PETIT QUESTIONNAIRE FORT ÉLOQUENT

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Lors du groupe de parole du 15 mars, un petit test portant sur trois questions a été posté :

1) Qui parmi vous a déjà été traité de fou / folle par la personnalité toxique dont il / elle a été victime ? 
On pourrait dire en étant caustique que cette question a fait « carton plein ». 100 % de doigts levés.
« J’ai même été interné. » « Moi aussi, j’ai été internée. Pourtant quand j’étais mal chez moi, il ne voulait rien faire pour me soigner. » 
« Moi, il a voulu me faire interner. Une chance pour moi, ce jour-là ses deux amis médecins ne travaillaient pas. Le médecin urgentiste qu’il a appelé a refusé de signer un internement. »

2) La personne toxique dont vous étiez victime était-elle socialement intégrée ? Avait-elle un rôle, réel ou fictif, une place en vue, était-elle reconnue comme importante ? 
À nouveau, 100% de réponses positives.
Le pervers narcissique structurellement accompli a un besoin fondamental de cette reconnaissance sociale. Que ce soit professionnellement, au sein d’un club sportif, dans une activité culturelle, dans le champ politique… Son ambition est d’être au sommet ou d’imposer cette croyance aux yeux des autres qu’il a atteint le sommet.
Ainsi de celui qui se fera appelé « Président », même s’il ne peut revendiquer un titre. Ainsi aussi de celui ou celle qui s’attribuera des mérites, des diplômes, qui ne lui reviennent pas. Ainsi encore de celui (ou celle), qui par son talent verbal saura s’imposer et donner à penser qu’il sait, qu’il fait, qu’il a réussi.

3) Parmi vous, qui a déjà fait une tentative de suicide ? 
Plus de la motié des participants a répondu par l’affirmative à cette question. « À 15 ans j’ai fait une TS. », « Mon mari m’a poussée au suicide. » , « Mettre fin à mes jours me semblait être la dernière solution possible. »
Épuisement, panique, peur, doutes, incompréhension, dépersonnalisation… Les raisons sont multiples. La cause est toujours la même : le/la toxique détruit totalement et retire l’envie de vivre. Il puise sa propre force vitale dans la mise à mort de l’autre, mise à mort psychologique ou/et physique. Le suicide est la forme ultime de cette violence. On peut parler de crime parfait. Pas d’arme, pas de criminel, tout du moins en apparence. Mieux encore, pas de motif. Comment reprocher à ce veuf désespéré, à cette veuve inconsolable, la disparition de son /sa conjoint(e) ?

Si vous aviez été présent, qu’auriez-vous répondu à ces trois questions ? Avez -vous entendu que vous étiez fou/folle ? Avez-vous songé, avez-vous tenté de mettre fin à vos jours ?

Anne-Laure Buffet

VOUS N’ALLEZ PAS ME CROIRE…

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– Vous n’allez pas me croire…
– Je n’ose pas vous raconter…
– Je ne sais pas comment j’ai fait pour supporter ça…
– C’est de la folie, non ? Vous pouvez m’aider ?

Les victimes qui viennent en thérapie sont totalement perdues. Elles n’ont plus de repère. Elles ne savent plus distinguer le vrai du faux, le juste de l’injuste, le bien du mal. Elles se pensent seules – et bien souvent elles le sont. Isolées par une personnalité toxique qui a su éloigner amis, famille, enfants. Qui a su leur faire cesser toute activité professionnelle.
Leurs faits et gestes les plus quotidiens sont conditionnés par le toxique. Il faut regarder telle émission de télé, il faut écouter telle chaîne de radio. C’est à telle heure qu’on mange tel plat, et c’est telle chose qu’on dit dans telle circonstance.
Elles sont conditionnées à « bien » se comporter, « bien » au sens où l’entend la personnalité toxique.
Elles sont infantilisées, n’ayant le droit de s’exprimer que de la manière dont l’entend celui, ou celle, qui manipule.

Comme un parent faussement bienveillant va en fait téléguider son enfant, lui interdisant au nom du « C’est pour ton bien » de s’exprimer, de grandir, d’être un individu à part entière, le manipulateur, ou la manipulatrice, va décerveler sa victime et lui imprimer un système de pensées afin de servir ses propres intérêts – uniquement ses intérêts.

Les victimes ne savent même plus si elles peuvent penser et réfléchir. Quand elles ont une idée, quelle que soit l’idée, elles ne s’autorisent pas à la développer. Elles ne s’autorisent surtout pas à la garder pour elles – le jardin secret est interdit. Elles doivent tout dire à celui, ou celle, qui les conditionne. L’instant de silence est traduit en instant de mensonge. Et, toujours comme le ferait un parent bienveillant, mais avec l’objectif de détruire et de posséder, la personnalité toxique va expliquer à quel point le silence est un mensonge et une trahison.

Elles restent petit enfant.
C’est ainsi que je les rencontre.
Des enfants. Apeurés, effrayés. Aux nuits hantées de cauchemars. Demandant l’autorisation pour tout ce qu’il y a de plus banal. N’osant jamais dire non. Elles sont convaincues de ne pas en avoir le droit ; et plus encore, que dire non, c’est être méchant, c’est faire du mal à l’autre.

Pour exemple, cette jeune femme que j’accompagne depuis plusieurs semaines. Je la sais allergique à la cigarette. Elle déteste l’odeur du tabac, ne supporte pas la fumée. À la fin d’une séance un peu difficile, je m’apprête à conclure. Elle a la tête baissée. Elle a honte d’elle – elle a tenu tête la veille à son compagnon et s’est entendue dire qu’elle est monstrueuse. Nous discutons encore une minute.
Je lui demande alors – volontairement – si je peux fumer. Elle devrait me dire non.
– Oui, bien sûr !
– Vous êtes certaine ? 
– Je ne peux pas vous l’interdire. Vous faites ce que vous voulez.
– Il ne s’agit pas d’interdiction. Il s’agit de respect. Mutuel. Je vous le demande encore : est-ce que je peux fumer ?
– Je ne sais pas… Oui puisque je vous respecte. 
– Et moi, si je fume, est-ce que je vous respecte ? 
– Moi ? Moi, ça ne compte pas…

Je n’ai pas allumé de cigarette.
Cette jeune femme n’a plus conscience de ce qui est possible, normal, respectueux, adulte. Je suis son thérapeute. Je travaille avec elle pour son bien. Je sais que la cigarette la rend malade. Nous sommes sur un lie de travail. Autant de raisons pour qu’elle refuse. Elle ne peut pas. Pour elle, le refus est signe d’agressivité, de méchanceté, de conflit, de bêtise. Un simple « Non » lui est impossible.

La plupart des victimes sont ainsi quand elles viennent me voir pour la première fois. Elles ne savent pas dire non. Ce serait manquer de respect. Ce serait devenir l’adulte qu’elles n’ont pas le droit d’être.

Il leur faut alors apprendre, autrement. Déplacer le champ de pensée, et se replacer au coeur d’un système.
Car en ne disant jamais non, les victimes le disent tout de même. Ce que je leur demande, c’est de réfléchir à qui, en se taisant, elles disent non.

 

©Anne-Laure Buffet

CES MÈRES TROP « AIMANTES »

Les mères trop aimantes ou abusives

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Loin des débats culturels, confessionnels ou idéologiques, il n’en reste pas moins que certaines mères, et ce pour de multiples causes, sont des mères « abusives ».

À l’inverse de la « good enough mother » (voir Winnicott), la mère abusive contraint son enfant – le plus souvent son fils – à être un prolongement d’elle-même. En psychanalyse, certains parlent de l’importance phallique qu’elle possède – enfin ! – complexée par une castration naturelle.

La mère abusive est exigeante, mais elle est aussi inconsciente du caractère anormal de son amour. C’est presque toujours en toute bonne foi que la tyrannie affective maternelle entre en jeu. L’amour maternel abusif est captatif, elle ne peut comprendre ni satisfaire correctement les besoins de l’enfant. Elle agit le plus souvent à contre-temps sur le plan éducatif. Elle a tendance à interpréter comme des offenses contre elle les erreurs que l’enfant fait sans malice. Une mère normale sait qu’élever son enfant, c’est lui apprendre à se passer d’elle. C’est précisément ce que redoute et refuse la mère abusive, qui s’efforce de pérenniser chez lui le bébé qui était entièrement sous son pouvoir.[1]

On peut rapprocher par certains de leurs comportements les mères abusives des MPN. Pour autant il demeure une distinction majeure : si la mère abusive peut avoir pour désir d’assouvir sa propre satisfaction au travers de son enfant sans tenir compte de l’identité propre à celui-ci, et de ses besoins naturels, elle peut l’être aussi par anxiété, perfectionnisme, culpabilité, avec l’unique désir d’être vue comme une mère parfaite. Mais la perfection n’est pas de ce monde…[2]


[1] Voir à ce sujet : Marie-Noël Tardy-Ganry et Thérèse Durandeau, Les troubles de la personnalité chez l’adolescent. Comment réagir en tant que parent ?

[2] Ainsi certaines mères (mais c’est également vrai pour certains pères) tireront une gloire très personnelle des résultats et progressions de leurs enfants. Le moindre échec, la première difficulté, devient leur échec, leur difficulté, et ils n’auront de cesse de le taire, et de chercher le moyen pour y pallier, en oubliant alors l’intérêt propre de leur enfant.

©Anne-Laure Buffet

LE MANQUE EST LÉGITIME

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– Je ne sais pas. Peut-être que je me suis trompée…
– Je pleure tout le temps. Je me sens mal. Il me manque. Peut-être que j’exagère.
– Je ne veux plus parler d’elle. Si je dis que je la regrette, on me répond que je suis dingue ; que je n’ai qu’à y retourner, et que je ne vienne pas me plaindre…
– Personne ne me comprend. Je sais qui il est. Mais j’angoisse sans lui…

Angoisse. Anxiété. Peur. Culpabilité. Doute…
Il y a eu séparation. De votre fait. Un jour pas fait comme un autre, vous êtes parti(e). Vous avez pris vos cliques et vos claques, ou encore la poudre d’escampette… Appelons ça comme vous voulez. Vous êtes parti(e) parce que la situation n’était plus tolérable. Parce que vous vous sentiez en danger. Psychologique. Physique. Un danger parfois mortel. Les intentions suicidaires, les TS (tentatives de suicide), les maladies d’origine somatique, parfois invalidantes, sont la conséquence de ces mois, de ces années passés au contact d’une personne toxique.

– Mais je l’aimais… Et parfois tout allait bien…

Oui, parfois tout allait bien. Parfois. Le toxique séduit. Mais sous contrôle, et le fait au début sans contrainte. Sans violence; Il (elle) charme, promet, enjolive, flatte. Il (elle) endort la vigilance, imite vos qualités, s’appuie sur ce que vous détestez, le conflit, et fait en sorte de ne pas en provoquer. Il est si tendre, elle est si attentive... Bien sûr parfois il (elle) s’emballe, s’énerve… Mais tout le monde est ainsi, n’est-ce pas ?

Oui, tout le monde. Mais chez le toxique, le parfois devient souvent. La norme est dans le contrôle, et le sentiment de malaise qui en découle. Je ne sais pas comment expliquer, il n’y a rien de tangible, c’est un sentiment, c’était son regard, je savais que je ne devais pas aller plus loin, je préférais me taire…
Le toxique anesthésie, d’abord en douceur, puis de manière encore plus insidieuse, en laissant planer le doute du possible conflit si vous n’étiez pas d’accord avec lui. Et si vous n’êtes pas d’accord avec cette personne si parfaite, c’est que vous avez tort, il faut vous remettre à votre place. Vous gronder. Vous punir.

Un jour, le conflit est inévitable. Un jour qui peut être suivi de tant d’autres. Les critiques pleuvent. Le dénigrement suit, les moqueries, les accusations. La diffamation. Le geste brutal, le ton acerbe, le regard glaçant. La main qui se lève et retombe sur vous. Plusieurs fois.

Vous partez.

Et pourtant, quelques temps après, il (elle) vous manque. Vous ne pardonnez pas, mais vous cherchez à l’excuser. À justifier ses gestes. Ses paroles. En bon samaritain, vous voulez encore croire que le changement est possible. Il (elle) vous a appris à croire que vous avez tort. Et ce message contraignant vous poursuit, malgré la séparation, et la distance. Vous avez tort… alors vous regrettez. Vous occultez le pire, cherchant à sauver le meilleur. Vous hésitez… À vouloir recommencer, essayer, encore…

Vous entamez la période de deuil. La nécessité de l’acceptation d’une fin. D’une fin sans retour possible. L’obligation de mettre un terme à tout espoir – vous, l’optimiste le (la) bienveillant(e), vous devez vous interdire de l’être. C’est le deuil d’une histoire sentimentale dans laquelle vous avez été instrumentalisé(e), une histoire d’amour dans laquelle vous vous êtes investi(e), épuisé(e), sans partage.
Le deuil est angoissant, il plonge dans l’abîme, dans la réflexion, dans l’obligation d’être seul(e) avec soi. Il fait naître ou développe les doutes et la culpabilité. Il accroit la honte… Comment raconter tout cela, qui peut l’entendre, qui peut le comprendre ?

Le deuil est nécessaire. Il permet de mettre un terme complet au sentiment qui retient et excuse le toxique. Pas à ses actes, qui peuvent continuer. Mais au sentiment d’amour, d’affection, de dépendance.

Il faut accepter le deuil. Il faut admettre de passer par cette étape douloureuse. Le deuil permet d’avancer, de se reconstruire. Il n’excuse pas le toxique. Il est la conclusion de cette relation.

©Anne-Laure Buffet
annelaurebuffet@gmail.com

ATTENTION, TOXIQUE !

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Depuis quelques jours nous recevons de nombreux témoignages au sein de CVP – Contre la Violence Psychologique concernant le terme « toxique ». Pour la plupart, les témoignages confirment et insistent sur une réelle toxicité de la relation lorsqu’une personne se retrouve sous l’emprise d’une autre, que ce soit au sein du couple, de la famille, ou dans un autre cadre.

Les mêmes termes reviennent : « Je me suis sentie empoisonnée. » « C’est comme si j’avais du venin qui me coulait dans les veines.  » « S’il vous plaît, avez-vous un antidote, est-ce qu’il y a un médicament ?  » « J’étouffe, je ne respire plus, c’est mortel. ».

Certains témoignages montrent en revanche le doute, la crainte que le terme « toxique » inspire.
« Pourquoi toxique ? Pourquoi ne pas dire destructeur ? Est-ce que ce n’est pas trop violent ? « 

Nous nous sommes posé la question au sein de CVP. Quel terme serait le plus adéquat, le plus judicieux pour qualifier cette relation ? Déjà utilisé par de nombreux spécialistes, à commencer par Susan Forward (Parents toxiques, ed. Poche Marabout), nous nous sommes interrogés sur ce mot qui nous vient spontanément, comme il s’est présenté à d’autres avant nous.

Toxique : parce qu’on peut en mourir, comme on peut en guérir. Toxique, car « le mal » s’infiltre plus ou moins lentement, graduellement, pour devenir peu à peu maître des pensées, du comportement, des gestes, de la vie toute entière de la personne sous emprise.
Toxique, car il se propage, conduisant parfois à des troubles somatiques, physiques, à des maladies longues à guérir et handicapantes.
Toxique car il entraîne un dérèglement. Et une accoutumance.
Toxique car nocif.

Pour citer Paul Valery : « Le mélange de vrai et de faux est énormément plus toxique que le faux pur. »

Il ne nous vient donc pas d’autre qualificatif. La relation d’emprise est toxique. Celui ou celle qui engendre cette relation l’est également, par ses agissements, avec son entourage. Et la mesure de ses actes ne peut être prise que sur le long terme.

©Anne-Laure Buffet

TU ES MALTRAITANT !

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J’ai lu que dire à son enfant…
J’ai haussé le ton avec ma fille…
Hier j’ai craqué, je n’ai pas pu m’empêcher de pleurer…
Ma fille a puni son enfant en le privant de télévision, est-ce que le père peut se retourner contre elle ? (et inversement, mon fils a puni…)
… est-ce grave ?

Ces questions, j’en reçois plusieurs fois par semaine. De parents, de grands-parents, parfois de proches, inquiets, affolés pour certains, se demandant ce qui peut, ce qui va leur être reproché. Parce que, classiquement, un parent toxique cherchera constamment la petite bête, la fera grossir, grossir, jusqu’à ce qu’elle vous explose en pleine figure.
Plainte pour maltraitance. Information auprès du Procureur de la République. Dénonciation. Accusations. Reproches. Appels, mails, SMS pour vous dire, vous rappeler, ô combien vous venez de faire du tort à votre enfant, donc ô combien vous êtes dangereux(se)! Assistantes sociales, expertises medico psy, enquêtes sociales, AEMO.
Parce que c’est déjà arrivé, parce qu’à force d’en entendre parler, ou d’être menacé(e), le pire est craint, constamment.

Alors… Alors il faut, même lorsque la destruction  psychologique est si avancée que tout provoque la panique, savoir raison garder.
Un parent qui va envoyer son enfant dans sa chambre (et l’on ne va pas faire un débat ici sur l’intérêt ou non de cette punition) parce qu’il désobéit en permanence, est insolent, capricieux… n’est pas un parent maltraitant. Un parent qui va envoyer son enfant dans sa chambre avec interdiction d’en sortir pendant 24 heures, et qui ne lui donnera qu’un verre d’eau et un morceau de pain est maltraitant.

Un parent qui refuse l’usage du téléphone portable pendant que l’enfant fait son travail scolaire n’est pas maltraitant. Un parent qui supprime le téléphone portable, donc le contact tant avec les amis qu’avec, et surtout avec, l’autre parent est maltraitant.

Un parent qui emmène ses enfants en week-end à la campagne sans en informer l’autre parent n’est pas maltraitant. Un parent qui éloigne ses enfants pendant une longue durée, sous prétexte de vacances par exemple, et sans informer l’autre parent, sans que les enfants ne puissent le dire, est maltraitant.

Un parent qui se met à pleurer devant son enfant, d’épuisement ou d’inquiétude, ne va pas l’entraîner dans des affres dramatiques. Il (elle) s’est simplement autorisé(e) à montrer sa propre peine… un parent a le droit de ne pas être un Superman, ou Wonder Woman, mais un être humain avec ses émotions. Exprimer ses émotions, devant ses enfants, c’est les autoriser également à en avoir.
Un parent qui va pleurer chaque jour, se désespérer, cesser de manger, errer de pièce en pièce l’âme en peine, est maltraitant. Indirectement, il est dans l’attente d’une réponse, d’un soutien… Il confie à son enfant le rôle de consolateur et avant même d’être consolateur, il en fait le réceptacle de ses souffrances.
Un enfant doit se construire et accepter d’avoir des émotions. Mais un enfant n’est ni le parent, ni le psy de son propre parent. Lui demander de l’être, c’est l’empêcher d’être lui. Là est la maltraitance.

De même, un parent qui dira face à un bulletin de notes mauvais (je dis bien : « mauvais », c’est-à-dire où l’espoir du passage s’envole, où les commentaires incitent à se demander si votre enfant a un jour trouvé la salle de classe…), ce parent donc qui dira : « mais qu’est-ce que je vais faire de toi ?! » n’est pas maltraitant. Il est inquiet.
Un parent qui tous les soirs obligera son enfant à s’acharner sur des exercices de maths ou des conjugaisons de verbes irréguliers, en lui répétant que sinon, jamais, il ne fera rien de sa vie, et qu’il est stupide de ne pas y arriver est maltraitant.

Comme écrit dans la mise en garde précédente… Tous les manuels, essais, guides, ouvrages, documentaires… sur le sujet de la maltraitance sont indispensables, pour informer. Mais lorsqu’un parent, victime de manipulation, de harcèlement, de violence psychologique, lorsque ce parent qui déjà est en perte de repères, lit de tels articles, il est confronté(e) en permanence au doute. Ais-je bien fait ? Ais-je bien dit ? Quelle attitude dois-je avoir ? Et, pour finir, ce parent calquera son attitude sur celle décrite comme idéale par le parent toxique, en croyant éviter ainsi des reproches. Dans la supposition permanente de ce que le parent toxique dira, critiquera, fera, l’autre parent perdra tout naturel, et… toute raison.
C’est alors du pain béni offert au maltraitant, qui lui-même, n’attend qu’une chose : déceler une faute. Une erreur. Et qui fait tout pour vous y pousser.

Alors, oui, il faut lire, s’informer, se renseigner, et se protéger. Oui, il faut un cadre éducatif, pédagogique, parental pour que l’enfant se construise avec le droit d’être un enfant, et d’être respecté comme tel. Mais il ne faut jamais oublier que donner des limites à un enfant est indispensable, que celui-ci les attend et qu’il en a  besoin, car elle le rassurent. Fixer des limites ne veut pas dire être maltraitant. Avoir de l’autorité ne peut pas dire détruire son enfant. Être parent aimant , c’est également savoir dire Stop ! à temps.

©Anne-Laure Buffet

ÉTAT DE STRESS POST TRAUMATIQUE

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Qu’appelle-t-on état de stress post-traumatique ?

L’état de stress post-traumatique (ESPT, également appelé syndrome de stress post-traumatique) est un ensemble de symptômes qui se développent lorsqu’une personne a été exposée à un événement traumatisant générateur d’une détresse importante et soudaine. Face à ce type d’événement, il est normal de ressentir un choc : c’est la réaction dite de « stress aigu », qui dure habituellement moins d’un mois. Chez certaines personnes, cette période de stress persiste de manière anormalement longue, de plusieurs semaines à plusieurs mois. On parle alors d’ESPT.

Comment se manifeste l’état de stress post-traumatique ?

La personne traumatisée revit en permanence l’événement à travers des souvenirs, des rêves ou des flash-backs qui la saisissent par surprise. Parfois, les sensations physiques ressenties au moment du traumatisme resurgissent à l’improviste. Ces symptômes s’accompagnent d’une tendance à fuir tout ce qui pourrait rappeler le traumatisme. Cette attitude d’évitement peut aboutir à l’amnésie partielle ou totale des événements.

La personne atteinte d’ESPT a également l’impression d’avoir perdu le contact avec son environnement, le sentiment d’évoluer en permanence dans le brouillard, anormalement froide et distante.

D’autres symptômes peuvent survenir : troubles du sommeil, irritabilité, détresse, difficultés à se concentrer ou hypervigilance (peur exagérée du monde extérieur). Des complications peuvent survenir, tels des troubles du comportement alimentaire ou des toxicomanies (alcool, drogues, médicaments). Dans 25 à 30 % des cas, on assiste à l’apparition de symptômes dépressifs.

Quelles sont les causes de l’état de stress post-traumatique ?

La personne qui souffre d’ESPT peut être la victime, ou simplement le témoin de la scène traumatisante. Ces événements ont provoqué une réaction intense mêlant peur, détresse et horreur. Ils varient de l’agression sexuelle ou de l’accident des transports, à la guerre, la prise d’otages, la violence physique ou psychique, la catastrophe naturelle ou l’attentat.

Plus que la gravité réelle des événements traumatiques, c’est la gravité perçue qui semble décider de l’apparition d’un ESPT.

Peut-on éviter l’apparition d’un état de stress post-traumatique ?

Pendant la période de stress qui suit un événement traumatique, certaines mesures semblent contribuer à prévenir l’évolution vers le mode chronique.

En cas de besoin, il est essentiel de parler de l’événement avec des amis, sa famille, son médecin généraliste, un psychothérapeute ou d’autres personnes ayant vécu la même expérience, etc. Mais certaines personnes préfèrent ne pas parler de ce qu’elles ont vécu. Dans ce cas, il est préférable de ne pas les contraindre à décrire leur expérience.

Mieux vaut laisser le temps faire son office, sans être trop impatient de recouvrer son bien-être et sans se formaliser de l’incompréhension des membres de son entourage face aux sentiments exprimés. Prendre soin de soi, pratiquer des activités de relaxation et de détente, sont autant d‘éléments qui contribueront à la guérison.

Enfin, il est préférable de ne pas consommer d’alcool, de drogues ou de médicaments anxiolytiques (tranquillisants) ou de médicaments hypnotiques (somnifères), en dehors de ceux éventuellement prescrits par le médecin traitant.

Comment aider les personnes souffrant de stress aigu ?

Lorsqu’un proche a récemment subi un traumatisme, il est possible de l’aider à se rétablir sans évoluer vers un ESPT.

  • Conseillez-lui de consulter rapidement un médecin, qui l’aidera à passer le cap et interviendra précocement s’il y a un risque d’évolution vers un mode chronique.
  • Soyez à l’écoute sans jamais juger. Posez-lui des questions ouvertes pour l’aider à s’exprimer. Ne le forcez pas à revivre le traumatisme, mais encouragez-le à exprimer ce qu’il ressent au moment de la discussion.
  • Si vous vous en sentez capable, discutez avec lui de la façon dont il pourra essayer d’intégrer le traumatisme et ses conséquences dans ses croyances, ses valeurs et sa manière de considérer la vie en général.
  • Conseillez-lui de s’informer sur le stress aigu et l’ESPT. Comprendre les symptômes que l’on éprouve constitue un premier pas vers la guérison.
  • Aidez-le à se détendre, à se relaxer et à se changer les idées. Assurez-vous qu’il se sente en sécurité à tout moment.

Comment soigne-t-on l’état de stress post-traumatique ?

Les traitements de l’ESPT sont plus efficaces s’ils sont mis en place rapidement, c’est-à-dire dès que le stress devient anormalement persistant (plus d’un mois après l’événement traumatisant). En général, leurs effets positifs se font ressentir au bout de trois à quatre mois.

La prise en charge psychothérapeutique fait appel aux thérapies comportementales et cognitives, à l’hypnothérapie ou à la sophrologie qui ont toutes montré une certaine efficacité dans le traitement de l’ESPT. Certains médicaments antidépresseurs ont également une action bénéfique, démontrée dans le cadre d’études cliniques, et cela même si la personne n’est pas déprimée.