RÉPONSE À : RACONTER N’EST PAS FAIRE COSETTE – TÉMOIGNAGE

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Hier, je postais sur le blog cet article « Raconter, ce n’est pas faire Cosette« .
Le titre venait d’un échange avec une amie – victime de violences sexuelles, victime de la violence aveugle des hommes, et de l’Homme, victime d’un système.
Quant au contenu de l’article, il disait la difficulté et la souffrance de toutes ces victimes qui ne peuvent dire, ne peuvent parler, ne peuvent être entendues. Qui se retrouvent rejetées, mises au banc de la société, exclues de toute défense et de tout droit. La bienveillance est chose rare, l’écoute encore plus. Quant à l’aide concrète, elle est souvent difficile à trouver lorsque la souffrance étouffe le quotidien.

Cette amie, cette victime, s’appelle Anne-Claire.
Elle a répondu à l’article cité.
Voici sa réponse – en espérant que le lecteur voudra bien l’entendre ; en espérant qu’elle permette à d’autres de dire, à certains de comprendre, au plus grand nombre de commencer à tendre l’oreille et la main.

« C’est vrai qu’une victime doit réussir à raconter ses traumatismes.
C’est vrai que je dois réussir à raconter l’horreur, mais comment, avec quels mots quand chaque mot me fait vomir, quand chaque mot me fait baisser la tête, de honte. Oui je sais la honte c’est pas moi c’est eux, ces hommes qui m’ont violée. Mais eux, ils vivent leurs vies tranquillement, avec leurs épouses aveugles et leur gosses adorables ; mais eux ils ont été accusés et libérés, leurs avocats étaient meilleurs … Mais eux, ils m’ont laissée agonisante, perforée, déformée, semi-morte sous leurs rires gras qui hantent mes nuits.
Alors oui, se raconter sans faire Cosette est possible mais inimaginable, car quand on raconte un peu, une once de ce qu’il s’est juste passé, de manière froide et méthodique, on lit le regard de l’autre se remplir d’effroi, on dérange, cela ne se raconte pas, cela met mal à l’aise, l’autre accuse de mensonge. Alors je recule, je reprends mes mots, je reprends ma vie et je l’enferme dans une boite bouillonnante, qui va exploser. Mais quand ?
Alors je me referme comme une huitre, pesant chaque geste de mes viols comme des kilos de fardeau. Mais les mots sont lourds, me paralysent, créent des vertiges, me coupent du monde. Quel monde ? Personne ne cherche à comprendre, je crie, je hurle mais non je ne fais pas Cosette.
Se raconter c’est trouver une oreille bienveillante, un fauteuil en cuir, une cheminée, un cocon refuge où poser les mots sont un soulagement, enfin, peut-être quand les mots auront décidé de sortir. Lorsque ma colère laissera couler la parole hémorragique. Quand je m’autoriserais à parler, à me raconter, à m’identifier dans ces mots. Ils ne parleront que de moi, que de mon corps effacé, que de mon esprit embrumé à vie, de ma rage enfermée sous mon sourire retrouvé pour l’image acceptable.
Les mains tendues, il faut oser les accepter. J’ai peur de chacune de ces mains, j’ai peur de parler et que ces mains se retirent en courant, j’ai peur d’ouvrir ma boite de mots, que cela jaillisse dans tous les sens, sans fil conducteur, sans logique, sans chronologie, sans coeur, sans corps, ou même si cette boite de mots était vide, paralysée, bloquée. Comme quand je rencontre des psys qui me prennent pour une folle puisque les mots ne viennent pas ; juste de l’eau sort de mes yeux, un torrent de douleurs sans mots, sans nom, sans image, juste de l’eau.
Alors en attendant de trouver la clé pour se raconter ou pas, en être capable ou pas, s’ouvrir au monde ou pas, ouvrir son cœur ou pas, s’entourer de gens comme moi, cassés ou pas, de garder nerveusement mes larmes au bord des yeux, j’essaierai de me raconter sans faire Cosette. Ou pas. »

Anne-Claire a raconté sa vie. Dans ce livre : Mes années barbares (La Martinière), elle livre son parcours. Elle raconte comment une enfant peut être abusée, comment cette enfant va errer dans les rues en quête de survie, offerte en pâture aux ogres qui hantent les trottoirs. Si aujourd’hui elle est encore en vie, elle se le doit. Si aujourd’hui elle veut transmettre, c’est pour informer ce qui veulent bien entendre, c’est pour dénoncer ces violences, et c’est pour se rendre son identité, dont elle a été privée. Elle s’expose à la bienveillance. Tout autant à la critique de ceux qui sont dérangés – pourquoi le sont-ils ? De ceux qui ne comprennent pas, ne le peuvent pas ou en le veulent pas.
Pourtant, elle mérité le plus grand respect.
Comme toutes les victimes dont les mots restent bloqués entre le coeur et la gorge.
Toutes méritent le plus grand respect.
Et une écoute véritable.

Anne-Laure Buffet
associationcvp@gmail.com

J’AI PRIS CONSCIENCE DE TOUTE L’INCOMPÉTENCE DES SERVICES DE POLICE ET DE LA JUSTICE – TÉMOIGNAGE

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Le témoignage ci-dessous a été communiqué à l’association CVP par une victime de violence conjugale, psychologique, physique, sexuelle, économique. Les victimes sont au nombre de quatre : elle, et ses trois enfants. L’incompréhension des forces de l’ordre, des magistrats, des avocats, l’absence de soutien, l’abandon manifeste de la société, l’ont conduite à une situation de précarité à laquelle s’est ajoutée une détérioration de son état de santé et des manifestations invalidantes et douloureuses.
Cette situation n’est pas unique.
Cette situation traduit le manque de temps, de moyens, de formation, d’implication des professionnels.
Cette situation met en danger non seulement des familles, des enfants, mais l’équilibre de la société fondée sur des valeurs piétinées chaque jour, à huis-clos, dans les commissariats, dans les bureaux des professionnels, dans les tribunaux et salles d’audience.
Et il est à craindre que si personne ne réagisse, cela n’aille qu’en se dégradant encore plus.

A celles et ceux qui pensent que la justice, le droit et le respect de la vie humaine sont des valeurs essentielles à respecter, je dis : Ne baissez pas les bras. Ne soyez pas innocents. Il faut se battre et continuer se combat, chaque jour.

Anne-Laure Buffet, Présidente de l’association CVP – Contre la Violence Psychologique    annelaurebuffet@gmail.com

J’ai été mariée 13 ans à un pervers manipulateur.

J’ai rencontré M. en mai 1989. Il effectuait son service militaire dans la ville où je vivais.

Il faisait un « service long » et je devais entrer dans l’armée, aussi je suis allée à la caserne qui organisait un week-end porte-ouverte. J’étais en compagnie de ma soeur cadette et nous nous sommes très vite faites abordées par un groupe de jeunes militaires. Parmi eux, il y a avait M.

Je lui trouvais beaucoup de charme, il était de plus souriant et il avait beaucoup d’humour.

Il avait 21 ans et moi 22.

Nous nous sommes très vite mis en couple (4 mois après notre rencontre). Je l’ai fait entrer dans l’agence de voyages où je travaillais. Il est devenu G.O , tout en préparant son concours de gardien de la paix , pour lequel je l’aidais à se préparer.

Il venait d’un milieu modeste, d’une famille recomposée. Ses parents avaient divorcés alors qu’il avait 6 ou 7 ans et sa mère s’est très vite remariée avec un « célibataire endurci » plus âgé qu’elle. J’apprendrai bien plus tard que son père biologique avait été évincé de sa vie.

Je venais d’un milieu aisé, avec une fratrie de 7 enfants, mes parents sont restés mariés 66 ans jusqu’à la mort de mon père en septembre 20xx.

M et moi nous sommes mariés en mai 1991 et notre 1er enfant est né en février 1992.

LIRE LE TÉMOIGNAGE 

INCESTE ET INCESTUEL – NOTE SUITE AU GROUPE DE DISCUSSION DU 5 MARS 2016

Samedi 5 mars, un groupe de discussion s’est réuni autour d’un thème particulièrement douloureux, et intime : l’incestuel et l’inceste.

 

Ce groupe s’est réuni en présence de Sophie Chauveau, écrivain, auteur de « La fabrique des pervers », à paraître fin avril chez Gallimard. Sophie Chauveau est venue présenter son livre, « autobiographie » familiale relatant l’histoire de sa famille, l’histoire des prédateurs sexuels de sa famille imposant l’inceste sur cinq générations. C’est avec pudeur et chaleur qu’elle livre sa vérité, son histoire, les souffrances de son enfance, son amnésie traumatique, sa compréhension de l’inceste vécu et sa rupture familiale.

 

L’inceste, sujet encore très tabou pour tout ce qu’il comporte de destruction et de violence sexuelle, ne peut cependant être passé sous silence. L’ignorer, c’est ignorer encore les victimes de cette violence particulière infligée par un parent à son enfant. L’ignorer, c’est refuser d’entendre celles et ceux qui en ont été victimes, et qui le demeurent, même à l’âge adulte. L’ignorer, c’est admettre a contrario qu’un parent puisse s’octroyer tous les droits sur son enfant, toutes les possessions et toutes les cruautés.

L’inceste est défini par la loi – modifiée en 2010 pour « élargir le champ des possibles coupables » à toute personne ayant de fait ou de droit un rapport d’autorité à l’enfant au sein de la famille, incluant les frères et sœurs, les cousins, les conjoints suite à une nouvelle union. Jusqu’en 2010, l’inceste ne tombait pas sous le coup de la loi (loi de 1998) : c’est l’abus sexuel sur mineur, (aggravé si l’abuseur a une position parentale, éducative : père, beau-père, père adoptif, tuteur, éducateur…) qui était répréhensible et condamnable. (L’inceste entre adultes consentants n’est pas illégal…). Depuis, la loi du 8 février 2010 punissant spécifiquement l’inceste commis sur les mineurs, qui était jusqu’ici considéré comme une circonstance aggravante des crimes et délits sexuels, a été votée. Ce texte prévoit l’inscription de la notion d’inceste dans le code pénal et dispose que les viols et agressions sont qualifiés d’incestueux lorsqu’ils sont commis « au sein de la famille sur la personne d’un mineur par un ascendant, un frère, une sœur ou par toute autre personne, y compris s’il s’agit d’un concubin d’un membre de la famille, ayant sur la victime une autorité de droit ou de fait ».

Si la loi condamne l’inceste, elle limite sa pénalisation dans le temps, puisque ce crime reste prescriptible ; et la prescription est de 20 ans une fois la majorité atteinte. Ce qui signifie que passé 38 ans, aucune plainte ne peut plus être déposée contre l’agresseur. Or, la fracture psychique et l’horreur vécue par les victimes causent souvent, avec le trauma, une amnésie. Et c’est souvent bien longtemps après, … bien après 38 ans…, que la mémoire se réveille, autorisant la victime à dire. A dire. Mais plus à dénoncer. Car, au regard de la loi, il est trop tard pour le faire…

Lire la suite de la note

 

©Anne-Laure Buffet
Victimes de violences psychologiques, de la résistance à la reconstruction

L’emprise conjugale, assassin par procuration.

 

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Il n’aura jamais été fait autant de cas de la violence conjugale et de ses nombreuses et dramatiques conséquences que depuis la deuxième condamnation de Jacqueline Sauvage, le 3 décembre 2015.

Une deuxième condamnation qui confirme la première : dix ans de réclusion pour cette femme, âgée de 68 ans, mère de quatre enfants, mariée pendant 47 ans à Norbert Marot.

Le 10 septembre 2012, Jacqueline Sauvage prend le fusil dont son époux et elle se servent quand ils partent chasser. Elle reste sur le pas de la porte à l’intérieur de la maison et tire sur son mari, assis sur une chaise sur la terrasse. Elle l’abat de trois balles dans le dos.

La condamnation pour meurtre est prononcée le 28 octobre 2014, et confirmée en appel, en décembre 2015.

La légitime défense invoquée par les deux avocates de Jacqueline Sauvage, n’a pas été retenue. La violence conjugale répétée pendant les 47 années de mariage n’aurait pas dû conduire Jacqueline Sauvage à un tel geste.

Les trois filles sont aux côtés de leur mère. Elles mettent en avant la violence qu’elles ont également subie, violence psychologique, physique et sexuelle. Toutes les trois, mais également leur frère. Celui-ci se suicide le 9 septembre 2012, la veille du meurtre de son père. Jacqueline Sauvage ne savait pas que son fils était mort lorsqu’elle tire sur son mari.

Depuis la confirmation de la condamnation en décembre dernier, l’opinion publique s’est largement soulevée autour de cette affaire. C’est tout d’abord une pétition qui est lancée, pour demander la grâce présidentielle. Elle recueille aujourd’hui près de 435.000 signatures, un chiffre historique en matière de pétitions.

C’est également cette demande de grâce présidentielle que les filles de Jacqueline Sauvage et ses avocates adressent au président François Hollande. Et très vite, ce sont des parlementaires, des personnalités, des mouvements féministes, des professionnels de la santé et du droit, qui soutiennent cette demande de grâce.

Mais tout le monde ne va pas dans le sens de cette grâce. Au café du commerce – réel ou virtuel – on entend et on lit : « Si c’était si difficile, elle n’avait qu’à partir plus tôt. On ne reste pas 47 ans sans raison ». Et de manière plus argumentée, on peut entendre également qu’il n’y avait pas – au sens juridique du terme – légitime défense. Que les preuves de la violence conjugale sont faibles, et que l’instrumentalisation des trois filles est possible. Qu’une mère qui laisse son mari violer ses enfants et les battre est forcément complice. Que l’emprise psychologique n’est pas démontrée. Jacqueline Sauvage est donc responsable du meurtre de son époux et la condamnation est justifiée.

 

La notion d’emprise psychologique devient le nœud gordien de cette affaire.

Au-delà du geste de Jacqueline Sauvage, il est une réalité méconnue, méprisée, et même souvent réfutée. Encore aujourd’hui, il est courant d’entendre qu’une femme battue qui ne part pas est une femme qui y trouve son compte, qu’une femme qui laisse son mari maltraiter les enfants est victime certes, faible sans aucun doute et complice très certainement. Et même parmi d’anciennes victimes de violences conjugales qui ont pu fuir cette violence, le doute s’installe : « J’ai bien pu partir, moi, alors 47 ans… je n’y crois pas. »

C’est se prononcer sans savoir. Le cas de Jacqueline Sauvage devient emblématique, il est le quotidien de bien des femmes – et d’hommes aussi. En 2014, 134 femmes sont mortes sous les coups de leur conjoint. 223 000 subissent de la violence physique ou sexuelle ; seulement 14 % portent plainte. Comme 86 % des victimes silencieuses, Jacqueline Sauvage n’a jamais alerté les autorités. Parce qu’après une plainte, il faut se protéger, il faut pouvoir le faire, il faut pouvoir fuir avec les enfants, il faut essayer de vivre.

Aujourd’hui, les centres d’accueil sont trop peu nombreux, les plaintes encore peu reçues, les femmes renvoyées dans leurs foyers, abandonnées à la violence d’un compagnon qui sera entendu et laissé en liberté. Les prises en charge remarquables de certains organismes ou associations ne peuvent servir à toutes. Aussi, dépendantes, sans moyens financiers, matériels, médicaux, elles préfèrent se taire, subir, se dire qu’elles peuvent encore protéger leurs enfants, y croire, et risquer d’en mourir.

Or, en 1965, lorsque Jacqueline Sauvage accouche de Sylvie, sa fille aînée, les mesures de protection sont bien loin d’être ce qu’elles sont aujourd’hui. Peut-on dire qu’elles sont nulles ? Ce serait exagéré ; en tout cas elles sont dérisoires. La première campagne de sensibilisation contre les violences faites aux femmes date, en France, de novembre 1989. Sylvie a 24 ans. Sa mère est mariée depuis 24 ans. Elle est conditionnée depuis autant d’années qui se résument en trois mots : un lavage de cerveau.

 

Mais l’emprise ? Que veut dire ce mot, utilisé presque comme un point Godwin ? L’emprise est l’état dans lequel se retrouve une personne qui va subir de manière répétée, quotidienne, implacable, des comportements qui alternent une tendresse simulée ou utile pour manipuler, et la violence, la maltraitance, les injures, le dénigrement, les reproches, le mépris. Le bourreau utilise la victime comme un objet, pour défouler ses diverses pulsions, jusqu’à la dépersonnaliser.

L’emprise s’installe en suivant toujours le même schéma. Mais elle demeure individuelle et entre en résonance avec les personnalités qui la font vivre et qui la subissent ; elle se glisse dans une ou des fragilités de la victime, et les creuse comme une gangrène, inlassablement. Jacqueline Sauvage avait, comme chacun, ses failles. La première : avoir été charmée par le bad boy local alors qu’elle a 15 ans, l’avoir caché à sa famille, avoir fauté avec ce garçon, se retrouver enceinte alors qu’elle a juste 18 ans et un statut d’ouvrière, se marier pour ne pas être fille-mère, le 5 juin 1965. La loi autorisant les femmes à ouvrir un compte en banque et signer un contrat de travail sans avoir besoin du consentement marital date du 13 juillet 1965, avec la réforme des régimes matrimoniaux, rendant effective la capacité juridique de la femme mariée. De fait, à son mariage, elle est déjà (future) mère, dépendante financièrement, avec un statut professionnel fragile, une conscience d’avoir désobéi au schéma familial, un devoir d’être de ce fait parfaite, irréprochable.

Les quatre enfants naissent, grandissent, sont témoins et victimes de la violence de leur père, mari réputé faignant, alcoolique, agressif, instable. Elle a voulu les protéger. D’autres auraient fait autrement, peut-être. Elle n’est pas « d’autres ». Elle est seule avec son histoire, son quotidien violent, son incapacité à demander de l’aide.

Les enfants grandissent, quittent la maison familiale, elle reste. Elle reste alors qu’elle aurait pu partir, comme certains diraient. Si elle en avait encore eu la conscience, la force, la possibilité. Plus de 20 ans de violence, comment imaginer ce que devient psychiquement une personne en tant de temps ? La liberté est-elle imaginable ? Une juste définition du mot « liberté » existe-t-elle même ? Peut-on reprocher à Alexandre Soljenitsyne de ne pas être allé chercher son prix Nobel, d’avoir attendu 4 ans pour le recevoir, par crainte d’être déchu de sa nationalité soviétique après 8 ans dans les goulags…

Alors Jacqueline Sauvage, comme tant d’autres victimes, vit dans cette emprise. Elle vit, en apparence. Elle est en survie. Elle ne sait plus ce que vivre signifie.

 

Et quand l’entourage et la société en rajoutent, à qui faire encore confiance ?

 

Car c’est bien ce dont souffrent toutes ces victimes : le silence et l’immobilisme de ceux qui savent et se taisent, de ceux qui ont le pouvoir juridique, social ou médical d’agir et ne font rien. Jacqueline Sauvage est hospitalisée plusieurs fois. Les médecins, pas assez formés, ou pas assez à l’écoute, n’ont rien vu. Les services sociaux n’ont rien vu. Les instituteurs n’ont rien vu. Là encore, elle n’est pas un – mauvais – exemple. Elle est victime de l’inanité d’une société qui ne veut surtout pas être dérangée car, après tout, « une fois la porte de la maison refermée, ce qui se passe chez les gens… » ?
Jacqueline Sauvage, comme toutes ces femmes et ces hommes victimes, se tait et ne bouge plus. Qui va les entendre ? Qui va les croire ? Et qui va les aider ?

Quand la violence est physique et psychologique, qui va témoigner de paroles qu’il n’aura pas entendu, de gestes qu’il n’aura pas vus ? Pourtant, chaque mot violent est un coup supplémentaire, qui affaisse un peu plus. Un coup invisible et assassin.

 

Alors… Alors heureusement beaucoup arrivent à fuir. Malheureusement beaucoup ne peuvent pas puisque la violence quotidienne leur est particulière et repose sur des éléments individuels.

Jacqueline Sauvage n’est pas partie et pour cette raison elle est encore jugée, par ceux qui ne veulent pas entendre ou ne le peuvent pas, bien après sa condamnation.

 

En la jugeant ainsi, en créant des doutes, en niant son histoire, c’est bien plus qu’une double peine qui est infligée. C’est un refus de s’impliquer, de prendre un risque, d’écouter une histoire, car elle pourrait faire peur. C’est se poser en singes de la sagesse, en se contentant de singer celle-ci.

25 NOVEMBRE 2015 – JOURNÉE DE LUTTE CONTRE LA VIOLENCE FAITE AUX FEMMES

mocanu-bw-blackwhite-tremendo-artistic-black-and-white-photography-woman-sadness-sad-beauty_large… faites aux femmes, mais pas qu’aux femmes.
Faites aux hommes aussi.
Aux enfants. Aux enfants, filles et garçons, qui un jour seront des hommes, des femmes , des parents peut-être, des conjoints, des citoyens et des citoyennes.

Journée de lutte contre les violences, psychologiques, physiques, sexuelles.

Et la violence psychologique se décline presque toujours ainsi : psychologique, physique – car même en l’absence de coups portés, le corps en reçoit, le corps souffre, le corps est meurtri, parfois durablement. Violence sexuelle, quand l’inceste s’inscrit dans cette emprise, lorsque l’incestuel embrouille, trompe, trahit la confiance naturelle d’un enfant pour son parent, quand cet enfant est interdit de repères.

Ces enfants grandissent dans un climat conflictuel, violent. Ils en sont témoins et/ou victimes. Quoiqu’il en soit, ils sont TOUJOURS exposés. Exposés, et tellement peu entendus. Tellement peu soutenus. De ces phrases stupides telles que « il oubliera en grandissant », à « avec le temps il saura pardonner », à ces décisions implacables, accusatrices et déresponsabilisées « dans l’intérêt majeur de l’enfant monsieur et madame sont invités à réinstaurer une communication saine »… Et comme dirait Pilate « Je m’en lave les mains ».

Or, ces enfants exposés, qui voient, entendent, supportent, subissent, se mettent en danger, ces enfants qui, parfois dès le plus jeune âge, peuvent être séparés d’un parent bienveillant, le temps d’une procédure, ou pendant un temps bien plus long, ces enfants qui sont confiés à la bienveillance d’éducateurs, de foyers, de décisions arbitraires prises en fonction de dossiers, d’expertises rédigées rapidement, après un, deux, parfois trois rendez-vous, ces enfants encore dont la parole est truquée, manipulée pour servir la cause d’un parent toxique, que vont-ils devenir ? Comment vont-ils, comment peuvent-ils se construire ? C’est l’inquiétude majeure de ces parents bienveillants, ces parents qui veulent protéger et sont démunis, face à l’incompréhension d’un système souvent débordé, largement enraciné dans des principes, et qui, toujours comme Pilate, semble faire de son mieux, sans jamais s’impliquer.

Or, ces enfants, c’est notre société de demain. Qui va se construire sans repères, sans valeurs, sans principes, si nous tous laissons faire. Si nous restons à constater les errances judiciaires, les silences des professionnels, les bras baissés et les incompréhensions des diverses instances en jeu.

Bien sûr, plus que jamais, particulièrement dans ces périodes dramatiques que nous traversons, il faut écouter, entendre, s’entre aider, porter secours. Aux femmes et aux hommes en souffrance, en danger. Et à leurs enfants, qui ne sont pas protégés. Et qui, victimes aujourd’hui, peuvent le rester, bien trop longtemps.

Le 25 novembre, c’est sur ce thème : les conséquences sur les enfants, que j’interviendrai lors du colloque « Guerre et paix dans les familles », à l’espace Landowski, Boulogne Billancourt. Informations et inscription (gratuite) : contact@espace-famille.org

©Anne-Laure Buffet

GROUPES DE DISCUSSION & FORMATIONS – DATES À VENIR

1° GROUPES DE DISCUSSION
Les groupes de discussion et de réflexion du 1er trimestre 2015 portent sur le thème :
« PARENTS TOXIQUES – ENFANTS EN SOUFFRANCE »

21 MARS 2015 : PARENTS TOXIQUES – ENFANTS EN SOUFFRANCE – LA DIFFICILE NOTION DU PARDON

Parents toxiques , enfants en souffrance
Nous recevrons Virginie Megglé, psychanalyste, auteur du livre :
« Aimer ses parents même quand on en a souffert », ed Harmonie Solar

GROUPE COMPLET

11 AVRIL 2015 : PARENTS TOXIQUES – ENFANTS EN SOUFFRANCE – INCESTUEL ET INCESTE

9 MAI 2015 : PARENTS TOXIQUES – ENFANTS EN SOUFFRANCE – LE DÉNI PARENTAL

6 JUIN 2015 : PARENTS TOXIQUES – ENFANTS EN SOUFFRANCE – ÊTRE À L’ÉCOUTE DE SES ENFANTS

INFORMATIONS ET INSCRIPTIONS À CES GROUPES : associationcvp@gmail.com

2° FORMATIONS : (RÉ) APPRENDRE À COMMUNIQUER & À EXISTER

25 MARS 2015 : COMMUNIQUER AVEC UN NOUVEAU COMPAGNON

1er AVRIL 2015 : COMMUNIQUER AVEC SES ENFANTS

27 MAI 2015 : CONFIANCE EN SOI – ESTIME DE SOI – AMOUR DE SOI

24 JUIN 2015 : COMMUNIQUER AVEC L’AUTRE

INFORMATIONS ET INSCRIPTIONS À CES GROUPES : associationcvp@gmail.com

EMISSION : LES PARENTS TOXIQUES

Entretien dans l’émission « Les clés du mystère » sur Radio Fréquence Evasion, avec Anne-Laure Buffet
Emission du 13 février 2015, à écouter en podcast.

LES PARENTS TOXIQUES

Qui sont-ils ? Comment se comportent-ils ? Quel impact sur leurs enfants ?