JE N’AI JAMAIS PENSÉ À PARTIR – TÉMOIGNAGE

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Après des années de « psychothérapie banale », je ne vivais que de « disputes » , de dénigrements, de reproches de mon mari, puis j’ai commencé une thérapie cognitive et comportementale qui m’a permis de m’affirmer, de prendre confiance en moi, de constater que ce n’était pas toujours moi la responsable de ses déboires. J’ai changé sans que je ne m’en aperçoive. Mon mari, lui, l’a bien senti. Je n’ai jamais pensé à partir, encore moins à divorcer. Lui, sentant que mon attitude risquait de s’inverser est parti, en mon absence, vidant la maison. Ce que j’ai découvert en rentrant tard un soir (il m’avait, sous un faux prétexte, fait retenir), voilà le déclic !! J’ai repensé au livre de Marie France HIRIGOYEN sur le harcèlement moral que j’avais commencé à lire 9 ans auparavant sans comprendre. Je l’avais rangé dans la bibliothèque qui venait de s’envoler. Je l’ai racheté et là, j’ai vu ma vie défiler et ENFIN, comprendre ce qui m’arrivait !!! Lors de sa préparation en cachette de son départ, en plus de ses violences psychologiques habituelles (je n’avais connu que cela), il est devenu violent physiquement et m’a frappée. Je n’ai rien dit à personne sur ces moments. Ce n’est que trois jours après son départ et la lecture que je suis allée porter plainte. Et ses agressions ont continué. Pour que j’apprenne, ensuite qu’il était dans les bras d’une autre femme. Le divorce dure depuis 5 ans. Il faut du courage, de la ténacité, de la force pour faire reconnaître que son mari est un bourreau, que « ses preuves » ne sont que mensonges. Je suis, encore hélas, marié depuis 37 ans, et fus sous emprise plus de 40 ans.
Je comprends que Jacqueline SAUVAGE ne soit pas partie ou tout du moins pas complètement, qu’elle est subie tout cela. Je crois qu’il faut l’avoir vécu pour si c’est possible comprendre. Comprendre le déni, l’emprise qui est terrible, CE LAVAGE DE CERVEAU.
J’attends le jugement de mon divorce dont j’ai conscience que je ne gagnerai pas forcément car si la loi promet une formation des policiers, professionnels en tout genre et magistrats, il n’en est rien. Je suis en stand by, m’attendant à tout nouveau mensonge pour influer les juges. Situation très désagréable. Comme l’on me dit : tourne la page. Comment ? alors que j’en suis encore en plein dedans. Le jugement rendu, il faudra la liquidation. Et ensuite, je tenterai de me reconstruire et de prendre ma véritable place aux cotés de ma fille prise en otage par son père. Parfois, j’en arrive à me poser la question si ce n’est pas moi, la méchante !!! Il m’a tellement traitée de folle.
Je suis heureuse pour Jacqueline et ses proches. C’est une belle victoire populaire humaine mais le combat continue pour toutes les personnes violentées.
Merci à Anne Laure et à tou(te)s qui aident et luttent

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UN JOUR JE SERAI À NOUVEAU HEUREUSE – TÉMOIGNAGE

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Témoignage reçu cet après-midi à l’association.
Si vous voulez transmettre le votre : associationcvp@gmail.com

« J’ai longtemps pensé que j’étais malade. Je ne comprenais rien , jamais. Il me demandait sans cesse des choses, je le faisais pour le satisfaire, je me donnais du mal. J’ai changé de vêtements, de coupe de cheveux, d’habitudes alimentaires. Il était – officiellement – végétarien. Il m’avait imposé de l’être, pour ma santé, moi qui suis carnivore. J’ai découvert longtemps après qu’il se nourrissait de steaks et d’entrecôtes dès qu’il avait un déjeuner d’affaires, c’est-à-dire tous les jours. Il m’a payé mes études, mais il les a choisies pour moi, critiquant ce que j’aimais, critiquant mes parents qui le laissaient faire. J’ai arrêté le piano et la peinture quand les enfants sont nés, je n’avais plus de temps. Quand il s’énervait, je ne disais rien, je suppliais les enfants de se taire, je les grondais souvent, en leur disant qu’ils pourraient faire attention, que leur père était fatigué. Il a acheté une voiture, pour moi. C’était une occasion. Je ne savais pas qu’elle n’avait pas été vérifiée. J’étais contente. La voiture n’avait pas de frein. J’ai eu un accident. Il a dit que je conduisais mal. J’ai failli mourir. Il est venu à l’hôpital me dire que je détruisais ses cadeaux, que je lui coutais cher. C’est l’expertise du véhicule qui a dit que les freins étaient morts – ça aurait pu être moi. Le garagiste a dit qu’il avait prévenu mon mari. Il y a eu enquête quand j’ai déposé plainte. Mais il y a eu un non lieu, je ne pouvais pas prouver que je ne savais pas que la voiture était en mauvais état.
Il ne m’a pas parlé pendant plusieurs mois. Il me tuait des yeux, il me crachait dessus dès que nous étions seuls. Mais il disait aux enfants que j’étais folle, malade, dangereuse. Que j’avais voulu faire croire à une tentative de meurtre, en me mettant en danger. Mon fils aîné m’a dit que j’étais un monstre. Je ne pouvais toujours pas marcher. J’étais dans un fauteuil toute la journée, et toute seule. Si j’avais besoin d’aller aux toilettes, il n’y avait personne. Souvent, je me suis salie. Le soir, il me laissait sale, dans mon fauteuil, me disant que même les chiens savent ne pas faire sur eux. Une infirmière venait le matin. Elle n’a jamais rien dit. J’ai su plusieurs mois après qu’il l’avait embauchée… sans la déclarer. Elle n’avait pas de papiers. Elle avait peur.
Folle, oui, sans doute. Folle de ne pas avoir réagi. J’avais peur, mais j’aurais du prendre sur moi.
Une fois j’ai réagi.
J’ai appelé un avocat. J’ai trouvé son nom dans l’annuaire. Mon mari l’a su. Je ne sais pas comment. Peut-être, la facture de téléphone, il surveillait tout. Il m’a menacée. Si je faisais quoi que ce soit, si je disais quoi que ce soit, il dirait à tout le monde que je suis folle. Il me ferait enfermer. Je ne verrais plus jamais enfants.
Il m’a obligée à appeler l’avocat devant lui, à dire que je ne ferai rien, que tout s’arrangeait. J’ai cédé. J’avais peur.
J’ai perdu mes cheveux.
J’ai perdu des dents.
Je souffrais, mais la douleur physique n’était rien.
Un jour, il n’était pas là, j’ai perdu du sang. Beaucoup. Je ne sais pas pourquoi, par réflexe, j’ai appelé le SAMU. J’aurais du l’appeler lui en premier. Il voulait être au courant de tout en premier.
Ca n’a pas été le cas ce jour-là.
C’était un réflexe. Ca m’a sauvée. Le médecin du SAMU a fait un signalement. Je suis restée à l’hôpital. Une association de femmes m’a hébergée et protégée.
J’ai perdu mes enfants, ma maison, trente ans de ma vie. Je suis abîmée et blessée. J’ai peur.
Mais je suis loin de lui, et protégée.
Un jour, je serai à nouveau heureuse, je le sais.
Grâce à vous. Grâce à tous ceux qui luttent contre ces violences. »

GROUPE DE DISCUSSION : LA RECONSTRUCTION – COMPTE-RENDU

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Hier, samedi 5 décembre, le groupe de discussion CVP s’est réuni autour du thème : La reconstruction.
Un groupe où nous nous sommes retrouvés très nombreux – et à tous, un grand merci pour votre confiance et votre présence. Pour les partages aussi, avec, toujours, ces émotions qui sont autorisées, ces expériences qui se rencontrent, ces regards bienveillants. En voici un bref compte-rendu.

Nous avons commencé le groupe avec la projection de la bande-annonce du film Sous la peau, réalisé par Katia Scarton-Kim et Nadia Jandeau. Ce film – fiction met en scène 5 sœurs qui se retrouvent le jour de l’anniversaire de leur mère. Chacune, à sa manière, a connu la maltraitance maternelle. Chacune en porte encore des cicatrices et des blessures cachées, tues ou inavouées.

Un film aussi dur que juste, intime et pudique, où la souffrance et la maltraitances s’invitent, se racontent, sans jamais se justifier.

Katia Scarton-Kim, présente lors de notre groupe de discussion, a raconté l’origine de ce film : l’envie, le besoin de comprendre ces maltraitances familiales qui apparaissent parfois dans les faits divers, mais qui le plus souvent sont cachées et tues ; et qui, invisibles détruisent une famille, parfois sur plusieurs générations.

Le film SOUS LA PEAU sera projeté au cinéma le St André des Arts, à Paris à partir du 6 janvier 2016.

Semaine du 6 au 13 janvier : tous les jours à 13h, sauf le mardi
Semaine du 20 au 27 janvier : les MARDI, à 13h

Les projections seront suivies d’un débat.

Le 8 janvier et le 26 janvier, ces débats seront animés par Anne-Laure Buffet

Le groupe s’est poursuivi sur ce thème : la reconstruction. Reconstruction, pour certains renaissance, pour sortir de ce schéma dépersonnalisant de l’emprise. Renaissance car une victime objetisée cherche à retrouver sa personnalité, son identité, son humanité. Renaissance également puisqu’il faut accoucher de soi, se mettre au monde, naître à nouveau, là où la violence était destinée à tuer, que ce soit psychiquement et/ou physiquement.

Et cette reconstruction, ou cette renaissance, n’est pas possible sans qu’une démarche se mette en place, celle de dire Stop, celle de dire non à ces violences, celle de les fuir. Fuir, non par lâcheté, mais par courage, par envie de vivre. Fuir avec un instinct de survie. Parfois, pour certains, sans savoir où aller, en abandonnant tout, maison, famille, profession… « Je suis partie sans rien et sans savoir où j’allais, mais je suis partie, j’ai réussi à partir ! »

Fuir ne suffit pas. Il faut accepter une autre facette qui compose la violence : accepter la guerre dans laquelle l’agresseur fait entrer. Car il s’agit bien d’une guerre, et elle se mène d’autant plus facilement qu’aucune victime ne souhaite, ne cherche le conflit. Pourtant c’est une guerre bien réelle avec un seul objectif : la mise à mort, la disparition de la victime. Nier cette guerre, c’est encore nier l’emprise, c’est nier la manipulation, c’est nier la dangerosité de l’agresseur. Etre dans cette guerre, c’est chercher les armes, les armes adéquates pour répondre aux attaques de l’agresseur. C’est être « guerrier(e) », terme cité hier par une participante du groupe : « Je suis devenue une guerrière ».

C’est comprendre aussi l’importance du temps. Le temps nécessaire pour faire son deuil d’un amour qui n’a jamais existé. Le temps nécessaire pour se retrouver, se reconstruire, renaître. Pour apprendre comment se comporter face à la violence et face à l’agresseur. Pour mettre en place un schéma protecteur, des limites, un « territoire » propre à soi, individuel, qui appartient pleinement à chaque victime, dont elle est à la fois maître et responsable.

C’est accepter également le temps de la justice qui n’est pas celui des hommes. Une procédure est à la fois longue et couteuse. Durant tout le temps de cette procédure, rester concentré(e) sur la décision à venir est un nouveau frein, un nouvel empêchement. C’est un temps qu’il faut essayer de mettre à profit. C’est un temps qui peut devenir un allié, un atout, lorsqu’il n’est pas vu comme un ennemi.

Chaque jour, chaque heure est un défi à relever. Et chaque défi relevé devient une petite victoire. Ce sont ces victoires qu’il faut savoir observer et plus encore, dont il faut savoir se réjouir. Les personnes victimes de violences psychologiques doivent avoir de la compassion, pour elles-mêmes. Les pas se font lentement, petit à petit. Et les rechutes sont possibles. Sortir de l’emprise est long et douloureux. Partir ne suffit pas. On ne construit rien rapidement, rien de stable. On ne met rien au monde facilement. Mais lorsque la naissance a lieu, on se réjouit, et l’on observe cette vie avec une fierté sereine et légitime.

Il faut enfin accepter le temps de la société, le temps des tiers, le temps des autres. Ceux qui sont indirectement manipulés, dans l’entourage, sans pouvoir comprendre, sans avoir de faculté de recul. Ceux qui s’éloignent, tournent le dos, ou se taisent, témoins muets et aveuglés des violences vécues. La douleur qui vient lorsque la victime ne peut pas parler, n’est pas entendue, est – souvent – incomprise, est une nouvelle souffrance, vécue comme une injustice. On l’appelle la double peine. Double peine car la victime se trouve à nouveau jugée, à nouveau accusée, à nouveau condamnée, souvent abandonnée, pour des faits, des comportements, des pensées qu’elle n’a jamais commis, jamais actés, jamais eues.

Pour tout cela, il faut pouvoir dire. Pourvoir raconter, avant même de pouvoir être entendu(e). Il faut se croire – ce qui est si difficile lorsque l’emprise ne sème que le doute et le brouillard. Il faut utiliser les mots, les mots justes, objectivement. Il faut savoir laisser sa pudeur et ses émotions de côté, le temps de dire, pour être écouté(e) et compris(e), pour pouvoir être défendu(e).

Ecrire… un exercice souvent difficile mais très utile pour retrouver son identité, pour expulser ce qui fait souffrir, pour avoir les paroles adéquates. Un exercice qui peut être fait seul(e), ou accompagné(e).

Lors du groupe, Dominique Giudicelli, biographe et thérapeute, a présenté les ateliers d’écriture qu’elle proposera bientôt, afin d’accompagner dans ce travail d’écriture. Les informations concernant ces ateliers vous seront communiquées prochainement.

La parole est essentielle, elle est libératrice et salvatrice. Elle est ce dont chacun(e) est privé(e). Et c’est à chacun(e) de se l’approprier à nouveau.

Le prochain groupe de parole aura lieu le samedi 9 janvier. Son thème : l’aliénation parentale – lorsque le parent est nié, rejeté, par ses enfants manipulés par un conjoint malveillant. Comment se met-elle en place, quels sont ses effets, quelles sont ses conséquences, comment la combattre ?

A nouveau, un grand merci à toutes et tous. Un grand bravo pour cette volonté de vivre librement. A tous, du courage, de la volonté, de la force, et de l’amour retrouvé de vous-même.

Pour finir ce petit compte-rendu, le texte de Rudyard Kipling « If »… pour parler à chaque enfant resté caché, brisé, interdit d’être en l’adulte victime de violence psychologique.

Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
Ou perdre en un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir ;

Si tu peux être amant sans être fou d’amour,
Si tu peux être fort sans cesser d’être tendre,
Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour,
Pourtant lutter et te défendre ;

Si tu peux supporter d’entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter des sots,
Et d’entendre mentir sur toi leurs bouches folles
Sans mentir toi-même d’un mot ;

Si tu peux rester digne en étant populaire,
Si tu peux rester peuple en conseillant les rois,
Et si tu peux aimer tous tes amis en frères,
Sans qu’aucun d’eux soit tout pour toi ;

Si tu sais méditer, observer et connaître,
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur ;
Rêver, mais sans laisser ton rêve être ton maître,
Penser sans n’être que penseur ;

Si tu sais être dur, sans jamais être en rage,
Si tu sais être brave et jamais imprudent,
Si tu sais être bon, si tu sais être sage,
Sans être moral et pédant ;

Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite
Et recevoir ces deux menteurs d’un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres les perdront,

Alors les Rois les Dieux la Chance et la Victoire
Seront à tout jamais tes esclaves soumis,
Et, ce qui vaut bien mieux que les Rois et la Gloire,
Tu seras un homme mon fils !

Rudyard Kipling

« MON ENFANT EST MANIPULÉ »

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Mercredi 21 octobre, un petit-déjeuner autour du thème « Mon enfant est manipulé » était proposé à Boulogne Billancourt. Ce thème ayant suscité beaucoup de demandes d’inscription, nous avons été plus nombreux que prévu. Et n’ayant pu répondre favorablement à toutes les demandes d’inscription, une autre date sera proposée début 2016. 

De nombreuses questions ont été posées lors de ce petit-déjeuner. L’une, essentielle, synthétisant cet échange : Comment protéger les enfants, comment leur faire prendre conscience de la manipulation ? A cette question essentielle, une seule réponse possible : en parlant. En leur parlant, en leur disant la vérité. Aussi brutale soit-elle à entendre, pour un enfant, et quand bien même il se tait, il se bouche les oreilles, il fait mine de ne pas entendre, il doit connaître la vérité. Elle fait partie de son histoire, de sa construction. Elle est sincère. Et l’enfant sent la sincérité. En étouffant la vérité, en pensant protéger soit par le silence, soit en continuant de dresser le portrait d’un parent parfait alors qu’il est toxique, la sincérité est impossible, et l’enfant le sent. Il en retient que si un de ses deux parents le manipule, lui fait du tort ou du mal, l’autre en fait tout autant soit en étant dans le déni, soit en mentant. N’étant protégé ni par l’un ni par l’autre, il se tournera alors vers le plus fort, le plus convaincant, le plus calme. Or, une personnalité manipulatrice est en apparences forte, convaincante, calme.

Outre les grands principes qui aident les enfants et permettent à un parent bienveillant de le protéger, il faut tenir compte de l’individualité de chaque histoire et de chaque situation. Savoir adapter son langage à l’âge de l’enfant, savoir le ramener au coeur de la discussion, en lui parlant de lui, et non de l’autre parent, savoir lui demander ce qu’il ressent, ce qu’il en pense… Savoir aussi, surtout, qu’un enfant ne répond pas toujours immédiatement, ou positivement, au message bienveillant qu’il va entendre. Mais ce message fait son chemin. Il est difficile, douloureux, car l’enfant doit prendre conscience que l’un de ses deux parents n’est pas un « bon » parent. Il est douloureux également pour le parent bienveillant, qui souhaiterait voir un miracle s’opérer, une transformation radicale se passer dans le comportement de l’enfant. Or, il ne faut pas oublier que face à lui, il a cette machine infernale qu’est la manipulation. Et que s’il lui a été difficile d’y résister, c’est aussi difficile, voir bien plus, pour un enfant.

Au cours de ce petit-déjeuner, comme lors de chaque groupe de discussion ou rencontre, les émotions sont nombreuses et le rire peut s’exprimer ou les larmes couler. « Je me sens moins seule », « Je sors du silence », « Je sais qu’ici je suis comprise, je peux être aidée », « il y a toujours un conseil qu’on peut suivre, une piste de réflexion à explorer »… Ces groupes en permettant l’échange, le partage d’expériences, les témoignages, l’ouverture et la rupture avec l’isolement, permettent d’envisager autrement une situation douloureuse, violente, étouffante.

Merci à tous les participants pour leur confiance.
Le prochain petit-déjeuner aura lieu le mercredi 2 décembre, avec pour thème « La place du nouveau compagnon ».
Informations et inscription : associationcvp@gmail.com

VOIX ACTIVE ET VOIX PASSIVE

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Quand une victime de violence psychologique prend la parole, elle se place au centre de cette violence en s’en faisant le sujet ou plus exactement l’acteur principal. « C’est ma faute ». « J’ai honte ». « Je n’avais qu’à faire autrement ». « Je n’ai rien dit. » « Je ne réagis jamais. »
Et quand les tiers échangent avec elle, elle reste acteur et sujet principal : « Qu’as-tu dit ? Qu’as tu fait ? Comment as-tu réagis ? Pourquoi tu ne réponds pas ? Pourquoi tu ne pars pas ? »

Je, Tu, comme nous avons appris à l’école. Comme nous avons appris l’ordre des conjugaisons et de la grammaire. Comme nous sommes depuis tout petit conditionnés à le faire, car nous devons être responsables, maîtres de nos vies et de nos choix, doués de réflexion et de raison.

Or, en restant dominé par l’obligation d’utiliser le « Je », le schéma est simple :

Je vais mal à Je ne fais rien à Je suis nul(le)

Simple, efficace, et qui provoque un conditionnement du langage. Pourquoi parler de moi, alors que moi est nul(le) ? Pourquoi dire je, alors que je n’est rien ?
La personnalité toxique a obtenu ce qu’elle recherche : sa proie, sa victime, est dépersonnalisée sans s’en rendre compte. Elle utilise toujours le je, convaincue d’agir, de pense, d’être et de faire. Elle est en réalité parfaitement conditionnée. Elle est impropre à agir autrement que sous l’ordre et la volonté de son bourreau. Et elle est rendue impropre à s’en rendre compte.

Or, un objet ne pense pas. N’agit pas. N’est pas. Il sert. Il est utilisé par un ou une autre. Il est instrumentalisé, puis posé, rangé, jeté, oublié. Il a une fonction qu’il doit remplir, à moins d’être remplacé.
La victime est comme cet objet. Elle remplit une fonction. Quand elle ne la remplit plus, elle est jetée comme on jette un vieux mouchoir en papier – avec un air dégouté.

Alors, revenons-en aux conjugaisons. De l’utilité de la voix active et de la voix passive – petit manuel pour se sortir de l’emprise. Et pour bien s’en servir, il faut sans cesse rester dans ce qui est concret. Une victime ne se soumet pas. Elle est soumise par un autre. Une victime n’accepte. Elle est façonnée de telle manière qu’elle ne peut agir autrement. Une victime ne parle pas. Elle rapporte la parole d’un autre. Une victime ne dort pas, elle est tenue éveillée ; elle ne mange pas, elle est nourrie. Une victime ne fait pas l’amour, elle sert à assouvir les besoins sexuels, primaires, souvent bestiaux de la personnalité toxique.
Une victime ne pense pas.
Elle est soumise à une lobotomie invisible, sans douleur, sans cicatrice. Radicale. Elle exécute, elle répète, elle reproduit ce qui est attendu d’elle. Elle est vidée de sa substance humaine. Elle devient microphone, marionnette, robot ménager, portefeuille. Quand elle est vidée, quand elle n’enregistre plus, quand elle n’a plus d’automatisme, elle est mise à la benne. Ou au broyeur.

Je suis nul(le) n’existe pas. Il (elle) m’a privée de mon humanité est réel.
Je vais retrouver cette humanité est possible.
Et rend enfin fin à une victime ce qu’elle est : le statut d’être humain.

©Anne-Laure Buffet
associationcvp@gmail.com

GROUPE DE DISCUSSION – 12 SEPTEMBRE 2015 – VICTIME DE VIOLENCE PSYCHOLOGIQUE

THÈME :

VIOLENCES PSYCHOLOGIQUES,

VICTIME DE VIOLENCE PSYCHOLOGIQUE

 Qu’est-ce qu’une victime de violence psychologique ?

De proie à victime, comment s’installe la violence psychologique ? Comment se définit-elle ? Qui en est l’auteur, qui en est la proie ? Comment y faire face, comment s’en détacher ?

 

Le groupe se réunit de 15 h à 18 h, à Boulogne Billancourt.

Document d’information à télécharger : VICTIME DE VIOLENCE PSY

Bulletin d’inscription à télécharger : CONFIRMATION D’INSCRIPTION

QUELQUES NOUVELLES DE L’ASSOCIATION CVP

Hier se réunissait un groupe de discussion dont le sujet était : La victime face aux tiers – Le risque de la double peine. Merci à celles et ceux qui étaient présents pour leur confiance.
Merci surtout pour leur témoignages, faits à la fois de beaucoup d’émotions et de sincérité.
Face au constat commun, à savoir l’impossibilité d’être entendu(e) et compris(e), donc le sentiment de rejet constant et de mise à l’écart, une réflexion s’impose : avant d’essayer ou d’espérer être entendu(e) par qui que ce soit, il faut déjà se croire soi-même. Admettre cet état de victime dans lequel les comportements toxiques et la violence psychologique ont plongé. Accepter d’être en souffrance et accepter de chasser tant la culpabilité que la honte.
Si la reconnaissance par les tiers est indispensable car elle permet la réhabilitation et la reconnaissance de soi, une victime ne peut pas l’attendre de tous ceux qu’elle rencontre.
Si l’écoute et la compréhension ne viennent pas, le sentiment d’injustice perdure.
Il vaut mieux un interlocuteur, un seul… et quel qu’il soit, que risquer de se perdre à raconter son vécu, son passé douloureux, au risque de ne pas avoir de retour et d’aide. C’est à ce moment, au moment où le silence ou la défiance s’installent, que la double peine est la plus douloureuse.

Un autre constat : il n’est pas certain que l’écoute des professionnels soit satisfaisante. Hier, deux personnes présentes en faisaient le douloureux constat : l’absence de compréhension, et de ce fait la négation de la violence réelle et à venir, renforcent encore la souffrance, le mutisme, le sentiment de ne pas être, la volonté de s’effacer, voir de disparaître.
S’il est urgent de demander plus de formations pour les professionnels (magistrats, avocats, forces de police, personnel soignant…), il est nécessaire aussi de ne pas en attendre plus que ce que l’absence de formation permet : le doute face aux souffrances des victimes de violence psychologique. Mais il est encore plus difficile d’entendre, de la part d’un professionnel : « Si c’est si violent, pourquoi ne pas être parti(e) avant…? ».

Lors du groupe nous avons eu un témoignage très fort ; celui d’un adulte, enfant d’un parent toxique, interdit de repères, interdit de construction, interdit d’être. Un témoignage incisif sur sa vie, son parcours, les conséquences de cette violence et la descente aux enfers. Un témoignage dont il reste ceci, entre autres : « Mais je l’aime. C’est mon père. Je sais ce que j’ai vécu, mais je l’aime ».
Aimer ne veut pas dire accepter, ne veut pas dire pardonner. Aimer est encore un autre sentiment. Et l’on ne peut interdire à un enfant d’aimer son parent, d’autant plus quand il est conscient de qui est vraiment son parent.

Je souhaite partager avec vous ces mots reçus ce matin par une des participantes au groupe :

« Connaissez-vous ces paroles de Simone Weil qui, depuis plusieurs décennies, m’ont accompagnée ? Je pense qu’elles pourraient aider aussi beaucoup des personnes qui étaient chez vous hier après-midi.

« La sensibilité de l’innocent est comme du crime sensible. Le vrai crime n’est pas sensible. L’innocent qui souffre sait la vérité sur son bourreau, le bourreau ne la sait pas. Le mal que l’innocent sent en lui-même est dans son bourreau, mais il n’y est pas sensible. L’innocent ne peut connaître le mal que comme souffrance. Ce qui, dans le criminel, n’est pas sensible, c’est le crime. Ce qui, dans l’innocent, n’est pas sensible, c’est l’innocence.
(…) La pureté est absolument invulnérable en tant que pureté, en ce sens que nulle violence ne la rend moins pure. Mais elle est éminemment vulnérable en ce sens que toute atteinte du mal la fait souffrir, que tout péché qui la touche devient en elle souffrance. »
Simone Weil, La Pesanteur et la Grâce, Paris, Ed. Plon, 1948, pages 77 et 79. »

 

DATES À VENIR : 

Le 17 mai je suis invitée pour une conférence – débat ayant pour thème les violences psychologiques, et la rage narcissique, et le moment où « tout bascule ».
Cette conférence est organisée par Dominique Vibrac. Elle aura lieu au Baromaîtres, 24 rue Nicolaï, 75012 Paris, à 19h. Les inscriptions sont à faire auprès de Dominique Vibrac, au 06 08 64 18 10.

Le 21 mai, une journée consacrée aux violences psychologiques est organisée à Orléans.
J’animerai le matin (10h – 12h30) une conférence consacrée aux violences psychologiques, suivie l’après-midi d’un débat dont le thème est : les conséquences de la violence psychologique sur les enfants.
Réservation par mail à : conferencecvp@gmail.com
Tarifs :
Pour la journée entière : 10 €
Pour la conférence : 5 €
Pour le débat : 7 €

Le 27 mai, un après midi de formation est proposé à Boulogne Billancourt, de 14h à 18h.
Thème : Confiance en soi, estime de soi, amour de soi… Comment les retrouver, comment les ancrer ?
Cette formation se déroule en deux temps : un débat autour de la confiance en soi, de 14h à 15h30, puis des exercices pratiques, mises en situation, et partages, de 16h à 18h.
Informations et inscriptions auprès de : annelaurebuffet@gmail.com

Le 30 mai un groupe de discussion s réunit autour du sujet : Harcèlement au travail et burn out.
Ce groupe sera co animé par Michel Goussu, victime de harcèlement au travail, ayant connu le burn out, et qui out fait par de son expérience dans une auto fiction : Le poisson pourrit par la tête, aux éditions du Castor Astral.

Enfin, le 6 juin, un groupe de discussion se réunira.
Nous reprendrons les thèmes de cette année en partageant les expériences et témoignages de chacun, les constats, les évolutions des uns et des autres face à cette violence.