MORT VIVANTE – EXTRAIT 4 – À PARAÎTRE

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Il m’a dit le contraire. Ce matin même. J’en suis certaine.

Il m’a dit qu’il voulait que je prévois ce dîner. Que c’est important pour lui. Que je dois comprendre.

Il m’a dit que je sais faire. Que je sais organiser. Que j’ai le temps pour le faire. Que ce n’est pas un reproche, c’est juste ainsi. Il m’a dit que lui travaille. Lui travaille, mais pas pour lui. Pour nous.

Il m’a dit que je devais le faire. Il m’a dit que ça lui ferait plaisir. Et il est parti.

Je l’ai fait. Comme il me l’a dit. Comme il me l’a demandé. Je l’ai fait pour lui. Je l’aime.

Je lui suis reconnaissante. J’ai une belle vie.  Grâce à lui. Je n’ai pas besoin de travailler. Je dois lui dire merci. Je sais ce que je lui dois. Je lui dois tout.

Il m’a dit que c’était important. Très important.

Je ne veux pas le décevoir.

Je ne dois jamais le décevoir.

Je ne serais pas grand chose sans lui.

Je sais que je ne serais pas sans lui.

Je sais qu’il sait. Je sais que je ne sais pas.

Ce matin il m’a dit le contraire. À moins que je me trompe. À moins que je n’ai pas compris. C’est cela, je n’ai pas écouté. Je faisais autre chose, peut-être. Peut-être ne faisais-je rien. Peut-être ne faisais-je pas assez attention à lui.

J’ai prévu le dîner.

Ce n’est pas ce qu’il voulait.

Il me l’avait dit.

Je suis allée trop vite.

Je lui ai manqué de respect. J’ai tout prévu sans lui en parler.

C’est une erreur.

J’ai commis une erreur.

Il ne dit rien.

Il me regarde. Je ne bouge pas. J’ai mal au cou. Ma tête penche vers l’avant. Mes yeux se baissent. J’ai honte. Je ne sais toujours pas l’écouter.

Je ne dois pas savoir aimer.

Dr Gregory House

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Dr Gregory House…

Il est brillant, charmant, caustique, sarcastique, provocateur.

Il est tout autant arrogant, moqueur, irrespectueux de la vie privée des autres.

Il peut se montrer méchant et menteur. Ce que révèle sa phrase fétiche : « Everybody lies ».

Il est dépendant au Vicodin, n’hésitant pas à falsifier des documents et des signatures afin de s’en procurer, pour éviter non seulement la douleur, mais le manque.

Il ne respecte ni la déontologie, ni la souffrance des patients. Il se moque des autorisations, s’immisce dans la vie privée des malades sans aucune considération, mais en justifiant ses actes par la nécessité à trouver la cause la source de leur mal. Il peut aller jusqu’à transformer les malades en cobayes pour étayer ses hypothèses.

Les jeunes médecins qui l’assistent lui sont totalement dévoués, se mettant eux aussi à transgresser règles et codes. Il les rudoie, il est désobligeant, critique, intrusif. Il met en avant leurs points faibles et les complimente exceptionnellement. Il utilise la dérision et les sarcasmes si cela lui est utile, poussant ses collègues dans leurs retranchements et se justifiant en arguant d’une motivation à nécessairement entretenir chaque jour.

La réussite d’un diagnostic lui est toujours attribuée, les succès lui reviennent malgré le travail de toute une équipe, et jamais il ne les partage avec son équipe.

Il est blessant et agressif, appuyant sur les faiblesses des uns et des autres pour exciter leurs instincts, les poussant toujours plus loin, jusqu’au mal, comme le souligne le Dr Cuddy, pourtant amoureuse de lui : « Ceux que vous recrutez, vous les pourrirez comme vous avez pourri James. Vous l’avez détruit, il ne distingue plus le bien du mal. »

Il ne reconnaît pas ses erreurs. Il constate l’échec d’un diagnostic mais en attribue la faute à un manque de chance ou à une résistance au traitement de la part du patient, non à une faute ou un oubli qu’il aurait pu commettre.

Pourtant, il est séduisant, il tire le spectateur de sa somnolence. Celui-ci va imaginer une vie privée au « charmant » Docteur, une vie pénible, une enfance blessée. Sa boiterie augmente l’instinct de sauveteur et le besoin de réparer de ceux qui s’attachent à lui.

Lorsqu’il doute et qu’il se remet en question, lorsque le personnage s’adoucit, il perd de son attractivité. La série a d’ailleurs eu moins de succès lorsque le « bon » Dr House s’interrogeait sur lui et pondérait son caractère irascible et hautain vis-à-vis des malades et du personnel médical.

Alors, ce bon Dr House… séducteur brillant souffrant d’un manque de moralité, à l’ego surdimensionné, personnage satirique et railleur dont le cœur tendre serait dissimulé, ou pervers narcissique ?

 

 

http://www.dailymotion.com/video/xdkd51_dr-house-s06e01_shortfilms#.USHQE6XEP18

Voir aussi Abus de faiblesse et autres manipulations. M.F. Hirigoyen