GROUPE DE DISCUSSION – 12 SEPTEMBRE 2015 – VICTIME DE VIOLENCE PSYCHOLOGIQUE

THÈME :

VIOLENCES PSYCHOLOGIQUES,

VICTIME DE VIOLENCE PSYCHOLOGIQUE

 Qu’est-ce qu’une victime de violence psychologique ?

De proie à victime, comment s’installe la violence psychologique ? Comment se définit-elle ? Qui en est l’auteur, qui en est la proie ? Comment y faire face, comment s’en détacher ?

 

Le groupe se réunit de 15 h à 18 h, à Boulogne Billancourt.

Document d’information à télécharger : VICTIME DE VIOLENCE PSY

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LA VICTIME FACE AUX TIERS – LE RISQUE DE LA DOUBLE PEINE

« Tu dois exagérer »
« Tu ne vivais quand même pas avec un monstre… »
« Tu devrais te prendre en main, faire quelque chose… C’est de l’histoire ancienne maintenant… »
« Arrête de ruminer… Tu nous fatigues à parler tout le temps de la même histoire… »
« L’important c’est que les enfants aillent bien ! »

Une victime de comportements toxiques sort de cette relation abîmée. Qu’elle soit enfant ou adulte, il lui manque des repères, des valeurs. Elle s’est construite avec de fausses croyances, avec des messages contraignants, et avec une interdiction de plus en plus forte de dire, de faire ou de penser. Que l’interdiction soit verbalisée ou non, il faut tenir compte du ressenti de cette victime.
De plus, la violence psychologique a entre autres particularités d’être insidieuse, sournoise, invisible aux yeux extérieurs. Elle se déroule en huis-clos, ce qui la rend encore plus violente pour la victime qui n’a rien de palpable, de concret, à présenter pour sa défense.

À l’issue d’une telle relation, la victime éprouve le besoin d’être comprise, soutenue. Et avant tout, réhabilitée. Disqualifiée en tant qu’être humain pendant des années, elle recherche entre autres à recouvrer cette part d’humanité essentielle dont elle a été privée en devenant l’objet de celui ou celle qui fut son bourreau.
Il lui est alors indispensable d’être entourée par ceux qui peuvent l’entendre.
Et indispensable également de pouvoir dire, d’en avoir la capacité, la compréhension et le champ lexical.

C’est face à ces difficultés entre autres qu’elle se retrouve, seule, à nouveau.

Permettre à une personne victime de se réapproprier son histoire, de lui donner un sens, de la rendre compréhensible et intelligible, est indispensable.
Aujourd’hui de nombreux professionnels (de la justice, du corps médical…) ne sont pas assez informés et ne savent pas recevoir la souffrance.
Parallèlement, les victimes ne savent pas ce qu’elles peuvent dire, ou taire parfois. Avant tout, elles ne savent pas se présenter… puisqu’elles ne savent plus qui elles sont.

Et, incomprises, elles sont condamnées une deuxième fois. C’est la double peine.

©Anne-Laure Buffet
annelaurebuffet@gmail.com

DEVANT LE JAF, ÊTRE SOI

12-hommes-en-colere-1957-08-gHenry Fonda – 12 hommes en colère

« Connaissez-vous un avocat spécialisé dans les PN ? »
« Vous pensez qu’il va être assez combattif pour attaquer le monstre ? »
« C’est un bourreau, il faut que le juge l’entende ! »
« Il me faut un avocat qui puisse attaquer ce pervers narcissique qui me détruit… »

Voici le genre de demandes ou de réflexions que j’entends très régulièrement. « Spécialisé PN », « attaquer »… juger et condamner.
Aussi, il me semble important de préciser un point. Lorsque vous vous retrouvez devant le JAF, celui-ci n’est pas destiné à faire un procès à l’une ou l’autre des parties. Vous êtes au civil, non au pénal. Ce n’est pas d’un crime ou d’un délit dont il est question, mais d’une séparation, d’un divorce, du règlement de ceci, des conditions du partage, de la garde des enfants.

Bien sûr, la personnalité toxique fera en sorte de dire que VOUS êtes un(e) escroc, un(e) usurpateur, que vous l’avez spolié, dupé, ruiné, que vous êtes monstrueux(se) avec les enfants et totalement destructeur(trice). Et tant d’autres choses encore, dont vous n’avez pas la moindre idée. Parce que la personnalité toxique a bien plus d’imagination que vous, et ne recule devant rien, dépourvue de toute empathie, de toute bonne foi, et de toute crainte devant la justice, et devant les autres (et je pourrais dire : devant Dieu). Vous allé(e) être complètement remis(e) en cause en tant qu’humain, que compagnon ou compagne, parent…
Vous allez lire des attestations faites contre vous des plus mensongères aux plus cruelles. Vous allez découvrir « votre » vie, celle qui est créée de toutes pièces, dans le seul but de vous détruire.
Et ceci n’est que résumé… Car il est possible de détailler longuement ou de donner de multiples exemples. Si je ne le fais pas dans cet article, c’est par souci de ne pas en « rajouter ». À celles et ceux qui sont actuellement en procédure ou s’y préparent, il est important de faire entendre que le pire est souvent à prévoir. Et qu’une fois que le pire a été prévu, il faut imaginer ce que le Diable y ajouterait comme ingrédients personnels.

Et il vous faut contre attaquer. Il vous faut une fois de plus argumenter. Et présenter une réalité. LA réalité. La VRAIE histoire. Comment ? Comment prouver ces comportements violents et destructeurs ? Comment prouver la toxicité de l’autre ? EN commençant par s’attacher aux comportements à proprement parler et non à la personnalité de l’autre. Bien sûr, des enquêtes médico psy sont toujours possibles, et dans ce cas la victime a le désir plus ou moins secret que l’expert mette en avant une personnalité psychopathe, pathologiquement destructrice, mythomane, mégalomane, schizoïde, perverse, pulsionnelle… Bref, que l’expert puisse écrire et affirmer : untel(unetelle) est un Hannibal Lecter en puissance, un Hannibal Lecter de l’âme, de la pensée, du cerveau.
Bien souvent les victimes sont déçues par ces rapports et d’autant plus déçues qu’elles y ont mis un espoir immense, celui d’être reconnue comme victime, et que le crime dont elles sont victimes soit dénoncé. Qu’enfin, l’autre soit qualifié pour ce qu’il est.
Or, en affaires familiales, ce genre de rapport se présente bien peu souvent.
On trouvera des termes comme « personnalité très réactive », « psychorigide », « instable »… Mesure fois encore et à quelques exceptions près, la perversion narcissique, la psychopathie, la dangerosité ne seront pas soulignées.

Bien souvent aussi les victimes se retiennent de dire, de raconter la vérité. Par peur que leur bourreau ne le sache, et ne s’en prenne à nouveau à elles. Elles le protègent par défaut, en pensant se protéger.

Aussi, il est important de se présenter devant le JAF en étant préparé. Préparé(e) à ne pas faire condamner l’autre, mais à faire constater des actes et des comportements, ainsi que la conséquence de ceux-ci. Conséquences matérielles, financières, professionnelles, conséquences sur les enfants, conséquences sur l’estime de soi. Conséquences sur SOI.
Oui, mais comment ?
Quel avocat peut comprendre ?

Un avocat peut toujours comprendre. Ce qu’il faut préparer, c’est ce qui va lui être dit. Ce sont les demandes qui lui seront faites et qu’il devra plaider. Ce sont les arguments dont vous allez disposer.

Face à la violence psychologique, se faire aider et accompagner est indispensable, et même en amont d’un travail avec un avocat. La première chose à établir, en travaillant sur la reconstruction de soi, est le discours à tenir. Pour une fois, vous allez devoir parler de vous, et non de l’autre. Le laisser « sujet » de la discussion vous met à nouveau en retrait, vous laisse « objet ». C’est à votre tour de prendre les choses en main et parler de VOUS.
Il faut également refaire le cours de sa vie. Penser, en se faisant aider s’il le faut, à l’écrire, pour remettre en situation les faits. Pour estimer la répétition de la violence. Même tue, même silencieuse, même ignorée par l’entourage, c’est cette chronologie qui va permettre à votre avocat de comprendre que vous êtes bien face à ce qui constitue la violence psychologique : la répétition des faits visant à vous nuire et vous détruire.
Il faut aussi fouiller sa propre vie. Vous l’ignorez. Mais il existe toujours des preuves, des éléments qu’on peut apporter pour montrer la violence, la souligner. Pour montrer les incohérences, les paradoxes, les compromis que vous avez du faire. Pour montrer les silences auxquels vous êtes confronté(s). Vous allez devoir sans doute reprendre des contacts. Il vous faudra oser demander de l’aide, ce que vous pensez tout aussi impossible qu’interdit.
Là encore, ce ne sont que quelques pistes.

Ce qui est essentiel, c’est de vous attacher à montrer et démontrer votre vécu. Votre histoire. À parler de vous, et non de l’autre. Il n’est pas question d’épargner cet autre. Il est question de ne pas se présenter avec l’idée de faire condamner un coupable déjà jugé.
Il est question de faire entendre votre état. Pas d’obtenir réparation parce que l’autre sera déclaré « fou », « malade », ou « bourreau ».

Il est question de justice. La justice applique le droit. De de fait, elle est considérée comme juste, puisqu’objective en fonction des éléments qui lui sont donnés.
Elle tranche sur des faits. Sur des éléments précis. Elle n’aime pas les suppositions. Elle n’aime pas qu’on juge à sa place. Elle n’aime pas être dépossédée de son droit… à dire le Droit.

Pour toute information : annelaurebuffet@gmail.com ou associationcvp@gmail.com

©Anne-Laure Buffet
annelaurebuffet@gmail.com

AUCUN DIPLÔME À LA CLÉ

977928_6_34bb_ludmilla-tcherinaPhoto de Ludmilla Tcherina

Alors que les mois de février et mars ont été consacrés aux enfants en souffrance, alors que avril et mai reviennent sur l’emprise, la violence psychologique, et l’éventuel pardon, il me semble essentiel une fois de plus de dire que l’objet de CVP est de se consacrer aux victimes de violences psychologiques, et aux potentielles victimes, aux proies, en informant, en dénonçant, en tenter de prévenir et en accompagnant lors de de la (re)construction de la personne en souffrance.

Pour ma part, il n’est pas question de délivrer un diagnostic sur l’auteur des violences. Diagnostic qui ne peut être que tronqué, l’auteur desdites violences ne se présentant jamais comme auteur. S’il vient à parler, c’est bien pour se victimiser, et faire accuser l’autre. Aussi, dire : « En effet, untel ou unetelle est sans conteste un(e) manipulateur pervers narcissique » est à la fois difficile et dangereux.

Difficile, ainsi que ce vient d’être dit, car porter un diagnostic sans avoir reçu la personne « à diagnostiquer » va à l’encontre de toute déontologie. Un avis, une opinion, est possible. Les faits, paroles, actes rapportés fournissent un faisceau d’indices à partir duquel il devient possible, de considérer qu’il y a en effet violence psychologique, comportements destructeurs, intentionnels ou non. De même, il faut prendre en considération la souffrance de la personne reçue et entendue. Il faut être capable d’appréhender un état de stress post traumatique, un état d’anxiété généralisée, une dissociation, des troubles qui se développent, comme la claustrophobie, l’agoraphobie, les intentions suicidaires.

Dangereux, car le diagnostic une fois porté, celui-ci peut plonger la victime dans divers états :
– convaincue d’être victime d’un « PN » (terme trop médiatisé qui empêche tout recul), elle peut focaliser sur ce terme, justement, et ne pas arriver à effectuer pour elle le travail nécessaire de deuil et de reconstruction. Elle devient victime « par définition » et consacre sans s’en rendre compte son énergie à lutter contre le (la) PN, ou à vouloir faire entendre que l’autre est un monstre. Ce qu’elle fait essentiellement, si son psychisme ne se détache pas de « l’autre », c’est continuer de lui consacrer et son temps, et son énergie, et sa vie.
– elle peut également se mettre à chercher comment prouver que l’autre est « PN ». Comment le prouver aux yeux de son entourage, mais aussi comment le prouver devant la société et en justice. Là encore, elle se consacre à « l’autre ». Pas à elle, la victime. Elle se plonge dans un combat presque perdu d’avance en justice. S’il est vrai que devant un juge on peut aujourd’hui arguer de la violence psychologique subie, des conséquences et du traumatisme, et qu’il est même possible de prouver cette violence, il est bien plus risqué et hasardeux de vouloir montrer que « l’autre » est PN, psychopathe, fou et dangereux, et souvent tout à la fois. La justice jugera sur des faits. Sur des éléments concrets.
C’est le travail des avocats, c’est aussi celui de la victime, c’est enfin celui de celles et ceux qui accompagnent la victime, que de lui permettre d’ordonner des faits chronologiquement, de mettre en avant l’intention de nuire, de montrer la répétition de comportements destructeurs.
Et contrairement à ce que pensent de trop nombreuses victimes, c’est possible.
En outre, cette réflexion permet de se recentrer sur « soi », de s’attacher à ce qui est concret, et de se détacher de « l’autre », le bourreau.
– il ne faut pas oublier non plus que si certaines personnes peuvent dire : « je suis victime d’un PN », et le démontrer, d’autres n’en sont pas encore là dans leur parcours, n’arrivent pas encore à prendre pleinement conscience de leur vécu, à le « ressentir », ou à l’exprimer. Parfois, la mémoire occulte des faits, des moments, des périodes. C’est au thérapeute de permettre à la victime de retrouver un accès à ses émotions et à son vécu. Mais tant qu’elle ne le peut pas, la victime va considérer que « finalement ce que j’ai vécu c’est pas si grave que ça, je dois pas être vraiment victime… »

Se rattache à cela un autre élément à prendre en considération : le terme « pervers narcissique » est devenu tellement médiatisé, sur employé, commercialisé et demeure si contextuel, que se développe aujourd’hui une méfiance presque légitime face à l’utilisation de ce « présupposé ». La décision de justice ne sera pas plus lourde pour le bourreau, que le juge développe une intime condition de la perversion narcissique (ou non) de celui qui en est accusé. Et le suremploi du terme aurait même tendance à rendre les magistrats d’autant plus prudents et défiants. « Tiens, « encore » un cas de PN… ». Car aujourd’hui, ils sont pléthore…

En revanche un dossier détaché de l’affect lié, qu’on le veuille ou non, au terme de « PN », un dossier reposant sur des comportements destructeurs et sur la mise en place d’une relation fondée sur la violence psychologique, donc, de fait, une relation où il y a abus, maltraitance, dénigrement de l’individu… est entendu devant la Cour.

Mener un combat pour se faire entendre, mener un combat pour être reconnu(e) victime – ce qui est un état et non un statut, mener également un combat personnel pour sortir de cet état de victime pour faire reconnaître sa souffrance et ses conséquences, mener en somme un combat pour être validé(e) comme individu à part entière et non objet d’un autre, et réhabilité(e) dans son droit à être, est essentiel.
Mener un combat pour entendre que effectivement, l’autre est PN, est secondaire. Encore une fois, c’est continuer à lui consacrer du temps. Or, la seule personne qui compte, c’est celle en souffrance. C’est lui permettre de dire : « Je suis victime, j’ai été victime de violences ». C’est l’amener sur la voie d’une vie libérée de ces contraintes, de ces incompréhensions, de ces violences. Une vie faite de vie, et non d’inexistence.

©Anne-Laure Buffet
associationcvp@gmail.com

L’INTERDICTION DE DIRE

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La personne victime de comportements toxiques et de violence psychologique se retrouve prise, entre autres, dans une double injonction : d’une part, l’obligation de dire, et d’autre part, l’interdiction de dire.

L’obligation de dire revient à devoir livrer tout de soi, en toutes circonstances, sans raison apparente. Qu’elle en soit consciente ou non, la personne confrontée à la violence psychologique va dévoiler tout ce qui lui appartient, du plus anodin au plus important. Le jardin secret est interdit, le rêve empêché, la pensée contrôlée. Elle doit raconter par le menu son passé, son présent, et jusqu’à l’avenir qu’elle projette. Elle livre ses joies et ses peines. Elle raconte ses succès et ses échecs. Elle dévoile ses histoires de famille, de santé, d’argent. Ses doutes, ses peurs, ses goûts et ses dégoûts… rien  n’échappe à celui ou celle à qui elle se livre, sans s’en rendre compte, et qu’elle nourrit peu à peu.

L’interdiction de dire va de pair avec l’obligation.
Ce qui est interdit, ce n’est pas de se dévoiler… puisque c’est en se racontant que la personne victime donne de la matière à son « bourreau ». Ce qui est interdit, c’est d’imaginer exister. Imaginer avoir un avis, une opinion, un sentiment. Ce qui est interdit, c’est d’exprimer ce sentiment, cet avis ou cette opinion, s’ils ne vont pas dans le sens décidé par le bourreau. S’ils ne sont pas destinés à glorifier le bourreau, à asseoir cette toute-puissance qu’il s’attribue.
Le « non » n’est pas admis.
Le « je ne pense pas comme toi » est réfuté.
Le « je ne suis pas d’accord » est jugé à la fois comme une atteinte et un défaut d’intelligence. Puisque le bourreau, lui sait. Aussi, penser autrement, dire autrement, c’est se tromper tout autant que le dénigrer, lui qui possède LA pensée juste, et prouver une fois de plus sa propre bêtise, à s’enfermer dans des pensés jugées « stupides » (pour le moins, et pour rester polie).

Seuls les sentiments autorisés par le bourreau, les pensées validées par lui, ou elle, les décisions prises par lui, ou elle, et appliquées par la victime, sont valables. Le reste, ce qui appartient aux victimes, n’est que fumisterie, mensonge, manifestation de bêtise et d’incapacité.

Aussi, la victime de ces violences, qui peut parler d’elle et longuement, d’elle en ce qui concerne ses faits et gestes, afin de satisfaire son bourreau mais aussi de se justifier pour ne pas donner prise à la critique, va également apprendre à se taire pour ne pas contrarier. Pour ne pas risquer d’entendre qu’elle se trompe. Et que, si elle n’est pas à peine de juger sainement de ses propres pensées, c’est bien qu’elle est malade…
Parce qu’il lui faut penser « pareil », parce qu’il lui faut dire « pareil », elle finit par adopter un mode de pensées qui ne lui correspond pas. Elle se retrouve interdite de compréhension, de parole, d’émotions qui ne vont pas dans le sens du bourreau. Elle est mise petit à petit à l’écart d’elle-même.

Et, s’éloignant de ses émotions et de leur expression afin de ne pas devoir supporter de nouvelles critiques et de nouveaux reproches, elle finit par ne plus y avoir accès, par ne plus les reconnaître possibles, réelle, et surtout autorisées et existantes.
Pour nombre de victimes, c’est ainsi que se développe la dissociation, mécanisme de défense qui, en éloignant de ses propres émotions, permet de ne pas ressentir directement la souffrance et de se croire à l’abri, ou, pour le moins, de se croire capable de supporter.

« Tu penses ressentir ce que tu dis ressentir, mais tu te trompes ; car je sais ce que tu ressens, et ce que tu ressens n’est pas ce que tu exprimes. Tu n’es donc même pas capable toi-même de te connaître vraiment, et de le partager… Et tu voudrais que je te fasse confiance ? Tu pourras être digne de confiance quand tu auras été soigné(e). Et c’est pour cela, pour corriger ce que tu ressens si mal, que je vais t’aider à consulter, à être hospitalisé(e). C’est pour toi que je fais cela… »

©Anne-Laure Buffet
annelaurebuffet@gmail.com

CES MÈRES QUI MALTRAITENT LEUR ENFANT (2)

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Il y a dix ans paraissait sous la plume de Sarah Blaffer Hrdy, anthropologue, 600 pages intitulées « les Instincts maternels »(Payot). Parce qu’on doit à la France, à travers les thèses de Simone de Beauvoir et Elisabeth Badinter, l’hypothèse de la « mère socialement construite », la chercheuse démolit cette doctrine, en répliquant que chez tous les primates, l’investissement maternel émerge à la suite d’une sorte de réaction en chaine, « interactions complexes entre gènes, tissus, glandes, expériences passées et signes de l’environnement. Les comportements complexes comme le maternage ne sont jamais totalement prédéterminés génétiquement ni produits par le seul environnement.» Les travaux de Sarah Hrdy n’opposent pas inné et acquis, nature et culture. Ils montrent que l’instinct maternel n’est pas une pulsion sommaire indestructible, mais qu’il se met en place si l’environnement n’est pas défavorable.

Et pourtant…

Et pourtant, chaque jour, je reçois des appels d’hommes, de femmes, d’adolescents en souffrance. Qui ne comprennent pas pourquoi, ou qui ne comprennent que trop.
« Ma mère ne m’aime pas ».

Un constat des plus terribles et des plus douloureux. Car il touche ce qu’il y a d’essentiel dans la construction de l’enfant, puis de l’adulte : le fait d’assouvir un besoin primaire, celui d’être reconnu, désiré et aimé.
Ces mères qui n’aiment pas ou ne savent pas aimer sont bien plus nombreuses que la société bien pensante veut l’admettre. Encore aujourd’hui il est de bon ton de reconnaître, de comprendre et parfois même d’excuser un père trop « sévère », un père « abandonnique », un père qui fuit sa famille, ses enfants et ses responsabilités. « Mais une mère, elle, ne le ferait pas. »
Une mère ne le ferait pas, et encore moins une maman.

Deux notions distinctes, mère/maman, deux notions qu’il faut pour autant prendre en considération et auxquelles il est essentiel de donner la même importance.
Et c’est souvent sur ces deux notions que je reviens en consultation.
La maman, celle qui soigne, dorlote, nourrit, console, câline et protège.
La mère, celle qui éduque, contrôle, donne un cadre, pose des limites, assure la confiance et la reconnaissance, et permet de développer une conscience familiale et sociale.

Parfois l’on se sent plus mère que maman, ou plus maman que mère. Parfois, l’on reconnaît en celle qui nous a mis au monde un côté plus maman, ou plus mère.
Parfois, on ne reconnaît rien de cela, si ce n’est d’avoir vécu de la maltraitance, du dénigrement, du rejet, de la violence.
Quand Hervé Bazin écrit Vipère au Poing, quand Jules Renard rédige Poil de Carotte, quand Melanie Klein étudie les conséquences sur l’enfant du comportement de la « mauvaise mère », ou encore quand Terri Apter consacre un essai aux « Mères toxiques« , ce ne peut que tendre à montrer qu’une mère n’est pas toujours une bonne mère. (Et ne sont cités ici que quelques auteurs, la liste des ouvrages pourrait être bien plus longue).

« Tu veux ma mort… Tu es ma pire ennemie… »
À l’approche de la cinquantaine, xxx m’interroge : « Qu’ais-je fait pour que ma mère me parle comme ça ? »
Rien.
Tout.
Vous êtes venue au monde. Vous êtes le miroir de SES échecs. De SES erreurs et de SES freins. Elle vous déteste car elle s’est elle-même empêchée d’être. Mais pour pouvoir supporter sa propre vie, elle a rejeté sa colère et sa rancoeur sur vous. Et vous en subissez chaque jour les conséquences, cherchant depuis votre naissance à comprendre comment plaire à cette mère qui ne vous donne aucun amour.

« Tu peux te casser à 10.000 kilomètres, je m’en fous… »
xxx a 15 ans. Elle se scarifie. Elle est anorexique. Elle est traitée pour dépression. Elle ne vit plus avec sa mère. Pourtant, elle la guette, elle la quête, elle cherche constamment comment lui plaire. Elle ne peut pas se résoudre à dire quoi que ce soit qui serait entendu comme « contre » sa mère.
Parce qu’il n’est pas normal qu’une mère n’aime pas son enfant…

« Elle me prenait contre elle quand il y avait du monde à la maison, elle m’obligeait à appuyer ma tête contre épaule, et elle me faisait des sourires et exigeait que je l’embrasse. Mais sans qu’on le voit, elle me pinçait le bras jusqu’au sang. Si je n’avais pas été comme elle voulait, elle me privait de dîner, le soir ; elle me laissait seule dans ma chambre, dans le noir, et je l’entendais rire avec mes frères. »
xxx a 37 ans. Elle n’a eu aucune relation amoureuse, aucune histoire, avec personne. Elle pense ne pas y avoir droit. Elle ne sait pas ce que c’est que l’amour. Elle n’en a pas reçu. Elle redoute de faire mal, à son tour.

« Elle est morte il y a deux ans. C’était ma soeur. Elle avait 21 ans. Ma mère ne lui a jamais parlé ; elle la sifflait. Quand papa a quitté la maison, elle lui a dit : Tiens, prends ton chien, en donnant un coup de pied à ma soeur. »
xxx n’a jamais été maltraité par sa mère. Il sait qu’il était le fils aimé, prodigue. Qu’il avait droit à tout, pouvait tout. Sa soeur n’était rien pour leur mère, si ce n’est l’objet du scandale (née avant le mariage) et l’obstacle à une vie plus légère (la mère avait été contrainte d’épouser celui dont elle attendait un enfant).

« J’ai eu un enfant, tard, à 38 ans. Avant, je n’en voulais pas. Je ne voulais pas être comme ma génitrice. Je ne voulais pas risquer de blesser, de frapper, de détruire. J’ai eu une fille. Et je ne sais pas si je fais bien avec elle. J’ai tellement peur… »
xxx se méfie d’elle-même, de chacun de ses mots, de ses gestes, avec son enfant. Elle grandit avec sa fille. Elle apprend à sourire, à donner, à aimer. Elle s’émerveille. À 40 ans, elle découvre la vie, l’amour, ce qu’est d’être maman, ce qu’est d’être enfant.

Non, toutes les mères ne sont pas bonnes. Toutes les mères ne sont pas bienveillantes. Toutes les mères n’aiment pas. Certaines frappent, humilient, rejettent, dénigrent, critiquent. Privent leur enfant de ce qui est essentiel.
Et s’il est parfois possible de comprendre pourquoi elles sont ainsi, si certains enfants, devenus adultes, peuvent finir par accepter, c’est avant tout aux enfants qu’il faut penser, pour les protéger,  et les aider à se reconstruire, plutôt que de chercher à excuser leurs mères, à tout prix.

Let me tell you why you’re here. You’re here because you know something. What you know you can’t explain, but you feel it. You’ve felt it your entire life, that there’s something wrong with the world. You don’t know what it is, but its there, like a splinter in your mind, driving you mad.

Morpheus ~ The Matrix

Un témoignage, en anglais, à lire :
« Her narcissism helps her survive. If it were to be destroyed by my version of events, it would undermine her self-esteem, her very sense of self and the context of her existence. She would also go mad. As it is, she can continue to believe that she was the perfect mother and all the issues are on my side. She’s over 70 now and I think it’s best. But I’m not doing it for her. I don’t do that anymore. I’m doing it for me. Because the day I called it quits, was the day I started to live the life I wanted instead of trying and always failing, to be the daughter she wanted. It’s the day I realised that I was safer living without the love of my mother and better off loving myself. »
Louisa Leontadies

Et toujours en anglais, deux livres à découvrir :

 

 

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©Anne-Laure Buffet
annelaurebuffet@gmail.com

CES MÈRES QUI MALTRAITENT LEUR ENFANT

« Enfants victimes de comportements toxiques et de maltraitance… Enfants devenus adultes… Peut-on pardonner… »

Voici un témoignage reçu en accord avec notre thème de février et mars : Parents toxiques – Enfants en souffrance
L’auteur du témoignage sera sur le plateau de Sophie Davant, dans l’émission Toute une histoire, demain jeudi 26 mars : « Qui sont ces mères qui maltraitent leur enfant ?« 

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« La maltraitance a fait partie de mon quotidien entre l’âge de 6 ans environ et 16 ans. La maltraitance physique était doublée d’une maltraitance psychologique de la part de ma mère envers deux de ses trois filles après son divorce. Elle ne communiquait avec nous que par la violence physique et verbale. Notre sœur aînée avait un rôle différent, mais aussi destructeur.

J’encaissais relativement bien la maltraitance physique que je qualifie de « légère ». Les gifles, les coups, les mises à genoux mains sur la nuque, les tirages de cheveux provoquant des plaques de pelade… s’abattaient sans raison autre qu’un regard mal dirigé, un sourire considéré comme une moquerie ou une grimace, une parole jugée inconvenante, une mèche de cheveux de travers, un vêtement malencontreusement taché, une gaieté qu’elle ne supportait pas.

La maltraitance psychologique a été pour moi la plus grave. J’étais le diable, la souillon, la mauvaise, celle dont on ne pouvait absolument rien tirer, j’irai droit en enfer, rien de moi ne pouvait être sauvé.

Quelques désordres dans mon comportement sont apparus : je volais et j’agressais les passants. Je me suis isolée dans un monde intérieur, à l’abri des tensions, du manque d’amour et des souffrances, meneuse de jeux de rôle que je déroulais selon l’urgence de réparer, de recréer un monde amical. Sur le plan scolaire, je suis passée à côté des apprentissages fondamentaux par l’absence de concentration. Puis la honte et le dégoût de soi sont apparus, j’ai appris à baisser la tête, à longer les murs pour passer inaperçue, à me faufiler sans que l’on me voie, à me taire, à ne plus prendre d’initiative…

Dans la lecture, j’ai trouvé la nourriture nécessaire à ma vie intérieure parallèle, les livres m’ont appris que le bonheur était accessible, que l’amour existait et ma réadaptation a commencé pendant l’épreuve. Grâce à mes lectures je pensais que l’on devait vivre plusieurs vies et que le moment viendrait pour moi d’en vivre une qui me conviendrait. Je me suis projetée sur cet avenir accessible où je ne laisserai pas filer le bonheur.

Effectivement, après ces années d’épreuve, je n’ai connu que du bonheur.

Peut-on pardonner ?

En grandissant, vers l’âge de 14/15 ans je crois, j’ai compris que ma mère se servait de ses filles pour détruire son ex-mari selon l’objectif qu’elle s’était fixé (elle a même crevé ses quatre pneus de voiture pour qu’il ait un accident lors de la tentative de réconciliation) et j’ai commencé à avoir un regard critique sur son comportement vis-à-vis de nous.

J’ai compris aussi que la maltraitance dont nous étions victimes n’était pas dirigée contre nous, mais contre son ex-mari qui l’avait abandonnée et dont elle gardait une profonde blessure. Chaque fois qu’elle nous frappait et nous humiliait sans état d’âme, c’était lui qu’elle frappait et humiliait. Ce n’était pas moi qu’elle voyait quand elle me frappait, c’était lui et elle avait juré de le détruire et de le conduire « jusqu’aux portes de l’enfer ». Comme elle ne pouvait pas l’atteindre, elle allait détruire ses filles. Après que j’ai eu cette révélation, je ne me suis pas trouvé d’autre solution que de la quitter.

Un matin, après une scène violente dont j’étais la cible, ma sœur Annie et moi l’avons quittée pour rejoindre notre père. Ce jour-là, j’ai cru comprendre que si elle avait eu un fusil, elle m’aurait tuée parce que je manifestais un sang-froid et restais impassible devant sa violence, ce qu’elle n’a pas supporté. Mon attitude indifférente lui révélait toute sa faiblesse et ma force. Plus j’étais maître de moi, plus elle se montrait violente.

Peu de temps après mon départ, je lui ai envoyé une lettre dans laquelle je lui ai demandé pardon de n’avoir pas su me comporter selon ses convictions. Elle n’a pas répondu.

Après avoir refusé de revoir ses filles pendant plus de trente-cinq ans, elle a souhaité reprendre contact avec elles. Nous avons eu, elle et moi, deux années de relation riches, interrompues par son décès. Nous n’avons pas évoqué ces terribles années. Pour qu’il y ait pardon, il faut une demande de pardon, elle n’est pas venue. Pour moi, cela n’a eu aucune importance, j’avais rendez-vous avec son cœur apaisé, pas avec des justifications. Et j’ai poursuivi ma route dans le bonheur.

Puisse mon témoignage être un message d’espoir pour les enfants victimes de maltraitance. »

Sylvie Hippolyte, auteur du livre « Les jeudis muets Moi, Fina, enfant du divorce ».

jeudismuets@gmail.com

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Anne-Laure Buffet