es incapable de te concentrer !»

L’enfant est déstabilisé. Le sentiment d’angoisse, d’insécurité, de détresse, et d’incapacité augmente à chaque fois qu’une de ces phrases se répète. La confiance en lui est atteinte. Ses besoins essentiels de reconnaissance, d’attention, de soins, et d’amour ainsi que de protection ne sont pas satisfaits.

Il finit par se vivre ainsi qu’on le décrit, c’est-à-dire nul, maladroit, minable,… et lorsque cette souffrance est affligée par les parents, elle est d’autant plus violente.

On peut constater facilement ce schéma classique et répété depuis de très nombreuses générations qui consiste à faire peur à l’enfant. Pour certains parents, cette peur est légitime : Elle aurait pour objet de protéger les enfants des dangers du monde, et prévenir les enfants de ces dangers. Or, le résultat atteint est exactement le contraire. Plutôt que de protéger un enfant, cela le met en très grande insécurité. L’enfant a peur parce qu’il doit obéir, l’enfant a donc peur de mal obéir, et soit se montrera rebelle, soit sera dans la totale soumission. L’enfant a peur parce qu’il doit réussir ses devoirs, passe sur ses devoirs un temps incroyable, jamais réellement récompensé. Et que dire du parent qui prend en otage l’autre parent pour menacer un enfant ? : «Si tu continues comme ça, je vais prévenir ton père, et tu vas voir  ce que tu vas prendre ! »
L’enfant encore petit découvre le monde au travers de ceux qui lui racontent ce monde. Ce qu’il ne connaît pas est insécurisant. Aussi il ne peut que croire ce qui lui est répétée par les adultes. Si l’inconnu ou l’étranger est présenté comme un danger, l’enfant va se construire avec cette peur et ne pourra pas s’en détacher.

Les parents qui utilisent la peur comme moyens éducatifs développent des craintes supplémentaires et interdisent à l’enfant de trouver un moyen de se rassurer.
De plus les adultes qui font peur à un enfant sont craints mais ne sont pas pour autant respectés. Lorsque l’adulte se met en colère, la plus grande peur de l’enfant reste la peur bien réelle conséquente à la violence des parents à son égard. Il a peur de la punition, peur d’un coup, et il n’est même pas en mesure de comprendre pourquoi. Est ce qu’il redoute par-dessus tout, c’est de perdre l’affection de ses parents. Il est à la fois triste et en colère. Encore petit, il est incapable de se raisonner et de prendre du recul. La peur peut se transformer en terreur et les souvenirs de ses peurs restent fixés dans la mémoire de l’enfant lorsqu’il grandit. Les effets de cette peur développée pendant l’enfance persistent à l’âge adulte. Elle sont la cause de stress et d’angoisse. Elles occasionnent des inhibitions, de l’anxiété, une colère que l’adulte va retourner contre lui, une insécurité permanente. Et il ne faut pas oublier que le stress se traduit biologiquement par des bouleversements intenses.
Les enfants peuvent également développer des troubles de la personnalité : personnalité borderline, narcissique, compulsive et paranoïaque.

Enfin, il faut prendre en compte la confusion des sentiments générée chez l’enfant victime de maltraitance. Lorsque l’enfant réalise que la personne qui l’humilie, le maltraite, le rabaisse, est également la personne qu’il est censé aimer, à laquelle il est attaché, qui se présente en modèle et en personne responsable, cet enfant ne peut vivre qu’un immense désarroi. La compréhension et la signification de l’amour et de l’attachement subissent alors des distorsions et des confusions. Détacher amour et souffrance, distinguer violence et protection, s’autoriser de la bienveillance et de l’attention, avoir confiance, devient alors impossible.

©Anne-Laure Buffet
annelaurebuffet@gmail.com

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Une réflexion sur “SOUFFRANCES MORALES INFLIGÉES AUX ENFANTS

  1. Que faire quand cette violence verbale se ‘transmet’ aux enfants et qu’à leur tour , ils emploient les mots du parent à l’encontre de leur frère et/ soeur ???
    J’ai trouvé un seul moyen: Faire prendre conscience que ces mots, ces jugements passent par leur filtre personnel, bien fragile à l’adolescence…. Avant tout, c’est leur façon de penser ( même si elle est encore influencée par leur environnement) , leur façon d’interpréter face à une situation et pas la réalité.
    Cette réalité qui tient compte du contexte, de l’histoire personnelle, du ressenti et du vécu où souvent les mots sont absents ou difficiles à trouver.
    Merci pour votre travail, vos engagements, vos interventions!!!

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