« JE ME SUIS RÉFUGIÉE DANS LE SILENCE » TÉMOIGNAGE

Woman standing behind cloth sheet, silhouette (B&W)

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Témoignage reçu suite à l’article « Le bruit est souvent trompeur« 
Très bel article aux mots exacts. Je me suis, comme sans doute beaucoup d’autres femmes, à travers chacune de vos phrases. Victime de violences psychologiques, et physiques, je me suis réfugiée dans le silence. A qui aurais-je pu en parler ?  Débordée émotionnellement, j’ai vécu ainsi entre la souffrance morale, les meurtrissure physique, jusqu’au jour où j’ai eu très peur de lui et comme il l’avais exigé dans un moment d’extrême violence, je suis partie.
Sans aucun moyen financier, je franchissais la porte de cet appartement pour me retrouver à la rue. Durant des mois, j’ai été hébergée, ou je dormais à l’hôtel quand mon RSA arrivait, je me nourrissais de peu, juste pour tenir debout. Autour de moi, aucune aide, les gens m’ont tourné le dos. Je me suis domiciliée auprès d’un CCAS pour recevoir mon courrier, seul élément qui me donnait encore l’illusion d’être humaine.
Un dimanche, j’ai voulu faire cesser cette souffrance insoutenable, ne plus entendre mon désespoir hurler. Vivre ainsi n’étais que survivre, et survivre ainsi n’était pas une vie décente.
J’ai avalé un tube de comprimés. Suicide loupé.
Il m’a fallu du temps et l’amour de ma fille, à qui je cachais tout, pour avoir de nouveau l’envie de vivre. Mais, la mémoire est éternelle. En perdant ma dignité, mon intégrité, j’ai perdu l’espoir. Je me compare souvent à une marionnette au cœur vide.
J’ai porté plainte, puis rencontré le psy de la police, puis celui du tribunal. Depuis je n’ai aucune nouvelle et je pense que mon dossier va rejoindre une énorme pile aux archives.
Pour le moment je vis dans un logement social à la limite de l’insalubrité, je ne mange pas tous les jours. Ma vie se résume à cela et à 59 ans, ce n’est pas grand chose, juste de la médiocrité.
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JE N’AI JAMAIS PENSÉ À PARTIR – TÉMOIGNAGE

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Après des années de « psychothérapie banale », je ne vivais que de « disputes » , de dénigrements, de reproches de mon mari, puis j’ai commencé une thérapie cognitive et comportementale qui m’a permis de m’affirmer, de prendre confiance en moi, de constater que ce n’était pas toujours moi la responsable de ses déboires. J’ai changé sans que je ne m’en aperçoive. Mon mari, lui, l’a bien senti. Je n’ai jamais pensé à partir, encore moins à divorcer. Lui, sentant que mon attitude risquait de s’inverser est parti, en mon absence, vidant la maison. Ce que j’ai découvert en rentrant tard un soir (il m’avait, sous un faux prétexte, fait retenir), voilà le déclic !! J’ai repensé au livre de Marie France HIRIGOYEN sur le harcèlement moral que j’avais commencé à lire 9 ans auparavant sans comprendre. Je l’avais rangé dans la bibliothèque qui venait de s’envoler. Je l’ai racheté et là, j’ai vu ma vie défiler et ENFIN, comprendre ce qui m’arrivait !!! Lors de sa préparation en cachette de son départ, en plus de ses violences psychologiques habituelles (je n’avais connu que cela), il est devenu violent physiquement et m’a frappée. Je n’ai rien dit à personne sur ces moments. Ce n’est que trois jours après son départ et la lecture que je suis allée porter plainte. Et ses agressions ont continué. Pour que j’apprenne, ensuite qu’il était dans les bras d’une autre femme. Le divorce dure depuis 5 ans. Il faut du courage, de la ténacité, de la force pour faire reconnaître que son mari est un bourreau, que « ses preuves » ne sont que mensonges. Je suis, encore hélas, marié depuis 37 ans, et fus sous emprise plus de 40 ans.
Je comprends que Jacqueline SAUVAGE ne soit pas partie ou tout du moins pas complètement, qu’elle est subie tout cela. Je crois qu’il faut l’avoir vécu pour si c’est possible comprendre. Comprendre le déni, l’emprise qui est terrible, CE LAVAGE DE CERVEAU.
J’attends le jugement de mon divorce dont j’ai conscience que je ne gagnerai pas forcément car si la loi promet une formation des policiers, professionnels en tout genre et magistrats, il n’en est rien. Je suis en stand by, m’attendant à tout nouveau mensonge pour influer les juges. Situation très désagréable. Comme l’on me dit : tourne la page. Comment ? alors que j’en suis encore en plein dedans. Le jugement rendu, il faudra la liquidation. Et ensuite, je tenterai de me reconstruire et de prendre ma véritable place aux cotés de ma fille prise en otage par son père. Parfois, j’en arrive à me poser la question si ce n’est pas moi, la méchante !!! Il m’a tellement traitée de folle.
Je suis heureuse pour Jacqueline et ses proches. C’est une belle victoire populaire humaine mais le combat continue pour toutes les personnes violentées.
Merci à Anne Laure et à tou(te)s qui aident et luttent

IL N’A JAMAIS ARRÊTÉ DE VOULOIR M’ENFONCER ENCORE ET ENCORE… » – TÉMOIGNAGE

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Ce combat je le mène , je suis en plein dedans : écrire est salvateur , aujourd’hui je partage (non sans crainte ) en guise de soutien l’un de mes écrits :

« Il n a jamais arreté de vouloir m’enfoncer encore et encore À tel point qu’à un moment j’avais le sentiment d’être en train de creuser mon trou pour m’enterrer, j’ai vraiment éprouvé ce sentiment d’être rabaissée plus bas que terre sans qu’on puisse m’aider, m’écouter, me comprendre, lui qui parait si parfait et moi pauvre fille qui fait genre …

Au jour d’aujourd’hui je sais qu il continue à me salir et souhairerait ma mort et même me tuer lui-même s’il le pouvait. Mais il perd pied depuis, car il a vu que cette fois je tenais bon et que j’allais jusqu au bout , j’ai maintenu ma plainte. Il préférait quand je m’énervais et je pleurais , il jubilait de me voir m’éteindre et tomber à terre. Plus d’une fois je me suis relevée croyant que je l’avais mérité et que j’avais tout gâché, plus d’une fois il a fait semblant de me relever, que dis-je me ramasser, pour pouvoir reprendre de plus belle. Mais c’est fini, après 17 années de souffrance, 17 ans de maltraitance, 17 ans sous son emprise , 17 ans sous « ses profonds coup de butoirs », comme il me disait, comme il me l’écrivait …, !

Après 17 ans de survie, c’est fini. La séparation aurait dû me libérer , et bien non , il avait su créer ce qu il y a d’incompréhensible : la dépendance, le manque, l’addiction ! En état de manque de mon propre bourreau, qui peut entendre et comprendre ça ! Même moi je ne le comprenais pas et j’aurai donné n’importe quoi pour qu’il revienne ! Voilà où j’en étais il y 4 ans , prête à tout accepter, tout pardonner de mon tueur quotidien , comme si ma vie ne valait rien sans lui.

Aujourd’hui , j’ai enfin compris , grâce et avec une thérapie indispensable , qu’il m a dépossédée de tout mon moi et qu’une fois vidée de toute mon énergie, il n’a fait que me transfuser son mode de vie, celui qu’il m’imposera chaque jour, chaque semaine , chaque mois, chaque année, non pas au nom du verbe Aimer, mais pour posséder, contrôler,
Aujourd’hui j’ai enfin compris qu il ne m’a rien appris , mais inculqué, modelée, façonnée , il ne m’a rien rien donné mais tout volé, il ne m a jamais aimée mais totalement possédée !

Il a écrit le film de ma vie, il a tout mis en scène , écrit le scénario point par point et j’occupais le second rôle dirigée , contrôlée, manipulée , sans une place pour l’improvisation , sous peine de sanction, sans une place pour mes idées , mes valeurs, mes envies, mes plaisirs , dont il n’avait que faire et qu’il fera taire , en instaurant sa loi , celle qui tétanise, fait peur , glace le sang, celui qui coule dans mes veines , et qu’il va sucer , tel un vampire . Je ne serai alors plus moi et ne pourrai rien faire si ce n’est me plier, m’exécuter , me laisser maltraiter , sans même douter de la normalité des agissements de ce tyran pervers qui a fait de moi sa chose, son sujet , son esclave !
Aujourd’hui j’ai enfin compris à quel point c’est une chance de ne plus être avec lui car je ne serais plus en vie !
Aujourd’hui , je me suis presque tout pardonnée et aujourd’hui j’ai bel et bien pris conscience de la violence de toutes ces années et du silence imposé !

Je réapprends tout doucement à savoir qui j’étais avant , car oui il y a bien eu un avant et il y aura un après « Machin », mon bourreau, mon assassin , qui n’a plus mon sort, ma vie entre ses mains.
Il y a un an, je n’y croyais pas , je n’en pouvais plus , je n’aurai jamais pensé pouvoir écrire cela : plus jamais , plus jamais ça !
Aujourd’hui , c’est le début de ma reconnaissance , celle de victime, j’ai enfin fini par comprendre et accepter que je suis une victime et qu’il y a donc un responsable : ma plainte est légitime, avoir osé m’a peut-être ouvert le chemin de la liberté , je ne ferai plus marche arrière et pour la 1ère fois j’ose dire sans honte :  j’ai eu raison de ne plus me taire pour sortir et raconter mon enfer!
Je n’y croyais plus , le Procureur a requis l’ouverture d’une information judiciaire , enfin la justice s’est saisie de mon affaire et j’espère que tout comme moi , la justice ira jusqu’au bout ! Je me suis relevée , je suis encore debout , j’ai résisté par je ne sais quelle force , c’est déjà un message d’espoir et pourtant ceux qui connaissent mon histoire savent que je reviens de loin , de très loin et qu’hier je ne parlais pas de demain… Aujourd’hui même si tout n’est pas fini, je me suis pardonnée ce qui va me permettre d’avancer , même si je n oublierai jamais » .

COURAGE A TOUTES ET TOUS

L’emprise conjugale, assassin par procuration.

 

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Il n’aura jamais été fait autant de cas de la violence conjugale et de ses nombreuses et dramatiques conséquences que depuis la deuxième condamnation de Jacqueline Sauvage, le 3 décembre 2015.

Une deuxième condamnation qui confirme la première : dix ans de réclusion pour cette femme, âgée de 68 ans, mère de quatre enfants, mariée pendant 47 ans à Norbert Marot.

Le 10 septembre 2012, Jacqueline Sauvage prend le fusil dont son époux et elle se servent quand ils partent chasser. Elle reste sur le pas de la porte à l’intérieur de la maison et tire sur son mari, assis sur une chaise sur la terrasse. Elle l’abat de trois balles dans le dos.

La condamnation pour meurtre est prononcée le 28 octobre 2014, et confirmée en appel, en décembre 2015.

La légitime défense invoquée par les deux avocates de Jacqueline Sauvage, n’a pas été retenue. La violence conjugale répétée pendant les 47 années de mariage n’aurait pas dû conduire Jacqueline Sauvage à un tel geste.

Les trois filles sont aux côtés de leur mère. Elles mettent en avant la violence qu’elles ont également subie, violence psychologique, physique et sexuelle. Toutes les trois, mais également leur frère. Celui-ci se suicide le 9 septembre 2012, la veille du meurtre de son père. Jacqueline Sauvage ne savait pas que son fils était mort lorsqu’elle tire sur son mari.

Depuis la confirmation de la condamnation en décembre dernier, l’opinion publique s’est largement soulevée autour de cette affaire. C’est tout d’abord une pétition qui est lancée, pour demander la grâce présidentielle. Elle recueille aujourd’hui près de 435.000 signatures, un chiffre historique en matière de pétitions.

C’est également cette demande de grâce présidentielle que les filles de Jacqueline Sauvage et ses avocates adressent au président François Hollande. Et très vite, ce sont des parlementaires, des personnalités, des mouvements féministes, des professionnels de la santé et du droit, qui soutiennent cette demande de grâce.

Mais tout le monde ne va pas dans le sens de cette grâce. Au café du commerce – réel ou virtuel – on entend et on lit : « Si c’était si difficile, elle n’avait qu’à partir plus tôt. On ne reste pas 47 ans sans raison ». Et de manière plus argumentée, on peut entendre également qu’il n’y avait pas – au sens juridique du terme – légitime défense. Que les preuves de la violence conjugale sont faibles, et que l’instrumentalisation des trois filles est possible. Qu’une mère qui laisse son mari violer ses enfants et les battre est forcément complice. Que l’emprise psychologique n’est pas démontrée. Jacqueline Sauvage est donc responsable du meurtre de son époux et la condamnation est justifiée.

 

La notion d’emprise psychologique devient le nœud gordien de cette affaire.

Au-delà du geste de Jacqueline Sauvage, il est une réalité méconnue, méprisée, et même souvent réfutée. Encore aujourd’hui, il est courant d’entendre qu’une femme battue qui ne part pas est une femme qui y trouve son compte, qu’une femme qui laisse son mari maltraiter les enfants est victime certes, faible sans aucun doute et complice très certainement. Et même parmi d’anciennes victimes de violences conjugales qui ont pu fuir cette violence, le doute s’installe : « J’ai bien pu partir, moi, alors 47 ans… je n’y crois pas. »

C’est se prononcer sans savoir. Le cas de Jacqueline Sauvage devient emblématique, il est le quotidien de bien des femmes – et d’hommes aussi. En 2014, 134 femmes sont mortes sous les coups de leur conjoint. 223 000 subissent de la violence physique ou sexuelle ; seulement 14 % portent plainte. Comme 86 % des victimes silencieuses, Jacqueline Sauvage n’a jamais alerté les autorités. Parce qu’après une plainte, il faut se protéger, il faut pouvoir le faire, il faut pouvoir fuir avec les enfants, il faut essayer de vivre.

Aujourd’hui, les centres d’accueil sont trop peu nombreux, les plaintes encore peu reçues, les femmes renvoyées dans leurs foyers, abandonnées à la violence d’un compagnon qui sera entendu et laissé en liberté. Les prises en charge remarquables de certains organismes ou associations ne peuvent servir à toutes. Aussi, dépendantes, sans moyens financiers, matériels, médicaux, elles préfèrent se taire, subir, se dire qu’elles peuvent encore protéger leurs enfants, y croire, et risquer d’en mourir.

Or, en 1965, lorsque Jacqueline Sauvage accouche de Sylvie, sa fille aînée, les mesures de protection sont bien loin d’être ce qu’elles sont aujourd’hui. Peut-on dire qu’elles sont nulles ? Ce serait exagéré ; en tout cas elles sont dérisoires. La première campagne de sensibilisation contre les violences faites aux femmes date, en France, de novembre 1989. Sylvie a 24 ans. Sa mère est mariée depuis 24 ans. Elle est conditionnée depuis autant d’années qui se résument en trois mots : un lavage de cerveau.

 

Mais l’emprise ? Que veut dire ce mot, utilisé presque comme un point Godwin ? L’emprise est l’état dans lequel se retrouve une personne qui va subir de manière répétée, quotidienne, implacable, des comportements qui alternent une tendresse simulée ou utile pour manipuler, et la violence, la maltraitance, les injures, le dénigrement, les reproches, le mépris. Le bourreau utilise la victime comme un objet, pour défouler ses diverses pulsions, jusqu’à la dépersonnaliser.

L’emprise s’installe en suivant toujours le même schéma. Mais elle demeure individuelle et entre en résonance avec les personnalités qui la font vivre et qui la subissent ; elle se glisse dans une ou des fragilités de la victime, et les creuse comme une gangrène, inlassablement. Jacqueline Sauvage avait, comme chacun, ses failles. La première : avoir été charmée par le bad boy local alors qu’elle a 15 ans, l’avoir caché à sa famille, avoir fauté avec ce garçon, se retrouver enceinte alors qu’elle a juste 18 ans et un statut d’ouvrière, se marier pour ne pas être fille-mère, le 5 juin 1965. La loi autorisant les femmes à ouvrir un compte en banque et signer un contrat de travail sans avoir besoin du consentement marital date du 13 juillet 1965, avec la réforme des régimes matrimoniaux, rendant effective la capacité juridique de la femme mariée. De fait, à son mariage, elle est déjà (future) mère, dépendante financièrement, avec un statut professionnel fragile, une conscience d’avoir désobéi au schéma familial, un devoir d’être de ce fait parfaite, irréprochable.

Les quatre enfants naissent, grandissent, sont témoins et victimes de la violence de leur père, mari réputé faignant, alcoolique, agressif, instable. Elle a voulu les protéger. D’autres auraient fait autrement, peut-être. Elle n’est pas « d’autres ». Elle est seule avec son histoire, son quotidien violent, son incapacité à demander de l’aide.

Les enfants grandissent, quittent la maison familiale, elle reste. Elle reste alors qu’elle aurait pu partir, comme certains diraient. Si elle en avait encore eu la conscience, la force, la possibilité. Plus de 20 ans de violence, comment imaginer ce que devient psychiquement une personne en tant de temps ? La liberté est-elle imaginable ? Une juste définition du mot « liberté » existe-t-elle même ? Peut-on reprocher à Alexandre Soljenitsyne de ne pas être allé chercher son prix Nobel, d’avoir attendu 4 ans pour le recevoir, par crainte d’être déchu de sa nationalité soviétique après 8 ans dans les goulags…

Alors Jacqueline Sauvage, comme tant d’autres victimes, vit dans cette emprise. Elle vit, en apparence. Elle est en survie. Elle ne sait plus ce que vivre signifie.

 

Et quand l’entourage et la société en rajoutent, à qui faire encore confiance ?

 

Car c’est bien ce dont souffrent toutes ces victimes : le silence et l’immobilisme de ceux qui savent et se taisent, de ceux qui ont le pouvoir juridique, social ou médical d’agir et ne font rien. Jacqueline Sauvage est hospitalisée plusieurs fois. Les médecins, pas assez formés, ou pas assez à l’écoute, n’ont rien vu. Les services sociaux n’ont rien vu. Les instituteurs n’ont rien vu. Là encore, elle n’est pas un – mauvais – exemple. Elle est victime de l’inanité d’une société qui ne veut surtout pas être dérangée car, après tout, « une fois la porte de la maison refermée, ce qui se passe chez les gens… » ?
Jacqueline Sauvage, comme toutes ces femmes et ces hommes victimes, se tait et ne bouge plus. Qui va les entendre ? Qui va les croire ? Et qui va les aider ?

Quand la violence est physique et psychologique, qui va témoigner de paroles qu’il n’aura pas entendu, de gestes qu’il n’aura pas vus ? Pourtant, chaque mot violent est un coup supplémentaire, qui affaisse un peu plus. Un coup invisible et assassin.

 

Alors… Alors heureusement beaucoup arrivent à fuir. Malheureusement beaucoup ne peuvent pas puisque la violence quotidienne leur est particulière et repose sur des éléments individuels.

Jacqueline Sauvage n’est pas partie et pour cette raison elle est encore jugée, par ceux qui ne veulent pas entendre ou ne le peuvent pas, bien après sa condamnation.

 

En la jugeant ainsi, en créant des doutes, en niant son histoire, c’est bien plus qu’une double peine qui est infligée. C’est un refus de s’impliquer, de prendre un risque, d’écouter une histoire, car elle pourrait faire peur. C’est se poser en singes de la sagesse, en se contentant de singer celle-ci.

JOURNÉE GUERRE ET PAIX DANS LES FAMILLES – RÉSUMÉ DES INTERVENTIONS

Le 25 novembre, l’Espace Famille 92, présidé par Jean-Michel Jamet, organisait à Boulogne Billancourt sa troisième journée d’étude:  « Guerre et Paix dans les familles, ou comment les violences délitent les liens ».
Avec le centre Flora Tristan et l’association CVP

Cette journée s’est déroulée avec le soutien de la mairie de Boulogne Billancourt, de son Maire adjoint à la santé, monsieur Morand, et de son maire adjoint à la parité et au Droit des femmes, madame Defranoux.

Monsieur Jean-Michel Jamet a présenté les interventions de la journée, en concluant par ce que disait Edgar Morin : l’homo erectus est devenu homo sapiens – homo sapiens sapiens, puis homo sapiens démens, laissant naître la violence.

Deux conférences ont eu lieu durant la matinée.

La première : « Violences conjugales – Repérer – Agir »  fut animée par mesdames Françoise Toutain, directrice du centre Flora Tristan 92 et Guilaine Pineau, psychologue clinicienne. 
Elles ont présenté l’accueil, l’accompagnement, les possibilités d’hébergement, de mise en sécurité et de soutien des centres Flora Tristan et l’Escale, situés dans les Hauts de Seine.
Au cours de cette intervention, elles ont projeté le court-métrage ANNA, réalisé par la MIPROF. Ce court métrage montre une jeune femme victime de violences conjugales, son déni, sa peur et sa culpabilité, sa honte, jusqu’au repérage et à la prise en charge par un professionnel de santé. La vocation de ce film est d’être formatif et informatif pour tous les professionnels destinés à recevoir et écouter des personnes victimes de violences au sein de la sphère privée.

Au cours de l’année 2014, le centre Flora Tristan a reçu sur son numéro d’appel plus de 1800 appels, demandes d’aide et de secours. Il a hébergé et ainsi mis à l’abri de violences 250 femmes et enfants. Les séjours y sont généralement de 48h, avant de trouver un lieu d’hébergement sur, à l’abri, et afin de mettre en place les mesures juridiques de protection pour les victimes.
Cette intervention a rappelé le cycle de la violence :

Les violences conjugales durent parce qu’elles s’installent progressivement.

La victime perd alors ses repères, sur ce qui pourrait paraître normal dans une vie de couple (quelques disputes ou crises passagères)  et ce qui n’est pas normal (une emprise et une destruction de la personne). Elle perd aussi ses forces et croit qu’il est de son devoir de « tenir bon », pour préserver la famille ou les enfants, parfois aussi pour protéger son mari, dont elle perçoit des faiblesses derrière sa violence.

L’escalade : au début, dans le couple, tout va bien, puis petit à petit, s’installe la tension dans la relation. Sous prétexte que… La salière est mal placéeles enfants le fatiguentelle a trois minutes de retard, elle démontre trop de plaisir en compagnie de…, surcroît de travail, alcool, stress, chômage, maladie, …
Le prétexte devient le déclencheur de l’incident : pour éviter une scène, la victime tente par tous moyens d’abaisser la tension de son partenaire. Elle devance et se plie à ses exigences. Elle a peur, est paralysée, tétanisée. Elle se fait toute petite.

L’explosion : l’épisode violent aura lieu, quelle que soit la forme de violence utilisée, l’auteur donne l’impression de perdre le contrôle de lui-même, il dit « qu’il ne peut pas s’en empêcher » La victime se sent démunie, détruite intérieurement.

Le transfert : l’auteur tente d’annuler sa responsabilité dans la crise qu’il a déclenchée, le prétexte devient l’excuse utilisée pour transférer cette responsabilité à la victime.  La victime intériorise cette responsabilité, elle le connaît bien, il n’aime pas  qu’elle  s’habille comme ça, travaille, parle avec ses amies… c’est de sa faute. Elle en oublie sa colère, pour que cette violence cesse, elle pense que c’est à elle de changer de comportement… La victime endosse la responsabilité de l‘épisode violent, elle devient la coupable, les rôles sont inversés, l’auteur reprend très rapidement une vie normale.

La lune de miel : après la crise, l’auteur qui craint de perdre sa compagne commence à exprimer des regrets tout en minimisant les faits et justifiant son comportement. Il veut se réconcilier, il demande pardon, supplie de tout recommencer “à zéro”. Il redevient très amoureux, achète des cadeaux, partage les tâches ménagères, l’éducation des enfants, il promet qu’il ne recommencera plus, qu’il se soignera si cela est  nécessaire… De son côté la victime espère, pardonne, elle veut y croire, elle redécouvre l’homme qu’elle a aimé.
Plus est forte l’emprise de cette violence sur la victime, plus s’amenuisent les périodes de lune de miel, qui vont peu à peu disparaître. L’auteur n’en a plus besoin pour la retenir, les conséquences sur sa vie, sa santé, sont telles qu’elle ne croit plus pouvoir y échapper. Le seuil de tolérance à la violence s’élève.

C’est pendant la période de lune de miel, croyant que tout peut changer, que la victime retire sa plainte, revient au domicile, rompt toute relation avec l’entourage.

C’est également pendant cette période du cycle que, souvent par manque de connaissance du processus de cette violence et de son emprise sur les victimes, les amis, la famille, les voisins, les collègues, ne comprennent plus. Ils se sentent impuissants, ils sont déçus de l’attitude de la victime, ils se promettent de ne plus intervenir. Les professionnels qui n’ont pas reçu de formation spécifique, qu’ils soient médecins, avocats, travailleurs sociaux ou policiers, réagissent de même.

Françoise Toutain et Guilaine Pineau ont insisté sur le rôle des professionnels et sur la nécessité de leur formation afin de pouvoir repérer et en prendre en charge les victimes de violence. Françoise Toutain est revenue sur le terme « victime », souvent décrié car dénigrant pour une personne déjà en souffrance. Elle a rappelé que les anglo-saxons parlent aujourd’hui de « survivor », ou survivantes, pour ces personnes sous emprise psychologique et physique.
Enfin, elles ont l’une et l’autre mis en avant pendant cette intervention que la victime – survivor – est dépersonnalisée, devient object de son bourreau, a souvent peur de fuir, en a rarement le moyens financiers, juridiques, et psychologiques, se retrouve dépossédée d’elle-même.
CONTACT Centre Flora Tristan : floratristan2@wanadoo.fr – 01 47 36 96 48

La deuxième conférence était proposée par Anne-Laure Buffet, présidente de l’association CVP, à Bloulogne Billancourt (92). Le thème était : Les conséquences de ces violences sur les enfants. 
Ci dessous, un résumé de ce qui a été dit pendant cette conférence :

Chaque jour, le nombre d’enfants exposés à de la violence et à des négligence graves ne cesse d’augmenter. Ces violences familiales engendrent des problèmes physiques et psychologiques ainsi que de lourdes conséquences à long terme. Outre les effets dommageables produits sur les enfants dans l’immédiat, les mauvais traitements sont associés à des difficultés multiples et qui font surface à l’adolescence et à l’âge adulte. Aujourd’hui nous parlons d’enfant. Nous en parlons sans définir ni son âge, ni son sexe, mais comme d’un individu en construction, dans son rapport à lui-même, et dans son rapport à l’autre, dans son intégration sociale

Cet enfant sera un jour un homme ou une femme. Il sera aussi un citoyen ou une citoyenne, un parent, un individu à part entière. Ce qui se construit aujourd’hui dans son identité et sa personnalité, lorsque cet enfant est victime de violences familiales, c’est son avenir, mais aussi, de manière plus globale, celle de notre société. Ce qui dès aujourd’hui se déconstruit quand il est soumis à la violence familiale, c’est sa place, tant au sein de cette famille, que dans la société.
Un enfant qui voit ses parents se déchirer, qui est pris à témoin et à partie, qui subit directement la violence familiale que ce soit par les gestes, la paroles, les actes, les coups, ne cesse pas d’aimer ses parents. Ce que l’enfant cesse d’aimer, c’est lui-même, car s’il ne reçoit pas d’amour, s’il n’en a pas de preuve, c’est qu’il n’en est pas digne. Or, un enfant qui grandit en ne s’aimant pas et en se sentant indigne d’être aimé va porter une faille narcissique totalement destructrice. Se croyant incapable de recevoir de l’amour, il va pourtant le quêter, le plus souvent en se mettant en danger. Il peut également le fuir. Il peut enfin en venir à se détester et commettre contre lui-même des actes visant à disparaître, parfois définitivement.

Ses repères, ses valeurs sont inexistants ou extrêmement fragiles.
Il ne sait pas vers qui se tourner, ni à qui s’adresser.
Le plus souvent, il n’est même pas conscient d’être en danger.

Un couple qui évolue dans une relation conflictuelle met toujours en péril son enfant. Soit, parce que cette relation conflictuelle se soldera par une séparation, un divorce. L’enfant, et particulièrement l’aîné quand il y a fratrie, porte alors inconsciemment la responsabilité de cette séparation. Il se sent coupable, n’ayant pas pu permettre au couple parental de rester uni.

Quant à l’enfant exposé de manière structurelle aux conflits et à la violence sans qu’un terme n’y soit mis, il est également en danger, n’ayant pour repère que cette communication violente entre ses parents. L’amour, la confiance en soi et en l’autre, le bien-être, la chaleur familiale lui sont étrangers. Le plus souvent, il ignore ces principes qui devraient pourtant être fondamentaux pour sa construction individuelle.

La situation de violence conjugale dont la dynamique est celle d’une prise de pouvoir de l’un des conjoints sur l’autre est encore plus problématique. Les formes de violences en jeu demeurent parmi les plus radicales et les plus intenses.
Qui plus est, comme tout système maltraitant, la relation conjugale violente fonctionne à huis clos, par emprise et assignation au secret. Elle isole, rabaisse, humilie. La victime y risque son intégrité psychique et parfois sa vie.

Les enfants connaissent aussi cette situation : ils se construisent dans une relation d’interdépendance avec des parents massivement absorbés par la relation violente. Le risque majeur les concernant n’est plus seulement celui de la souffrance, mais celui du trauma.

Les professionnels relevant des champs de la justice, du soin, du social, de l’enseignement ou de l’animation sont tous concernés. L’idée n’est pas que chacun occupe tous les rôles dans cette volonté de protéger les enfants en danger, mais que chacun puisse contribuer à une action de prévention et de protection qui s’articule avec celle des autres.

Enfin, les évènements de ces derniers jours, qui viennent en surpoids d’une crise économique et sociale ne peuvent qu’accentuer ces demandes et ces besoins d’aides, d’écoute et d’accompagnements auprès des enfants en danger. Car il en va tant de leur construction individuelle, de leur vie, que de leur avenir, et celui de notre société. L’impact du terrorisme, qui nous effraie tous, et nous concerne tous. Or, la maltraitance psychologique, physique, au sein de la famille, fonctionne comme le terrorisme national.

Un enfant exposé à la violence psychologique peut ne rien dire, ne rien exprimer ni formuler. Aux yeux des personnes non informées, ou non vigilantes, il ne manifeste aucun comportement particulier, alarmant, pouvant justifier d’une inquiétude, d’une prise en charge, voir d’un signalement de situation préoccupante. Or, tous les enfants qui subissent la violence dans le huis-clos familial vont développer à court, moyen ou long terme, divers symptômes, de divers ordres : les symptômes post traumatique, les symptômes visibles et les symptômes invisibles.

1/ SYMPTÔMES POST TRAUMATIQUES

Ce qui crée le traumatisme est la répétition des faits.

Il existe une différence entre blessure et traumatisme : le traumatisme s’installe dans la durée, en aggravant régulièrement la même blessure qui ne peut donc cicatriser.
La violence répétée, physique, verbale provoque de lourdes conséquences. Et plus elle est cachée, plus les conséquences sont douloureuses et s’inscrivent dans le temps.

a) les symptômes d’intrusion qui rappellent l’événement traumatique sous forme de cauchemars, pensées envahissantes, flash-backs (jeux répétitifs chez l’enfant) ;

b) les symptômes d’évitement de tous les stimuli associés au traumatisme (sentiments, conversations, activités, endroits, personnes, etc.) susceptibles de mener au détachement d’autrui et à une restriction des affects ; Ex : Refus de parler, enfant mutique

c) les symptômes neurovégétatifs, tels que les difficultés d’endormissement ou sommeil interrompu, l’irritabilité ou accès de colère, les difficultés de concentration, l’hyper-vigilance, la réaction de sursaut exagéré.

2/ SYMPTÔMES VISIBLES

 a) Problèmes de santé : retard de croissance, allergies, troubles ORL et dermatologiques, maux de tête, maux de ventre, troubles du sommeil et de l’alimentation, plus souvent victimes d’accidents (8 fois plus d’interventions chirurgicales), encoprésie, énurésie

b) Troubles de l’adaptation : phobies scolaires, angoisse de séparation, hyperactivité, irritabilité, difficultés d’apprentissage, troubles de la concentration

c) Troubles du comportement, 10 à 17 fois plus que des enfants dans un foyer sans violence, dont des comportements agressifs vis à vis des autres enfants, 50 % des jeunes délinquants ont vécu dans un milieu familial violent dans l’enfance.

d) Comportements à risque – Comportements suicidaires

 (Rappel : SUICIDE = volonté ou désir conscients et délibérés de se donner la mort => acte volontaire)

 

3/ SYMPTÔMES INVISIBLES

 a) L’instrumentalisation de l’enfant : la double contrainte, le conflit de loyauté, le déni parental, les fausses accusations

–       La double contrainte

On nomme double contrainte (double-bind) une paire d’injonctions paradoxales consistant en ordres explicites ou implicites intimés à quelqu’un qui ne peut en satisfaire un sans violer l’autre.

–       le conflit de loyauté

Conflit intra-psychique né de l’impossibilité de choisir entre deux situations possibles, ce choix concernant le plus souvent les sentiments ou ce que nous croyons en être, envers des personnes qui nous sont chères

Problème pour l’enfant : comment se positionner ?

–       le déni parental

Comportements de l’un des parents qui vise à exclure l’autre parent en tout ou partie de la vie de l’enfant, l’enfant rejetant ce parent sans se rendre compte qu’il est manipulé.

La communication est coupée, il y a refus d’informer sur quoi que ce soit, refus de communiquer adresse, documents administratifs…

En principe le déni parental s’ajoute au conflit de loyauté : le parent toxique manipule l’enfant et lui fait croire que c’est l’autre parent qui a coupé les ponts, la communication…

–       les fausses accusations, soit de la part d’un enfant manipulé, soit de la part d’un des deux parents.
Objectif : semer le doute et la confusion
Ceci peut aller plus loin : dépôt de plainte, dénonciation, signalement, auprès du Procureur, de la BPM, ou tout simplement à l’école, pour encore une fois semer le doute et la confusion

b) La parentification : Parentalisation et Incestuel

–       la parentalisation

Prendre l’enfant en confident, faire disparaître la barrière générationnelle, faire de l’enfant son parent, responsabilités trop importantes pour son âge…

–       l’incestuel

Barrières totalement absentes, la sexualité du parent est racontée, voir exposée à l’enfant

Une fois comprise l’existence de divers symptômes possibles, il faut non seulement pouvoir les détecter, mais aussi les rendre efficients afin de trouver pour l’enfant la solution la plus adapter, qui va le protéger et éventuellement mettre un terme à la maltraitance

L’enfant, consciemment ou non, envoie des signaux d’alerte. Ceux-ci doivent entraîner des conséquences sur le plan juridique, psychologique et social.
Le rôle des professionnels est défini, et est essentiel dans la protection et l’accompagnement de l’enfant et de la famille en danger.

4/ SIGNAUX D’ALERTE

a) les mots des enfants

Rappel : les enfants sont influençables
Rappel : l’enfant qui va être entendu est en situation d’anxiété

b) l’âge des enfants : un enfant ne peut pas inventer quand il est petit : il raconte ce qu’il voit, ressent, ou ce qu’on lui dit de raconter.

c) la posture de l’enfant face au parent

En rendez-vous : comment se comporte l’enfant quand il est seul, et quand il est avec son ou ses parents

d) le comportement individuel, scolaire, social

5/ CONSÉQUENCES JURIDIQUES ET SOCIALES

Chacun a le devoir, la responsabilité, de faire un signalement au parquet s’il est témoin de violences ou de comportements préoccupants. Le signalement peut être fait par un professionnel, par un membre de la famille, par un étranger à la famille témoin de violences et de maltraitances.

Avant le signalement, il est possible de faire une information préoccupante : la situation est examinée par les cellules existant dans chaque département, entre autres l’Aide Sociale à l’Enfance, avant de recourir au procureur ou au Juge des enfants. Ce peut être aussi PMI, BPM…

–       AEMO (action éducative en milieu ouvert): la mission est de conseiller et d’aider les détenteurs de l’autorité parentale afin de faire disparaître l’état de danger ou de conflit.

L’éducateur doit faire un compte-rendu régulier au Juge des enfants ; relai en cas de placement accepté par les parents : savoir présenter l’éventuel intérêt d’un placement, ce qu’il en découle, les droits des parents…

  • rôle éducatif pour supprimer les maltraitances
  • rôle psychologique pour clarifier les problèmes et suivre la famille

–      Le placement : décidé par le juge des enfants.

Différents types d’accueil possibles : à la journée, pendant un temps déterminé, en placement indéterminé
-> chez une personne privée : autre parent, membre de la famille, famille d’accueil
-> dans un établissement sanitaire ou établissement d’éducation ordinaire ou spécialisée
-> dans un service de l’ASE

RAPPEL : Ce sont des mesures provisoires. Elles peuvent à tout moment être à nouveau examinées. Un enfant peut écrire au JE pour demander à rentrer chez lui.

6/ LE ROLE DES PROFESSIONNELS

a) La mission de prévention
Tous les professionnels ont une responsabilité vis-à-vis des enfants, futurs adultes, personnes en construction et en développement, afin de les protéger et de les accompagner face à la violence psychologique et physique.
Aussi, indiquer les numéros d’écoute, les centre d’appels, les lieux où parler, les organismes et personnes à contacter, est une nécessité qui devrait faire loi.

–       Dans les écoles, les collèges et les lycées
–       Dans les crèches, et tous les centres d’accueil destinés à l’enfance (centre de loisirs, organismes de voyages et séjours scolaires…)
–       Chez les professionnels de santé

(Pour info, Sos enfants maltraités a reçu plus de 5600 appels en 2014.)

B) La mission d’information et d’accompagnement
L’accompagnement des enfants et des familles en difficulté commence par l’écoute.
Ecoute : services téléphoniques, à commencer par le 119 (loi du 10 juillet 1989, création du SNATED : Service National d’Accueil Téléphonique pour l’Enfance en Danger). Aujourd’hui le SNATED propose des forums sur Internet

Interservices parents : accueil, écoute, aide aux familles

Le professionnel a des responsabilités : Ecouter, c’est faire un effort conscient pour entendre. Il faut être à la fois disponible et faire preuve d’ouverture d’esprit.
Il faut faire preuve d’empathie, encourager la parole – particulièrement au téléphone. Attention au « mais » qui peut tout remettre en cause. La reformulation est essentielle : elle permet d’instaurer la confiance, de montrer à l’appelant qu’il este entendu, que le professionnel veut le comprendre.

Ecouter, c’est aussi observer les gestes, les attitudes, les comportements (sans se prendre pour un profiler). C’est prendre le temps. C’est enfin donner les moyens nécessaires pour permettre la parole si elle est difficile : dessins, jeux de rôle, figurines…

Il faut également rendre la parole aux parents bienveillants, les inciter à parler, à raconter la vérité, à reprendre leurs places, à donner des valeurs. Le parent bienveillant se sent souvent incapable, interdit de dire et d’agir. Or, il est autant parent que le parent maltraitant. S’il laisse dire ou faire, souvent par peur, il ne peut assumer son rôle de protecteur vis-à-vis de son ou ses enfants. Aussi, encourager ce parent à rependre son rôle et sa place est indispensable tant pour lui que pour les enfants. Ceux-ci ne se sentiront plus, ou moins, pris dans l’engrenage de la violence et du conflit de loyauté. Quant au parent, il se sentira actif dans ce combat face à un parent violent, il se sentira existant. Le combat est long, épuisant, difficile. Mais aussi épuisant qu’il soit, chaque parent bienveillant a non seulement le droit, mais le devoir d’y participer, de ne plus se laisser déposséder de ce qu’il est en tant que parent et en tant que personne.

Un petite réflexion destinée à tous les professionnels, de la santé, du droit, du social, de l’enseignement : en tant que professionnel il ne faut pas se retrancher derrière son mandat mais assumer chacun sa responsabilité tant de professionnel, que de citoyen et éventuellement de parent. Car si nous sommes contactés comme professionnels, aimerions-nous, pour ceux d’entre nous qui sommes parents, nous retrouver dans le camps des accusés à tort, et pire encore, voir nos enfants utilisés et abîmés, peut-être bien plus, par une volonté manipulatrice et destructrice ? Savoir prendre position est un risque mais aussi une nécessité. Il faut savoir prendre le temps, écouter, observer. Il faut accorder du crédit non seulement à la communication verbale, mais aussi à la non verbale. Il faut enfin comparer les discours des deux parents, et celui de l’enfant, observer les écarts.

Etre professionnel ne fait pas de nous des robots. Nous devons conserver notre part d’humanité, en apprenant par le biais entre autres de formations et de supervision à nous protéger de l’empathie qui biaise l’écoute, mais sans perdre de vue que ces situations dramatiques peuvent aussi nous arriver, à nous, à nos proches.

Pour finir, ce message de Mère Térésa : «  LA PAIX DU MONDE COMMENCE À LA MAISON »

La journée s’est poursuivie l’après-midi avec une représentation théâtrale donnée par Rozenn Bodin, « Des mots sur des maux »
Une représentation extrêmement poignante, juste, mettant en scène la souffrance des enfants, des adultes, le difficile combat procédurier, l’isolement, le morcellement, la violence physique.

VOIR UN EXTRAIT DU SPECTACLE DES MOTS SUR LES MAUX

R Bodin

ENJEU DE LA VIOLENCE CONJUGALE : POUVOIR ET CONTRÔLE

La « roue du pouvoir et du contrôle » est un outil qui a été développé dans le cadre d’un programme d’intervention auprès d’hommes auteurs de violences domestiques au début des années 80. Au centre du cercle, est exprimé le véritable enjeu de la relation conjugale fonctionnant de manière violente. Il s’agit de « pouvoir et contrôle ». A la circonférence du cercle, les formes dures de violence qui portent atteinte au corps sont indiquées, à savoir la violence physique et sexuelle. Les rayons du cercle déclinent les principaux leviers de violence symbolique – intimidation, culpabilisation, dévalorisation, isolement, etc. – qui attaquent l’identité de la victime (sa représentation de soi), mais aussi son ancrage dans le monde (sa représentation de son milieu de vie et des relations sur lesquelles pouvoir compter).

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Cette représentation schématique de la dynamique de violence conjugale rend visibles plusieurs de ses enjeux qui peuvent permettre une prise de conscience de son mode de fonctionnement :

  • –  l’enjeu de la pluralité des formes de violence et de leur apparence contrastée : certaines très manifestes et incontestables (violence portant atteinte au corps), d’autres beaucoup plus ambiguës et difficilement repérables, qui renvoient à la manière d’interpréter ce qui se passe au sein du couple ;
  • –  l’enjeu du lien entre ces différentes formes de violence : certaines peuvent apparaître à l’observateur extérieur ou même à la victime comme disparates et/ou relativement anodines, alors qu’elles sont en réalité significatives parce que liées entre elles, toutes visant le même objectif.

    Le schéma peut également faire l’objet d’une lecture chronologique, mettant en évidence que la dynamique de violence s’instaure la plupart du temps d’abord par de la violence psychologique, d’autant plus opérante qu’elle n’est pas manifeste. La violence psychologique repose sur une connaissance intime des points de sensibilité du conjoint et peut ne pas apparaître comme une agression, ni pour un observateur extérieur, ni même parfois clairement pour le conjoint. Ainsi, la victime pourra éprouver une difficulté à se défendre, à affirmer des limites, se sentir confuse ou même, apparaître aux yeux de l’observateur extérieur comme ayant une réaction déplacée ou disproportionnée. C’est non seulement l’image qu’elle pourra livrer à son entourage qui est en jeu, c’est-à-dire l’image qui conditionne en bonne partie le secours qu’elle pourra y trouver, mais aussi son rapport à elle-même.

Il EST INDISPENSABLE DE PRÉCISER QUE LA VIOLENCE EST ASEXUEE. CE SCHÉMA PEUT SE COMPRENDRE TANT EN ENVISAGEANT LA VIOLENCE D’UN HOMME ENVERS UNE FEMME, MAIS ÉGALEMENT D’UNE FEMME ENVERS UN HOMME.
ET ENCORE, D’UN PARENT ENVERS SON ENFANT.
PLUS GÉNÉRALEMENT, DE TOUT INDIVIDU CHERCHANT À DÉTRUIRE PSYCHOLOGIQUEMENT UNE PERSONNE.

SOURCE : ONED

SE PRÉSENTER EN JUSTICE – FORMATION

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Une victime de violences psychologiques a un lourd combat à mener, face à un être particulièrement procédurier, et qui s’engage dans ce qui devient une guerre avec un plaisir machiavélique.
Vite désarmée, apeurée, ne connaissant que peu ses droits, ne sachant ni que dire, ni que faire, ni comment préparer ses enfants et les protéger, la victime se retrouve vite à terre.

Comment se préparer ? Que dire ? Quels argumets, quelle posture avoir ? En quoi consistent les diverses expertises possible, la médiation, l’AEMO…

Cette formation qui se déroulera à Boulogne le 10 novembre de 14h à 18h est destinée à vous apporter des réponses, à vous préparer psychologiquement, à vous aider à construire un dossier, afin de faire reculer vos craintes et vous armer au mieux devant la justice.

INFORMATIONS ET INSCRIPTION : associationcvp@gmail.com

ET SUR FACEBOOK : CVP – FORMATION