UNE HISTOIRE COMMUNE ET UNIQUE

UN TÉMOIGNAGE REÇU SUR LE BLOG.

« Mon histoire est commune et unique à la fois, la voici :
Commune car je me retrouve dans chaque témoignage et unique car sous l’emprise nous sommes seules. « 

Bonjour,
Lire, rechercher, comparer. Je ne fais que cela depuis maintenant bien 2 mois pour comprendre et réaliser l’horreur ! Je me retrouve un peu dans chaque témoignage et je constate également que le PN a différents visages et différentes manières de réagir.
Merci pour ce blog et l’existence de cette association est pertinente car je suis consternée par le manque de solidarité de la part de la société. Que ce soit avocats, policiers sans oublier la justice. La maltraitance psychologique en France, en terme de droits même s’il existe une loi contre la harcèlement moral, est totalement niée. Et, si par malheur votre bourreau est procédurier, vous vous retrouvez accusé. Par conséquent, c’est la double peine, doublement victime, et c’est l’horreur de mon quotidien aujourd’hui :
Mon histoire est commune et unique à la fois, la voici :
Commune car je me retrouve dans chaque témoignage et unique car sous l’emprise nous sommes seules. Je n’ai rien vu, rien compris au point où je cherchais et demandais des explications auprès de mon bourreau à qui je portais un amour intangible.
J’ai aujourd’hui l’esprit confus, la gueule de bois en quelque sorte.
Réaliser que j’ai passé 5 ans de ma vie avec un pervers narcissique c’est juste comme une éclaircie après une journée de brouillard, sauf que la journée de brouillard a bien duré 5 ans.
« Il ne vous a pas choisi au hasard » m’as dit mon avocate. Je cherche à comprendre. En effet, il est venu dans ma vie car il avait besoin de moi à ce moment-là. Pour deux raisons : professionnelle et personnelle. Je suis comme dirait-on une femme de caractère, de décision. Un esprit doté d’une certaine clairvoyance et de discernement. J’aime partager, créer et toujours en mouvement. Je ne dis pas cela pour me vanter mais pour vous renseigner sur ma personnalité car un PN s’accroche à des personnes pleines d’énergies, je ne l’ai compris que tardivement. Après les week-ends passés ensemble, j’étais souvent fatiguée, les batteries à plat. En effet, rien ne coule de source avec un PN, vous devez tirer la charrette car il attends de vous que vous soyez créatifs pour deux. Lui, est attentiste ou alors ne vit qu’à travers ses problèmes et ou passions s’il en a.
« Le manque d’empathie », un PN se dit sensible, aimant … il peut-être sincère car il le pense mais ne le vit pas, ne le ressent pas dans ses tripes, les émotions viennent des tripes et non de la tête, c’est connu ! Nombre d’écrits, de mots, de phrases parlant d’amour mais qui ne me correspondaient pas. Pas en lien avec ce que j’étais. L’amour est conceptuel pour eux, les émotions c’est du PATHOS. Je n’ai cessé d’ hurler cette maltraitance par tous les moyens : écrits, colère, mutisme, calme … rien n’a réellement fonctionné, il répondait « à coté » ou décortiquait mes écrits comme un professeur de la morale ou un grammairien. Mais jamais ne rentrait au cœur du sujet. Ma douleur. J’étais en fait victime de moi même a ses yeux.
« Un sens aigu de la perversion » le PN a tendance lorsque vous n’êtes pas d’accord avec lui à inverser les rôles, vous devenez la harceleuse, et pervertit ainsi la situation en provoquant de l’insécurité et de la détresse en vous. Nombre de fois, où je me suis retrouvée dans cette situation ne comprenant pas pourquoi ? Je cherchais le compromis alors que lui cherchait à m’imposer sa vision, son mode de vie. Je devais être une variable d’ajustement. M’inscrire dans son monde. Son monde avec qui il avait une relation incestueuse au sens où il avait sans cesse besoin que ses proches aient une belle image de lui au détriment de l’image de ceux qui osaient ne pas être d’accord avec lui, ceux-là étaient traité de malades. Projetant ainsi sur celui ou celle tous les dysfonctionnements possibles. Leur reprochant ce qu’il était en fait !
Le PN est dans le déni de votre existence. Je n’existais pas. Le « Nous » n’existe pas. Lors de « grands » projets, je n’étais jamais intégrée dans la réflexion ou alors très peu. Souvent, j’ai été mise de devant de faits accomplis.
Je n’ai jamais voulu entendre cette petite voix au fond de moi. Les retours en amours sont suffisamment forts pour faire mentir ces parts noires ou sombres de l’histoire.
« Une appétence pour les procédures judiciaires » : J’ai appris 4 mois après l’existence d’une plainte contre moi car soi disant je le harcelais. Durant ces 4 mois, cet homme a mangé à ma table, diné avec mes amis, passé jour de l’an avec mes amis, conversé avec ma fille, parti avec moi en vacances, déjeuné ensemble chez ses parents, et fait l’amour. Pendant tout ce temps, j’avais juste un poignard dans le dos. Se retrouver accusée, c’est la double peine.
Le jour où je l’ai su, il a complètement changé, du baiser écrit par texto la veille il est devenu d’un coup distant, froid … et passer ainsi à une autre proie.
J’ai été son bâton de transition, sa source de régénération, son bouc émissaire, son oreille, son coach mais nullement sa compagne aimée comme il le prétendait !
Aujourd’hui, c’est encore confus dans mon esprit, et il est difficile de tout retranscrire tellement il y a dire, le réveil est abrupt quand vous réalisez l’ampleur du mensonge !
Merci de m’avoir lue.

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LE SILENCE DES VICTIMES

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RA : -Pourquoi est-ce si difficile de comprendre une victime, alors que c’est tellement expliqué dans les médias ?

ALB : – Parce que ce serait accepter d’entendre l’horreur. Parce que pour un proche, pour un père, pour une soeur, pour un ami, pour un enfant, pour une cousine, pour les voisins, c’est comprendre qu’ils ont été, eux aussi, bernés. Manipulés. Arnaqués et trahis. Parce que c’est également déchirer un voile, ou plus exactement un rideau extrêmement épais et opaque, derrière lequel on ne peut deviner ce qu’il se passer, et qu’on ne cherche même pas à soulever. Comme au théâtre tant que le rideau est baissé, le spectateur est impatient de savoir ce qu’il se passe derrière ce rideau. Mais quand il s’agit de violences conjugales, le spectateur souvent innocent va découvrir des coups, des cris, des injures, du mépris, du silence, des os brisés, du sang, des viols psychiques et physiques, des enfants mutilés dans leur coeur et leur âme.
Parce que la violence se tait. Elle n’est pas festive, elle n’est pas hurlante, elle n’est pas partageuse. Elle se consacre et se concentre sur une personne, ou sur un noyau familial. Mais c’est une belle actrice. Elle se farde et se maquille et demande un parfait masque à tous ceux qui la vivent. Il faut sourire, il faut rire, il faut se taire, il faut aller bien. C’est le devoir des comédiens que la violence sélectionne sans qu’ils le sachent.
C’est extrêmement compliqué pour ceux qui n’ont rien vu, n’ont rien fait, d’avoir les mots, les gestes adaptés pour aider les victimes. Ils sont projetés dans leur propre histoire et soit préfèrent qu’elle ne soit pas contrariée, soit ne supportent plus ce qu’eux-même connaissent et ne savent pas fuit. Ils se sentent incapables, souvent lâches, parfois stupides. Ils cherchent à consoler, mais comment consoler une mère dont les enfants se font ouvrir le ventre par les mots et les gestes d’un père maltraitant, chaque soir ? Comment rassurer un père dont l’épouse rabaisse la fratrie, l’ignore, la brutalise, cassant le mythe parfait de l’amour maternel ? Et lui qui reste là, semblant être les bras ballants, pris entre la peur de sa compagne et la peur de voir ses enfants être détruits ? Que dire à une soeur, une amie qui s’affaisse lentement mais sûrement, de plus en plus, chaque jour, et qui semble refuser d’entendre par peur des représailles ? A quel moment est-il possible de faire une distinction entre l’incapacité de  fuir cette violence et le choix de s’y soumettre ?

RA : -Pourtant les victimes parlent à leurs proches, à des professionnels ?

ALB : -Non. Rarement. A qui voulez-vous qu’elles parlent ? Elles vont entendre qu’elles ne sont pas mortes, même pas blessées, qu’on ne peut pas faire grand chose. Ou que leur mari sera informé, convoqué… et laissé libre de rentrer chez lui, et de frapper celle qui a dénoncé. Comment un enfant peut-il comprendre et surtout verbaliser que son père, sa mère ne l’aime pas ? Est-ce normal pour un enfant de ne pas être aimé ? Non. Un enfant qui n’est pas aimé est un enfant qui a commis une faute. Alors il se tait. Quand il n’entend pas de la part de son autre parent qu’il l’a bien cherché ; quand il ne se fait pas insulter et menacer, en voulant dénoncer un inceste, de vouloir détruire l’équilibre de la famille, de rompre le secret « magique » qui vit avec celle-ci. Oui, à qui voulez vous qu’elles parlent, lorsque les médecins ne reconnaissent pas la violence, lorsque le personnel soignant semble sourd ? Lorsque la peur de se retrouver jugé(e) dépressif, d’être éloigné(e) des enfants, de ne plus pouvoir les protéger, les oblige à se taire ?

RA : – Les victimes ont bien des mots, une langue, un moyen de s’exprimer ?

ALB : -Elles n’ont plus de mots. Elles ont honte. Elles ont peur. Elles sont salies, et se sentent sales et pensent qu’elles seront vues ainsi. Elles se taisent. Elles taisent la vérité. Elles oublient pour tenter de survivre. Elles s’enfoncent dans ce silence. Elles fondent dedans, s’y éteignent, s’y noient. Elles étouffent. Elles n’ont plus d’air, plus de paroles. Les victimes meurent lentement d’une mort annoncée sans bristol, sans faire-part. D’une mort quasi inévitable.

Extrait de l’interview de Anne-Laure Buffet par Roland André.
(Intégralité de l’interview à venir…)

annelaurebuffet@gmail.com

CONFÉRENCE ET DÉBAT À ORLÉANS LE 21 MAI

Vous avez été très nombreux depuis deux ans à demander que l’association CVP se déplace en province afin de proposer des rencontres et des interventions concernant la violence psychologique, sa mise en place et ses conséquences.

Ce sera chose faite le 21 mai prochain, lors d’une journée entièrement consacrée à la violence psychologique, à Orléans. 
Cette journée, co-animée par Anne-Laure Buffet, se déroulera en deux temps :

– Matinée : conférence de 10h à 12h : LES VIOLENCES PSYCHOLOGIQUES ET LEURS CONSÉQUENCES

– Après-midi : débat de 14h à 17 h  : LES CONSÉQUENCES SUR LES ENFANTS

Les informations et réservations sont à prendre auprès de : conferencecvp@gmail.com

Tarif :
journée entière 10 €
conférence : 5 €
débat : 7 €

LA RAGE NARCISSIQUE

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Mise en garde : cet article ne se veut pas scientifique mais informatif. Il est destiné à vulgariser une notion afin de permettre au(x) lecteur(s) d’en prendre connaissance et conscience. S’il exprime un schéma de pensées et de comportements, et met en lumière un acte dangereux et criminel, il est surtout fondé sur l’écoute, l’observation en consultation et/ou en groupe et les témoignages reçus.

– Pourquoi tu ne dis rien ? Quand il te pousse à bout, quand il ment, pourquoi tu te tais ?
– Parce que j’ai peur de ce qu’il pourrait faire…

Une personne qui se retrouve victime de violences psychologiques vit dans la peur. La peur de son quotidien, la peur de ce qu’elle connait ; mais aussi la peur de ce qu’elle imagine, anticipe, prévoit. Et ce qu’elle imagine, anticipe, est toujours le pire. Aussi, elle se tait. Elle se contraint au silence pour éviter de se mettre en danger, psychologiquement et physiquement.
Ce que la victime ne peut décrire précisément, mais ce qu’elle pressent, c’est la possibilité d’un passage à l’acte. La possibilité que la situation qu’elle croit pour le moment encore maîtriser, même dans la souffrance, ne se transforme, et ne se transforme à son complet désavantage.
Ce qu’elle pressent, c’est que son agresseur, qui, à l’instant, exerce essentiellement de la violence psychologique, ne supporte pas d’être démasqué, critiqué ou rejeté ; et dans ce cas, qu’il s’en prenne à elle jusqu’à la tuer.

Et la victime a raison.

Une personne qui fait acte de violence psychologique afin de nourrir uniquement son ego, son narcissisme déconstruit souvent depuis l’enfance, une telle personne qui a avancé dans la vie en se sublimant au travers de celles et ceux qu’elle a réussi à duper et manipuler à son seul profit, sans tenir un instant compte des potentielles conséquences sur les autres, une personne, donc, qui n’a aucune compréhension réelle de l’altérité dans la relation, si ce n’est pour mettre l’autre en situation d’objet et s’en servir pour assouvir ses uniques ambitions, ne peut supporter de perdre ce qui lui permet d’exister.

Car sans l’autre, il n’st plus rien. Sans l’autre, l’image construite afin de justifier de sa toute-puissance, de son existence même, s’effondre. Et n’ayant rien d’autre pour exister, il disparaît avec . Ce qu’il ne put supporter.

Le pervers narcissique vit en étant toujours « sur le fil du rasoir ». Il est constamment mis en danger, par lui-même, car il peut à tout instant être découvert. C’est pour cela qu’il isole la victime, construisant un mur réel ou virtuel afin d’éviter les regards extérieurs, et les influences qui lui feraient perdre son emprise.
À la question de la conscience qu’aurait un pervers narcissique de ses actes, il est difficile de répondre, car il faudrait pour cela qu’il ait avant tout conscience des notions de bien et de mal.
En revanche, il est certain que le PN a conscience de l’absolue nécessité qu’il a de l’autre pour pouvoir être lui-même.
S’il l’autre n’est plus, il n’est plus.
Mais ne pouvant s’imputer la responsabilité du départ de l’autre (départ qui est le plus souvent une fuite pour survivre), il va le vivre comme le plus terrible des abandons. Et ne pouvant se reprocher de ne pas savoir vivre sans l’autre, et sans glorifier son self sublime si mal nourri, il va projeter sur l’autre, sur la victime, sa colère. Sa rage.

« Il est maintenant évident que la rage narcissique survient quand le soi ou l’objet déçoivent les aspirations absolues qui font appel à leur fonction – que ce soit pour l’enfant, qui, plus ou moins conformément au stade approprié, reste attaché à la mégalomanie et à l’omnipotence du soi et du soi-objet, ou pour l’adulte, narcissiquement fixé, dont les structures archaïques narcissiques sont restées inchangées, séparées du reste du psychisme en cours de croissance, après que les demandes narcissiques infantiles appropriées au stade ont été traumatiquement frustrées. » Heinz Kohut

C’est ce que devine la victime. Et c’est ce pressentiment qui ne fait que renforcer le sentiment d’être attaché à son bourreau par une chaîne invisible mais terriblement solide et serrée, une chaîne avec un collier étrangleur qui maintient en place, empêche de parler, et empêche même de respirer.

Les victimes qui ont pris la parole face au bourreau, qui ont exprimé leur volonté de partir, de le quitter, de ne plus être dépendante, ont vécu ce raptus(1). face à elle, le bourreau n’est plus le même. Qu’il soit homme ou femme, il est surtout envahi par une rage (2), une fureur que rien ne peut calmer. Il ne voit plus du tout sa victime comme un être humain, mais uniquement comme un objet, et un objet qui le met face au plus grand des dangers : celui de perdre définitivement non seulement tout ce qu’il a acquis pendant des années, mais encore toute crédibilité et tout pouvoir.
ce qui est insupportable et insurmontable.

Les victimes qui décrivent le passage à l’acte parle d’une force inhumaine qui traverse alors le bourreau, et que rien ne semble pouvoir arrêter. Elles décrivent aussi une transformation physique. Ce n’est pas la simple colère qui fait pousser des hurlements, ou encore qui tend les traits du visage ou fait rougir la peau de l’individu énervé.
C’est ce qu’on pourrait appeler un « morphing » un temps réel. Les yeux exorbités, la face transformée par la haine et l’envie de détruire, allant parfois jusqu’à baver… comme si l’image réelle du bourreau reprenait le dessus, et, une fois le masque « social » retiré, seule l’image du monstre subsistait.
La force déployée est surhumaine. Les hommes victimes voient leur compagne, en apparence petite chose fragile, capable de les frapper, de les repousser, de les soulever de terre. Les femmes sont écrasées par la violence, et la force projetée en l’instant.

Et le bourreau ne cessera son geste qu’à condition qu’une force plus importante le domine Ou lorsque l’objet de sa colère, sa victime, ne sera plus.

C’est ce que savent sans pouvoir le verbaliser les victimes de pervers narcissiques.
C’est ce qui les retient de parler.
C’est pour cela qu’il faut les entourer, les écouter, les accompagner. Les aider à préparer leur départ. Dans le silence et le secret.

©Anne-Laure Buffet
associationcvp@gmail.com

(1)Raptus : Impulsion paroxystique à type de décharge explosive, souvent violente, à la limite de l’activité volontaire et du réflexe : agression meurtrière, suicide, automutilation, fuite éperdue.

(2)Rage : état mental le plus extrême du spectre de la colère. Lorsqu’un patient est sujet à la rage, cela se termine lorsque la menace n’est plus oppressante ou que le patient atteint de rage est immobilisé.

LA VICTIME FACE AUX TIERS – LE RISQUE DE LA DOUBLE PEINE

« Tu dois exagérer »
« Tu ne vivais quand même pas avec un monstre… »
« Tu devrais te prendre en main, faire quelque chose… C’est de l’histoire ancienne maintenant… »
« Arrête de ruminer… Tu nous fatigues à parler tout le temps de la même histoire… »
« L’important c’est que les enfants aillent bien ! »

Une victime de comportements toxiques sort de cette relation abîmée. Qu’elle soit enfant ou adulte, il lui manque des repères, des valeurs. Elle s’est construite avec de fausses croyances, avec des messages contraignants, et avec une interdiction de plus en plus forte de dire, de faire ou de penser. Que l’interdiction soit verbalisée ou non, il faut tenir compte du ressenti de cette victime.
De plus, la violence psychologique a entre autres particularités d’être insidieuse, sournoise, invisible aux yeux extérieurs. Elle se déroule en huis-clos, ce qui la rend encore plus violente pour la victime qui n’a rien de palpable, de concret, à présenter pour sa défense.

À l’issue d’une telle relation, la victime éprouve le besoin d’être comprise, soutenue. Et avant tout, réhabilitée. Disqualifiée en tant qu’être humain pendant des années, elle recherche entre autres à recouvrer cette part d’humanité essentielle dont elle a été privée en devenant l’objet de celui ou celle qui fut son bourreau.
Il lui est alors indispensable d’être entourée par ceux qui peuvent l’entendre.
Et indispensable également de pouvoir dire, d’en avoir la capacité, la compréhension et le champ lexical.

C’est face à ces difficultés entre autres qu’elle se retrouve, seule, à nouveau.

Permettre à une personne victime de se réapproprier son histoire, de lui donner un sens, de la rendre compréhensible et intelligible, est indispensable.
Aujourd’hui de nombreux professionnels (de la justice, du corps médical…) ne sont pas assez informés et ne savent pas recevoir la souffrance.
Parallèlement, les victimes ne savent pas ce qu’elles peuvent dire, ou taire parfois. Avant tout, elles ne savent pas se présenter… puisqu’elles ne savent plus qui elles sont.

Et, incomprises, elles sont condamnées une deuxième fois. C’est la double peine.

©Anne-Laure Buffet
annelaurebuffet@gmail.com

DEVANT LE JAF, ÊTRE SOI

12-hommes-en-colere-1957-08-gHenry Fonda – 12 hommes en colère

« Connaissez-vous un avocat spécialisé dans les PN ? »
« Vous pensez qu’il va être assez combattif pour attaquer le monstre ? »
« C’est un bourreau, il faut que le juge l’entende ! »
« Il me faut un avocat qui puisse attaquer ce pervers narcissique qui me détruit… »

Voici le genre de demandes ou de réflexions que j’entends très régulièrement. « Spécialisé PN », « attaquer »… juger et condamner.
Aussi, il me semble important de préciser un point. Lorsque vous vous retrouvez devant le JAF, celui-ci n’est pas destiné à faire un procès à l’une ou l’autre des parties. Vous êtes au civil, non au pénal. Ce n’est pas d’un crime ou d’un délit dont il est question, mais d’une séparation, d’un divorce, du règlement de ceci, des conditions du partage, de la garde des enfants.

Bien sûr, la personnalité toxique fera en sorte de dire que VOUS êtes un(e) escroc, un(e) usurpateur, que vous l’avez spolié, dupé, ruiné, que vous êtes monstrueux(se) avec les enfants et totalement destructeur(trice). Et tant d’autres choses encore, dont vous n’avez pas la moindre idée. Parce que la personnalité toxique a bien plus d’imagination que vous, et ne recule devant rien, dépourvue de toute empathie, de toute bonne foi, et de toute crainte devant la justice, et devant les autres (et je pourrais dire : devant Dieu). Vous allé(e) être complètement remis(e) en cause en tant qu’humain, que compagnon ou compagne, parent…
Vous allez lire des attestations faites contre vous des plus mensongères aux plus cruelles. Vous allez découvrir « votre » vie, celle qui est créée de toutes pièces, dans le seul but de vous détruire.
Et ceci n’est que résumé… Car il est possible de détailler longuement ou de donner de multiples exemples. Si je ne le fais pas dans cet article, c’est par souci de ne pas en « rajouter ». À celles et ceux qui sont actuellement en procédure ou s’y préparent, il est important de faire entendre que le pire est souvent à prévoir. Et qu’une fois que le pire a été prévu, il faut imaginer ce que le Diable y ajouterait comme ingrédients personnels.

Et il vous faut contre attaquer. Il vous faut une fois de plus argumenter. Et présenter une réalité. LA réalité. La VRAIE histoire. Comment ? Comment prouver ces comportements violents et destructeurs ? Comment prouver la toxicité de l’autre ? EN commençant par s’attacher aux comportements à proprement parler et non à la personnalité de l’autre. Bien sûr, des enquêtes médico psy sont toujours possibles, et dans ce cas la victime a le désir plus ou moins secret que l’expert mette en avant une personnalité psychopathe, pathologiquement destructrice, mythomane, mégalomane, schizoïde, perverse, pulsionnelle… Bref, que l’expert puisse écrire et affirmer : untel(unetelle) est un Hannibal Lecter en puissance, un Hannibal Lecter de l’âme, de la pensée, du cerveau.
Bien souvent les victimes sont déçues par ces rapports et d’autant plus déçues qu’elles y ont mis un espoir immense, celui d’être reconnue comme victime, et que le crime dont elles sont victimes soit dénoncé. Qu’enfin, l’autre soit qualifié pour ce qu’il est.
Or, en affaires familiales, ce genre de rapport se présente bien peu souvent.
On trouvera des termes comme « personnalité très réactive », « psychorigide », « instable »… Mesure fois encore et à quelques exceptions près, la perversion narcissique, la psychopathie, la dangerosité ne seront pas soulignées.

Bien souvent aussi les victimes se retiennent de dire, de raconter la vérité. Par peur que leur bourreau ne le sache, et ne s’en prenne à nouveau à elles. Elles le protègent par défaut, en pensant se protéger.

Aussi, il est important de se présenter devant le JAF en étant préparé. Préparé(e) à ne pas faire condamner l’autre, mais à faire constater des actes et des comportements, ainsi que la conséquence de ceux-ci. Conséquences matérielles, financières, professionnelles, conséquences sur les enfants, conséquences sur l’estime de soi. Conséquences sur SOI.
Oui, mais comment ?
Quel avocat peut comprendre ?

Un avocat peut toujours comprendre. Ce qu’il faut préparer, c’est ce qui va lui être dit. Ce sont les demandes qui lui seront faites et qu’il devra plaider. Ce sont les arguments dont vous allez disposer.

Face à la violence psychologique, se faire aider et accompagner est indispensable, et même en amont d’un travail avec un avocat. La première chose à établir, en travaillant sur la reconstruction de soi, est le discours à tenir. Pour une fois, vous allez devoir parler de vous, et non de l’autre. Le laisser « sujet » de la discussion vous met à nouveau en retrait, vous laisse « objet ». C’est à votre tour de prendre les choses en main et parler de VOUS.
Il faut également refaire le cours de sa vie. Penser, en se faisant aider s’il le faut, à l’écrire, pour remettre en situation les faits. Pour estimer la répétition de la violence. Même tue, même silencieuse, même ignorée par l’entourage, c’est cette chronologie qui va permettre à votre avocat de comprendre que vous êtes bien face à ce qui constitue la violence psychologique : la répétition des faits visant à vous nuire et vous détruire.
Il faut aussi fouiller sa propre vie. Vous l’ignorez. Mais il existe toujours des preuves, des éléments qu’on peut apporter pour montrer la violence, la souligner. Pour montrer les incohérences, les paradoxes, les compromis que vous avez du faire. Pour montrer les silences auxquels vous êtes confronté(s). Vous allez devoir sans doute reprendre des contacts. Il vous faudra oser demander de l’aide, ce que vous pensez tout aussi impossible qu’interdit.
Là encore, ce ne sont que quelques pistes.

Ce qui est essentiel, c’est de vous attacher à montrer et démontrer votre vécu. Votre histoire. À parler de vous, et non de l’autre. Il n’est pas question d’épargner cet autre. Il est question de ne pas se présenter avec l’idée de faire condamner un coupable déjà jugé.
Il est question de faire entendre votre état. Pas d’obtenir réparation parce que l’autre sera déclaré « fou », « malade », ou « bourreau ».

Il est question de justice. La justice applique le droit. De de fait, elle est considérée comme juste, puisqu’objective en fonction des éléments qui lui sont donnés.
Elle tranche sur des faits. Sur des éléments précis. Elle n’aime pas les suppositions. Elle n’aime pas qu’on juge à sa place. Elle n’aime pas être dépossédée de son droit… à dire le Droit.

Pour toute information : annelaurebuffet@gmail.com ou associationcvp@gmail.com

©Anne-Laure Buffet
annelaurebuffet@gmail.com

PREMIÈRE APPROCHE SUR LA QUESTION DU PARDON

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« Cette vipère, ma vipère, dûment étranglée, mais partout renaissante, je la brandis encore et je la brandirai toujours, quel que soit le nom qu’il te plaise de lui donner : haine, politique du pire, désespoir ou goût du malheur ! […] Merci, ma mère ! Je suis celui qui marche, une vipère au poing. »[1].

L’enjeu du pardon est considérable, puisqu’il s’agit de se libérer à la fois de la rancœur et de la culpabilité.

Il est un don par surcroît, le don suprême offert après une offense par un être blessé, en lieu et place de la haine ou du désir de vengeance. Le pardon aux parents présente une difficulté supplémentaire car il est unilatéral : ceux-ci demandent rarement pardon à leurs enfants.

« Il n’y a pas de honte à éprouver de mauvais sentiments envers père ou mère mais, en contrepartie, il y a des risques à les nier ! »[2]

L’acceptation ne découle pas du pardon. On peut accepter sans pardonner.

De même, conserver un lien avec le(s) parent(s) toxique(s) est propre à chacun et ne peut être jugé par l’extérieur. Certains enfants auront développé des mécanismes de défense et de protection les autorisant à maintenir ce lien.

D’autres préfèreront couper toutes relations, pour un temps, ou définitivement.

Quant au parent victime, il doit aussi accepter cette position de l’enfant. Il n’est pas trahi parce que son enfant conserve des contacts avec le parent toxiques.

Plutôt que de pardon, il faudrait parler de désaliénation. Le lien entre le bourreau et sa victime serait alors définitivement rompu. Le sujet ne sera plus sidéré par sa douleur et pourra au moins penser au parent concerné, condition du pardon. C’est seulement quand nous sommes libérés du pouvoir que nous octroyons à l’autre que nous pouvons changer notre regard sur lui, le voyant de nouveau comme un être humain à part entière.

En définitive, ce qui est en jeu, c’est d’accepter que ses parents aient été strictement ces êtres là, avec leurs limites, leurs manquements et non pas des parents idéaux.

[1] Hervé Bazin, Vipère au poing

[2] Virginie Megglé, Aimer ses parents même quand on en a souffert, ed Harmonie Solar