LES SECRETS DE FAMILLE

Un secret, ce n’est pas quelque chose qui ne se raconte pas. Mais c’est une chose qu’on se raconte à voix basse, et séparément.

Marcel Pagnol – La gloire de mon père

Le secret est un élément intrinsèque à la liberté, à l’amour, à l’affirmation de soi. Il est nécessaire à l’intimité de chacun. Il est une porte ouverte sur l’imaginaire et les fantasmes. Le « jardin secret »  est un lieu où il est possible de s’évader, d’être un ou une autre, un instant. C’est ce jardin secret que les manipulateurs cherchent à forcer, à connaître et à détruire pour s’accaparer pleinement la pensée et la personnalité de leurs victimes. Un parent, un conjoint toxique va parler ainsi à son enfant, à sa compagne de la sorte : « Nous ne pouvons pas avoir de secret l’un pour l’autre… tu peux, tu dois tout me dire. ». Il nie alors l’individualité de son interlocuteur. Martine se rappelle des discours de sa mère l’obligeant à tout dire –à tout avouer, même ce qui n’existait pas, ce à quoi elle ne pensait pas. « J’avais une caméra dans la tête. Ma mère voyait tout, savait tout, demandait tout sur tout, tout le temps, fouillant, spoliant et violant tout ce que j’avais dans le crâne. »

Les secrets et les envies que l’on garde pour soi, les erreurs et les hontes minuscules ne sont en aucun cas toxiques. En revanche, les secrets de famille, ces histoires tues – et malheureusement, qui tuent parfois sur plusieurs générations – deviennent la source d’une réelle toxicité. Un secret de famille maintient dans le silence une partie de l’histoire de celle-ci, un fait précis qui peut être daté, dont les acteurs sont connus mais qui ne doit pas être su, qui ne doit même pas être envisagé. Ce secret devient douloureux pour l’enfant qui le pressent sans le connaître. Ce qu’il comprend, c’est qu’il existe une réalité à laquelle il n’a pas accès, une histoire qui appartient à sa propre histoire mais qu’il lui est interdit de posséder.

Il existe un processus inconscient de transmission du secret, traduit en expressions, gestes et comportements. Ainsi des mots interdits, et pour reprendre l’adage : « on ne parle pas de corde dans la maison d’un pendu », des coutumes familiales qui passent de génération en génération, des réflexions telles que « c’était il y a longtemps, à quoi ça sert d’en parler ? ».

Les secrets de famille sont le plus souvent emprunts de souffrance. Deuil, abandon, perte, rupture sociale, alcoolisme… On leur attache le poids de la honte. Ce n’est pas à une personne de supporter cette honte mais à une famille entière. Pour se protéger, la famille va tacitement développer une loyauté envers ses ancêtres et taire cet événement douloureux, jusqu’à ce qu’il semble ne plus avoir existé. Or un enfant qui devine qu’on lui tait quelque chose va l’imaginer et l’amplifier. Il est en quête de vérité. Celle qu’il devine est souvent bien pire que la « vraie » vérité. Il ne faut pas oublier que ce que notre société accepte aujourd’hui était il y a encore quelques décennies vu comme un drame : mère célibataire, homosexualité, abus physiques ou sexuels, mésalliance… Ce qui ressort à chaque fois, c’est la présence d’un traumatisme qui se promène de génération en génération tel un fantôme, pour venir hanter celui ou celle qui le reçoit sans qu’il en connaisse la cause.

Brigitte va découvrir au cours des consultations ce secret qui la hante. Elle souffrait depuis son enfance d’avoir été laissée à ses grands-parents alors que ses parents, partant pour Dakar, avaient pris avec eux leurs deux autres enfants. Ce que Brigitte ne savait pas et a découvert en thérapie, c’est qu’elle était bien la fille de son père, mais pas de sa mère. Sa mère biologique était décédée à sa naissance. Or, le père de Brigitte avait trompé sa première épouse pendant la grossesse, avec la femme qui allait devenir officiellement la mère de Brigitte. À la mort de sa première femme, le père de Brigitte a développé à la fois de la culpabilité et une colère profonde contre cet enfant qui était pour lui une accusation vivante : « Maman est morte, par ta faute. Je suis là pour te le rappeler. »

Le film danois Festen[1] illustre parfaitement ce qu’est un secret de famille : un savoir commun mais qu’on ne partage pas avec les autres membres de la tribu. Se met alors en place une dynamique particulière : on ne peut pas savoir qui sait quoi, et l’on ne peut interroger personne sur ce qu’il sait, ni dire quoi que ce soit, puisque tout le monde se tait.

Pourquoi sont-ils si lourds, ces secrets de famille ? En quoi deviennent-ils toxiques pour ceux qui les subissent ? Parce qu’ils génèrent incompréhension, doute, résurgence du traumatisme. L’enfant de manière intuitive, presque animale, ressent quelque chose d’anormal ou de mystérieux. Ne trouvant aucune réponse à ses questions, n’ayant personne à qui s’adresser, il refoule ses interrogations et se sent coupable d’être mal à l’aise ou en demande de réponse. Apparaissent alors des manifestations souvent psychiques de ce traumatisme fantômatique, comme des angoisses, des obsessions et des TOC* a priori sans raison[2].

Martine s’interroge lors d’un rendez-vous sur ses silences d’enfant. « À l’école, quand on m’appelait par mon prénom, je mettais toujours du temps pour répondre. Comme si on ne me parlait pas, ou comme si je n’étais pas là. Ma mère était souvent convoquée, on lui disait que j’étais sourde, asociale, inadaptée, qu’il fallait que je me concentre. À chaque fois ma mère était folle de rage contre moi. Je lui faisais faire du souci, ce n’est pas comme ça que je ferai un jour quelque chose… À la maison, elle parlait avec mes frères. Moi, elle ne me parlait pas, elle me donnait des ordres en criant pour être sûre que je l’entende. Elle appelait mes frères par leurs prénoms. Pas moi. Les seules fois où elle utilisait mon prénom, c’était pour me punir. Elle continue encore aujourd’hui. Entendre mon prénom, c’est comme entendre un jugement.». Quelques séances plus tard, Martine arrive, très excitée : « Je sais ! Je sais qui est Martine. C’était la petite sœur de ma mère. Elle avait quelques semaines quand elle est morte. Un soir ma mère était seule avec elle. Elle devait surveiller le bébé, mais il est mort dans son sommeil avant que mes grands-parents ne rentrent. Ma grand-mère lui a dit que c’était de sa faute. Quand je suis née, ma grand-mère a dit que je devais m’appeler Martine, pour rendre mémoire à ma tante. C’est une cousine de ma mère qui me l’a dit cette semaine. C’est pour ça que ma mère déteste mon prénom. C’est pour ça qu’elle me déteste. Elle me déteste parce qu’elle voit le bébé mort, et que je lui rappelle qu’elle n’a pas su protéger sa petite sœur.»

Quand la mère de Martine lui répète sans cesse « Tu vas me tuer !», elle transmet à sa fille un ressenti qu’elle ne peut exprimer : à la mort de sa petite sœur, une part d’elle est morte aussi. À la place s’est développée de la souffrance, de la culpabilité qu’elle n’a jamais pu dire. La naissance de Martine a réveillé toute cette peine. Se croyant incapable de la protéger, elle en a fait son ennemie. Martine est devenue un enfant interdit d’exister. Interdit de citer, par son prénom.

[1] Film de Thomas Vintenberg, 1998, Prix du Jury du festival de Cannes 1998

[2] Sans en faire une généralité, des cas de constipation chronique chez des enfants ont été réglés en découvrant un secret de famille. La constipation peut être liée à l’angoisse de la mort, ou encore à un événement honteux et traumatique (abus sexuel, inceste) qu’il faut taire pour préserver l’image familiale.

Extrait de « Victimes de violences psychologiques – de la résistance à la reconstruction » – Anne-Laure Buffet – Le Passeur éditeur

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INTERVIEW: DÉFINIR LA VIOLENCE PSYCHOLOGIQUE

Une interview de Anne-Laure Buffet sur la violence psychologique, ses conséquences, et les conséquences sur les enfants, par Jean-Jacques Bitton.
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30 CARACTÉRISTIQUES DU MANIPULATEUR DÉCRYPTÉES

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En 1997, Isabelle Nazare Aga établit une liste de 30 caractéristiques permettant de repérer un manipulateur, homme, ou femme.
Cette liste a permis à bon ombre de personnes de comprendre une situation personnelle, d’essayer d’y faire face, de se déculpabiliser.
Depuis, 20 ans ont passé. Ces caractéristiques sont toujours aussi valables. Mais aujourd’hui, elles sont utilisées, disséminées un peu partout sur Internet, sans prise de recul, sans analyse. A la moindre friction dans un couple, ou dans n’importe quel type de relation, il est devenu courant d’y recourir, ou de proposer de les lire, afin de se demander si – oui ou non – nous avons affaire à un manipulateur. Ce qui entraîne des excès, des abus d’interprétation. Ce qui nuit à l’approche objective du travail d’Isabelle Nazare Aga, à la prise de distance qu’elle propose. Au-delà de cette liste, il faudrait une question, à laquelle seul le lecteur peut répondre : Suis-je en danger ?
Et pour aller plus loin : Suis-je une victime ? Mon comportement est-il celui d’une victime de manipulateur ?

Afin de mieux comprendre ces 30 caractéristiques, et les conséquences de chaque caractéristique sur les victimes, je vous en propose un petit décryptage.

Et avant tout, une mise en garde : Chacun peut, exceptionnellement, se comporter ainsi. C’est la répétition – la presque quotidienneté – qui fait de tel ou tel comportement un comportement manipulateur. C’est également le refus d’admettre l’existence de ces comportements qui les rend manipulateurs. Une personnalité bienveillante acceptera d’entendre qu’elle a mal agi, ou admettra qu’elle avait un objectif précis à un moment précis, mais que le comportement auquel il est fait référence ne fait pas partie de ses valeurs et de ses principes.

Enfin, on dit « le manipulateur », ce qui ne veut pas dire qu’il est forcément un homme. Le manipulateur est un homme, une femme, un individu dénué de toute reconnaissance de l’autre et ne servant qu’une seule personne : lui-même.

1 Il culpabilise les autres au nom du lien familial, de l’amitié, de l’amour, de la conscience professionnelle.

Il culpabilise, oui. Mais les mots utilisés ne sont pas forcément entendus comme culpabilisants. Les injonctions peuvent être dissimulées sous de faux compliments. Ex : « Tu es tellement jolie, tu mérites bien mieux et notre famille aussi qu’untel ou untel… »

Conséquence : la victime place ces notions avant tout, cherchant à ne les trahir en rien, et jamais. Elle s’observe, s’analyse et se critique en permanence, se sentant tenue par un devoir de loyauté considérable et devant être sans faille. Le moindre mot, le moindre geste qui n’irait pas dans le sens d’une de ces notions seraient alors vécus comme une trahison. Et la culpabilité ressentie serait d’autant plus forte.

2 Il reporte sa responsabilité sur les autres, ou se démet des siennes.

Il le fait en ayant toujours une bonne raison, un bon argument, qu’il semble impossible de contredire. Et ce bon argument, cette bonne raison vont, de plus, prendre appui sur une réalité objective non réfutable.

Ex : « Je t’ai laissé régler les questions concernant les enfants, puisque tu as fait le choix de ne pas travailler pour t’en occuper. Je pensais, en toute sincérité et en toute confiance, que si tu avais un souci tu m’en parlerais. Je n’y suis pour rien si tu préfères te taire. »

Conséquence : la victime va constamment chercher à savoir si elle fait bien, si elle pense bien, si elle comprend bien, si elle agit bien. Elle se croit tenue de « gérer » le quotidien, de régler toutes les difficultés. Elle est obligée, c’est-à-dire dans l’obligation de faire et de comprendre, sans jamais se tromper, sans aucun manquement possible. Son mode de pensée peut être résumer ainsi : « Si il m’a été confié telle mission, telle responsabilité, c’est que j’en ai la capacité ? Si je n’y arrive pas, c’est que je ne suis pas à la hauteur ou que j’ai fait croire quelque chose de faux. Je suis donc menteur, vantard, et incapable. C’est ma faute »

3 Il ne communique pas clairement ses demandes, ses besoins, ses sentiments et opinions.

Il ne le fait pas, car il n’en a pas, si ce n’est de surpasser tout et tous, et de détruire ce qui pourrait lui faire de l’ombre. Cependant il sait que cette absence est a-normale. Aussi, il invite, imite, et laisse son interlocuteur dans l’embarras et le flou.

Ex : « J’aimerai beaucoup partir enfin en vacances ». Oui, mais où ? Quand ? Comment ? Avec qui ? A l’interlocuteur de deviner et d’anticiper. Et s’il ne le fait pas, le couperet va tomber… car, par amour ou amitié pour le manipulateur, il devrait savoir, sans qu’il soit besoin de lui dire.

A noter, le « enfin », qui est prononcé sur un ton de reproche, comme si l’interlocuteur – la victime – empêchait les vacances ou ne savait pas s’en charger.

Conséquence : la victime va constamment se demander ce qui pourrait satisfaire le manipulateur. Elle ne va avoir de cesse de proposer, d’organiser, de prévoir, y consacrant un temps infini, concentrant ses pensées uniquement sur ce qu’elle imagine faire plaisir au manipulateur. Bien sûr, elle ne peut y arriver, le manipulateur prenant un malin plaisir à changer de goût, d’avis, d’opinion, pour ne jamais être contenté. Pour ne jamais avoir à dire merci. Pour conserver le contrôle de la pensée de sa victime. Pour l’empêcher de penser à quoi que ce soit ou qui que ce soit d’autre.

4 Il répond très souvent de façon floue.

La clarté et l’évidence sont dangereuses pour le manipulateur car non négociables. Un « oui » ou un « non » fermes ne laisse aucune porte de sortie, aucune liberté de manœuvre au manipulateur. Aussi, il va répondre par des formules à la fois alambiquées et mystérieuses, laissant planer l’incertitude.

Ex : « Je verrai plus tard » (mais le « plus tard » est indéfini), « Pourquoi me poser cette question, tu connais la réponse » (et l’interlocuteur se voit contraint de se taire, fouillant chaque centimètre de son cerveau en espérant trouver cette réponse qui est censée s’y trouver – et ne la trouvant pas, se sent de plus en plus bête)

Conséquence : la victime attend. C’est d’ailleurs part commune chez les victimes : elles attendent. Elles attendent un geste, un mot, un compliment, une critique, un encouragement. Elles attendent et finissent par ne plus rien faire, ne sachant que faire. Et lorsqu’à force d’attendre, elles ne font vraiment plus rien, se sentant inutiles, sans envie et sans projet, elles se le font reprocher, de plus en plus vertement.

5 Il change ses opinions, ses comportements, ses sentiments selon les personnes ou les situations.

Non seulement il est caméléon, et s’adapte en fonction du profit à tirer de son ou ses interlocuteurs, mais n’ayant aucun sentiment, il va servir à celui ou celle qui l’écoute ce qu’il devine être le plus profitable, à l’instant. Ainsi, dans la même journée, il sera athée puis pratiquant, plutôt de gauche, ou plutôt de droite, plutôt réservé ou plutôt prolixe. Et jamais il ne posera de manière tranchée une opinion, ce qui lui permet ces volte-faces constants, qu’il ne remet pas en cause, mais dont il se sert pour expliquer à sa victime qu’elle « ne comprend rien et n’a le sens ni de la mesure, ni de la nuance. »

Conséquence : la victime ne sait plus quoi penser. Elle ne sait plus si elle a vraiment entendue, vraiment compris, et mieux encore, si elle sait aimer vraiment celui sur lequel elle semble se tromper, encore, puisqu’elle n’a pas compris, pas saisi ses vrais sentiments.

6 Il invoque des raisons logiques pour déguiser ses demandes.

Comme il est gentil, le manipulateur, à ne vouloir n’y s’imposer, ni obliger, ni gêner son interlocuteur ! C’est souvent ainsi qu’il explique pourquoi il ne demande pas clairement ce qu’il souhaite ou désire. Mieux encore, il ira jusqu’à dire qu’il laisse ainsi son libre-arbitre, sa faculté de penser à son interlocuteur. Certes. A condition de penser comme lui, de vouloir comme lui, de faire comme lui.

Le terme « demande » devrait d’ailleurs être remplacé ici par « ordre ». Car une demande qui n’est pas assouvie ne devrait pas entraîner de conflit. Un ordre non respecté crée une tension. Ce que le manipulateur appelle demande n’est rien de moins qu’une injonction – et c’est ainsi que les victimes l’entendent, mais déguisée par des formules de politesse, par de l’obséquiosité, par de la flatterie, qui endorment la vigilance et la capacité de refus des victimes.

Conséquence : la victime se remet en cause. Il lui est laissé le choix de décider ; si elle se trompe, c’est qu’elle ne sait pas faire, n’est pas à la hauteur, n’a pas de goût, pas d’idée, pas d’imagination.

7 Il fait croire aux autres qu’ils doivent être parfaits, qu’ils ne doivent jamais changer d’avis, qu’ils doivent tout savoir et répondre immédiatement aux demandes et questions.

Et pour mieux le laisser croire, il va d’abord séduire et flatter. Puis, lentement, remettre en cause. Enfin, il critiquera, reprochera, et détruira.

Conséquence : la victime devient ultra perfectionniste sans savoir définir ce qu’est la perfection. Elle va s’épuiser, aller au bout de ses forces physiques et intellectuelles, se critiquer avant même d’avoir entrepris la moindre action, déjà convaincue de ne pas pouvoir y arriver, et mieux encore de ne pas pouvoir satisfaire les attentes, et enfin de décevoir celui qui lui fait tellement confiance…

8 Il met en doute les qualités, la compétence, la personnalité des autres : il critique sans en avoir l’air, dévalorise et juge.

Ainsi, il tient à l’écart, sème le doute, se met en valeur et en avant, et isole la victime. Le manipulateur n’admet que la lumière, la puissance et la gloire. Tout ce qui peut être un obstacle ou un frein doit être éliminé.

Ex : « Ce dossier est pas mal. Mais le travail n’a pas été confié à la bonne personne. C’est dommage, une fois de plus elle ne se montre pas à la hauteur, alors qu’elle pouvait saisir sa chance. »

Conséquence : la victime se met à juger sans s’en rendre compte ses proches, ses collègues de travail. Pour justifier les propos du manipulateur et ne pas le critiquer ou s’opposer à ce qui est dit, elle va se taire, couper court à la communication avec ses proches, s’en éloigner, ou chercher en eux la moindre faille qui conforte ce qui lui est dit par le manipulateur.

9 Il fait faire ses messages par autrui.

Incapable de dire clairement les choses, il se sert de la technique dangereuse du téléphone arabe. Les messages sont forcément tronqués, déformés, et il a ensuite tout loisir pour dire que tel message ne vient pas de lui, que tel autre n’est pas vrai, que tel autre encore est une interprétation, pas la réalité.

Conséquence : la victime ne sait plus distinguer le vrai du faux. Elle ne sait plus si ce qui lui est dit par un tiers est exact. Elle doute de ce qu’elle entend, de ce qu’elle comprend, et même du tiers.

10 Il sème la zizanie et crée la suspicion, divise pour mieux régner.

Si la situation est classique, malheureusement, en entreprise, elle est encore plus classique dans des familles ou l’un des parents – parfois les deux – manipule. Pour mieux contrôler la fratrie, et parfois l’autre parent, le parent manipulateur va glisser des petites phrases, des petites remarques, de façon anodine, mais qui s’infiltrent comme du poison dans l’esprit de ceux qui les entendent. Ainsi, la rivalité entre sœurs, le rejet d’un parent par ses enfants, la cruauté d’un enfant envers les autres… prennent leur source dans ce venin, qui fait naître suspicion, doute, jalousie, tristesse, rancœur…

Conséquence : même si la victime peut trouver que ces remarques sont anodines, ou exagérées, elle aura à force de les entendre – car la répétition œuvre dans le sens du manipulateur – une méfiance, une défiance vis-à-vis des autres. Elle va se tenir à distance, se taire et s’éloigner, ou faire le jeu du manipulateur en cherchant à se défendre ou se protéger.

11 Il sait se placer en victime pour qu’on le plaigne.

D’ailleurs rien n’est jamais de sa faute. Il aurait tellement aimé que les choses se passent autrement. Et il est tellement malheureux… En public, il est capable de pousser à bout – à mots couverts – sa victime, pour la mettre en colère, pour l’obliger à se montrer sur la défensive, à donner une fausse image d’elle-même.

Il va user de tous les moyens possibles, jusqu’aux procédures, se glissant dans la peau d’un saint de vitrail blessé et malheureux.

Conséquence : la victime doit se justifier en permanence. Aux yeux des tiers, elle est responsable ou coupable, et se sent comme telle. Elle est dénigrée, ou croit l’être. Et à trop se justifier, elle en perd toute crédibilité. Elle-même finit par ne plus se croire. Elle-même finit par penser qu’elle est coupable.

12 Il ignore les demandes même s’il dit s’en occuper.

Tout autant, il promet énormément mais ne fait jamais rien. C’est une fabrique de belles paroles sans jamais qu’elles soient suivies d’effet.

Conséquence : non seulement la victime doit faire ce que le manipulateur avait promis, mais elle ne se sent ni écoutée ni vue. Elle se sent perdre en intérêt, se convainc de ne pas en avoir, ou de ne pas savoir dire ou faire. Elle se sent inutile, vide. Transparente.

13 Il utilise les principes moraux des autres pour assouvir ses besoins.

Et ce pour une raison bien simple : lui-même n’en a pas. Ni principe, ni valeur, ni sens du bien et du mal. Ou plus exactement, il connaît le sens du bien et du mal à la condition que ce soit son bien, son mal. Le reste ne le concerne en rien, et ne le touche pas. En revanche, il sait d’instinct que la morale permet d’organiser une relation, un système. Il observe et s’en sert pour les appliquer aux autres.

En résumé, le manipulateur est l’incarnation du « Faites ce que je dis, pas ce que je fais ».

Conséquence : la victime est soumise à des sermons et des rappels à l’ordre perpétuels. Elle vit aux côtés d’un censeur, d’un inquisiteur, qui, tel un Torquemada de salon, va chercher à la corriger, ou la punir en permanence.

14 Il menace de façon déguisée, ou pratique un chantage ouvert.

Ainsi, il instaure une ambiance de peur, de stress, permanents. Ce qui lui permet d’installer et de développer son contrôle sur sa victime. Il met en dépendance, de manière malsaine, et oblige à la soumission, par crainte de représailles verbales, ou physiques.

Ex : « Il vaudrait mieux que tu comprennes ce que je te demande sans que j’ai besoin de le répéter », ou encore : « Si tu ne suis pas mes conseils, ce sera la preuve que tu n’en n’as rien à faire de moi… »

Conséquence : la victime s’interdit de réfléchir. Elle est conditionnée à obéir. Au premier chantage, elle n’en tient pas compte. Le manipulateur va lui faire payer, car c’est pour lui une rébellion. Au deuxième chantage, présenté insidieusement, elle se pliera. Au troisième, elle perd déjà en personnalité.

15 Il change carrément de sujet au cours d’une conversation.

Toujours dans la nécessité d’entretenir le doute et le flou, ou encore pour ignorer sa victime, le manipulateur coupera court à une conversation entamée, s’imposant dans la discussion, et obligeant à parler d’autre chose.

Conséquence : la victime se sent là encore invisible, sans intérêt. Elle pense n’avoir aucune idée, aucune intelligence. Elle perd l’habitude de parler pour ne pas être à nouveau interrompue – elle entend alors qu’elle n’a jamais rien à dire, qu’elle est stupide. Elle perd en capacité et envie de s’exprimer, en privé, et en public. Elle devient mutique.

16 Il évite ou s’échappe de l’entretien, de la réunion.

S’il le fait par lâcheté, ce ne sera jamais présenté ainsi. Il fera croire à un rendez-vous plus important – ce qui dénigre l’intérêt du rendez-vous qu’il manque, à une urgence dont il ne peut parler, ajoutant du secret à son absence, à un souci personnel (santé, famille…) obligeant les autres à le plaindre.

Ainsi, il échappe à la confrontation, au risque de mis en échec ou d’être critiqué, à l’opposition. Si son discours tient face à un interlocuteur, il est en danger face au groupe, car dans le groupe il peut toujours se trouver une personne qui ne le croira pas et pourra le déstabiliser.

Conséquence : la victime « reste sur sa faim », doit se soumettre à des horaires et un changement perpétuel d’organisation et d’emploi du temps. Elle a de la compassion, elle surinvestit ce qu’elle doit réaliser, au risque de s’épuiser, pour soulager celui qui semble soudain en difficulté.

17 Il mise sur l’ignorance des autres et fait croire en sa supériorité.

Son discours transformera ignorance en incompétence. Il ne proposera jamais un enseignement sain, permettant à sa victime d’apprendre et de fait de développer ses propres compétences, il va la rabaisser, l’obligeant à se mésestimer. Il utilisera un discours compliqué, des phrases vides de sens mais complexes, faisant penser à ses interlocuteurs qu’ils ne comprennent rien. Excellent orateur, le manipulateur « s’écoute parler », et ne supporte aucune interruption.

Ex : « Je pensais que tu connaissais le sujet, il est tout à fait simple à comprendre, et nous aurions pu échanger toi et moi sur certains points. Il est bien dommage de ne pas pouvoir le faire mais je suis certain(e) qu’avec un peu de travail, tu seras bientôt à la hauteur pour pouvoir en discuter. »

Conséquence : la victime est peu à peu convaincue de ne rien savoir, et que cette absence de connaissance est de sa faute, tant il semble évident de savoir. Si dans un premier temps elle essaie d’apprendre, de s’informer, ce ne sera jamais assez, et elle se décourage au point de ne plus chercher à apprendre. Elle taira également ses connaissances, n’en sera plus sûre, et finira à nouveau par penser qu’elle est stupide.

18 Il ment.

Le mensonge n’est pas permanent mais régulier. Les vérités sont déformées, exagérées, enjolivées en fonction de ses besoins. Il invente des histoires, en les sachant fausses, par seul intérêt. Il sait qu’il ment.

Conséquence : la victime ne peut plus distinguer le vrai du faux. Elle passe des heures à analyser pour se rapprocher de la vérité. Mais quelle vérité ? puisqu’aucune ne semble vraiment vraie.

19 Il prêche le faux pour savoir le vrai.

Tout comme il divise pour mieux régner, le manipulateur est un parfait avocat du diable. Il sera alors tout sourire, tout sucre et tout miel, et la victime va se laisser berner et séduire.

Conséquence : la victime va lui livrer les informations recherchées sur un plateau et sans méfiance. Et avec ce qu’elle a fourni comme information, elle se fera écraser peu de temps après.

20 Il est égocentrique.

Le manipulateur sait parfaitement où se situe son nombril et l’entretien avec passion. Rien d’autre ne l’intéresse. Il est centré uniquement sur lui, sa réflexion, ses gestes, ses actes ont pour seul intérêt de nourrir ce « nombril ». Il est le nombril du monde, et tout doit tourner autour de lui et être fait dans son unique intérêt.

Conséquence : la victime doit se dévouer entièrement et exclusivement à cet être supérieur. Elle n’a pas le choix. Ce qui n’est pas fait pour lui sera jugé comme étant contre lui, et de ce fait rejeté, ignoré ou méprisé.

21 Il peut être jaloux.

Plus exactement, il peut se montrer jaloux. Car jaloux, il l’est intrinsèquement. Des autres, de ce qu’ils ont, de ce qu’ils sont, de ce qu’ils font. Il ne l’exprimera que s’il a un intérêt immédiat à le faire. Il sera alors dans la possession, et la destruction, par la parole, ou par le geste. Ce qui ne le sert pas ne doit pas exister et doit immédiatement être détruit.

Conséquence : la victime va couper les ponts avec ce qui était son passé. Sa famille, ses amis, ses études, son métier, ses goûts sont laissés de côté, abandonnés, pour ne pas permettre au manipulateur de soupçonner la moindre trahison, le moindre secret ; pour ne jamais être « pris en faute » ou à défaut.

22 Il ne supporte pas la critique et nie les évidences.

La remise en cause est impossible. C’est un crime de lèse-majesté qui doit immédiatement être puni. Le manipulateur n’admet pas la moindre opposition car il sait. Son pouvoir serait moindre s’il n’était pas omnipotent et omniscient. Aussi s’opposer à lui revient à se mettre en danger à l’instant même.

Conséquence : la victime accepte tout. Elle ne critique rien, ne juge rien, n’émet aucune idée contraire, approuve même ce qu’elle sait être faux, immoral, inutile.

Elle perd l’usage du « non », du refus, et développe une peur du conflit qui la maintient dans le silence et l’acceptation.

23 Il ne tient pas compte des droits, des besoins et des désirs des autres.

Tout simplement parce que l’autre n’existe pas ou uniquement pour le servir. L’altérité est une notion parfaitement opposée au fonctionnement manipulateur. L’autre est un objet, qui sera jeté ou détruit quand il ne sera plus utile. L’autre ne peut pas avoir d’idée, de sentiment, d’envie, de projet.

Conséquence : la victime va chercher à dire ce dont elle a besoin, ce qu’elle aime, ce qui lui plaît. Ses demandes et ses envies ne seront jamais écoutées et encore moins satisfaites. Là encore, elle va peu à peu perdre en personnalité. Elle va ignorer ses propres envies, et ses propres besoins, les croyant sans valeur et sans intérêt. Elle ne va plus s’écouter. Elle va s’oublier, totalement, au seul profit du manipulateur.

24 Il utilise souvent le dernier moment pour ordonner ou faire agir autrui.

Le manipulateur fonctionne et fait fonctionner dans l’urgence. Il déguisera ses demandes sous de faux compliments, ou au contraire en commençant par dénigrer et reprocher : « Vous auriez pu y penser avant ! Il faut toujours que je fasse tout tout seul… »

Conséquence : précipitation, stress, erreurs, conviction d’avoir tort… la victime pense qu’il lui appartient de répondre, tout de suite, parfaitement, et qu’elle est coupable de ne pas avoir anticipé une demande … qu’elle ne pouvait imaginer. La victime est privée de toute capacité de recul et de jugement. Elle vit dans l’instant présent, finit par tout accepter, est téléguidée, comme un automate. Elle possède une fonction marche – arrêt, et celui qui appuie sur le bouton, c’est le manipulateur.

25 Son discours paraît logique ou cohérent alors que ses attitudes répondent au schéma opposé.

Le manipulateur sait parler. Il est éloquent et convaincant. Il a toujours les bons arguments. Il semble même rassurant, et sécurisant… « on » lui fait confiance. Dans la pratique, il est désordonné, confus, désorganisé, imprécis, instable ; Mais le discours bien servi dupe ceux qui l’entendent. Ils s’y réfèrent et n’ont plus l’analyse nécessaire pour juger les actes. Ils s’en tiennent aux paroles, hypnotisés.

Conséquence : la victime tente de rapprocher les paroles des faits. Les paroles ayant une logique, elle va se reprocher de trouver un manque de logique aux faits, ou encore va se dire que l’action n’est pas terminée, que quelque chose d’autre va être mis en place. Elle est placée en situation d’attente, d’immobilisme. Ce que le manipulateur ne tardera pas à lui reprocher, comme il va lui reprocher son manque d’initiative, son incapacité à prendre des décisions, à mettre en place une action. L’accumulation des reproches pèse sur la victime comme des enclumes, et elle s’enfonce de plus en plus dans cet immobilisme mortifère.

26 Il flatte pour vous plaire, fait des cadeaux, se met soudain aux petits soins pour vous.

Séducteur un jour, séducteur toujours…Aucune manipulation ne fonctionne sans séduction. Elle en est l’origine et le fondement, et revient sans prévenir, souvent aux moments les plus critiques, pour rassurer, apaiser, et tromper un peu plus.

Conséquence : la victime croit en ce qu’il est commun d’appeler « la lune de miel ». Epuisée par les reproches, les critiques, le chantage, l’ignorance, elle se sent re-vivre. Elle s’imagine à nouveau vue, reconnue, aimée. Elle se rassure en se disant qu’elle s’est trompée. Qu’elle a sans doute mal analysé une situation. Qu’elle a sa part de responsabilité. Que chacun, pendant une période, peut être tendu, difficile, désagréable. Elle finit par penser que c’est de sa faute, qu’elle est trop exigeante, trop incohérente, trop « méchante ». Elle cède à la séduction. Elle se fait enfermer dans un schéma de violence psychologique, espérant ces lunes de miel, de plus en plus rares et brèves.

27 Il produit un sentiment de malaise ou de non-liberté.

Le manipulateur sème le doute, le flou, la confusion. Il oblige au contrôle, à l’hyper vigilance, à l’anticipation. Rien n’est naturel. Il absorbe l’oxygène, rend l’atmosphère pesante, oblige à raconter ses faits et gestes et jusqu’à dévoiler son jardin secret, de peur de se faire dire qu’il y a mensonge et dissimulation.

Conséquence : la victime n’est pas « à l’aise ». Elle vérifie chacune de ses paroles, chacun de ses actes, pour ne pas contrarier. Elle s’excuse, en permanence, de peur de déranger. Elle s’exprime de manière mesurée, redoutant d’être considérée comme agressive ou idiote. Elle respire moins bien. Son corps devient douloureux à force de se contracter ; La souffrance devient physique.

28 Il est parfaitement efficace pour atteindre ses propres buts mais aux dépens d’autrui.

Le manipulateur n’accepte que la gloire, la puissance et les sommets. Son objectif est de dominer, d’être puissant, seule valeur qu’il reconnaisse. L’autre n’existant pas ou uniquement à son profit, il sait s’en servir, comme d’un barreau d’échelle ou d’une marche d’escalier, pour continuer d’avancer et de grimper, sans se soucier des conséquences pour celui qu’il écrase.

Conséquence : la victime est petit à petit dépossédée de ce qu’elle est, de ses talents, de ses compétences. Utilisées uniquement afin de servir le manipulateur, elles s’amenuisent et la victime n’est plus à même de les considérer objectivement, puisque, aussitôt utilisées, aussitôt critiquées. En effet, si la victime savait se les attribuer réellement, elle pourrait en faire usage pour elle-même et de ce fait mettre en danger les rêves de grandeur du manipulateur. La victime est exploitée, et lorsque cette exploitation n’a plus de raison d’être, rejetée.

29 Il nous fait faire des choses que nous n’aurions probablement pas fait de notre propre gré.

Séducteur, convaincant, ou menaçant, il empêche la victime d’avoir le moindre libre arbitre. N’ayant ni valeur ni morale, il cherche son propre plaisir ou sa seule réussite, sans prendre en compte ce que d’autres vont transgresser pour lui. Il ne voit que le résultat, le moyen ne compte pas.

Conséquence : humiliations, compromissions, soumission, acceptation des abus… la victime est là aussi comme « télécommandée » et accepte, ou croit accepter, ce qui est contraire à ses valeurs. Que ce soit d’ordre matériel, financier, spirituel, physique, sexuel, la victime ne dit jamais non. Et comme elle ne dit jamais non, il est encore plus simple pour le manipulateur de lui faire penser et croire qu’au fond d’elle, elle était d’accord, elle avait dit oui.

30 Il fait constamment l’objet des conversations, même quand il n’est pas là.

Le manipulateur devient indispensable. Tout tourne autour de lui – c’est le but recherché – et consacrer du temps à autrui ou autre chose est interdit. Lorsque l’entourage sent ou comprend la dangerosité du comportement, il continue d’en parler, cherchant à comprendre un peu plus, à se justifier, à excuser ou à critiquer. Et tout ce temps, qu’il soit présent ou non, est autant de cadeaux qui lui sont faits, puisqu’il interdit que quoi que ce soit existe sans lui.

Conséquence : la victime croit trahir en ne pensant pas au manipulateur, en n’agissant pas pour lui, en ne parlant pas de lui. Elle est obsédée, se sent obligée d’en parler constamment, en vient à lasser les autres, et les trouve irrespectueux ou méchants de ne pas avoir la même dévotion. Quand elle prend conscience, elle n’a de cesse de se justifier, ou d’en parler pour être rassurée et confortée, pour ne pas se sentir injuste, cruelle ou ingrate.

La victime n’existe plus qu’au travers du manipulateur.

Anne-Laure Buffet : Victimes de violences psychologiques, de la résistance à la reconstruction, ed. Le Passeur

Isabelle Nazare-Aga : Les manipulateurs sont parmi nous, éditions de l’Homme

©Anne-Laure Buffet
annelaurebuffet@gmail.com

VOUS NE SEREZ JAMAIS À LA HAUTEUR DE SES DÉSIRS – TÉMOIGNAGE

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Bonjour à tous,
Je tiens à faire partager mon expérience, une de plus, qui bien qu’elle rejoint souvent vos propres histoires, il y a un côté qui me semble ne pas être mis en valeur.
Le pervers narcissique est oui, bien souvent, discret.
Il ne vous mettra jamais mal à l’aise en public ! au contraire, il fera tout pour vous valoriser. Pourquoi? parce que dans le terme pervers narcissique le terme narcissique n’est pas là par hasard. En vous mettant en avant, en fait il cherche à se faire briller lui.  » je suis avec quelqu’un de bien, donc je suis un homme genial ». C’est ainsi qu’il vantera toujours votre beauté / travail interressant / votre don etc…
Ces compliments, il vous les fera à vous aussi, mais jonglera aisement avec enormément de jugement sur vous-même et sur ce qu’il soit disant admire aux yeux des autres, vous complexera par rapport à ses exs « parfaites », vous fera très souvent du chantage affectif  « si tu ne fais pas ça, je n’ai pas besoin de toi ». L’important est que vous puissiez vous sentir nul, et que lui seul vous trouve assez bien. J’ai eu droit à  » c’est normal que tu ne te fasses pas souvent draguer, les hommes ici aiment les bimbos, moi je ne suis pas comme eux, je te trouve très belle ». J’ai finis par me convaincre qu’effectivement lui seul pouvait me trouver jolie, alors que contrairement à ce qu’il disait je plaisais beaucoup.
Le PN nous fait entrer dans un monde où vous finissez par admettre que les autres sont moins biens que lui, et que vous, vous ne serez jamais à la hauteur de ses désirs.
Parce qu’il joue avec vos peurs, et surtout celle naturelle que l’on ressent tous la solitude.
« s’il me quitte c’est parce que je ne suis pas assez bien pour lui ».
Alors on redouble d’efforts, en vain.
A la moindre reflexion sur son egoisme, il saura vous pointer du doigt toutes les fois où il a été présent pour vous, et oui effectivement c’est le cas ! Le paradoxe est là. Il prévoit tout à l’avance pour ne jamais avoir à avouer ses torts.
Le pervers narcissique choisit des femmes/hommes intelligents, le challenge est plus grand, la victoire plus belle.
Enfin n’oubliez jamais, un pervers narcissique n’aimera jamais personne d’autre que lui même.

PARENTIFICATION – PARENTALISATION – GROUPE DE PAROLE DU 6 FÉVRIER 2016

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Samedi 6 février, un groupe de discussion s’est réuni autour du thème : l’enfant parentalisé.

« Parentalisé » ; étrange mot, et pourtant de plus en plus employé. On entend également « parentifié ». Que ce soit parentalisé ou parentifié, il n’est pas question d’ergoter sur le mot juste, mais d’en observer la mise en place et les conséquences.

Dans The Langage of Family therapy (1985), Simon, Stierlin et Wynne définissent la parentification comme : « L’attribution d’un rôle parental à un ou plusieurs enfants dans un système familial. Cela entraîne une forme d’inversion des rôles en relation avec une perturbation des frontières intergénérationnelles. »

Il faut également distinguer la parentification ou parentalisation de l’instrumentalisation de l’enfant. Instrumentaliser revient à transformer l’enfant en objet, ne plus lui reconnaître une existence propre, pour s’en servir le plus généralement comme une arme contre une autre personne (autre parent, frère ou sœur,…).

Dans le cas de divorces conflictuels, où l’un des deux parents est un parent « toxique », il est classique qu’un enfant soit instrumentalisée. Il va alors devenir « la poubelle» de son parent – et parfois de ses deux parents, il va entendre des messages injurieux et souvent diffamatoire à l’encontre de son autre parent, messages destinés non seulement à dégrader l’image de ce parent, mais également à éloigner l’enfant dudit parent. On parle alors de conflit de loyauté.

La parentification peut créer un conflit de loyauté. Elle peut également éloigner un enfant de son parent « bienveillant ». Mais la première motivation de la parentification est une volonté inconsciente d’inverser les rôles. En effet être parent implique de savoir tenir une posture : papa ou maman, père ou mère, et adulte. Lorsqu’il y a parentification, la place de l’adulte n’est pas établie avec certitude. Le parent va jouer à être un papa ou une maman, un père ou une mère, mais ne va jamais en assumer les devoirs ou les responsabilités.

Il est nécessaire de souligner tout de suite certaines exceptions : un parent qui va se retrouver en incapacité d’exercer son rôle de parent pendant une durée plus ou moins déterminée (maladie, hospitalisation, séjour à l’étranger, …) peut voir alors son enfant prendre son relais. C’est un relais matériel, concret. Ce n’est pas un relais affectif. La protection et la sécurité qui doivent être assurées par le parent de manière naturelle continuent de s’exercer, et l’enfant ne se sent pas « abandonné ». Ses repères subsistent, le référent demeure, l’enfant ne se retrouve pas en position de transgresser des règles à fin d’assumer lui-même sa propre sécurité et de répondre à ses besoins naturels. A défaut d’être nourri, de manière alimentaire, par son parent dans son quotidien, il reçoit toujours une nourriture spirituelle : des valeurs, des règles, des limites qui l’aident à se positionner et se construire.

De la même manière, le fait de jouer avec ses enfants « au papa et à la maman» , « à la maîtresse», ne constitue pas une parentification malsaine et dangereuse. Comme tout jeu, celui-ci a un commencement, une fin, et des règles. C’est l’adulte qui fixe ce commencement, cette fin, et ces règles. Si l’enfant transgresse les règles, le jeu prend fin. De même, si l’adulte se mettent à transgresser les règles du jeu, l’enfant le comprend, peut le dire, et réclamer lui aussi que le jeu se termine.

Ce ne sont pas ces formes de parentalisation qui peuvent se révéler toxiques pour un enfant. Si elles s’intègrent dans la construction de celui-ci, et dans un cadre bienveillant, un enfant en comprend les limites, les repères, et les valeurs. Sa propre construction psychique n’est pas mise en danger. Il se sent et il est en sécurité. Et il est essentiel de se souvenir que la première de sécurité dont un enfant a besoin, c’est la sécurité affective, bien avant la sécurité matérielle.

En revanche une forme bien plus sournoise et pernicieuse de parentification existe. Celle qui se met en place et se développe lorsqu’un parent, parfois les deux, est incapable d’assumer ses responsabilités d’adultes, et que cette incapacité n’est pas temporelle ou matérielle, mais appartient à sa propre construction. Refusant lui-même d’être un adulte et d’en assumer les contraintes et les responsabilités, ce parent s’est organisé un système selon lequel il joue de manière permanente à être adulte, sans pouvoir reconnaître que c’est un jeu, sans pouvoir s’y conformer – et souvent même s’y résoudre. L’impossibilité de grandir psychiquement, ou le refus de le faire, se transforment en injonctions qui reposent alors sur les enfants : comme je suis à l’âge d’être adulte, mais que je ne sais pas et ne veux pas le faire, c’est à toi de l’être à ma place.

Ainsi l’enfant se retrouve projeté dans une inversion des rôles. Il devient parent et de son parent. C’est l’enfant qui va consoler, qui va soigner, qui va prendre en charge matériellement la maison, qui va devoir gérer le reste de la fratrie, qui va devoir s’oublier et oublier sa place d’enfant ou d’adolescent. Il oublie par manque de temps, il oublie parce que ça lui est interdit. Il a face à lui un parent qui refuse ou qui n’est pas en mesure de «grandir». Il n’est pas protégé. Il va chercher sa propre sécurité. Et lorsqu’il se trompe, ça lui est généralement reproché par ce parent déficient.

Certains enfants parentifiés ne gardent pas à l’âge adulte un mauvais souvenir ou une fragilité. En apparence, et tant qu’ils ne sont pas confrontés à une difficulté. Cependant, ce sont des adultes que l’on entendra dire : «Je n’aime pas jouer. Je ne me projette pas dans l’avenir. Je ne m’accorde pas le droit de rêver. Je n’ai jamais fait de bêtises.»

Ce qui fait partie du domaine de l’imaginaire, du rêve et du fantasme leur est interdit. Ni ayant pas eu accès durant leur enfance et leur adolescence, ils n’en voient pas l’intérêt, ils ne savent même pas l’utilité du rêve ou de la projection.

D’autres enfants devenus adultes vont traverser des périodes de fragilité, ou de souffrance, bien plus importantes. Le manque de protection et de sécurité dont ils ont souffert enfant se réveille violemment à l’âge adulte. Ils se sentent responsables en permanence, ils sont dans l’incapacité de« lâcher prise». Ils ne comptent que sur eux-mêmes. Ils n’ont souvent comme repère que même. Et il sont étrangers à une part d’eux-même : leur enfance.

On pourrait citer de nombreux exemples, le cas le plus fréquent étant celui du parents qui se décharge auprès de son enfant de tout ce qu’il doit supporter et vivre. Que ce soit sur le plan émotionnel, affectif, au matériel, le parent va faire comprendre à son enfant que c’est à lui de se mettre dans la protection, dans la construction, dans l’écoute est dans la patience.

L’identité se développe autour de l’obligation de prendre soin de l’autre.

La perte de confiance et la culpabilité d’être le «mauvais» interviennent dans la constitution psychique de l’enfant. Il n’y a plus de lien entre les besoins de l’enfant et les actions des parents. Et dans son esprit d’enfant se crée un clivage : d’une part l’enfant idéalisé mais négligé, et d’autre part l’enfant incapable d’être enfant et interdit être enfant. Si la non reconnaissance perdure ce clivage peut devenir permanent.

La parentification peut aller plus loin, et de ce fait être encore plus destructrice. L’enfant ou l’adolescent parentifié peut prendre deux fonctions principales :

– parents pour ses parents, pour l’ensemble de la famille, pour la fratrie

– époux du parent du sexe opposé

Bien évidemment si la fonction de parent est pathogène, elle est bien moi dangereuse que celle de conjoint.

L’enfant peut devenir le confident de ses parents. Il peut être messager ou médiateur entre ses parents, ce qui ramène au conflit de loyauté. Il peut également devenir « leader » afin de maintenir un équilibre et ce généralement dans un contexte de dépression parentale. Il peut aussi se voir attribuer le rôle de contrôleur de la famille. Il assume alors la responsabilité de l’adulte, et à l’âge adulte, et lui sera difficile de faire à nouveau confiance à ses parents ou à d’autres adultes. Enfin il peut se retrouver à la place de sauveteur en cas de graves difficultés familiales ou de traumatisme. Il se construira avec cette notion et ce souci permanent de devoir protéger et sauver ses proches. Ce qui va l’amener à s’oublier. Et très souvent à se perdre…

Si l’enfant n’est pas et jamais reconnu dans ce qu’il donne, la parentification prend des caractéristiques destructrices. Il faut également prendre en considération la durée de cette relation, car plus elle s’inscrit dans le temps et plus elle est destructrice.

A l’âge adulte, on constate généralement un désinvestissement affectif. L’adulte est épuisée d’avoir trop donné. Il refuse alors de s’impliquer dans les situations où donner est important pour soi et pour l’autre. Il peut développer des dépressions chroniques. L’estime de soi est en baisse. La confiance en soi est atteinte.

L’enfant a accepté des responsabilités écrasantes pour le bien-être de ses parents. Et les protège contre un monde extérieur présenté comme hostile et persécutant. L’enfant devient alors le soignant de ses parents.

De plus les parents ne manifestent aucune reconnaissance face à l’attention est au dévouement de l’enfant. Il sera souvent critiqué. Si cet enfant n’a pas prêt de lui une autre personne bienveillante, prête à l’encourager, il ne trouvera jamais sa place, ni dans sa famille, ni à l’extérieur.

Pour résumer, la parentification peut avoir des effets destructeurs lorsqu’elle comporte un ou plusieurs des facteurs suivants :

  • L’enfant est surchargé de responsabilités dépassant ses compétences cognitives, émotionnelles ou physiques.
  • Les parents ont des demandes régressives par rapport à leur enfant.
  • Les besoins de l’enfant sont négligés ou exploités.
  • L’enfant ne reçoit pas de reconnaissance pour ce qu’il donne.
  • L’enfant est blâmé et son comportement est désigné comme mauvais.
  • L’enfant est impliqué dans une relation érotisée avec l’un des parents.
  • L’absence de soutien de la famille d’origine des parents.

NB : les paroles et exemples donnés pendant le groupe ne sont pas rapportés ici par souci de confidentialité.
Il est indiqué dans cette note les grandes lignes de ce qui a été évoqué pendant le groupe. Le reste… appartient au groupe.

Anne-Laure Buffet
annelaurebuffet@gmail.com

LE BRUIT EST SOUVENT TROMPEUR

Mégaphone (3)

Les victimes de violences psychologiques sont fragilisées. Elles n’ont plus de « radar », plus de limites ; elles sont incapables de se distancier de la réalité, prêtes à croire le premier venu, ou au contraire à fuir toute main tendue, aussi bienveillante soit elle.
Elles ne parlent pas – pourquoi le feraient-elles, alors que personne ne les croit ?
Elles ne se plaignent pas – se plaindre de quoi, alors qu’elles sont convaincues d’avoir tort, au moins en partie ?
Elles ne gémissent pas, n’accusent personne, se font discrètes, se tiennent en retrait, en silence. Elles ne pavoisent pas.
Quand elles s’expriment, c’est souvent confusément, cherchant leurs mots, leurs idées, le fil conducteur, qu’elles n’arrivent ni à tenir ni à suivre.
Elles n’ont pas de hargne, pas de colère, pas de revanche.

Il faut du temps pour que la colère s’exprime. Une colère légitime, qui est bien plus un cri, un hurlement, et même, pardon de la comparaison, le cri d’une mère en train d’accoucher, de mettre au monde un être destiné à vivre et grandir, et si possible, librement. Cet être que les victimes – hommes ou femmes – mettent au monde, c’est elles-mêmes. Elles expulsent le meilleur d’elles-même, trop longtemps en gestation, interdit de respirer par la volonté d’un autre.

Les victimes dissimulent leur souffrance. Elles ne la trouvent même pas injuste. Elles ne trouvent pas leur situation injuste. Elles l’acceptent, jusqu’au jour où une vraie prise de conscience leur permet de mettre en place un changement. Et ce changement prend du temps.

En revanche, certaines personnes se qualifient de victimes. Elles le font haut et fort. Elles crient, hurlent et gémissent, et tel un dramaturge de film muet, portent leur main sur le front, se déforment le visage dans des grimaces à faire cauchemarder tous les enfants du voisinage, se désespèrent de leurs « malheurs », invectivent tant qu’elles peuvent, dénoncent sans rien redouter et nommément celui ou celle qu’elles accusent.
C’est une inversion, destinée à attirer le regard, la complaisance et la compassion.
C’est un jeu dont les manipulateurs savent se servir avec brio.
Pendant qu’ils semblent mourir dans des souffrances aussi atroces que bruyantes, ils étouffent avec leur vacarme le peu de bruit que la VRAIE victime essaie de faire… Imaginez, pour faire une comparaison, une brise de fin de journée qui tenterait de recouvrir le fracas d’une tempête.

A ce jeu cruel, c’est bien souvent la FAUSSE victime qui gagne.
Et si elle se retrouve prise le « doigt dans le pot de confiture », si sa manipulation est décelée, elle fait encore plus de bruit, ne redoutant ni Dieu ni diable, mais simplement de perdre l’aura qu’elle s’était créée de toute pièce. Comme on imagine un enfant capricieux, orgueilleux et colérique, vexé d’avoir été surpris pendant sa bêtise, et qui cherche à se dédouaner en pleurant, gesticulant et niant, ces FAUSSES VICTIMES ne tardent pas, dès qu’elles sont dévoilées, à tenter toute manoeuvre, bruyante, spectaculaire, pour retourner la situation. Et projeter sur la victime ce qu’elles sont, elles.

La vie n’est pas un spectacle. Nous en sommes les acteurs, pas les comédiens.
Comme disait une marionnette dans une célèbre émission : « Méfiez-vous des contrefaçons ».
Méfiez-vous de ceux qui, ici ou là, sur le net ou ailleurs, crieraient au scandale, drapés dans leur prétendue bonne foi, n’hésitant pas à nommer le responsable de leurs maux, et à lui faire porter un sac rempli d’accusations mensongères et farfelues – mais ô combien cruelles. Leur bruit inquiète et fait fuir. Elles restent seules, ou avec la pitié et l’amitié de ceux qui veulent les croire. Elles continuent de courir. Et si personne ne fait rien, la VRAIE victime, celle qui est vraiment en souffrance, le reste, et s’y enfonce encore plus.
Silencieusement. Sans laisser de trace.
Ce qu’elle vit est invisible.
Et le manipulateur ne cesse de s’en servir.

©Anne-Laure Buffet
annelaurebuffet@gmail.com

VOIX ACTIVE ET VOIX PASSIVE

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Quand une victime de violence psychologique prend la parole, elle se place au centre de cette violence en s’en faisant le sujet ou plus exactement l’acteur principal. « C’est ma faute ». « J’ai honte ». « Je n’avais qu’à faire autrement ». « Je n’ai rien dit. » « Je ne réagis jamais. »
Et quand les tiers échangent avec elle, elle reste acteur et sujet principal : « Qu’as-tu dit ? Qu’as tu fait ? Comment as-tu réagis ? Pourquoi tu ne réponds pas ? Pourquoi tu ne pars pas ? »

Je, Tu, comme nous avons appris à l’école. Comme nous avons appris l’ordre des conjugaisons et de la grammaire. Comme nous sommes depuis tout petit conditionnés à le faire, car nous devons être responsables, maîtres de nos vies et de nos choix, doués de réflexion et de raison.

Or, en restant dominé par l’obligation d’utiliser le « Je », le schéma est simple :

Je vais mal à Je ne fais rien à Je suis nul(le)

Simple, efficace, et qui provoque un conditionnement du langage. Pourquoi parler de moi, alors que moi est nul(le) ? Pourquoi dire je, alors que je n’est rien ?
La personnalité toxique a obtenu ce qu’elle recherche : sa proie, sa victime, est dépersonnalisée sans s’en rendre compte. Elle utilise toujours le je, convaincue d’agir, de pense, d’être et de faire. Elle est en réalité parfaitement conditionnée. Elle est impropre à agir autrement que sous l’ordre et la volonté de son bourreau. Et elle est rendue impropre à s’en rendre compte.

Or, un objet ne pense pas. N’agit pas. N’est pas. Il sert. Il est utilisé par un ou une autre. Il est instrumentalisé, puis posé, rangé, jeté, oublié. Il a une fonction qu’il doit remplir, à moins d’être remplacé.
La victime est comme cet objet. Elle remplit une fonction. Quand elle ne la remplit plus, elle est jetée comme on jette un vieux mouchoir en papier – avec un air dégouté.

Alors, revenons-en aux conjugaisons. De l’utilité de la voix active et de la voix passive – petit manuel pour se sortir de l’emprise. Et pour bien s’en servir, il faut sans cesse rester dans ce qui est concret. Une victime ne se soumet pas. Elle est soumise par un autre. Une victime n’accepte. Elle est façonnée de telle manière qu’elle ne peut agir autrement. Une victime ne parle pas. Elle rapporte la parole d’un autre. Une victime ne dort pas, elle est tenue éveillée ; elle ne mange pas, elle est nourrie. Une victime ne fait pas l’amour, elle sert à assouvir les besoins sexuels, primaires, souvent bestiaux de la personnalité toxique.
Une victime ne pense pas.
Elle est soumise à une lobotomie invisible, sans douleur, sans cicatrice. Radicale. Elle exécute, elle répète, elle reproduit ce qui est attendu d’elle. Elle est vidée de sa substance humaine. Elle devient microphone, marionnette, robot ménager, portefeuille. Quand elle est vidée, quand elle n’enregistre plus, quand elle n’a plus d’automatisme, elle est mise à la benne. Ou au broyeur.

Je suis nul(le) n’existe pas. Il (elle) m’a privée de mon humanité est réel.
Je vais retrouver cette humanité est possible.
Et rend enfin fin à une victime ce qu’elle est : le statut d’être humain.

©Anne-Laure Buffet
associationcvp@gmail.com