TRANCHE DE VIE

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– Non mais sérieusement, c’est quoi ton boulot ?
– Thérapeute. Je fais de l’accompagnement de personnes qui se sont retrouvées en souffrance, sous emprise de personnalités toxiques
– Ah. Des victimes, en fait.
– Des êtres humains qui ont été mises dans la situation de victimes.
– Et tu les soignes ?
– Ce ne sont pas des malades.
– Si tu soignes pas, tu fais quoi ?
– Je les accompagne dans un travail de réflexion et de reconstruction. Pour comprendre ce qui les a menées à être sous emprise. Pour sortir de cette violence psychologique. Pour se redécouvrir, s’aimer. Et vivre, pleinement.
– Ah. C’est cool.
– Non, c’est pas cool. C’est humain.

 

Anne-Laure Buffet, thérapeute
06 65 14 97 33

J’ai fondé l’association CVP – Contre la Violence Psychologique pour informer, et dénoncer les violences psychologiques, pour protéger et accompagner les personnes victimes de comportements toxiques, de maltraitante et de violences. 

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ENTENDRE LA SOUFFRANCE

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J’ai déjà consacré quelques articles sur ce blog aux dangers des assimilations et des diagnostics posés trop vite, sans avis médical, sans conseil, à la simple lecture de quelques lignes dans un magazine ou dans un livre.

La personne soumise à un comportement toxique aura le plus souvent elle-même été qualifiée de folle, de malade, de dangereuse, de pervers narcissique. Pour peu qu’elle soit contrainte de prendre un traitement (anti dépresseurs, anxiolytiques…), ce sera une arme en plus pour la personnalité toxique. « Tu vois, je te l’avais bien dit, tu ne vas pas bien, mais tu ne veux jamais m’écouter… ».

Je passerai sur les termes évoquant la nullité, l’incompétence, le manque de cohérence, de cette victime de comportements destructeurs.

Un jour vient la prise de conscience. En lisant, en parlant, en s’informant, la victime comprend qu’elle est victime. Que le trouble ne vient pas d’elle, mais de celui ou celle qui l’a « choisie », comme un prédateur choisit sa proie. Je vois arriver certaines de ces victimes en consultation. À la fois apeurées, désespérées, dans la honte et la culpabilité. Mais avec une certitude :

– C’est un PN. – Comment le savez-vous ? – Je l’ai lu. C’est son portrait craché. – Avez-vous consulté un médecin, un professionnel ? – Non. – Si je vous dis que ce n’est pas forcément un PN, mais que son comportement toxique et destructeur vous nuit, que me répondez-vous ? – S’il n’est pas PN, pourquoi fait-il cela ?

La presse, les médias, un certain nombre de professionnels informent de plus en plus sur la perversion narcissique, ses dangers, ses conséquences sur la victime. Heureusement, car cette information est indispensable. Mais elle génère à la fois anxiété et frustration. Anxiété, car les comparaisons sont trop vite faites. Or, c’est tout un contexte qu’il faut prendre en considération, et non quelques faits. La perversion narcissique s’inscrit dans le temps, dans la répétition des actes, des gestes, des paroles tendant à détruire sa proie. « S’il est PN, je suis en danger, et les enfants aussi ? » Oui, bien sûr, être en présence d’un pervers narcissique est un danger quotidien pour celui ou celle qui en est la proie.

Mais s’il n’était pas PN ? Si la personnalité mise en cause souffrait d’un autre trouble, d’une autre pathologie ?

Pour certaines victimes de comportements toxiques, cette réflexion crée alors une frustration. Pour autant il n’a pas été dit que le danger n’existe pas. Que le danger soit lié à de la perversion narcissique.

Ce qu’il faut prendre en compte, dans toute information communiquée et reçue, est également ce point : la manière dont la victime va recevoir l’information. S’appuyer sur le postulat que « l’autre » est PN est loin d’être suffisant pour trouver les solutions et adopter un comportement protecteur. En revanche, partir d’un autre postulat, celui d’une situation de souffrance et de maltraitance induites par des agissements et comportements répétés tendant à dénigrer, rabaisser, humilier et disqualifier une personne, jusqu’à la réduire à l’état d’objet, de marionnette incapable de penser et d’agir, ne doit en aucun cas être ignoré.

Ce que j’entends en consultation, ce que j’observe, est l’expression sous toutes ses formes de la souffrance. De ce qui en est la cause et l’origine. S’il est difficile de faire entendre à une victime qu’elle peut avoir en elle une faille narcissique, une blessure ancrée, un manque de construction propre ayant autorisé la mise en place de la relation toxique, c’est pour autant sur ces points que je vais travailler avec la personne que je reçois. Pour l’amener à se reconnaître, à s’autoriser à s’aimer, à agir. À être un être humain à part entière. Je l’amène à comprendre qu’elle est proie avant d’être victime, et à le comprendre sans culpabiliser.

La personne qui compte pour moi et celle qui s’adresse à moi. C’est elle qui mérite mon attention, mon écoute, ma bienveillance, et mon accompagnement pour une saine reconstruction.

©Anne-Laure Buffet

annelaurebuffet@gmail.com

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PETIT QUESTIONNAIRE FORT ÉLOQUENT

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Lors du groupe de parole du 15 mars, un petit test portant sur trois questions a été posté :

1) Qui parmi vous a déjà été traité de fou / folle par la personnalité toxique dont il / elle a été victime ? 
On pourrait dire en étant caustique que cette question a fait « carton plein ». 100 % de doigts levés.
« J’ai même été interné. » « Moi aussi, j’ai été internée. Pourtant quand j’étais mal chez moi, il ne voulait rien faire pour me soigner. » 
« Moi, il a voulu me faire interner. Une chance pour moi, ce jour-là ses deux amis médecins ne travaillaient pas. Le médecin urgentiste qu’il a appelé a refusé de signer un internement. »

2) La personne toxique dont vous étiez victime était-elle socialement intégrée ? Avait-elle un rôle, réel ou fictif, une place en vue, était-elle reconnue comme importante ? 
À nouveau, 100% de réponses positives.
Le pervers narcissique structurellement accompli a un besoin fondamental de cette reconnaissance sociale. Que ce soit professionnellement, au sein d’un club sportif, dans une activité culturelle, dans le champ politique… Son ambition est d’être au sommet ou d’imposer cette croyance aux yeux des autres qu’il a atteint le sommet.
Ainsi de celui qui se fera appelé « Président », même s’il ne peut revendiquer un titre. Ainsi aussi de celui ou celle qui s’attribuera des mérites, des diplômes, qui ne lui reviennent pas. Ainsi encore de celui (ou celle), qui par son talent verbal saura s’imposer et donner à penser qu’il sait, qu’il fait, qu’il a réussi.

3) Parmi vous, qui a déjà fait une tentative de suicide ? 
Plus de la motié des participants a répondu par l’affirmative à cette question. « À 15 ans j’ai fait une TS. », « Mon mari m’a poussée au suicide. » , « Mettre fin à mes jours me semblait être la dernière solution possible. »
Épuisement, panique, peur, doutes, incompréhension, dépersonnalisation… Les raisons sont multiples. La cause est toujours la même : le/la toxique détruit totalement et retire l’envie de vivre. Il puise sa propre force vitale dans la mise à mort de l’autre, mise à mort psychologique ou/et physique. Le suicide est la forme ultime de cette violence. On peut parler de crime parfait. Pas d’arme, pas de criminel, tout du moins en apparence. Mieux encore, pas de motif. Comment reprocher à ce veuf désespéré, à cette veuve inconsolable, la disparition de son /sa conjoint(e) ?

Si vous aviez été présent, qu’auriez-vous répondu à ces trois questions ? Avez -vous entendu que vous étiez fou/folle ? Avez-vous songé, avez-vous tenté de mettre fin à vos jours ?

Anne-Laure Buffet

PATHOLOGIE DE L’ATTACHEMENT

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Dans le cadre de la famille, la pathologie de l’attachement peut se éclisser sous trois formes : l’absence d’attachement, les défaillances de l’attachement et l’excès d’attachement. Dans ces trois situations, la fonction parentale (exercice du rôle maternel ou paternel) est pervertie. On parle alors de dysparentalité et l’enfant est victimisé, subissant diverses formes de violence de la part de l’adulte supposé le protéger et l’autonomiser.

L’absence d’attachement peut prendre la forme extrême de l’infanticide, l’enfant étant tué à la naissance ou juste après, assez souvent dans le contexte d’une maternité précoce, non désirée, cachée (mère adolescente, frustre ou isolée), éventuellement dans le cas d’une dépression puerpérale, d’une psychose du post-partum (entre le cinquième et le vingt-cinquième jour après l’accouchement). Elle peut se manifester par l’abandon, la négligence ou la carence de soins.

La maltraitance à enfants s’inscrit généralement dans le cadre de perturbations familiales transgénérationnelles (comme le montre l’approche systémique, l’utilisation du génogramme, la psychogénéalogie) ; les violences qui en résultent peuvent être aigües, chroniques ou cycliques, elles peuvent être physiques, psychiques ou sexuelles, peuvent cibler un enfant (statut de « bouc émissaire ») ou s’étendre à toute la descendance.

L’excès d’attachement peut être préjudiciable à l’épanouissement d’un enfant; Le surdosage affectif, la surproduction parentale, les attitudes maternelles « castratrices » entraînent des symptomatologies réactionnelles ; les pathologies observées sont parfois proches de celles résultant de carences affectives. L’amour inhérent à l’attachement maternel peut s’avérer captatif, « étouffant » dans certaines situations : mères ayant été privées d’affection dans leur enfance, mères seules abandonnées, mères n’assumant pas leur féminité… surinvestissant leur enfant et lui empêchant toute autonomie.

Le lien d’attachement peut prendre des aspects passionnels qui mènent éventuellement à des actes délictuels ou criminels générant, chez les victimes, suicide ou maladie mentale (nécrose ou psychose).

Lorsque le lien d’attachement s’érotise, se sexualise comme dans le cas de l’inceste, la confusion, voir l’inversion des rôles s’installe dans le système familial. L’enfant agressé sexuellement subit une atteinte profonde et durable de son intégrité corporelle et psychique et de son identité, ce qui va jouer sur sa vie d’adulte et peut rendre difficile pour lui l’instauration du lien d’attachement avec ses propres enfants.

Un lien d’attachement solide et stable est une ressource inestimable, un facteur d’apaisement du stress, de dépassement du trauma, de résilience dans une situation de victimisation. La victime bénéficiera de l’attachement de ses proches pour se reconstruire psychologiquement.
C’est également ce lien qui est mobilisé dans la mise en place d’une alliance thérapeutique e qualité : une attitude peu participative du thérapeute peut renvoyer le patient maltraité ou victime de négligences à ses carences affectives et altérer la qualité de la relation patient/psy.

Source : Jean-Loup Roche

QUI TÉMOIGNERA À MA PLACE SI JE NE LE FAIS PAS ?

Bonjour,

Je voulais juste vous envoyer un message de reconnaissance pour les comptes rendus (compte-rendus adressés suite aux groupes de parole). Cela fait beaucoup progresser et l’on se sent moins seul, même sans avoir pu y participer. C’est courageux de votre part je trouve. Bien sûr, tout est à lire avec grande prudence, et à cet égard, vous avez une rédaction juste : non édulcorée dans le politiquement correct / non dramatisée.

Les émotions, si nombreuses, parasites et difficiles à canaliser, vous en tenez compte, mais sans les nourrir: c’est libérateur! On se sent entendu et compris, mais pas identifié à sa souffrance.
Évidemment, tout cela est pour vous un pensum, mais pour moi une nouveauté!
Il y a des réflexions de bon sens et vous n’imaginez pas comme cela soulage! Par exemple sur le déni parental et les prétendus syndromes en vogue. Le bon sens n’est pas commun, pas forcément l’apanage des JAF non plus…

Quand on est enfermé dans la toile que l’autre a tissée pendant des années, une toile bien reluisante et d’apparence sociale irréprochable; qu’il faut lutter pour démontrer que tout ceci est du vent, que c’est vous qui avez joué le rôle de fusible pour que l’univers des enfants soit intact, qu’il faut se ravaler sa propre bêtise (vis à vis de soi, vis à vis de ceux à qui l’on veut démontrer tout cela) quand on prend conscience qu’avec cette stratégie, c’est VOUS-MêMES qui lui avez fourni les moyens de sa brillante et indémontable image!! Quelle crédibilité peut-on avoir quand on explique cela? Qui peut croire que vous avez sciemment choisi de vous écraser pendant des années, par amour au début (ou culpabilité d’ailleurs…), puis devoir conjugal, puis devoir familial, toujours dans l’espoir d’une prise de conscience, puis par protection, pour attendre ad minima que les enfants grandissent, et gagner ainsi en sécurité pour « après la séparation » (car plus ils sont grands, pense-t-on, plus ils seront capables de se défendre, d’alerter en cas de problème etc…).

Quand on est enfermé dans ce système, on a besoin de savoir que des gens comprennent de quoi l’on parle, que le bon sens existe et que c’est lui qui guide pour agir dans l’intérêt des enfants.

Et cela donne du courage, pour faire ce que l’on aurait dû faire des années avant : le laisser agir seul, même si l’on sait que les enfants en pâtiront, pour qu’enfin tout se voit! Ainsi, sacrifier des intérêts immédiats des enfants, pour obtenir une décision judiciaire qui impose un cadre (ma fille cadette a 8 ans, j’ai 10 ans à protéger!) que l’on a pas été soi-même capable de maintenir vaille que vaille, qui impose des limites à quelqu’un qui n’en connaît aucune, sauf celles imposées par l’image qu’il a de lui-même et qu’il veut étaler (car donner n’est pas un terme approprié). Un cadre qui impose des devoirs minimums de père, avant d’accorder aveuglement des droits. (Qui aujourd’hui dit que l’on doit être digne des droits que l’on prétend avoir? Qui comprend la subtilité entre dénier ses droits à un père et alerter sur son incapacité à les assumer vraiment?)

Bien sûr, je le précise, pour le moment, aucune violence physique n’a été mise en jeu. Je parle de protection psychologique pour mes enfants. La différence n’est pas dans la gravité des souffrances et des conséquences, mais dans le déploiement éminemment insidieux du mal dans le temps.
Le mal physique est soudain, même s’il est réitéré, descriptible car matérialisé, c’est un acte. Il peut être refoulé mais par nature, il est tout de même mémorisable (je ne sais trop comment exprimer cela sans caricaturer).
Le mal psychologique s’installe dans la durée, car il y a tout un travail de sape diffuse qui précède la mise à mort; il est extrêmement difficile à détecter, à décrire, à caractériser. On ne peut pas croire qu’on est dans le vrai en trouvant l’autre inhumain. On croit qu’on se trompe, qu’on est pas assez affectivement autonome etc… Et les paroles et les petits évènements ou non évènements souvent s’effacent de la mémoire. C’est une influence, un fléchissement insensible de la volonté et de la conscience. C’est comme une musique, morcelée note par note, dont on diffuse chaque note avec de longs silences, puis on commence à se dire que ces notes-là, on les a déjà entendues; au fil des années on finit par comprendre que c’est une partition, et quand on tente de se révolter la partition est jouée de plus en plus vite jusqu’à assourdir. (moralité : CVP devrait être sponsorisé par Quillès; un peu de sarcasme, c’est ma distance à moi…)

Ce n’est qu’une fois le fil complètement déroulé que j’ai obtenu la certitude (chancelante) que oui, c’était bien cela pendant toutes ces années, je n’avais pas fabulé, ce n’est pas moi qu’il fallait remettre en cause toujours et toujours (en tous cas pas de cette façon!)… Qu’il ne s’agissait pas d’un manque de compassion et de compréhension de ma part, il ne s’agissait pas de prendre de la distance entre gens rationnels, vis à vis de comportements, plus ou moins excusables, plus au moins « curables », mais que j’avais bien affaires à une structure, irrémédiable, inhumaine et qui me dépassait totalement. Car je lui avait donné toutes les clés pour me détruire et que, oui, il les avait sciemment utilisées (…ce que sans aucun doute ma névrose réclamait inconsciemment!! ça, je n’en ai pris conscience que très tard, trop tard).

Mais je n’arrive toujours pas à vraiment concevoir ce qu’est une personne sans affect, sans conscience morale de ce fait. C’est en réalisant que j’avais fini par être d’accord avec ma propre mise à mort, la tenant pour méritée et pour seule issue, et en constatant in extremis (l’intérêt des enfants joue indéniablement) que tout est totalement incohérent avec ce que je voulais au fond de moi (vivre et faire vivre), que j’ai accepté. Je ne voulais pas (j’étais empêchée?) accepter l’inacceptable: d’avoir raté ma vie et celle de mes filles. Il y a de l’orgueil là-dedans n’est-ce pas? Car personne ne m’a mis un fusil sur la tempe pour me marier avec ce type. C’est bien moi qui ai choisi de ne pas tout faire exploser. Je me sentais piégée, sincèrement, mais l’esclave choisit d’obéir… Ma vraie responsabilité et culpabilité était là, de m’être obstinée à croire que ce pouvait être remédié, ne pas avoir sorti la tête de l’eau en disant obstinément que je n’avais aucun point d’appui pour cela, vouloir à tout prix que ce mariage soit ce que je voulais qu’il soit, et que mon point d’appui, c’était mon mari, vouloir contre toute évidence que ce mari idéal soit ce type.

Il est difficile de faire le tri des solutions qu’on a rationnellement adoptées de celles influencées par un inconscient malade (car franchment pour tenir autant d’années avec un type pareil, il faut avoir de grosses failles…).
La lecture des comptes rendu aide énormément, par la diversité de points de vue et d’expériences, par la description du cheminement des participants. Ce partage, car là c’est du partage, aide énormément à une saine prise de distance, la plus objective possible, la plus déculpabilisée possible. C’est une petite bulle de bienveillance dans un univers de brutalité.

Je voulais juste vous dire merci et je vous ponds un roman! Mais c’est un témoignage du bien fondé de votre démarche. Bien sûr, vous ne l’auriez pas entamée, si vous n’en aviez été persuadé! Ce n’est pas de l’ordre de l’encouragement, ou alors en direction de gens comme moi. C’est bon en soi de dire les choses. Personne ne peut faire votre travail à votre place, mais qui témoignera à ma place si je ne le fais pas?

Merci.

Merci à vous pour ce témoignage…

©Anne-Laure Buffet

JUGER DES VIOLENCES PSYCHOLOGIQUES AU PRÉTOIRE

« Juger des violences psychologiques au prétoire » 


de Catherine Guilyardi et Guillaume Baldy sur France Culture

« Les classements sans suite des plaintes risquent de se multiplier… et le doute profitera à l’auteur des faits non retenus. »

« Les magistrats considèrent que le texte n’est pas assez opérationnel… mais il y a aussi la question de la sensibilisation des acteurs judiciaires à ces faits de violence psychologique »

« On définit le harcèlement par le fait de harceler »

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« Les quelques cas ou les tribunaux reconnaissent ces violences sont ceux où les victimes ont fini par se suicider… »

« Juger des violences psychologiques au prétoire »

CES MÈRES TROP « AIMANTES »

Les mères trop aimantes ou abusives

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Loin des débats culturels, confessionnels ou idéologiques, il n’en reste pas moins que certaines mères, et ce pour de multiples causes, sont des mères « abusives ».

À l’inverse de la « good enough mother » (voir Winnicott), la mère abusive contraint son enfant – le plus souvent son fils – à être un prolongement d’elle-même. En psychanalyse, certains parlent de l’importance phallique qu’elle possède – enfin ! – complexée par une castration naturelle.

La mère abusive est exigeante, mais elle est aussi inconsciente du caractère anormal de son amour. C’est presque toujours en toute bonne foi que la tyrannie affective maternelle entre en jeu. L’amour maternel abusif est captatif, elle ne peut comprendre ni satisfaire correctement les besoins de l’enfant. Elle agit le plus souvent à contre-temps sur le plan éducatif. Elle a tendance à interpréter comme des offenses contre elle les erreurs que l’enfant fait sans malice. Une mère normale sait qu’élever son enfant, c’est lui apprendre à se passer d’elle. C’est précisément ce que redoute et refuse la mère abusive, qui s’efforce de pérenniser chez lui le bébé qui était entièrement sous son pouvoir.[1]

On peut rapprocher par certains de leurs comportements les mères abusives des MPN. Pour autant il demeure une distinction majeure : si la mère abusive peut avoir pour désir d’assouvir sa propre satisfaction au travers de son enfant sans tenir compte de l’identité propre à celui-ci, et de ses besoins naturels, elle peut l’être aussi par anxiété, perfectionnisme, culpabilité, avec l’unique désir d’être vue comme une mère parfaite. Mais la perfection n’est pas de ce monde…[2]


[1] Voir à ce sujet : Marie-Noël Tardy-Ganry et Thérèse Durandeau, Les troubles de la personnalité chez l’adolescent. Comment réagir en tant que parent ?

[2] Ainsi certaines mères (mais c’est également vrai pour certains pères) tireront une gloire très personnelle des résultats et progressions de leurs enfants. Le moindre échec, la première difficulté, devient leur échec, leur difficulté, et ils n’auront de cesse de le taire, et de chercher le moyen pour y pallier, en oubliant alors l’intérêt propre de leur enfant.

©Anne-Laure Buffet