L’ADO SOUS EMPRISE

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L’adolescent coupé d’un de ses deux parents finit par se retourner contre lui lorsque la manipulation exercée est constante, sans limite ni régulation. L’adolescent n’a pas conscience de ce qu’il dit, fait, du mal généré, pour le parent victime, et pour lui-même dont la faculté de pensée et la liberté d’être sont niées par le parent manipulateur.

Le parent victime se bat alors contre son bourreau, contre la volonté réduite à néant de l’adolescent, contre ses souffrances.
Au-delà de ça, le parent victime doit se battre contre un système judiciaire et ses divers engrenages et rouages (avocats, magistrats, ASE, services sociaux, éducateurs souvent mal formés voir incompétents, services medico psy…).
Victime d’un conjoint ou ex conjoint destructeur, il se bat pour ne plus l’être. Mais le système judiciaire et social, usé d’entendre parler d’abus, et incapable de discernement, ne fait que l’enfoncer dans sa souffrance.

Pour exemple, ce témoignage :

« Vous savez qu’un jugement a le droit de ne pas être appliqué par une ado parce que les adultes sont impuissants…Il faut le savoir! En septembre 2013 après une enquête sociale, un juge dit que j’ai le droit d’avoir un droit de visite et d’hébergement sans concertation avec l’enfant. Et bien aux gendarmes, ma fille leur dit « vous n’allez pas me mettre dans la voiture de force  » ! et au juge pour enfant « je ne veux pas voir ma mère » et  » pourquoi ? » lui demande t elle . Elle répond : » parce qu’elle me bat ». La juge : « peux tu me raconter une scène ou elle t’as battu » et là le silence pas d’histoire à raconter…Son père réjouit est un peu décontenancé (pauvre pervers) et moi j’attend… « le mensonge » mais rien !…
Alors la juge décide la mise en oeuve d’une Investigation Judiciaire Éducative pour 6 mois. On est en janvier 2014. Première rencontre en mai (ouf ! 2014) : je devais les rencontrer une heure en présence de ma fille. Mais, comme son père et ma fille sont arrivés en retard, on me dit : « vous n’aurez qu’une demi heure et votre fille a refusé de vous voir ». Aujourd’hui elle me dit « j’en ai mare arrête de faire des histoires je ne veux pas te voir un point c’est tout » et l’association me répond que voulez-vous que l’on fasse elle a bientôt 16 ans et on ne peut pas la forcer. On ne peut donc pas forcer un ado a respecter un jugement et qui peut m’expliquer à quoi va servir cette mesure ?
Madame le juge ne perdez plus votre temps à rendre des jugements
Madame le juge ne donnez pas à une assoc une mesure qui n’aboutira pas.
Jeunes gens ! sachez que vous pouvez dire  » merde » à ce qui est inscrit dans un jugement parce que les adultes ne peuvent rien vous faire. Par contre parents REJETES vous êtes passibles jusqu’à une peine de prison si vous ne payez pas…
Merci aux institutions françaises de nous faire payer tous cette mesure..
MERCI au « père » de ma fille de l’avoir aliénée avec le soutien de sa famille. »

associationcvp@gmail.com

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MAIS UN JOUR OU L’AUTRE IL VOUS REMERCIERA D’AVOIR RÉTABLI « SA » VÉRITÉ

Le témoignage d’une enfant devenue adulte. Aux parents inquiets, en souffrance pour leurs enfants, un vécu et un avis qui éclairent. 

Même si vous pensez que dire la vérité sur l’autre parent va blesser l’enfant, que cela sera pour lui trop douloureux, je pense qu’il est pourtant nécessaire de le faire. L’enfant sait, même s’il ne vous le montre peut-être pas, au fond de lui, il sait les défaillances de l’autre parent. Il a vu, il a entendu, et si ce n’est pas le cas, il a RESSENTI.
Ne pas lui dire ne fait qu’engendrer de la souffrance, amplifier l’incompréhension de cet autre parent qu’il aime mais dont il ne comprend pas toujours les réactions, les propos à votre égard. Il entend sûrement des horreurs sur vous, mais pour ne pas vous blesser, il préfèrera se taire et ne pas vous en parler, au grand risque d’intégrer que ces faits sont la réalité. Vous ne voulez pas le blesser, et inversement, mais au final, c’est tous deux qui souffrez. Et l’autre parent s’en sort plutôt bien, en formatant un « petit lui ».

Je sais de quoi je parle, je l’ai vécu, j’ai été la victime d’un parent toxique. Ma chance a été qu’on me l’a expliqué tôt, et très vite, j’ai intégré le fait que j’avais un « bon » père, et le « mauvais » dont je devais à tout prix prendre mes distances, et prendre le meilleur. Cela a été dur (et ça l’est encore) d’accepter le fait qu’il soit malade, j’ai énormément souffert à entendre toutes les absurdités qu’il disait sur ma mère, et j’étais même prête à les croire (pourtant je ne restais que 2h chez lui, une fois par semaine, je vous laisse imaginer les dégâts d’un week end entier). Mais heureusement je pouvais en parler à ma mère qui rétablissait sa vérité, LA vérité.

A ce jour, j’entends votre peur à vous, parents, de dire à votre enfant que son autre parent est malade, mais je ne peux qu’insister, au vu de mon vécu, sur la nécessité de le faire. Bien sûr en s’adaptant à l’âge de votre enfant, et en ayant un discours le moins négatif possible, car il ne faut pas oublier que cette personne (bien qu’inhumaine à vos yeux), reste un parent pour lui, et auprès de laquelle il espère trouver de l’amour. Cela sera douloureux pour votre enfant, il se peut qu’il vous en veuille, qu’il vous accuse de mentir, tellement cette vérité est difficile à accepter, mais un jour ou l’autre, il vous remerciera d’avoir rétabli la vérité, « SA » vérité de vie. Il pourra alors faire ses choix en ayant tous les éléments de son histoire, et non pas en essayant de rassembler des morceaux de non-dits, mensonges. Vous ne pouvez pas, pour son bien-être, le laisser croire aux propos de l’autre parent, par RESPECT pour vous-même, et par RESPECT pour lui. Il a le DROIT à la vérité. Il a le DROIT d’être protégé de l’autre parent. Et cela passe par vous.

Votre enfant sait intérieurement que quelque chose cloche, mais si personne ne lui dit, avec les mots adaptés, comment peut-il se construire une vie d’adulte structurée? Comment se construire lorsque son vécu se base sur des ressentis qu’il ne peut expliquer? Et lorsque son vécu se base sur des mensonges concernant ses parents et donc lui?

Votre DEVOIR de parent est de le protéger, et si vous ne pouvez aller contre des décisions de justice, vous lui devez au moins la vérité. Et c’est énorme.

Courage…

CONFLIT DE LOYAUTÉ ET CONFUSIONS CHEZ L’ADOLESCENT

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 » Le conflit de loyauté peut se définir comme un conflit intra-psychique né de l’impossibilité de choisir entre deux situations possibles, ce choix concernant le plus souvent les sentiments ou ce que nous croyons en être, envers des personnes qui nous sont chères. »

De façon générale, la violence conjugale est gardée secrète et les enfants y étant exposés sont souvent clairement avertis (par le parent violent et manipulateur, par le parent agressé et culpabilisé) qu’ils ne doivent pas révéler à quiconque la présence de cette violence. Ces enfants doivent ainsi sceller leurs souvenirs et ne pas aborder le sujet, bien que les conséquences de la violence continuent d’affecter leur vie quotidienne. Ils occultent, peuvent se retrouver en état dissociatif. Ils sont alors clivés. Certains, les « résilients », vont surmonter en se créant leurs propres structures de pensée.

Les travaux de Boszormenyi-Nagy (1), systémicien, évoquent la loyauté entre enfants et parents et des situations hors normes où l’enfant est parentifié, ce qui engendre une loyauté verticale non maintenue. Le conflit de loyauté amène alors une indifférenciation générationnelle favorisant un contexte incestuel voire l’inceste lui-même. Le conflit de loyauté, tout comme le conflit psychique, amène l’individu à ne plus savoir se positionner face à des contradictions entre ses désirs et ses devoirs.

Il a été démontré que ce « conflit de loyauté » dans lequel est durablement plongé l’enfant est très destructeur pour la construction de la personnalité future de l’enfant. Pour l’enfant, ce conflit intra-psychique naît de la profonde impossibilité de choisir entre le père et la mère.

Le conflit de loyauté est un trouble majeur auquel se trouvent confrontés de nombreux enfants de parents divorcés et qui doivent constamment composer entre les désirs des parents souvent contradictoires, et entre les obligations et interdictions diverses de ces deux parents qui ne parviennent plus à s’entendre.
Ce conflit parental est une forme de violence psychologique, et devient destructeur de part la répétitivité des messages contradictoires que peut recevoir l’enfant de la part de ces deux parents.

Comme le secret de la violence est gardé aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur de la famille, l’enfant qui désire comprendre la situation et ses sentiments face à celle-ci est forcé de le faire seul, ce qui augmente son sentiment d’isolement . Cette situation peut présenter des risques émotionnels et physiques pour les enfants, les jeunes n’étant pas totalement conscients de la sévérité de la violence ni du risque actuel ou du potentiel de danger physique y étant associé.

Les rapports avec les parents sont modifiés, inversés, et déstructurants. L’enfant est souvent parentalisé. Ses repères trop faibles et trop mouvants l’empêchent de se structurer sereinement. Les jeunes peuvent percevoir leur mère comme étant faible et éprouver du mépris envers cette dernière. Ils peuvent alors percevoir leur père comme la personne détenant le pouvoir dans la famille, ce qui peut provoquer l’admiration des enfants.
Parfois, la mère peut aussi désirer quitter cet environnement violent et les enfants peuvent alors percevoir celle-ci comme la cause de la séparation de la famille et se ranger du côté de leur père. Les enfants peuvent donc éprouver des sentiments contradictoires alternants fréquemment entre l’amour et la haine, l’attachement et le détachement, la proximité et le rejet à l’égard de l’un ou l’autre de leurs parents. Par ailleurs, cette ambivalence est un processus normal du développement caractérisant le plus souvent les enfants autour de deux ans. Chez les enfants exposés à la violence conjugale, l’ambivalence est nettement présente et ce, à tous les âges.  Si l’exposition à la violence conjugale perdure, le conflit de loyauté de l’enfant peut devenir de plus en plus intense et ce jusqu’à devenir carrément insoutenable. L’enfant peut alors prendre position pour l’un ou l’autre de ses parents afin d’atténuer l’intensité de ses émotions déchirantes.

Un contexte de domination et d’agressivité

Il est aussi probable que le jeune prenne position en faveur du conjoint exerçant la violence et reproduise dans ses relations interpersonnelles, actuelles et futures, les comportements de domination et d’agression appris au sein de sa famille.
Les enfants s’alliant à leur père éprouvent de l’admiration envers la supériorité de ce dernier. Ils développent une vision dichotomique des conflits, caractérisée par la présence de gagnants et de perdants, et en viennent à concevoir la violence comme un moyen légitime d’obtenir la victoire lors de désaccords. La rage et la colère sont des éléments centraux du vécu émotionnel de ces jeunes.
Les enfants ayant intégré ce modèle sont également susceptibles de devenir eux-mêmes des agresseurs dans leurs futures relations intimes.

La recherche d’une image parentale. 

Le jeune pris dans le contexte conflictuel et de fait soumis au conflit de loyauté peut vouloir trouver dans son entourage une figure emblématique capable de remplacer celle défaillante. Il va se tourner vers un proche (membre de la famille, frère ou soeur aîné(e), éducateur, parent d’amis…), accordant alors à celui qu’il va désigner comme le remplaçant de son parent violent ou défaillant les qualités et les compétences qu’il veut. Le plus souvent ces qualités et ses compétences sont exagérées, fantasmées, compensant la souffrance tue du jeune en souffrance. Il va se montrer d’autant plus exigeant qu’il est en recherche de perfection, et ne fera de ce fait aucune concession à celui ou celle qu’il va désigner comme « remplaçant », comme figure emblématique.
Il faut cependant noter qu’un jeune particulièrement soumis à la violence sera d’autant plus fragilisé… Devenant à son tour une proie si la figure emblématique choisie par lui n’est pas bienveillante. Lui accordant une pleine et entière confiance, il ne se tiendra pas à l’écart de dangers qu’il ne peut deviner ou comprendre.

C’est à l’adulte pris comme figure emblématique de faire preuve de discernement. Quel que soit le comportement du père ou de la mère de l’enfant pris dans un intense conflit de loyauté, l’adulte « élu » doit savoir rester à sa place et rappeler à cet enfant qu’il n’est si son père, ni sa mère. Qu’il peut être un repère (attention, ce mot devient ici ambivalent : re-père…), qu’il peut l’accompagner, le guider, lui donner des limites. Qu’il accepte l’amour et la confiance de l’enfant tout comme il lui en donne. Mais il ne pourra jamais être celui ou celle que, de fait, il n’est pas : le géniteur de l’enfant.

(1)Avec la thérapie contextuelle, Yvan Boszormenyi-Nagy inaugure un nouveau paradigme en thérapie familiale : l’enfant n’est plus – selon la représentation en vigueur chez les psychanalystes – ce pervers polymorphe, tout-puissant, aux fantasmes incestueux et meurtriers, il est désormais capable de discernement, de réciprocité positive (logique du don) ou négative (logique de représailles), d’engagement face à ses parents souvent vulnérables et en conflit. L’enfant parentifié, se pose en premier tribunal de l’humanité ; il tente de réparer, au-delà de toute dette, ses parents ou ses ancêtres maltraités par la vie, par l’histoire ou par leurs liens.

Anne-Laure Buffet

NOUVELLE PARUTION : JE T’APPELAIS « MAMAN CHÉRIE »

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Emma passe chacune de ses grandes vacances chez ses grands-parents. Chaque été, elle écrit à sa maman. Dans cette correspondance d’enfant qui va durer plus de douze ans, Emma va manifester son amour, son admiration, sa confiance, son désir de plaire, son besoin d’être aimée, sa volonté de grandir, son envie d’être. Elle va découvrir l’incompréhension, le doute, la critique, l’autorité incontournable, le rejet.
Entre amour et emprise, manipulation et culpabilité, Emma essaie de grandir et d’affronter sa réalité. 

Fiction sous forme épistolaire, avec la voix candide et simple de l’enfance, Je t’appelais « Maman Chérie » décrit l’évolution psychologique d’une enfant sous emprise d’un parent toxique, relation où vont alterner, au gré des envies et des besoins de ce parent, le chantage, l’humiliation, le dénigrement, le mépris.
Peut-on aimer un tel parent ? Peut-on s’en détacher ? Que se passe-t-il lorsque l’enfant comprend la relation qui lui est « proposée » ? À quel moment commence la maltraitance ?… Autant de questions soulevées dans ce texte court, tour à tour tendre, naïf, cynique, émouvant, et avant tout porteur d’une attente légitime et perpétuelle, celle d’un enfant envers son parent.

JE T’APPELAIS « MAMAN CHÉRIE », disponible uniquement sur Kindle

COUPÉ EN DEUX – TÉMOIGNAGE

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Il y a deux jours, je postais cet article : « COUPÉ EN DEUX« .
Le sujet de cet article est la déchirure, le conflit interne, la lente destruction mentale, que vit un enfant emporté dans la tourmente d’un conflit entre ses deux parents – un parent manipulateur et un parent victime. Conflit dont il devient l’objet sans le vouloir et sans pouvoir s’y opposer.
Certains enfants tombent alors dans un piège encore plus fort : le SAP, notion fortement contestée (comme le montre cet article de décembre 2012 publié sur Mediapart) mais bien réelle, quelle que soit le nom qu’on lui donne.

Suite à l’article « Coupé en deux », plusieurs commentaires, sur le blog ou par mail, dont celui ci-dessous.

Et qui confirme la nécessité de protéger les victimes, et les enfants. Car, SAP, ou nom qu’on veut lui donner, ils n’en sortent jamais indemnes.

Remarquable description du conflit de loyauté (dans le meilleur des cas), pouvant trop facilement mener au SAP – malheureusement – lorsqu’un des parent est PN.

J’ai eu la chance immense de tomber sur une JAF qui partageait cette intelligence avec Salomon. Elle a très vite compris où était l’intérêt des enfants.
Depuis, je ne dis pas que la vie est cependant facile. Malgré le SAP développé par ma fille, je crois encore qu’elle s’en sortira. En tout cas la fratrie l’aidera lorsqu’elle sortira de l’emprise et réalisera le gouffre où elle se débat aujourd’hui. C’est mon énergie qui s’investit dans ce combat aux accents amers et frustrants. Ses frères sont horrifiés autant par les nombreuses attitudes et leurs suites que par le fait qu’elle utilise la boîte à outils de sa mère, de leur mère.
Je crois que dans leur liberté, ils gardent toute latitude et se forment peu à peu leur propre jugement. C’est là que se trouve leur issue. Le chemin de la liberté passe par leur rapport à la responsabilité. En plein SAP, ma fille rejette toute responsabilité. Je pense que ce critère est essentiel, car en refusant d’assumer quoi que ce soit elle joue le jeu du parent PN, telle une munition dans l’arme du prédateur impuissant et morbide.

COUPÉ EN DEUX

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Voyant deux femmes se battre et se déchirer un enfant, le Roi Salomon mit un terme à cette querelle en proposant de couper l’enfant en deux. L’une des deux accepta, lorsque l’autre refusa, préférant abandonner son bébé que le voir mourir.

Le PN est comparable à cette femme qui coûte que coûte voulait l’enfant, quitte à n’en avoir qu’une moitié, quitte à ce qu’il meure. Son intérêt n’est pas l’enfant. Son intérêt est de posséder ce que l’autre n’a pas, ce qu’il jalouse, ce qu’il considère lui revenir de droit. Il fait passer l’intégrité physique et morale de l’enfant au second, pour ne pas dire au dernier, plan. Sa seule obsession : avoir, pour empêcher l’autre d’avoir.

Dans les cas de séparation d’avec un PN, les conjoints, victimes, se retrouvent parfois dans cette situation. Pas tous – certains mènent un combat pour sortir des griffes du vampire leur progéniture, et le combat est rude – mais il arrive que trop écrasées par le Pn, trop affaiblies ou apeurées, elles préfèrent laisser leurs enfants au bourreau, pensant qu’ainsi eux au moins seront protégés.
C’est un choix légitime et qu’il ne faut ni blâmer, ni critiquer, ni contester.
Le pervers narcissique a su tendre tant de pièges et a tellement amenuisé les forces de sa victime qu’elle ne peut plus réfléchir, elle ne peut plus savoir ce qui est bien, de ce qui ne l’est pas, voir de ce qui est dangereux.

Ainsi, certains enfants se retrouvent chahutés entre un père et une mère, l’un des deux étant prêt à tout pour avoir leur garde, quel que soit les coups à donner.

Plaçons-nous maintenant du côté de l’enfant.
Il sait au fond de lui qu’il est la source de pressions, de chantages, de violences. Il porte ce poids. Il s’en sent responsable, et ce sentiment est dû à l’amour naturel qu’il porte à chacun de ses parents. Il ne veut blesser ni l’un ni l’autre. Il n’est pas assez solide ni assez construit pour arriver à se protéger. Et la protection normale que les parents doivent apporter à leurs enfants, il ne la reçoit plus.

Il va alors entrer dans un schéma paradoxal. Il va vouloir se protéger et protéger dans le même temps ses deux parents. Ce qu’il va vivre chez l’un, il le taira chez l’autre, non pour faire des secrets, mais en pensant éviter à ses parents des souffrances supplémentaires. Il va apprendre à se taire. Ce n’est pas une volonté de dissimulation, c’est une nécessité de se créer une bulle qu’il pense infaillible, dans laquelle ses parents n’entrent pas et à l’intérieur de laquelle rien ne pourrait l’atteindre.

Or, et particulièrement lorsqu’un des ex conjoints est PN, la communication est totalement rompue entre les deux parents. Il devient impossible de savoir ce qui est décidé, choisi, voulu, pour les enfants. Le parent déjà victime se retrouve à découvrir, mais une fois que la chose est faite, un déménagement, un changement d’école, une activité extra-scolaire, un choix de médecin, une destination de vacances… Il lui reste alors soit à se soumettre, soit à se battre si la décision prise ne lui convient pas. Spontanément, il va demander à son enfant de l’informer, parfois va lui reprocher de ne pas l’avoir fait. Il transforme alors l’enfant en porteur de messages, ce qui n’est pas son rôle et lui crée une charge supplémentaire à affronter.
Pire encore, ce peut être le PN qui dira à son enfant de faire passer les messages, lui laissant entendre que, d’une part, toute communication est impossible avec l’autre parent qualifié d' »obtus », de « borné », de « destructeur ». D’autre part, le parent qui recevra de cette manière un message devra contenir sa colère devant son enfant, qui n’a pas à la supporter – colère que le Pn espère car elle justifie ses propos accusateurs de folie ou d’hystérie.

Au milieu de cela, quel modèle reçoit l’enfant ? Comment se construit-il ? Quelle confiance peut-il avoir en lui, et en ses parents ? Quel sens prennent les mots « vérité », « mensonge », « adulte », « communication » à ses yeux ?
L’enfant, enjeu d’une séparation, en devient également la première victime.

Voir aussi : le déni parental, et la parentalisation de l’enfant.

©Anne-Laure Buffet

LE CONFLIT PARENTAL, UNE FORME DE MALTRAITANCE ?

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Dans le cadre des procédures de divorce particulièrement conflictuelles, où les parents divorcés ne parviennent plus à communiquer, les enfants peuvent devenir des victimes de ce conflit parental qui peut être qualifié de maltraitance psychologique.

Les parents désormais aveuglés par leur propre conflit, par leur propre souffrance qu’ils ne parviennent plus à maîtriser, ne sont plus en capacité de prendre la mesure de l’impact psychologique de leurs comportements sur leurs enfants.

Ils n’en n’ont souvent pas directement conscience.

Des mesures de prévention et d’information devraient être prises dès le début de la procédure de divorce et ce, dès le dépôt de la requête initiale.

Il a été démontré que ce « conflit de loyauté » dans lequel est durablement plongé l’enfant est très destructeur pour la construction de la personnalité future de l’enfant.

Pour l’enfant, ce conflit intra-psychique naît de la profonde impossibilité de choisir entre le père et la mère.

Le conflit de loyauté est un trouble majeur auquel se trouvent confrontés de nombreux enfants de parents divorcés et qui doivent constamment composer entre les désirs des parents souvent contradictoires, et entre les obligations et interdictions diverses de ces deux parents qui ne parviennent plus à s’entendre.

Ce conflit parental est une forme de violence psychologique, et devient destructeur de part la répétitivité des messages contradictoires que peut recevoir l’enfant de la part de ces deux parents.

L’enfant placé au cœur de ce conflit est bien la victime directe d’un abus de pouvoir et de contrôle des parents et c’est effectivement le caractère répété et durable qui cause préjudice à l’enfant victime.

Les enfants placés contre leur volonté au centre de ce conflit majeur, qui se perpétue et qui peut devenir de plus en plus prégnant, en ressentent alors une profonde détresse.

Les enfants confrontés à ces dissensions sont bien souvent démunis et isolés. Ils ne parviennent pas à se protéger et manifestent alors leur désarroi par des actes de violences.

La loi donne la possibilité aux enfants d’être entendus par le juge des affaires familiales sur simple demande de leur part.

Les Magistrats aujourd’hui familiarisés avec cette pratique, sont à même de pouvoir trouver des solutions à ces conflits, mais dans certains cas particulièrement complexes et eu égard au danger que peut comporter ce conflit entre parents, ils renvoient le dossier au Juge des enfants.

L’avocat de l’enfant peut alors se rendre compte du déchirement de ces enfants victimes de ce conflit au cours des auditions devant le juge aux affaires familiales.

Le jour de l’audience, l’enfant vient la plupart du temps accompagné par l’un des parents et l’avocat peut s’entretenir librement avec lui.

Il explique que pour telle et telle raison, il ne souhaite plus aller chez « papa » ou « maman ».

Puis, dans le cabinet du Juge, il présente sa situation différemment et affirme que, finalement, il veut bien garder des liens avec ce parent qu’il ne souhaitait plus voir quelques instants auparavant.

Le Juge lui demandant alors les raisons pour lesquelles il a demandé cette audition, la confusion s’instaure dans son esprit.

Ces contradictions soulignent le profond conflit psychique qui peut agiter cet enfant.

De même et dans certains cas, et alors que le juge des affaires familiales conformément à la loi indique à l’enfant que son audition fait l’objet d’un compte rendu lisible pour les avocats de ses parents, celui-ci prend conscience que ses parents vont lire ses déclarations. Il demande alors au juge des affaires familiales de retirer certains éléments de son audition.

La confusion ne peut donc que s’instaurer dans l’esprit de l’enfant, qui se rend compte que sa parole ne sera pas confidentielle.

Il faudrait donc réfléchir au maintien de ce compte-rendu écrit de l’audition.

Une prise de conscience doit se faire, et il est urgent que le législateur réfléchisse à des réformes substantielles sur tous ces points.

Quelques pistes pourraient être envisagées afin de préserver l’intégrité des enfants victimes de ces conflits d’adultes exacerbés dont il doit nécessairement être extrait.

En effet, pourquoi ne pas rendre obligatoire lors de la présentation initiale de toute requête en divorce la signature d’une charte d’engagements des deux parents à une gestion non conflictuelle des droits de leurs enfants, leur rappelant que leur enfant doit vivre et évoluer dans un climat affectif sécurisant ?

Il conviendra d’informer les parents des incidences de ce conflit de loyauté sur le devenir de leur enfant car les parents ignorent tout des incidences majeures de leur comportement.

Cette charte d’engagements mutuels signée des deux parents – leur consentement éclairé sera nécessaire – et pourrait être recueilli par le juge des affaires familiales dés l’audience de conciliation, pourrait être rédigée entre autres par des spécialistes de l’enfance et de l’adolescence, d’une manière pragmatique et éloquente.

Dans le cas où les engagements ne seraient pas respectés pendant l’instance et après le prononcé du divorce, une procédure spécifique confiée au juge des enfants et adaptée à ces conflits parentaux devra s’ouvrir, à la demande par exemple du juge aux affaires familiales, celui-ci estimant que ce conflit est préjudiciable aux enfants.

Certes, aujourd’hui, un juge aux affaires familiales peut renvoyer à son collègue juge aux affaires familiales en vue de l’ouverture d’une procédure d’assistance éducative. En effet, et à juste titre, l’enfant placé au sein de ce conflit peut être en situation de « danger » au sens de la loi (article 375 du code civil).

Toutefois, cette procédure devra être adaptée à la spécificité de ce conflit parental lié aux divorces.

Il est vrai que certains douteront de la nécessité d’alourdir les procédures alors que la justice manque de moyens aujourd’hui.

Mais l’intérêt de l’enfant doit primer contre toute considération de cette nature.

La réflexion de tous les professionnels juristes ou non juristes sur les dégâts occasionnés sur la construction de l’identité de l’enfant, placé au sein de ce conflit, doit s’effectuer dans l’urgence.

Marie-Sandrine GIRAUDET-BALESTRERI
AVOCAT AU BARREAU DE PARIS

giraudet.balestreri@free.fr