A L’HEURE DU RÉVEIL

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Les anecdotes, les détails, les minuscules informations qui parviennent chaque jour au cerveau de la victime peuvent l’endormir. Cette accumulation est aussi l’origine du réveil de la victime. Celle-ci réalise que « ça ne va pas pas, ça ne devrait pas être ainsi, ça n’est pas normal ».

De lectures en petits faits divers, la conscience endormie sort de sa léthargie involontaire. C’est alors qu’il y a la prise de conscience, douloureuse, presque comme un accouchement. La victime va en effet accoucher d’elle-même ; c’est un nouveau « moi » qui voit le jour, et qu’il va falloir aider à grandir, avec des erreurs, des secousses, des échecs (il ne faut surtout pas nier l’immense difficulté qu’il y a à redevenir « soi »)

La victime va comprendre peu à peu que ce n’est pas sa faute, qu’elle n’est pas responsable et encore moins coupable de sa vie, de ce qu’elle fait, des comportements ou modes de pensée qu’elle a. Il va lui falloir maintenant être à la fois prudente et patiente, et avant tout, chasser la honte (classique et normale) que chacun ressent en réalisant qu’il est devenu une proie, qu’il est tombé entre les mains, les « griffes » d’un manipulateur. Il va lui falloir également échapper à la vigilance de son bourreau.

Le premier ennemi à combattre est souvent soi-même. Admettre avoir été victime ne veut pas dire accepter. De l’acceptation va naître la possibilité de se reconstruire, de prendre de nouvelles directions, et de refaire sa vie. Accepter veut dire également reconnaître que l’on a été aveugle, mais reconnaître tout autant qu’il était impossible de ne pas l’être. Avoir été manipulé ne veut pas dire être faible ou lâche. Se reprocher d’être une victime entraîne une perte encore plus importante de l’estime de soi. Or, en observant autour de nous, il suffit de chercher des points communs à ces victimes : douées d’empathie, de générosité et d’intelligence, elles n’ont pu échapper au piège… car c’est bien ce que cherche le pervers : l’intelligence, l’empathie, la bonté dont il est dénué.

Le reproche que se fait la victime se traduit souvent ainsi : « j’aurais du m’écouter, me fier à ma première intuition ». En effet le pervers laisse souvent filtrer de minuscules indices sur sa réelle personnalité. Mais le charme qui opère efface vite ses indices et la victime / future victime, qui « sent » le danger l’oublie pour finir par succomber.

La victime doit se lancer dans une démarche active, en se renseignant, en se mettant à parler ; la parole souvent neutralisée par le pervers doit se libérer. De la parole nait une forme de libération, un soulagement, celui « d’avoir pu dire ». Mettre des mots sur l’emprise revient à prendre du recul. Et chaque phrase prononcée par le pervers va peu à peu être décortiquée, analysée. La victime est sur ses gardes. Elle comprend qu’elle n’a jamais rien de bon à attendre du manipulateur.

Attention : cette démarche est épuisante, physiquement et intellectuellement. Le pervers peut se douter que la victime commence à lui échapper. Comme un rapace il saura attendre le meilleur moment, celui où la faiblesse, la fatigue, seront dominants chez la victime, pour attaquer de nouveau. C’est donc une guerre qui commence, une guerre de longue haleine. Mais toutes les victimes qui ont mené cette guerre s’en sortent.

Et c’est une guerre juste. Car s’il est presque impossible de se justifier, en tant que victime, de dire au pervers qu’il est pervers et que l’autre est sain d’esprit, il est en revanche possible de lui échapper, et de se faire une vie, sans lui. Une vraie vie.

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4 réflexions sur “A L’HEURE DU RÉVEIL

  1. Pingback: FUIR… MAIS OÙ , ET COMMENT ? | Combattre le Harcèlement moral et la Perversion Narcissique

  2. Pingback: LA PERTE D’ESTIME DE SOI | ASSOCIATION CVP - Contre la Violence Psychologique

  3. que penser d’une mère et d’un père disant à leur fille (moi en l’occurrence) « j’aurai mieux fait de me branler au lieu de te faire  » et « tu devrais lécher le cul de ton père pour le remercier « .
    voilà ce que mes parents me disent à 56 ans. je leur sert de défouloir.

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