INTERVIEW: DÉFINIR LA VIOLENCE PSYCHOLOGIQUE

Une interview de Anne-Laure Buffet sur la violence psychologique, ses conséquences, et les conséquences sur les enfants, par Jean-Jacques Bitton.
Ecouter l’interview

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INCESTE ET INCESTUEL – NOTE SUITE AU GROUPE DE DISCUSSION DU 5 MARS 2016

Samedi 5 mars, un groupe de discussion s’est réuni autour d’un thème particulièrement douloureux, et intime : l’incestuel et l’inceste.

 

Ce groupe s’est réuni en présence de Sophie Chauveau, écrivain, auteur de « La fabrique des pervers », à paraître fin avril chez Gallimard. Sophie Chauveau est venue présenter son livre, « autobiographie » familiale relatant l’histoire de sa famille, l’histoire des prédateurs sexuels de sa famille imposant l’inceste sur cinq générations. C’est avec pudeur et chaleur qu’elle livre sa vérité, son histoire, les souffrances de son enfance, son amnésie traumatique, sa compréhension de l’inceste vécu et sa rupture familiale.

 

L’inceste, sujet encore très tabou pour tout ce qu’il comporte de destruction et de violence sexuelle, ne peut cependant être passé sous silence. L’ignorer, c’est ignorer encore les victimes de cette violence particulière infligée par un parent à son enfant. L’ignorer, c’est refuser d’entendre celles et ceux qui en ont été victimes, et qui le demeurent, même à l’âge adulte. L’ignorer, c’est admettre a contrario qu’un parent puisse s’octroyer tous les droits sur son enfant, toutes les possessions et toutes les cruautés.

L’inceste est défini par la loi – modifiée en 2010 pour « élargir le champ des possibles coupables » à toute personne ayant de fait ou de droit un rapport d’autorité à l’enfant au sein de la famille, incluant les frères et sœurs, les cousins, les conjoints suite à une nouvelle union. Jusqu’en 2010, l’inceste ne tombait pas sous le coup de la loi (loi de 1998) : c’est l’abus sexuel sur mineur, (aggravé si l’abuseur a une position parentale, éducative : père, beau-père, père adoptif, tuteur, éducateur…) qui était répréhensible et condamnable. (L’inceste entre adultes consentants n’est pas illégal…). Depuis, la loi du 8 février 2010 punissant spécifiquement l’inceste commis sur les mineurs, qui était jusqu’ici considéré comme une circonstance aggravante des crimes et délits sexuels, a été votée. Ce texte prévoit l’inscription de la notion d’inceste dans le code pénal et dispose que les viols et agressions sont qualifiés d’incestueux lorsqu’ils sont commis « au sein de la famille sur la personne d’un mineur par un ascendant, un frère, une sœur ou par toute autre personne, y compris s’il s’agit d’un concubin d’un membre de la famille, ayant sur la victime une autorité de droit ou de fait ».

Si la loi condamne l’inceste, elle limite sa pénalisation dans le temps, puisque ce crime reste prescriptible ; et la prescription est de 20 ans une fois la majorité atteinte. Ce qui signifie que passé 38 ans, aucune plainte ne peut plus être déposée contre l’agresseur. Or, la fracture psychique et l’horreur vécue par les victimes causent souvent, avec le trauma, une amnésie. Et c’est souvent bien longtemps après, … bien après 38 ans…, que la mémoire se réveille, autorisant la victime à dire. A dire. Mais plus à dénoncer. Car, au regard de la loi, il est trop tard pour le faire…

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©Anne-Laure Buffet
Victimes de violences psychologiques, de la résistance à la reconstruction

PARENTIFICATION – PARENTALISATION – GROUPE DE PAROLE DU 6 FÉVRIER 2016

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Samedi 6 février, un groupe de discussion s’est réuni autour du thème : l’enfant parentalisé.

« Parentalisé » ; étrange mot, et pourtant de plus en plus employé. On entend également « parentifié ». Que ce soit parentalisé ou parentifié, il n’est pas question d’ergoter sur le mot juste, mais d’en observer la mise en place et les conséquences.

Dans The Langage of Family therapy (1985), Simon, Stierlin et Wynne définissent la parentification comme : « L’attribution d’un rôle parental à un ou plusieurs enfants dans un système familial. Cela entraîne une forme d’inversion des rôles en relation avec une perturbation des frontières intergénérationnelles. »

Il faut également distinguer la parentification ou parentalisation de l’instrumentalisation de l’enfant. Instrumentaliser revient à transformer l’enfant en objet, ne plus lui reconnaître une existence propre, pour s’en servir le plus généralement comme une arme contre une autre personne (autre parent, frère ou sœur,…).

Dans le cas de divorces conflictuels, où l’un des deux parents est un parent « toxique », il est classique qu’un enfant soit instrumentalisée. Il va alors devenir « la poubelle» de son parent – et parfois de ses deux parents, il va entendre des messages injurieux et souvent diffamatoire à l’encontre de son autre parent, messages destinés non seulement à dégrader l’image de ce parent, mais également à éloigner l’enfant dudit parent. On parle alors de conflit de loyauté.

La parentification peut créer un conflit de loyauté. Elle peut également éloigner un enfant de son parent « bienveillant ». Mais la première motivation de la parentification est une volonté inconsciente d’inverser les rôles. En effet être parent implique de savoir tenir une posture : papa ou maman, père ou mère, et adulte. Lorsqu’il y a parentification, la place de l’adulte n’est pas établie avec certitude. Le parent va jouer à être un papa ou une maman, un père ou une mère, mais ne va jamais en assumer les devoirs ou les responsabilités.

Il est nécessaire de souligner tout de suite certaines exceptions : un parent qui va se retrouver en incapacité d’exercer son rôle de parent pendant une durée plus ou moins déterminée (maladie, hospitalisation, séjour à l’étranger, …) peut voir alors son enfant prendre son relais. C’est un relais matériel, concret. Ce n’est pas un relais affectif. La protection et la sécurité qui doivent être assurées par le parent de manière naturelle continuent de s’exercer, et l’enfant ne se sent pas « abandonné ». Ses repères subsistent, le référent demeure, l’enfant ne se retrouve pas en position de transgresser des règles à fin d’assumer lui-même sa propre sécurité et de répondre à ses besoins naturels. A défaut d’être nourri, de manière alimentaire, par son parent dans son quotidien, il reçoit toujours une nourriture spirituelle : des valeurs, des règles, des limites qui l’aident à se positionner et se construire.

De la même manière, le fait de jouer avec ses enfants « au papa et à la maman» , « à la maîtresse», ne constitue pas une parentification malsaine et dangereuse. Comme tout jeu, celui-ci a un commencement, une fin, et des règles. C’est l’adulte qui fixe ce commencement, cette fin, et ces règles. Si l’enfant transgresse les règles, le jeu prend fin. De même, si l’adulte se mettent à transgresser les règles du jeu, l’enfant le comprend, peut le dire, et réclamer lui aussi que le jeu se termine.

Ce ne sont pas ces formes de parentalisation qui peuvent se révéler toxiques pour un enfant. Si elles s’intègrent dans la construction de celui-ci, et dans un cadre bienveillant, un enfant en comprend les limites, les repères, et les valeurs. Sa propre construction psychique n’est pas mise en danger. Il se sent et il est en sécurité. Et il est essentiel de se souvenir que la première de sécurité dont un enfant a besoin, c’est la sécurité affective, bien avant la sécurité matérielle.

En revanche une forme bien plus sournoise et pernicieuse de parentification existe. Celle qui se met en place et se développe lorsqu’un parent, parfois les deux, est incapable d’assumer ses responsabilités d’adultes, et que cette incapacité n’est pas temporelle ou matérielle, mais appartient à sa propre construction. Refusant lui-même d’être un adulte et d’en assumer les contraintes et les responsabilités, ce parent s’est organisé un système selon lequel il joue de manière permanente à être adulte, sans pouvoir reconnaître que c’est un jeu, sans pouvoir s’y conformer – et souvent même s’y résoudre. L’impossibilité de grandir psychiquement, ou le refus de le faire, se transforment en injonctions qui reposent alors sur les enfants : comme je suis à l’âge d’être adulte, mais que je ne sais pas et ne veux pas le faire, c’est à toi de l’être à ma place.

Ainsi l’enfant se retrouve projeté dans une inversion des rôles. Il devient parent et de son parent. C’est l’enfant qui va consoler, qui va soigner, qui va prendre en charge matériellement la maison, qui va devoir gérer le reste de la fratrie, qui va devoir s’oublier et oublier sa place d’enfant ou d’adolescent. Il oublie par manque de temps, il oublie parce que ça lui est interdit. Il a face à lui un parent qui refuse ou qui n’est pas en mesure de «grandir». Il n’est pas protégé. Il va chercher sa propre sécurité. Et lorsqu’il se trompe, ça lui est généralement reproché par ce parent déficient.

Certains enfants parentifiés ne gardent pas à l’âge adulte un mauvais souvenir ou une fragilité. En apparence, et tant qu’ils ne sont pas confrontés à une difficulté. Cependant, ce sont des adultes que l’on entendra dire : «Je n’aime pas jouer. Je ne me projette pas dans l’avenir. Je ne m’accorde pas le droit de rêver. Je n’ai jamais fait de bêtises.»

Ce qui fait partie du domaine de l’imaginaire, du rêve et du fantasme leur est interdit. Ni ayant pas eu accès durant leur enfance et leur adolescence, ils n’en voient pas l’intérêt, ils ne savent même pas l’utilité du rêve ou de la projection.

D’autres enfants devenus adultes vont traverser des périodes de fragilité, ou de souffrance, bien plus importantes. Le manque de protection et de sécurité dont ils ont souffert enfant se réveille violemment à l’âge adulte. Ils se sentent responsables en permanence, ils sont dans l’incapacité de« lâcher prise». Ils ne comptent que sur eux-mêmes. Ils n’ont souvent comme repère que même. Et il sont étrangers à une part d’eux-même : leur enfance.

On pourrait citer de nombreux exemples, le cas le plus fréquent étant celui du parents qui se décharge auprès de son enfant de tout ce qu’il doit supporter et vivre. Que ce soit sur le plan émotionnel, affectif, au matériel, le parent va faire comprendre à son enfant que c’est à lui de se mettre dans la protection, dans la construction, dans l’écoute est dans la patience.

L’identité se développe autour de l’obligation de prendre soin de l’autre.

La perte de confiance et la culpabilité d’être le «mauvais» interviennent dans la constitution psychique de l’enfant. Il n’y a plus de lien entre les besoins de l’enfant et les actions des parents. Et dans son esprit d’enfant se crée un clivage : d’une part l’enfant idéalisé mais négligé, et d’autre part l’enfant incapable d’être enfant et interdit être enfant. Si la non reconnaissance perdure ce clivage peut devenir permanent.

La parentification peut aller plus loin, et de ce fait être encore plus destructrice. L’enfant ou l’adolescent parentifié peut prendre deux fonctions principales :

– parents pour ses parents, pour l’ensemble de la famille, pour la fratrie

– époux du parent du sexe opposé

Bien évidemment si la fonction de parent est pathogène, elle est bien moi dangereuse que celle de conjoint.

L’enfant peut devenir le confident de ses parents. Il peut être messager ou médiateur entre ses parents, ce qui ramène au conflit de loyauté. Il peut également devenir « leader » afin de maintenir un équilibre et ce généralement dans un contexte de dépression parentale. Il peut aussi se voir attribuer le rôle de contrôleur de la famille. Il assume alors la responsabilité de l’adulte, et à l’âge adulte, et lui sera difficile de faire à nouveau confiance à ses parents ou à d’autres adultes. Enfin il peut se retrouver à la place de sauveteur en cas de graves difficultés familiales ou de traumatisme. Il se construira avec cette notion et ce souci permanent de devoir protéger et sauver ses proches. Ce qui va l’amener à s’oublier. Et très souvent à se perdre…

Si l’enfant n’est pas et jamais reconnu dans ce qu’il donne, la parentification prend des caractéristiques destructrices. Il faut également prendre en considération la durée de cette relation, car plus elle s’inscrit dans le temps et plus elle est destructrice.

A l’âge adulte, on constate généralement un désinvestissement affectif. L’adulte est épuisée d’avoir trop donné. Il refuse alors de s’impliquer dans les situations où donner est important pour soi et pour l’autre. Il peut développer des dépressions chroniques. L’estime de soi est en baisse. La confiance en soi est atteinte.

L’enfant a accepté des responsabilités écrasantes pour le bien-être de ses parents. Et les protège contre un monde extérieur présenté comme hostile et persécutant. L’enfant devient alors le soignant de ses parents.

De plus les parents ne manifestent aucune reconnaissance face à l’attention est au dévouement de l’enfant. Il sera souvent critiqué. Si cet enfant n’a pas prêt de lui une autre personne bienveillante, prête à l’encourager, il ne trouvera jamais sa place, ni dans sa famille, ni à l’extérieur.

Pour résumer, la parentification peut avoir des effets destructeurs lorsqu’elle comporte un ou plusieurs des facteurs suivants :

  • L’enfant est surchargé de responsabilités dépassant ses compétences cognitives, émotionnelles ou physiques.
  • Les parents ont des demandes régressives par rapport à leur enfant.
  • Les besoins de l’enfant sont négligés ou exploités.
  • L’enfant ne reçoit pas de reconnaissance pour ce qu’il donne.
  • L’enfant est blâmé et son comportement est désigné comme mauvais.
  • L’enfant est impliqué dans une relation érotisée avec l’un des parents.
  • L’absence de soutien de la famille d’origine des parents.

NB : les paroles et exemples donnés pendant le groupe ne sont pas rapportés ici par souci de confidentialité.
Il est indiqué dans cette note les grandes lignes de ce qui a été évoqué pendant le groupe. Le reste… appartient au groupe.

Anne-Laure Buffet
annelaurebuffet@gmail.com

AUX AVOCATS, AU SERMENT, À L’ENGAGEMENT

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Il y a un an j’écrivais sur ce blog ce texte : Mesdames et messieurs les avocats.
Je l’écrivais pour tenter de dire à ces représentants et défenseurs de la Loi, de la Justice et de ce que certains appellent encore la Morale que la défense d’une victime de violence psychologique équivaut à une guerre, un combat à mort, auquel il faut être prêt. Que ce combat se fera entre mensonges, diffamations, manipulations, faux pleurs, vraies calomnies, au profit d’une seule personne : la personnalité toxique. (Mais, je m’interroge : peut-on qualifier de « personne » un être toxique ?).
C’est un combat dont on connaît le commencement, jamais la durée, jamais l’issue. Il demande d’être aussi patient que stratège, aussi précis que technique. Rien, aucune parcelle de la vie de votre client(e) ne doit vous échapper. Et il ne s’agit pas d’inquisition.
Il s’agit de remplir pleinement votre serment, celui de défendre la personne qui vous amène son dossier.

Qui est cette personne ? Qui est cette victime de violence psychologique ? Que demande t’elle, qu’attend t’elle de vous ? Elle pousse la porte de votre bureau, et se sent déjà coupable. Vos codes de droit civil ou de droit pénal l’effraient. Elle se croit condamnée, là où elle a déjà été accusée par son bourreau. Elle se croit incapable de dire son dossier, son affaire, sa situation. Elle pense qu’elle ne sera pas entendue. Et le plus souvent, malheureusement, elle ne l’est pas. Elle espère que vous aurez les mots, les gestes et les regards qui vont la rassurer, elle, qui vont lui donner un peu de force, mais surtout, qui feront cesser toutes ces violences et qui vont permettre de faire entendre à la Cour son histoire, sa souffrance, et défendre ses droits.
Cette victime, elle a si peur, si honte, qu’elle ne sait pas quoi dire, elle ne sait jamais commencer son histoire.

Face à elle, assis(e) à son bureau, vous. Vous , le « Maître » que la profession vous attribue lorsque vous passez le barreau, la respectabilité, la notoriété parfois, l’image du savoir, éventuellement du pouvoir. Et déjà, voilà la victime à nouveau en posture de soumission. Car vous savez, pas elle.

Mais que savez-vous ? Ce qui est inscrit dans les codes, qu’elle ignore, que le plus souvent elle ne comprend pas. Et que vous ne lui expliquez pas – pour quelle raison ? Est-ce si difficile de dire ses droits à son client ? Est-ce pour vous une perte de temps, ou à distinguer de votre engagement ?
Que savez-vous encore ? Les règles de procédure ? Mais comment la victime peut-elle les connaître ? Comment peut-elle savoir ce qu’attend le civil, le pénal, et le temps exigé, et les contraintes, et la notion de plainte, de requête, ce qu’elles impliquent, ce qu’elles exigent des plaignants ? Comment peut-elle comprendre le principe même de juridiction s’il ne lui est expliqué ? Est-ce à cette victime, désespérée, effrayée, de continuer de chercher, d’essayer de comprendre, de vous orienter, pour pouvoir être correctement défendue ? Ne pourriez-vous pas prendre le temps d’expliquer ce fameux temps de la justice, bien loin du temps des hommes, temps dans lequel se diluent les espoirs et les dernières énergies de femmes et d’hommes déjà étranglés par leur quotidien ?

Oui, que savez-vous d’elles, de ces victimes au passé chargé de soumission et d’emprise ? Comment pensez-vous les défendre, si ce n’est en vous investissant vous aussi sur leurs dossiers, à leurs côtés ? En remontant chronologiquement le temps, l’histoire, les  faits, pour décortiquer et mettre en lumière cette emprise ? Avez-vous si peur de vous engager ? Etes-vous si pressés ? Pensez-vous que le silence est un atout, un gage de crédibilité ? Pensez-vous perdre du temps à préparer la défense ? Pensez-vous que votre considération est suffisante ? Pensez-vous même réellement les considérer ? Comprenez-vous pleinement ce dont elles souffrent ?
Savez-vous qu’à défaut d’être psychologues, il vous faudra faire preuve de psychologie, d’empathie, de compassion ?
Comprenez-vous les conséquences matérielles, financières, pour vos client(e)s, lorsque vous assénez des honoraires inexpliqués, aux montants exorbitants, avant même d’avoir commencé à préparer le dossier ?

Que la victime de violence psychologique soit un homme ou une femme, lorsqu’elle pousse la porte de votre cabinet, la tête basse, fatiguée, terrorisée, elle est à bout de forces après avoir résisté pendant des mois, parfois des années. Elle arrive et cherche un peu d’espoir, un peu d’écoute, un peu de réponse. Elle ne veut pas être trompée par un beau discours. Elle veut entendre des vérités. Elle veut savoir qui elle est, et elle veut que ce soit dit, devant un juge, et devant son bourreau. Elle n’a pas besoin d’effets de manches ou de longs discours savants. Elle a besoin que la main protectrice à défaut d’être amie se tende vers elle.
Elle a besoin de savoir que ce qu’elle va dépenser – parfois, souvent même – le peu qu’il lui reste, sera dépensé pour elle, pour SA cause. Elle a besoin d’être impliquée dans la préparation de SON dossier ; elle a besoin de comprendre comment va se dérouler SA procédure ; elle a besoin d’être rassurée, de se dire qu’elle a fait le bon choix, avec vous pour la défendre, et avant tout, en décidant d’agir. Elle ne veut plus être un jouet. Elle ne veut plus être manipulée – même pour son bien. Elle doit être impliquée complètement, pour ne pas avoir le sentiment d’être laissée une fois de plus sur le bord du chemin.
Cette victime entre en guerre et compte sur vous.
Cette victime est terrorisée d’entrer en guerre mais sent qu’elle ne peut pas faire autrement.
Cette victime a besoin de vous.
Pleinement.

C’est un lourd et difficile, lent et sinueux combat que celui d’accompagner et de soutenir une victime de violence psychologique.
Alors, mesdames, messieurs les avocats, personne ne vous blâmera de trouver ce combat inhumain. Et parfois, d’y renoncer avant même de le commencer. Mais ne vous engagez pas légèrement.
Vous ne recevez pas des dossiers.
Vous recevez des humains, des victimes, des blessés, des mutilés de guerre, des accidentés par la vie.
Vous recevez des pères, des mères, qui n’ont plus rien à perdre, qui cherchent à sauver leurs enfants.
Vous recevez des personnes.

Un jour, vous pourriez avoir besoin, vous aussi, d’être défendu(e)s.
Ce jour-là, en poussant la porte d’un confrère, vous ne serez pas avocat. Vous serez victime. A votre tour vous aurez à dire, à raconter, à espérer, à soupirer, à craindre et à prier.

Pour vos client(e)s, mesdames et messieurs les avocats, ne l’oubliez pas… Car si ce n’est toi, c’est donc ton frère qui, un jour, pourrait se retrouver plus bas que terre. Ce jour-là, vous n’attendrez qu’une chose : une juste et pleine défense.

Anne-Laure Buffet
annelaurebuffet@gmail.com

« AUJOURD’HUI JE DIS. POUR INFORMER » – TÉMOIGNAGE

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Aujourd’hui un jugement sera rendu.
Il s’avère qu’ « il »a demandé un « petit » droit de visite et d’hébergement sur mon fils.
« Petit » : 1 weekend sur deux et la moitié des congés scolaires… oups… c’est justement le temps que mon fils passe avec son père depuis 5 ans!
« Il » : je ne le nommerai pas bien entendu, mais « il » n’est pas le père de mon fils, « il » est un pauvre type qui a eu le malheur de se trouver sur ma route à un moment de ma vie où j’ai été faible et influençable. « il » n’est rien d’autre que cela,… une erreur de casting. Enfin, si, « il » est un « MPN » … cela pourrait presque être tendance d’en avoir fréquenté un… et bien non.
« Il » s’amuse à poster des vidéos sur internet adressées à mon fils qui bien entendu âgé de 6 ans ne va pas sur internet, « il » cherche à s’imposer dans sa vie, dans la nôtre s’inventant un attachement et une importance inexistants en réalité envers mon fils.
Certains « abrutis » croient en ses idioties, j’ai même lu un commentaire un jour disant « Oh lala, ce petit a de la chance d’être autant aimé ! » Vous êtes sérieux les gens, là ?! Pauvres sots… mais je peux comprendre : moi LUCIE la prem’s je me suis faite avoir par « il ». Pour ceux qui savent ce qu’est un MPN, Manipulateur pervers narcissique (c’est lui donner presque trop d’importance…parce en réalité « il » est un pauvre con), « ils » sont simplement tarés.
Assez parlé de « il ».
« Elle » s’appelle Anne Laure Buffet. Elle est présidente de l’Association CVP Contre la Violence Psychologique et la Perversion Narcissique. « Elle » m’a permis d’avancer, de comprendre l’incompréhensible. « Elle » est comme un ange gardien et je lui suis immensément reconnaissante pour le travail qu’elle fournit auprès de chaque victime. Elle informe, coach, guide, soutient, gronde quand il le faut.
C’est mon histoire, une partie de ma vie, mais ceci ne me définit pas. Aujourd’hui je dis, parce que je n’ai plus honte. Parce que j’ai compris, parce que je suis malgré moi devenue en quelque sorte experte du sujet… alors je dis, comme d’autres ont apporté leur témoignage qui m’ont permis de comprendre.
« Je » commence par dire que « je » l’emmerde. Simplement, sincèrement.
J’ai été victime d’un pervers narcissique, voilà, c’est fait. Mon fils aussi par la même occasion. J’ai été mise sous emprise. J’ai été manipulée, non pas parce que je suis conne, au contraire, mais parce que je suis aimante, tolérante, empathique. J’ai été mise sous emprise. J’ai été souillée et je suis passée pour une personne dépressive, malade, instable, méchante, menteuse:
« miroir, mon beau miroir, dis moi qui est le plus menteur ? »
J’ai souffert, beaucoup. De m’être trompée, d’avoir embarqué mon fils dans cette expérience de vie. Je m’en suis voulu, mais je ne m’en veux plus. Je n’ai pas de responsabilité dans la médiocrité de ce vil personnage gras et dégoûtant.
J’ai été contrainte de « fuir », déménager, pour m’éloigner… changer mon fils d’école, perdre mon travail…pour espérer avoir la paix. Cela ne choque personne ? Moi oui. Mais c’est ainsi.
J’ai été meurtrie dans ma chair, oui, je le dis. J’ai compris, comme un électro choc, dans quel merdier sans nom je m’étais mise le jour où j’ai appris que j’étais enceinte d’un MPN. Révélation. Je me suis sentie si mal, si malheureuse, j’ai pris ce jour la mesure de la toile qui était tissée autour de moi. J’ai souffert dans mon cœur et dans mon corps ce jour où j’ai été hospitalisée pour ôter de moi cette moitié de monstre. Mais c’était aussi la moitié de moi… pourtant je me suis sauvée ! Je m’en félicite chaque jour.
« Je n’ai pas pu garder cette graine qui était venue se loger au creux de mon ventre. En voilà une chose qu’ « il » ne m’aura pas prise… trop précieuse pour en faire cadeau. Je ne pouvais pas laisser la possibilité de lui faire ce qu’« il » m’a fait. Je ne pouvais permettre que cette graine puisse être un jouet, ni un instrument pour continuer à torturer. J’ai évité à cette graine qu’elle soit involontairement servile, inconsciemment soumise. Elle ne sera ainsi jamais petit lui, petit monstre, petit rien, aigris, avant d’avoir vécu, de ne pas avoir de vie, de ne pas avoir d’esprit, de ne pas avoir d’amis. De n’avoir pour tout espoir que celui de pouvoir mieux détruire ceux qui pourraient l’approcher. Cette graine ne sera pas porteuse de ses projections. Elle ne sera pas sa monstrueuse création. Je n’ai pu permettre d’engendrer cela.»
Alors “il” se venge ? Que fait-il d’ailleurs, cela n’a aucun sens, j’ai arrêté de cherché à comprendre. Ils sont tous pareil, plus ou moins tordus mais toujours aussi dérangés, comme s’ils avaient avalé la même notice, le même mode d’emploi. Ils sont sans surprise.
Alors aujourd’hui, sera rendu en justice le jugement sur sa demande de garde de mon fils… voilà entre autre ce que ce genre de personnalités pathologiques sont capables de faire. Incapables de gérer leurs caprices, leurs frustrations, se sentant au dessus de tout et tout le monde, cherchant à s’approprier les gens et les situations.
Quand j’en aurai fini avec ces lubies, je m’investirai à mon tour auprès de victimes. Je serai une oreille attentive et bienveillante. C’est important pour moi, de redonner à mon tour ce que j’ai reçu.
« Lui », c’est le père de mon fils. On a failli le perdre dans un grave accident de la route, il se bat chaque jour pour aller mieux. Il fêtera Noël à la maison avec sa famille et notre fils… Voilà qui est important et pour qui j’ai mis de côté chaque petite rancœur du passé, pour qui je ferai tout pour qu’il aille bien… parce que voir la bouille de mon fils heureux de retrouver son papa et me dire « papa c’est le plus beau et le plus fort »… cela n’a pas de prix.
Et toi pauvre fou,
“Tu vois, plus j’y pense, et plus pauvre néant te va comme un gant. Pauvre de sentiment, vide de tout, tu es bien cela, un pauvre néant, imbu de lui-même et de ce qu’il croit être de l’intelligence, de la supériorité. Ce qui n’est en sommes que de la démence. Tut tut, mon p’tit bonhomme, ne t’emballe pas. J’ai dit démence ? Moi ? J’aurais osé ? Dieu que c’est vilain, pardonne-moi, je file au coin. Je reviendrai quand j’aurai compris.
J’ai compris.”

UN JOUR JE SERAI À NOUVEAU HEUREUSE – TÉMOIGNAGE

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Témoignage reçu cet après-midi à l’association.
Si vous voulez transmettre le votre : associationcvp@gmail.com

« J’ai longtemps pensé que j’étais malade. Je ne comprenais rien , jamais. Il me demandait sans cesse des choses, je le faisais pour le satisfaire, je me donnais du mal. J’ai changé de vêtements, de coupe de cheveux, d’habitudes alimentaires. Il était – officiellement – végétarien. Il m’avait imposé de l’être, pour ma santé, moi qui suis carnivore. J’ai découvert longtemps après qu’il se nourrissait de steaks et d’entrecôtes dès qu’il avait un déjeuner d’affaires, c’est-à-dire tous les jours. Il m’a payé mes études, mais il les a choisies pour moi, critiquant ce que j’aimais, critiquant mes parents qui le laissaient faire. J’ai arrêté le piano et la peinture quand les enfants sont nés, je n’avais plus de temps. Quand il s’énervait, je ne disais rien, je suppliais les enfants de se taire, je les grondais souvent, en leur disant qu’ils pourraient faire attention, que leur père était fatigué. Il a acheté une voiture, pour moi. C’était une occasion. Je ne savais pas qu’elle n’avait pas été vérifiée. J’étais contente. La voiture n’avait pas de frein. J’ai eu un accident. Il a dit que je conduisais mal. J’ai failli mourir. Il est venu à l’hôpital me dire que je détruisais ses cadeaux, que je lui coutais cher. C’est l’expertise du véhicule qui a dit que les freins étaient morts – ça aurait pu être moi. Le garagiste a dit qu’il avait prévenu mon mari. Il y a eu enquête quand j’ai déposé plainte. Mais il y a eu un non lieu, je ne pouvais pas prouver que je ne savais pas que la voiture était en mauvais état.
Il ne m’a pas parlé pendant plusieurs mois. Il me tuait des yeux, il me crachait dessus dès que nous étions seuls. Mais il disait aux enfants que j’étais folle, malade, dangereuse. Que j’avais voulu faire croire à une tentative de meurtre, en me mettant en danger. Mon fils aîné m’a dit que j’étais un monstre. Je ne pouvais toujours pas marcher. J’étais dans un fauteuil toute la journée, et toute seule. Si j’avais besoin d’aller aux toilettes, il n’y avait personne. Souvent, je me suis salie. Le soir, il me laissait sale, dans mon fauteuil, me disant que même les chiens savent ne pas faire sur eux. Une infirmière venait le matin. Elle n’a jamais rien dit. J’ai su plusieurs mois après qu’il l’avait embauchée… sans la déclarer. Elle n’avait pas de papiers. Elle avait peur.
Folle, oui, sans doute. Folle de ne pas avoir réagi. J’avais peur, mais j’aurais du prendre sur moi.
Une fois j’ai réagi.
J’ai appelé un avocat. J’ai trouvé son nom dans l’annuaire. Mon mari l’a su. Je ne sais pas comment. Peut-être, la facture de téléphone, il surveillait tout. Il m’a menacée. Si je faisais quoi que ce soit, si je disais quoi que ce soit, il dirait à tout le monde que je suis folle. Il me ferait enfermer. Je ne verrais plus jamais enfants.
Il m’a obligée à appeler l’avocat devant lui, à dire que je ne ferai rien, que tout s’arrangeait. J’ai cédé. J’avais peur.
J’ai perdu mes cheveux.
J’ai perdu des dents.
Je souffrais, mais la douleur physique n’était rien.
Un jour, il n’était pas là, j’ai perdu du sang. Beaucoup. Je ne sais pas pourquoi, par réflexe, j’ai appelé le SAMU. J’aurais du l’appeler lui en premier. Il voulait être au courant de tout en premier.
Ca n’a pas été le cas ce jour-là.
C’était un réflexe. Ca m’a sauvée. Le médecin du SAMU a fait un signalement. Je suis restée à l’hôpital. Une association de femmes m’a hébergée et protégée.
J’ai perdu mes enfants, ma maison, trente ans de ma vie. Je suis abîmée et blessée. J’ai peur.
Mais je suis loin de lui, et protégée.
Un jour, je serai à nouveau heureuse, je le sais.
Grâce à vous. Grâce à tous ceux qui luttent contre ces violences. »

GROUPE DE DISCUSSION : LA RECONSTRUCTION – COMPTE-RENDU

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Hier, samedi 5 décembre, le groupe de discussion CVP s’est réuni autour du thème : La reconstruction.
Un groupe où nous nous sommes retrouvés très nombreux – et à tous, un grand merci pour votre confiance et votre présence. Pour les partages aussi, avec, toujours, ces émotions qui sont autorisées, ces expériences qui se rencontrent, ces regards bienveillants. En voici un bref compte-rendu.

Nous avons commencé le groupe avec la projection de la bande-annonce du film Sous la peau, réalisé par Katia Scarton-Kim et Nadia Jandeau. Ce film – fiction met en scène 5 sœurs qui se retrouvent le jour de l’anniversaire de leur mère. Chacune, à sa manière, a connu la maltraitance maternelle. Chacune en porte encore des cicatrices et des blessures cachées, tues ou inavouées.

Un film aussi dur que juste, intime et pudique, où la souffrance et la maltraitances s’invitent, se racontent, sans jamais se justifier.

Katia Scarton-Kim, présente lors de notre groupe de discussion, a raconté l’origine de ce film : l’envie, le besoin de comprendre ces maltraitances familiales qui apparaissent parfois dans les faits divers, mais qui le plus souvent sont cachées et tues ; et qui, invisibles détruisent une famille, parfois sur plusieurs générations.

Le film SOUS LA PEAU sera projeté au cinéma le St André des Arts, à Paris à partir du 6 janvier 2016.

Semaine du 6 au 13 janvier : tous les jours à 13h, sauf le mardi
Semaine du 20 au 27 janvier : les MARDI, à 13h

Les projections seront suivies d’un débat.

Le 8 janvier et le 26 janvier, ces débats seront animés par Anne-Laure Buffet

Le groupe s’est poursuivi sur ce thème : la reconstruction. Reconstruction, pour certains renaissance, pour sortir de ce schéma dépersonnalisant de l’emprise. Renaissance car une victime objetisée cherche à retrouver sa personnalité, son identité, son humanité. Renaissance également puisqu’il faut accoucher de soi, se mettre au monde, naître à nouveau, là où la violence était destinée à tuer, que ce soit psychiquement et/ou physiquement.

Et cette reconstruction, ou cette renaissance, n’est pas possible sans qu’une démarche se mette en place, celle de dire Stop, celle de dire non à ces violences, celle de les fuir. Fuir, non par lâcheté, mais par courage, par envie de vivre. Fuir avec un instinct de survie. Parfois, pour certains, sans savoir où aller, en abandonnant tout, maison, famille, profession… « Je suis partie sans rien et sans savoir où j’allais, mais je suis partie, j’ai réussi à partir ! »

Fuir ne suffit pas. Il faut accepter une autre facette qui compose la violence : accepter la guerre dans laquelle l’agresseur fait entrer. Car il s’agit bien d’une guerre, et elle se mène d’autant plus facilement qu’aucune victime ne souhaite, ne cherche le conflit. Pourtant c’est une guerre bien réelle avec un seul objectif : la mise à mort, la disparition de la victime. Nier cette guerre, c’est encore nier l’emprise, c’est nier la manipulation, c’est nier la dangerosité de l’agresseur. Etre dans cette guerre, c’est chercher les armes, les armes adéquates pour répondre aux attaques de l’agresseur. C’est être « guerrier(e) », terme cité hier par une participante du groupe : « Je suis devenue une guerrière ».

C’est comprendre aussi l’importance du temps. Le temps nécessaire pour faire son deuil d’un amour qui n’a jamais existé. Le temps nécessaire pour se retrouver, se reconstruire, renaître. Pour apprendre comment se comporter face à la violence et face à l’agresseur. Pour mettre en place un schéma protecteur, des limites, un « territoire » propre à soi, individuel, qui appartient pleinement à chaque victime, dont elle est à la fois maître et responsable.

C’est accepter également le temps de la justice qui n’est pas celui des hommes. Une procédure est à la fois longue et couteuse. Durant tout le temps de cette procédure, rester concentré(e) sur la décision à venir est un nouveau frein, un nouvel empêchement. C’est un temps qu’il faut essayer de mettre à profit. C’est un temps qui peut devenir un allié, un atout, lorsqu’il n’est pas vu comme un ennemi.

Chaque jour, chaque heure est un défi à relever. Et chaque défi relevé devient une petite victoire. Ce sont ces victoires qu’il faut savoir observer et plus encore, dont il faut savoir se réjouir. Les personnes victimes de violences psychologiques doivent avoir de la compassion, pour elles-mêmes. Les pas se font lentement, petit à petit. Et les rechutes sont possibles. Sortir de l’emprise est long et douloureux. Partir ne suffit pas. On ne construit rien rapidement, rien de stable. On ne met rien au monde facilement. Mais lorsque la naissance a lieu, on se réjouit, et l’on observe cette vie avec une fierté sereine et légitime.

Il faut enfin accepter le temps de la société, le temps des tiers, le temps des autres. Ceux qui sont indirectement manipulés, dans l’entourage, sans pouvoir comprendre, sans avoir de faculté de recul. Ceux qui s’éloignent, tournent le dos, ou se taisent, témoins muets et aveuglés des violences vécues. La douleur qui vient lorsque la victime ne peut pas parler, n’est pas entendue, est – souvent – incomprise, est une nouvelle souffrance, vécue comme une injustice. On l’appelle la double peine. Double peine car la victime se trouve à nouveau jugée, à nouveau accusée, à nouveau condamnée, souvent abandonnée, pour des faits, des comportements, des pensées qu’elle n’a jamais commis, jamais actés, jamais eues.

Pour tout cela, il faut pouvoir dire. Pourvoir raconter, avant même de pouvoir être entendu(e). Il faut se croire – ce qui est si difficile lorsque l’emprise ne sème que le doute et le brouillard. Il faut utiliser les mots, les mots justes, objectivement. Il faut savoir laisser sa pudeur et ses émotions de côté, le temps de dire, pour être écouté(e) et compris(e), pour pouvoir être défendu(e).

Ecrire… un exercice souvent difficile mais très utile pour retrouver son identité, pour expulser ce qui fait souffrir, pour avoir les paroles adéquates. Un exercice qui peut être fait seul(e), ou accompagné(e).

Lors du groupe, Dominique Giudicelli, biographe et thérapeute, a présenté les ateliers d’écriture qu’elle proposera bientôt, afin d’accompagner dans ce travail d’écriture. Les informations concernant ces ateliers vous seront communiquées prochainement.

La parole est essentielle, elle est libératrice et salvatrice. Elle est ce dont chacun(e) est privé(e). Et c’est à chacun(e) de se l’approprier à nouveau.

Le prochain groupe de parole aura lieu le samedi 9 janvier. Son thème : l’aliénation parentale – lorsque le parent est nié, rejeté, par ses enfants manipulés par un conjoint malveillant. Comment se met-elle en place, quels sont ses effets, quelles sont ses conséquences, comment la combattre ?

A nouveau, un grand merci à toutes et tous. Un grand bravo pour cette volonté de vivre librement. A tous, du courage, de la volonté, de la force, et de l’amour retrouvé de vous-même.

Pour finir ce petit compte-rendu, le texte de Rudyard Kipling « If »… pour parler à chaque enfant resté caché, brisé, interdit d’être en l’adulte victime de violence psychologique.

Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
Ou perdre en un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir ;

Si tu peux être amant sans être fou d’amour,
Si tu peux être fort sans cesser d’être tendre,
Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour,
Pourtant lutter et te défendre ;

Si tu peux supporter d’entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter des sots,
Et d’entendre mentir sur toi leurs bouches folles
Sans mentir toi-même d’un mot ;

Si tu peux rester digne en étant populaire,
Si tu peux rester peuple en conseillant les rois,
Et si tu peux aimer tous tes amis en frères,
Sans qu’aucun d’eux soit tout pour toi ;

Si tu sais méditer, observer et connaître,
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur ;
Rêver, mais sans laisser ton rêve être ton maître,
Penser sans n’être que penseur ;

Si tu sais être dur, sans jamais être en rage,
Si tu sais être brave et jamais imprudent,
Si tu sais être bon, si tu sais être sage,
Sans être moral et pédant ;

Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite
Et recevoir ces deux menteurs d’un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres les perdront,

Alors les Rois les Dieux la Chance et la Victoire
Seront à tout jamais tes esclaves soumis,
Et, ce qui vaut bien mieux que les Rois et la Gloire,
Tu seras un homme mon fils !

Rudyard Kipling