DEVANT LE JAF, ÊTRE SOI

12-hommes-en-colere-1957-08-gHenry Fonda – 12 hommes en colère

« Connaissez-vous un avocat spécialisé dans les PN ? »
« Vous pensez qu’il va être assez combattif pour attaquer le monstre ? »
« C’est un bourreau, il faut que le juge l’entende ! »
« Il me faut un avocat qui puisse attaquer ce pervers narcissique qui me détruit… »

Voici le genre de demandes ou de réflexions que j’entends très régulièrement. « Spécialisé PN », « attaquer »… juger et condamner.
Aussi, il me semble important de préciser un point. Lorsque vous vous retrouvez devant le JAF, celui-ci n’est pas destiné à faire un procès à l’une ou l’autre des parties. Vous êtes au civil, non au pénal. Ce n’est pas d’un crime ou d’un délit dont il est question, mais d’une séparation, d’un divorce, du règlement de ceci, des conditions du partage, de la garde des enfants.

Bien sûr, la personnalité toxique fera en sorte de dire que VOUS êtes un(e) escroc, un(e) usurpateur, que vous l’avez spolié, dupé, ruiné, que vous êtes monstrueux(se) avec les enfants et totalement destructeur(trice). Et tant d’autres choses encore, dont vous n’avez pas la moindre idée. Parce que la personnalité toxique a bien plus d’imagination que vous, et ne recule devant rien, dépourvue de toute empathie, de toute bonne foi, et de toute crainte devant la justice, et devant les autres (et je pourrais dire : devant Dieu). Vous allé(e) être complètement remis(e) en cause en tant qu’humain, que compagnon ou compagne, parent…
Vous allez lire des attestations faites contre vous des plus mensongères aux plus cruelles. Vous allez découvrir « votre » vie, celle qui est créée de toutes pièces, dans le seul but de vous détruire.
Et ceci n’est que résumé… Car il est possible de détailler longuement ou de donner de multiples exemples. Si je ne le fais pas dans cet article, c’est par souci de ne pas en « rajouter ». À celles et ceux qui sont actuellement en procédure ou s’y préparent, il est important de faire entendre que le pire est souvent à prévoir. Et qu’une fois que le pire a été prévu, il faut imaginer ce que le Diable y ajouterait comme ingrédients personnels.

Et il vous faut contre attaquer. Il vous faut une fois de plus argumenter. Et présenter une réalité. LA réalité. La VRAIE histoire. Comment ? Comment prouver ces comportements violents et destructeurs ? Comment prouver la toxicité de l’autre ? EN commençant par s’attacher aux comportements à proprement parler et non à la personnalité de l’autre. Bien sûr, des enquêtes médico psy sont toujours possibles, et dans ce cas la victime a le désir plus ou moins secret que l’expert mette en avant une personnalité psychopathe, pathologiquement destructrice, mythomane, mégalomane, schizoïde, perverse, pulsionnelle… Bref, que l’expert puisse écrire et affirmer : untel(unetelle) est un Hannibal Lecter en puissance, un Hannibal Lecter de l’âme, de la pensée, du cerveau.
Bien souvent les victimes sont déçues par ces rapports et d’autant plus déçues qu’elles y ont mis un espoir immense, celui d’être reconnue comme victime, et que le crime dont elles sont victimes soit dénoncé. Qu’enfin, l’autre soit qualifié pour ce qu’il est.
Or, en affaires familiales, ce genre de rapport se présente bien peu souvent.
On trouvera des termes comme « personnalité très réactive », « psychorigide », « instable »… Mesure fois encore et à quelques exceptions près, la perversion narcissique, la psychopathie, la dangerosité ne seront pas soulignées.

Bien souvent aussi les victimes se retiennent de dire, de raconter la vérité. Par peur que leur bourreau ne le sache, et ne s’en prenne à nouveau à elles. Elles le protègent par défaut, en pensant se protéger.

Aussi, il est important de se présenter devant le JAF en étant préparé. Préparé(e) à ne pas faire condamner l’autre, mais à faire constater des actes et des comportements, ainsi que la conséquence de ceux-ci. Conséquences matérielles, financières, professionnelles, conséquences sur les enfants, conséquences sur l’estime de soi. Conséquences sur SOI.
Oui, mais comment ?
Quel avocat peut comprendre ?

Un avocat peut toujours comprendre. Ce qu’il faut préparer, c’est ce qui va lui être dit. Ce sont les demandes qui lui seront faites et qu’il devra plaider. Ce sont les arguments dont vous allez disposer.

Face à la violence psychologique, se faire aider et accompagner est indispensable, et même en amont d’un travail avec un avocat. La première chose à établir, en travaillant sur la reconstruction de soi, est le discours à tenir. Pour une fois, vous allez devoir parler de vous, et non de l’autre. Le laisser « sujet » de la discussion vous met à nouveau en retrait, vous laisse « objet ». C’est à votre tour de prendre les choses en main et parler de VOUS.
Il faut également refaire le cours de sa vie. Penser, en se faisant aider s’il le faut, à l’écrire, pour remettre en situation les faits. Pour estimer la répétition de la violence. Même tue, même silencieuse, même ignorée par l’entourage, c’est cette chronologie qui va permettre à votre avocat de comprendre que vous êtes bien face à ce qui constitue la violence psychologique : la répétition des faits visant à vous nuire et vous détruire.
Il faut aussi fouiller sa propre vie. Vous l’ignorez. Mais il existe toujours des preuves, des éléments qu’on peut apporter pour montrer la violence, la souligner. Pour montrer les incohérences, les paradoxes, les compromis que vous avez du faire. Pour montrer les silences auxquels vous êtes confronté(s). Vous allez devoir sans doute reprendre des contacts. Il vous faudra oser demander de l’aide, ce que vous pensez tout aussi impossible qu’interdit.
Là encore, ce ne sont que quelques pistes.

Ce qui est essentiel, c’est de vous attacher à montrer et démontrer votre vécu. Votre histoire. À parler de vous, et non de l’autre. Il n’est pas question d’épargner cet autre. Il est question de ne pas se présenter avec l’idée de faire condamner un coupable déjà jugé.
Il est question de faire entendre votre état. Pas d’obtenir réparation parce que l’autre sera déclaré « fou », « malade », ou « bourreau ».

Il est question de justice. La justice applique le droit. De de fait, elle est considérée comme juste, puisqu’objective en fonction des éléments qui lui sont donnés.
Elle tranche sur des faits. Sur des éléments précis. Elle n’aime pas les suppositions. Elle n’aime pas qu’on juge à sa place. Elle n’aime pas être dépossédée de son droit… à dire le Droit.

Pour toute information : annelaurebuffet@gmail.com ou associationcvp@gmail.com

©Anne-Laure Buffet
annelaurebuffet@gmail.com

L’INTERDICTION DE DIRE

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La personne victime de comportements toxiques et de violence psychologique se retrouve prise, entre autres, dans une double injonction : d’une part, l’obligation de dire, et d’autre part, l’interdiction de dire.

L’obligation de dire revient à devoir livrer tout de soi, en toutes circonstances, sans raison apparente. Qu’elle en soit consciente ou non, la personne confrontée à la violence psychologique va dévoiler tout ce qui lui appartient, du plus anodin au plus important. Le jardin secret est interdit, le rêve empêché, la pensée contrôlée. Elle doit raconter par le menu son passé, son présent, et jusqu’à l’avenir qu’elle projette. Elle livre ses joies et ses peines. Elle raconte ses succès et ses échecs. Elle dévoile ses histoires de famille, de santé, d’argent. Ses doutes, ses peurs, ses goûts et ses dégoûts… rien  n’échappe à celui ou celle à qui elle se livre, sans s’en rendre compte, et qu’elle nourrit peu à peu.

L’interdiction de dire va de pair avec l’obligation.
Ce qui est interdit, ce n’est pas de se dévoiler… puisque c’est en se racontant que la personne victime donne de la matière à son « bourreau ». Ce qui est interdit, c’est d’imaginer exister. Imaginer avoir un avis, une opinion, un sentiment. Ce qui est interdit, c’est d’exprimer ce sentiment, cet avis ou cette opinion, s’ils ne vont pas dans le sens décidé par le bourreau. S’ils ne sont pas destinés à glorifier le bourreau, à asseoir cette toute-puissance qu’il s’attribue.
Le « non » n’est pas admis.
Le « je ne pense pas comme toi » est réfuté.
Le « je ne suis pas d’accord » est jugé à la fois comme une atteinte et un défaut d’intelligence. Puisque le bourreau, lui sait. Aussi, penser autrement, dire autrement, c’est se tromper tout autant que le dénigrer, lui qui possède LA pensée juste, et prouver une fois de plus sa propre bêtise, à s’enfermer dans des pensés jugées « stupides » (pour le moins, et pour rester polie).

Seuls les sentiments autorisés par le bourreau, les pensées validées par lui, ou elle, les décisions prises par lui, ou elle, et appliquées par la victime, sont valables. Le reste, ce qui appartient aux victimes, n’est que fumisterie, mensonge, manifestation de bêtise et d’incapacité.

Aussi, la victime de ces violences, qui peut parler d’elle et longuement, d’elle en ce qui concerne ses faits et gestes, afin de satisfaire son bourreau mais aussi de se justifier pour ne pas donner prise à la critique, va également apprendre à se taire pour ne pas contrarier. Pour ne pas risquer d’entendre qu’elle se trompe. Et que, si elle n’est pas à peine de juger sainement de ses propres pensées, c’est bien qu’elle est malade…
Parce qu’il lui faut penser « pareil », parce qu’il lui faut dire « pareil », elle finit par adopter un mode de pensées qui ne lui correspond pas. Elle se retrouve interdite de compréhension, de parole, d’émotions qui ne vont pas dans le sens du bourreau. Elle est mise petit à petit à l’écart d’elle-même.

Et, s’éloignant de ses émotions et de leur expression afin de ne pas devoir supporter de nouvelles critiques et de nouveaux reproches, elle finit par ne plus y avoir accès, par ne plus les reconnaître possibles, réelle, et surtout autorisées et existantes.
Pour nombre de victimes, c’est ainsi que se développe la dissociation, mécanisme de défense qui, en éloignant de ses propres émotions, permet de ne pas ressentir directement la souffrance et de se croire à l’abri, ou, pour le moins, de se croire capable de supporter.

« Tu penses ressentir ce que tu dis ressentir, mais tu te trompes ; car je sais ce que tu ressens, et ce que tu ressens n’est pas ce que tu exprimes. Tu n’es donc même pas capable toi-même de te connaître vraiment, et de le partager… Et tu voudrais que je te fasse confiance ? Tu pourras être digne de confiance quand tu auras été soigné(e). Et c’est pour cela, pour corriger ce que tu ressens si mal, que je vais t’aider à consulter, à être hospitalisé(e). C’est pour toi que je fais cela… »

©Anne-Laure Buffet
annelaurebuffet@gmail.com

ÊTRE UNE PERSONNE, ET NON UNE VICTIME

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Une fois de plus je ne peux m’empêcher de constater que les livres, articles, sites, blogs et autres vecteurs de communication et d’information regorgent de textes sur les pervers narcissiques. À tel point que du pervers narcissique « réel », de cette déconstruction du psychisme avérée menant à l’emprise sur un individu et à sa destruction, on en vient à des descriptions parfois très éloignées de la réalité.

Il n’est donc pas inutile de préciser une fois de plus qui ne sera pas de trop que la perversion narcissique n’est pas une pathologie. Elle n’est pas le fait du premier abruti caractériel venu. Elle ne se matérialise pas par quelques insultes et trois ou quatre reproches. Elle procède d’un schéma bien précis, elle possède un objectif bien défini : s’accaparer l’autre, le dépersonnaliser, le mener à sa perte voir à sa mort, psychique, parfois physique. Elle s’inscrit dans le temps en suivant un processus parfaitement établi et implacable. Elle mime le sentiment et l’émotion, mais en est totalement dénuée. Elle n’accepte ni joie, ni plaisir, si sympathie, ni bonheur. Elle n’est motivée que par l’envie, la colère et la jalousie. Elle s’indigne injustement d’un vide bien réel, un vide d’empathie, un vide d’humanité.

Et la victime dans tout cela ?
La victime, celle dont on parle le moins.
Celle à laquelle on s’intéresse le moins.
On guette le monstre et on l’observe, on dénonce ses faits, on crie au scandale devant la difficulté à le démasquer, et à être entendu en justice.
Mais la victime ? La victime, cette personne qui fut repérée, choisie, puis possédée par la personnalité toxique. Qui s’est laissée ferrée sans s’en rendre compte, sans même en avoir la possibilité. Celle qui se blâme d’être à la fois faible, lâche et coupable, alors que ce sont ses forces et sa personnalité qui, bien malgré elle, l’ont menée dans les filets du « bourreau ».

La victime… En la désignant ainsi, la victime est à la fois reconnue et une fois de plus dépersonnalisée, pour être englobée dans un ensemble. La victime, qui se bat pour se sortir de l’emprise et se reconstruire, ne regagne toujours pas son individualité, tant qu’elle est ainsi désignée.

Or la victime a avant tout besoin qu’on lui rende son identité. On ne naît pas victime. On se retrouve victime, à un moment donné, d’une situation qui n’a pas été choisie et que l’on ne peut contrôler. Qu’on ne comprend même pas.
Il est d’autant plus important que leur individualité leur soit rendue.

Si les personnalités toxiques fonctionnent sur le même principe, les victimes sont toutes différentes. Hommes, femmes, enfants, elles portent en elles sans le savoir ce que le toxique va chercher et dont il va vouloir s’emparer. Elles le doivent à leur histoire, leur vécu, leurs expériences passées. Elles le doivent à une histoire familiale, à une transmission au travers des générations. Mais chacune restent UNE, unique.
En consultations, si elles se présentent avec les mêmes souffrances, les mêmes angoisses, les mêmes doutes, il est impossible de leur imposer un schéma de reconstruction type. Ce serait oublier leur individualité, leurs différences, leurs personnalités écrasées et qui ne demandent qu’à revenir au grand jour. Ce serait ignorer QUI elles sont, et les robotiser, une fois de plus.
En consultations, à chaque rendez-vous, je ne m’adresse pas à une victime. Je tiens compte de son vécu et de son histoire, composantes indispensables du cheminement qu’elle entreprend. Mais je m’adresse à Anne, à Brigitte, à Céline, à Denise, à Jean, à Christian, à Michel, à Julien, … Je m’adresse à celle ou celui assis(e) face à moi. Qui baisse la tête et dont le regard a été effacé.
Et je l’amène à donner un vrai sens à sa vie. Celui qui lui appartient.

©Anne-Laure Buffet
annelaurebuffet@gmail.com

FAIRE UN BILAN

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Vous ne comprenez pas ce que vous vivez.
Vous vivez dans la peur, la culpabilité, le doute, la honte.
Vous étouffez, vous vivez dans un sentiment de malaise, vous redoutez de parler, de vous taire.
Vous vous sentez isolé(e).
Vous ne savez pas ou plus à qui vous adresser.
Vous avez perdu confiance en vous, motivation, énergie.
Vous développez des troubles physiques sans raison.
Chaque mouvement est un effort. Chaque pensée est contrôlée.
Vous ne vous reconnaissez plus.
Vous avez le sentiment de ne plus savoir ni parler, ni faire ni penser.

Vous êtes perdu(e).

Les conséquences de la violence psychologique sont multiples. La liste ci-dessus n’est pas exhaustive. Plus la violence est installée dans le temps, plus les conséquences sont ancrées. La destruction psychique de la personne est en cours.
Pourtant tout cela vous semble improbable. Peut-être que vous vous trompez. Peut-être avez-vous tort. Peut-être est-ce de votre faute ?

Effectuer un bilan avec un professionnel de l’écoute et de l’accompagnement permet d’avoir un regard et une compréhension objectifs sur votre situation.
Ce bilan offre des pistes de réflexion, d’action et de travail afin de modifier une situation, un état. Afin de mettre un terme à une souffrance, à une situation d’emprise.
Afin de se reconstruire.

Afin de mettre en place des stratégies, de modifier des comportements, de transformer un regard sur soi, et sur les autres.

Si vous souhaitez effectuer un bilan, si vous souhaitez échanger et comprendre : associationcvp@gmail.com ou annelaurebuffet@gmail.com, ou encore pour prendre un rendez-vous : 06 60 70 95 64.

NON AUX CONCLUSIONS TROP RAPIDES

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Il me paraît important de revenir une fois de plus sur un sujet déjà abordé sur ce blog : la nécessité à ne pas chercher à qualifier l’autre, mais à mettre un terme à des comportements qui nous sont toxiques et de fait destructeurs.

Je continue de lire dans la presse, dans des publications récentes, sur les réseaux sociaux, les critères permettant de repérer le parfait MPN (manipulateur pervers narcissique), de s’en méfier, de le fuir. Ces écrits ont pour avantage d’informer. Ils ont donc bien sûr un intérêt.
Ils ont également un inconvénient majeur : la chasse aux sorcières sous-entendue.
S’ils permettent d’éclairer une situation, s’ils permettent de se remettre en question, de s’interroger, de commencer à comprendre qu’une situation vécue est anormale est dangereuse, ils ne font pas loi, ni foi, de manière catégorique.

Ils invitent à la réflexion et à l’action ; ils invitent aussi et surtout à consulter des professionnels de l’accompagnement, des juristes, des personnes objectives, neutres et compétentes.

Leur prêter parole d’évangile ne permet pas de se sortir d’une situation d’emprise, mais de qualifier « l’autre », le bourreau ou celui vu comme tel, de monstre, de vampire, de malade, de danger. Ils font naître à la fois la compréhension d’une situation et la peur de celle-ci, en la démultipliant.
De plus, ils poussent à des conclusions parfois rapides, et elles-mêmes dangereuses pour ceux ou celles qui les tirent.

– Je sais que c’est un PN, je l’ai lu… (ah bon ? son nom était dans le journal ? Vous avez consulté un professionnel ? Vous avez eu un diagnostic précis ?)
– J’ai compris que j’étais manipulée… Au début de notre relation il y a quelques mois il sortait les poubelles et me rapportait des fleurs ; aujourd’hui c’est fini. Je n’ai rien d’autre à dire, si ce n’est que maintenant qu’il n’a plus à me séduire, il va me détruire… (et si tout simplement il était fatigué ? S’il avait en ce moment plus de travail, ou plus de soucis ? Si vous-même vous montrez moins réceptive, mois attentionnée…)
– Il m’a fallu à peine un an et j’ai su qu’elle était comme une mante religieuse ; depuis la naissance du petit elle ne s’occupe que de lui et ne me donne pas de temps (donc elle ne s’occupe que d’un enfant de 3 mois, qu’elle nourrit, lave, berce, soigne, protège… ne remplirait-elle pas simplement avec amour son rôle de mère ? )
– Sa mère est castratrice et je sais qu’il va me faire du mal (attention aux projections et aux anticipations négatives)

En règle générale et quelle que soit la situation d’emprise ou de violence psychologique, si elle est avérée, il n’en demeure pas moins qu’un travail sur soi est indispensable. Savoir QUI est l’autre ne suffit pas à sortir d’une relation d’emprise, à se protéger et se reconstruire. Comprendre ses propres failles, ses fragilités, analyser ce qui a permis à une personnalité toxique de voir en vous une proie est indispensable. Pour se renforcer, pour s’apprécier, pour s’aimer à nouveau, pour avancer et construire.

Lisez, lisez, il en restera quelque chose… Mais ne restez pas sur des conclusions trop rapides. Lisez. Analisez. Consultez.
Et recommencez à penser à vous, et non à l’autre.

©Anne-Laure Buffet
associationcvp@gmail.com

SE LIBÉRER, PAS À PAS

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« Qu’est-ce que j’ai été bête… ! »
« Je suis un imbécile, je n’ai rien vu venir… »
« En fait il a raison, je suis malade pour ne pas l’avoir vu plus tôt. »
« Vous pensez que je suis stupide ? J’aurais pu comprendre avant. »

Non.
Ni bête, ni imbécile, ni malade, ni stupide. Rien de tout cela. La victime entre les pattes d’un bourreau n’est rien de tout cela. Le lapin qui se retrouve piégé par le chasseur n’est ni bête ni stupide.
Et l’oiseau qui reçoit une balle en pleine aile n’est pas malade d’avoir volé.

Ils ont été des proies et ils ont été choisis à cause de ça.

La question ici n’est pas de savoir ce qui amène telle ou telle personne à être une proie. S’il s’agit d’une construction mentale, au-delà d’une prédisposition, il n’y a ni à juger ni à condamner. Mais à constater pour permettre un changement.

La question est : « Pourquoi est-il si difficile de comprendre ? Pourquoi la proie devenue victime se disqualifie-t’elle autant ? »
Les mois, les années de dénigrement, d’humiliations, de jugements, de violence sourde, entraînent une sorte de lobotomie cérébrale. Un décervelage. Une incapacité de réflexion, de recul, de pensée. La victime devient handicapée. Elle n’y peut rien.
L’entourage, celui qui reste, qui s’effrite peu à peu, s’escrime et s’échine à vouloir lui faire entendre raison. Du calme à la colère, tous les tons de la gamme sont utilisés. Jusqu’au mépris ou à l’indifférence quand les proches, usés de ne pas se croire entendus, baissent les bras et s’éloignent.

La victime subit. Seule.

Comme la souris sous la patte du chat.

Pour beaucoup d’entre elles, heureusement, se produit ce déclic qui permet le changement. Qui les pousse à réagir. À fuir. Et la fuite n’est pas une lâcheté, c’est une preuve de force et de courage, dans le cas présent. Car c’est la seule issue.

Sortir de l’emprise se fait lentement. Par étapes. avec des rechutes. Le doute que sème la personnalité toxique retient, comme la culpabilité. Et la peur, monstre terrifiant et paralysant. La peur, comme celle de l’enfant qui se cache sous sa couette, alors que le loup certainement guette sous le lit…

Sortir de l’emprise demande de comprendre que « ça ne va pas ». Ça ne devrait pas se passer comme ça. Et « ça » est tellement indéfini, encore. Vient le moment où « ça » se clarifie. Les mots entendus sont injustes, les silences sont dénigrants, les insultes non méritées, les critiques infondées. Les maux de ventre, de coeur, de dos, de tête, de jambe… sans raison et cause réelle, si ce n’est de la somatisation.
« Ça » devient un peu plus clair. Mais à qui parler de « ça » ? Qui pourrait entendre et comprendre ? Qui pourrait parler, aider, sans juger ? Comment le dire en étant certain(e) d’être compris(e) et soutenu(e)?

Un fait nouveau. Un de plus, souvent anodin. Anecdotique. Celui qui donne la force et la motivation pour fuir. Aller se plaindre ? À qui… Voyons, il n’y a pas eu de coup… Vous n’êtes pas blessé(e), de quoi vous plaignez-vous ? Vous voudriez être battue, à l’hôpital, morte, ou vos enfants violés ? Mais, monsieur l’agent… Non, madame, monsieur, rentrez chez vous. Discutez avec votre conjoint… Et une bonne réconciliation sur l’oreiller, hein, c’est pas mal ?…

Sentiment de solitude qui s’intensifie.

Une fois de plus. Une fois de trop. La peur domine, le doute, la honte, la culpabilité, toutes ces entraves à la réflexion. Mais c’était une fois de trop.

La victime a compris son calvaire.

Elle n’a pas encore compris l’ampleur de son calvaire.
Elle a compris qu’elle ne devait pas vivre « ça », et elle a compris… qu’elle avait bien compris que « ça » ne devrait pas se vivre, « jamais ».

Il lui reste encore à comprendre. C’est un long chemin. Comprendre que tout était faux, mensonger, cruel et destructeur.
Comprendre qu’elle n’est coupable en rien. Mais responsable de tout changer.
Comprendre que ce n’est pas une question de volonté ou de force.
C’est une question de combat.
Comprendre que partir ouvre la porte à la liberté. Pas à la tranquillité. La liberté qu’elle gagne, c’est celle de ne plus être seule dans ce combat. C’est d’être en résistance, en étant accompagné, soutenu, défendu.
Comprendre qu’elle va devoir faire un long travail. Un travail de deuil, douloureux. Un travail de reconstruction, pénible, parfois violent. Et la violence, la victime en a si peur maintenant. Cette violence-là est pourtant bienveillante. Mais chaque nouvelle secousse est un séisme pour la victime devenue combattante.

Comprendre que partir est vital.
Et que pour autant, la guerre est déclarée. Le bourreau ne laisse pas sa proie partir. Il ne peut l’accepter. Si elle part, il la détruira complètement.

Sans aide extérieure, il est presque impossible de lutter. Face à ces monstres du quotidien, il faut nécessairement être aidé(e).

C’est possible.
Heureusement, c’est possible.
Heureusement, nombreuses sont les victimes qui s’en sortent. Qui vivent, après. Qui vivent et vivent mieux. Elles ont un long chemin devant elle. Mais elles vivent, enfin.

L’enfant est trop souvent l’enjeu dans ce drame familial. Devenant l’arme dont le parent toxique se servira pour détruire son ancien conjoint, il est positionné de fait en tant que victime. La principale victime est et demeure le parent soumis à la violence psychologique. 
L’enfant se retrouve alors confronté à divers états psychologiques possibles comme le conflit de loyauté et le déni parental. 

©Anne-Laure Buffet
annelaurebuffet@gmail.com

LAVAGE DE CERVEAU

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La personnalité toxique s’emploie à vous vider de votre personnalité, de vos émotions, de vos réactions, de vos sentiments.
Elle guide et téléguide, télécommande. Elle fait penser et agir, très souvent à l’encontre du caractère, des souhaits, des habitudes et des envies de sa proie.
Elle utilise la séduction, le chantage, la menace, le dénigrement, l’apaisement, la flatterie, le rabaissement. A tour de rôle, de manière répétée. Plus l’emprise s’installe, plus le rythme s’accélère.

La proie est en permanence secouée. Sans interruption. Sans cesse et sans repos. Quand elle essaie de raisonner face à un évènement, un acte, une parole tout juste passés, l’exact inverse arrive dans un laps de temps très réduit. Et le schéma de pensée à peine établi s’effondre.

La personnalité toxique veut tout contrôler, jusqu’aux sentiments.
Elle investit sa proie. Elle la vampirise. Elle la vide de tout ce qu’elle est.
Et n’hésite pas à le lui dire :

« Tu penses ressentir ce que tu dis ressentir mais tu ne ressens pas ce que tu dis ressentir puisque je sais ce que tu ressens et ce n’est pas ce que tu dis »
(La phrase entre guillemets a été précisément et ainsi prononcée par une personnalité toxique à sa proie.)