CLIVAGE – DÉFINITION

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Définition :
Le clivage est un mécanisme de défense fréquent chez les personnes atteintes de troubles de la personnalité. On le constate fréquemment chez les victimes de traumatismes ou de violences.
Cela consiste en une incapacité de percevoir en même temps les caractéristiques positives et négatives d’une personne, d’un événement ou d’un chose, incluant la perception de soi-même. Le clivage est le résultat d’une pensée dichotomique : tout est blanc ou tout est noir, tout est bon ou tout est mauvais (distorsion). C’est un mode de pensée primaire, évoluant vers un mode de pensée intégrée de l’enfance (trois mois) à l’âge adulte. C’est un mode de pensée excessif (pensée émotionnelle), un concentré d’une émotion intense, qui prend toute la place telle la rage, l’impuissance, l’exaltation, etc.. C’est une sorte de filtre qui a pour fonction la protection de la personne.

Origine :
Processus évolutif normal : Biologique (a. impulsivité; b. instabilité affective), Environnement (a. invalidation; b. imprévisibilité).

Buts du clivage:
Permettre des attachements. Permettre des séparations. Éviter certaines émotions difficilement tolérables (rejet, abandon, destruction).

Conséquences :

  • Alternance de visions contradictoires de soi, d’heure en heure, de jour en jour : idéalisation, dévalorisation, distorsions.
  • Incertitude par rapport au présent et au futur : incapacité de se projeter dans l’avenir.
  • Alternance de comportements contradictoires (qui sera perçu comme étant de la manipulation) selon que la personne se voit et voit les autres comme bons ou méchants, amis ou ennemis.
  • Relations interpersonnelles intenses, instables, exprimées par des ruptures fréquentes.
  • Alternance au niveau des émotions : colère – rage / affection – passion / impuissance – tristesse.

INVISIBLE VIOLENCE – EGLANTINE LHERNAULT

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Le 15 mars 2014, lors du groupe de parole, nous accueillions Eglantine Lhernault.

Eglantine rejoint le groupe. C’est la première fois qu’elle y participe. Intimidée, comme tous ceux qui viennent la première fois, elle s’assied, écoute, observe, hésite à prendre la parole. Elle a peur de la sienne, elle a peur de celle des autres. Elle ne craint pas le jugement, elle ne se sent pas coupable, elle n’a pas honte. Ce qu’elle redoute, ce sont ces souvenirs, cette vie qui pourrait être réveillée lorsqu’elle nous livrera son témoignage. Son parcours. Elle redoute que la blessure ne soit pas refermée – l’est-elle un jour complètement ? Elle redoute d’avoir mal à nouveau.

Mal comme un enfant qui reçoit les coups. Mal comme l’enfant qu’elle a été, qui prenait des coups. Mal comme l’enfant qu’elle est encore, qu’elle sera, toujours… Mais enfant construite dans la violence. La violence qu’on ne voit pas, qu’on tait, qu’on ne palpe pas et qu’on ne comprend pas.
L’invisible violence.

Eglantine a raconté son histoire. Elle l’a écrite. Elle vient nous parler d’elle. Elle vient nous parler de ce livre-témoignage dans lequel elle raconte, sans compassion, sans complaisance, sans exhibitionnisme, son enfance, son adolescence. Un père pervers narcissique. La violence et le silence, quotidiens. Jusqu’à ce qu’elle fasse le choix de vivre.

 

« Ma mère a épousé son psy et me voici. Ou, plutôt, mon père a épousé sa patiente et me voici. Ce sera ça l’histoire.

Une histoire qui pourra sembler banale. Ordinaire.

D’une à qui on n’a rien demandé. D’une qui s’interroge trop.

D’une qui souffre et qui se tait. D’une qui a appris à aimer la vie, malgré les nœuds dans la tête et les bâtons dans les roues.

Mais derrière le banal, il y a l’innommable. Le monstre que l’on ne peut pas montrer. La vérité invisible et indicible. »

Ce roman nous invite à suivre un regard, celui d’une enfant née de l’union d’un psychiatre et de l’une de ses patientes ; enfant à la fois témoin et victime de violence psychologique au sein d’une famille extérieurement normale. Ce regard d’enfant, puis d’adolescente, est parfois étayé par celui de la jeune adulte, parfois laissé à sa naïveté première et à l’étrangeté du monde sur lequel il se pose.

Inspiré de faits réels, forts et déstabilisants, mais racontés avec pudeur, ce texte intime résonne de façon universelle, car il porte sur un sujet à la fois actuel et intemporel. Douloureux monologue, le cri silencieux de cette enfant broyée par les enjeux inextricables d’une situation de violence invisible et de harcèlement moral nous bouleverse.

 

Invisible violence, Eglantine Lhernault. Ed. Les 2 encres. Un témoignage à lire.

Pour en découvrir les premières pages, c’est ICI.

PATHOLOGIE DE L’ATTACHEMENT

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Dans le cadre de la famille, la pathologie de l’attachement peut se éclisser sous trois formes : l’absence d’attachement, les défaillances de l’attachement et l’excès d’attachement. Dans ces trois situations, la fonction parentale (exercice du rôle maternel ou paternel) est pervertie. On parle alors de dysparentalité et l’enfant est victimisé, subissant diverses formes de violence de la part de l’adulte supposé le protéger et l’autonomiser.

L’absence d’attachement peut prendre la forme extrême de l’infanticide, l’enfant étant tué à la naissance ou juste après, assez souvent dans le contexte d’une maternité précoce, non désirée, cachée (mère adolescente, frustre ou isolée), éventuellement dans le cas d’une dépression puerpérale, d’une psychose du post-partum (entre le cinquième et le vingt-cinquième jour après l’accouchement). Elle peut se manifester par l’abandon, la négligence ou la carence de soins.

La maltraitance à enfants s’inscrit généralement dans le cadre de perturbations familiales transgénérationnelles (comme le montre l’approche systémique, l’utilisation du génogramme, la psychogénéalogie) ; les violences qui en résultent peuvent être aigües, chroniques ou cycliques, elles peuvent être physiques, psychiques ou sexuelles, peuvent cibler un enfant (statut de « bouc émissaire ») ou s’étendre à toute la descendance.

L’excès d’attachement peut être préjudiciable à l’épanouissement d’un enfant; Le surdosage affectif, la surproduction parentale, les attitudes maternelles « castratrices » entraînent des symptomatologies réactionnelles ; les pathologies observées sont parfois proches de celles résultant de carences affectives. L’amour inhérent à l’attachement maternel peut s’avérer captatif, « étouffant » dans certaines situations : mères ayant été privées d’affection dans leur enfance, mères seules abandonnées, mères n’assumant pas leur féminité… surinvestissant leur enfant et lui empêchant toute autonomie.

Le lien d’attachement peut prendre des aspects passionnels qui mènent éventuellement à des actes délictuels ou criminels générant, chez les victimes, suicide ou maladie mentale (nécrose ou psychose).

Lorsque le lien d’attachement s’érotise, se sexualise comme dans le cas de l’inceste, la confusion, voir l’inversion des rôles s’installe dans le système familial. L’enfant agressé sexuellement subit une atteinte profonde et durable de son intégrité corporelle et psychique et de son identité, ce qui va jouer sur sa vie d’adulte et peut rendre difficile pour lui l’instauration du lien d’attachement avec ses propres enfants.

Un lien d’attachement solide et stable est une ressource inestimable, un facteur d’apaisement du stress, de dépassement du trauma, de résilience dans une situation de victimisation. La victime bénéficiera de l’attachement de ses proches pour se reconstruire psychologiquement.
C’est également ce lien qui est mobilisé dans la mise en place d’une alliance thérapeutique e qualité : une attitude peu participative du thérapeute peut renvoyer le patient maltraité ou victime de négligences à ses carences affectives et altérer la qualité de la relation patient/psy.

Source : Jean-Loup Roche