LES DANGERS DU VIRTUEL (3) : L’OBSESSION

_e_c_7c201f68f29_6e23cde5487-post

Le monde virtuel rend dépendant. Les possibilités d’être en permanence relié, en communication, en interaction avec l’autre, sont multiples.
Simple constat : dans les transports en commun, au restaurant, dans les files d’attente, dans la rue à l’arrêt du bus, à la pause cigarette entre deux réunions, le premier réflexe est de regarder son téléphone. De vérifier ses mails.

Lorsque l’enjeu est relationnel, affectif, le réflexe est d’autant plus important. Celui ou celle qui cherche un lien, un réconfort, une présence, va vérifier aussi souvent que possible si « vous avez un nouveau message ». Celui, ou celle, qui se sert de ce biais pour capter une proie, va jouer du message, sur le fond, la forme, et dans la fréquence. Cet écran de fumée qu’est le virtuel devient pour la proie un cordon ombilical la reliant sans cesse à cette personne qu’elle ne connait pas, qu’elle croit connaître, dont elle se pense l’ami(e), l’amoureux(se), dont, bien vite, elle ne peut se passer. Ce qui compte n’est plus tant le contenu du message que la fréquence de celui-ci.

Inversement, la personnalité toxique va user de cette liberté, tout autant que cette dépendance, que crée Internet. « Je n’avais pas de réseau… J’étais pris en réunion… Je ne pouvais VRAIMENT pas te parler mais pourtant sois sûr(e) que je le VOULAIS… Tu me manques, j’aime tes mots, j’aime ton intelligence, j’aime notre relation, mais je ne peux pas me connecter en permanence… »

La proie, séduite, confiante, qui s’est livrée sur ses horaires, ses habitudes, ses goûts, ses désirs, comprend. La proie est toujours compréhensive. Patiente. Amicale. Si elle s’énerve, elle garde ses énervements pour elle, de peur de perdre le contact. Si elle a de la peine, elle le tait également. Ne pas se montrer dépendante, envahissante. Ne pas réclamer, ne pas pleurnicher.

L’inquiétude face au silence rend celui-ci d’autant plus angoissant. La colère ronge et paralyse. Chaque minute est employée à vérifier sa connection. À reposer le téléphone. À couper l’accès à tout réseau, puis à se reconnecter, au cas où…
Les heures au bureau, les dîners entre amis, les sorties au cinéma, au restaurant, les moments devant un film ou consacrés à la lecture, ne comptent plus. L’esprit est absorbé ailleurs. « Que fait-il (elle) ? Pense t’il (elle) à moi ? »
Tout perd en intérêt. Seul compte le message qui va arriver. C’est certain. Message qui aura été dosé. Bien souvent creux, ponctué d’un « Pardonne mon absence… Excuse-moi c’était compliqué d’envoyer un message mais je pensais à toi… »

Tout ressentiment est effacé chez la victime.
Elle existe à nouveau.
La personnalité toxique l’a rendue obsessionnelle. Elle n’existe plus autrement que virtuellement.
La victime commence à être dépersonnalisée.

 

 

@Anne-Laure Buffet

Publicités

LES DANGERS DU VIRTUEL (1) – LA SÉDUCTION

1b6a3fb4

Premier opus des articles concernant les dangers du virtuel, c’est de séduction qu’il va tout d’abord être traité. 

La personnalité toxique dans une relation de couple en devenir commence toujours par le même procédé : la séduction. Elle enjolive, flatte, console, écoute, « comprend » – car elle se montre volontiers très compréhensive. Elle ne veut pas « précipiter » les choses mais elle « ressent de la douleur, de la souffrance », chez son interlocuteur, la proie. Elle fait mine de s’oublier, elle parle peu d’elle, elle invite en revanche à parler. À se confier, se raconter. Les pleurs et la timidité ne la gênent pas, bien au contraire. Là encore, elle « comprend ». Elle fait montre de patience – déguisement pour mieux dresser ses filets autour de sa proie.

Elle s’adapte à ce qu’elle entend, et répond de façon anticipée aux demandes qui lui sont faites. Elle écoute les blessures qu’on lui livre, y cherche le moyen matériel de les combler, le moyen concret, visible, et en profite.

Par pur intérêt.

Elle va avoir un comportement qui sera en apparence le total contre exemple de ce que sa proie a connu auparavant, et des souffrances ou failles qu’elle doit réparer.

Sur Internet, que ce soit sur les réseaux sociaux ou sur les sites de rencontre, ce comportement est d’autant plus pernicieux. Les premiers contacts sont écrits.  Le téléphone, Skype, les webcam ne sont pas le premier outil utilisé par la personnalité toxique. Bien au contraire elle peut encourager à prendre du temps. « Ne nous pressons pas, laissons-nous le temps de parler, d’échanger… après tout, une voix, un physique, est-ce si important ? «  Rassurant ainsi sa proie qui se sentira loin de tous les dragueurs des bacs à sable et autres malheureux en amour, celle-ci va tomber dans le piège, en pensant simplement qu’elle a enfin trouvé un confident(e), une oreille, quelqu’un sur qui elle peut compter. Il ne faut pas oublier que la proie souffre en général d’un manque évident de confiance en elle, et la fausse assurance soudain donnée par la personnalité toxique devient un miroir aux alouettes dans lequel elle aime à se regarder pour se convaincre qu’elle « vaut quelque chose ».

La proie est séduite, confiante. C’est elle le plus souvent qui proposera le premier échange, la première rencontre « réelle », se sentant totalement hors de danger. « S’il avait une idée derrière la tête, il m’aurait proposé qu’on se voit depuis longtemps… »
Et même en proposant que l’échange soit plus concret, elle n’aura pas toujours droit à une réponse positive. La personne toxique fait trainer. Tous les arguments sont bons, amenant peu à peu la proie à se poser des questions, à se demander si elle est trop entreprenante, à vouloir en savoir plus. Ce comportement de la personnalité toxique développe chez la proie à la fois curiosité, impatience, et doute. Doute sur elle-même : « Peut-être sis-je dit ou fait quoi que ce soit qui ne lui plait pas ? Peut-être que j’en demande trop ? »

C’est au moment où la proie s’y attendra le moins, où elle ne demandera rien, que la personnalité toxique à son tour va demander cette rencontre « réelle ». Et la proie accepte.

Les premières heures, les premières semaines peuvent prolonger le temps de la séduction. Mais que la proie soit prudente, si elle le peut encore – et elle le peut trop rarement. À la première remarque qu’elle osera faire, manifestant une incompréhension, un reproche, une interrogation, elle se fera répondre : « Je ne comprends pas… C’est toi qui voulais qu’on se connaisse. Je t’avais dit que ce n’était pas utile. Qu’on pouvait être amis, juste ainsi, derrière nos écrans. Tu as insisté. J’ai fini par céder. Et aujourd’hui, tu me le reproches… »

Les filets sont resserrés. La proie est prise au piège. Et convaincue d’être responsable de cette situation. Alors, elle baisse la tête, se tait… et se plie aux exigences de son nouveau maître.

©Anne-Laure Buffet
annelaurebuffet@gmail.com

JE SUIS UN PSYCHOPATHE

Ian Walker filme les étapes d’un diagnostic qui doit déterminer si un patient est ou non psychopathe. Ce documentaire insolite montre toute la puissance de manipulation de ce type de personnalité… Sam Vaknin le dit lui-même : il est psychopathe, c’est-à-dire mégalomane, contradictoire, imprévisible et sans scrupules. Il dit cela sans gêne ni remords, puisque l’un des symptômes de ce trouble de la personnalité est le déni de la réalité de l’autre. Comme beaucoup de psychopathes, Sam est charmeur et manipulateur, mais capable de détruire la vie de son prochain autant que la sienne. Toutefois, tous les psychopathes ne passent pas à l’acte et ne sont pas des tueurs

REGARDER LA VIDEO :

http://youtu.be/nj1PSL2C_Zw

 

Capture d’écran 2014-04-16 à 13.48.19

 

CES MÈRES TROP « AIMANTES »

Les mères trop aimantes ou abusives

1499762_10152478450301632_1003162499_n

Loin des débats culturels, confessionnels ou idéologiques, il n’en reste pas moins que certaines mères, et ce pour de multiples causes, sont des mères « abusives ».

À l’inverse de la « good enough mother » (voir Winnicott), la mère abusive contraint son enfant – le plus souvent son fils – à être un prolongement d’elle-même. En psychanalyse, certains parlent de l’importance phallique qu’elle possède – enfin ! – complexée par une castration naturelle.

La mère abusive est exigeante, mais elle est aussi inconsciente du caractère anormal de son amour. C’est presque toujours en toute bonne foi que la tyrannie affective maternelle entre en jeu. L’amour maternel abusif est captatif, elle ne peut comprendre ni satisfaire correctement les besoins de l’enfant. Elle agit le plus souvent à contre-temps sur le plan éducatif. Elle a tendance à interpréter comme des offenses contre elle les erreurs que l’enfant fait sans malice. Une mère normale sait qu’élever son enfant, c’est lui apprendre à se passer d’elle. C’est précisément ce que redoute et refuse la mère abusive, qui s’efforce de pérenniser chez lui le bébé qui était entièrement sous son pouvoir.[1]

On peut rapprocher par certains de leurs comportements les mères abusives des MPN. Pour autant il demeure une distinction majeure : si la mère abusive peut avoir pour désir d’assouvir sa propre satisfaction au travers de son enfant sans tenir compte de l’identité propre à celui-ci, et de ses besoins naturels, elle peut l’être aussi par anxiété, perfectionnisme, culpabilité, avec l’unique désir d’être vue comme une mère parfaite. Mais la perfection n’est pas de ce monde…[2]


[1] Voir à ce sujet : Marie-Noël Tardy-Ganry et Thérèse Durandeau, Les troubles de la personnalité chez l’adolescent. Comment réagir en tant que parent ?

[2] Ainsi certaines mères (mais c’est également vrai pour certains pères) tireront une gloire très personnelle des résultats et progressions de leurs enfants. Le moindre échec, la première difficulté, devient leur échec, leur difficulté, et ils n’auront de cesse de le taire, et de chercher le moyen pour y pallier, en oubliant alors l’intérêt propre de leur enfant.

©Anne-Laure Buffet

PAS DE TRÊVE DES CONFISEURS

05e522c9e3d28b3b717ded011b42-post

Dans la rue, les décorations de fin d’année ; les étoiles et les guirlandes, et les père Noël qui grimpent le long des façades.
Dans les vitrines, les jouets, les paquets, les papiers cadeaux et les rubans de couleur.
Et les voeux qui arrivent, par carte, par sms, par mail. Au téléphone.

« Joyeux Noël ! J’espère que cette année, vous pourrez enfin passez un bon Noël, de bonnes fêtes…. Nous pensons bien à vous ! »

Merci. Merci, oui, mais… Mais c’est sans compter,pour ceux qui souhaitent leurs meilleurs voeux, sincères, amicaux, affectueux, sans la résistance d’une personnalité toxique. Alors que chacun parle de la trêve des confiseurs, de la période des fêtes qui devrait apporter réconfort, soutien, amour… qui est souvent destinée à réunir, à rapprocher, la personnalité toxique use et abuse de cette période.

C’est sa semaine de garde ? Elle en profitera d’autant plus pour vous couper de tout contact avec vos enfants. Avec votre famille. Vous allez devoir agir en fonction d’elle, de ses décisions, de ses choix, de ses caprices, et de ses colères. Vous êtes réunis, vous avez prévu un repas de fête ? Elle critiquera, elle ne viendra pas à table, elle gâchera l’ambiance, elle quêtera le moindre petit détail qui ne lui convient pas pour vous le faire remarquer.

Vous avez l’espoir de vous reposer ? Elle aura besoin de vous, tout le temps, à chaque instant, puis vous fera remarquer votre fatigue, et votre incapacité à prendre sur vous, lorsque tout le monde essaie de se réjouir et d’oublier ses soucis.

Vous pensez être serein(e), avec vos enfants ? Elle vous glissera des messages vous obligeant à vous remettre en cause. Avez-vous bien fait attention à tout, et surtout à eux ? Et la culpabilité que la personnalité toxique fait naître, la crainte d’être à ses yeux, donc aux yeux de tous, un mauvais parent, remonte et ressurgit d’autant plus qu’en cette période de fête, cette période réservée aux enfants, il semble qu’aucune erreur ne soit permise.

Vous vous observez. Vous perdez en naturel. Vous redoutez Noël. La fin de l’année vous laisse un gout amer.

C’est normal. La personnalité toxique ne peut admettre que vous preniez du plaisir, le moindre plaisir, en quoi que ce soit; Incapable de se réjouir, incapable de ressentir une part de bonheur, elle s’emploie à détruire ce qui peut satisfaire sa « victime » et l’entourage de celle-ci.

La personnalité toxique abîme tout. C’est ce qui la contente. C’est ce qui la nourrit.

©Anne-Laure Buffet

ÉTRANGLER POUR OBTENIR LE SILENCE

En entretiens individuels, comme lors des groupes de parole, les personnes que j’accompagne se livrent et partagent leurs expériences.

Racontant l’emprise, elles décrivent la violence psychologique, verbale, l’intention de nuire, de dénigrer, de rabaisser en permanence. Elles utilisent des mots qui leur appartiennent et sont tout autant communs à tous (toutes) : peur, anxiété, honte, culpabilité, doute, qui suis-je ? , pourquoi moi

La violence physique remonte lentement. Retenues dans leurs propos, les victimes n’osent pas dire. Elles ne s’accordent pas le droit de parler, de décrire ; elles tentent d’occulter ces scènes, ces moments de leur vie, où la raison est définitivement occultée, et où elles ont risqué de perdre le souffle. Définitivement.
Certaines évoquent leur TS (tentative de suicide), seule réponse, seule ressource qu’elles ont trouvé pour mettre fin à un quotidien destructeur, sans posséder les clés pour en sortir.

La violence physique se manifeste par les claques, les gifles, les coups. Les objets jetés au travers d’une pièce qui atteignent en pleine figure. Les bras attrapés, les corps secoués. L’obligation de se soumettre à un « désir » sexuel… et dans ce cas s’ajoute la problématique du viol conjugal, difficile à admettre pour certaines victimes, difficile à prononcer, si difficile à prouver. Hommes et femmes, tous sont concernés. La violence n’a pas de sexe, la victime non plus, comme elle n’a pas d’âge, de nationalité, ou de race.

Très souvent lorsque je reçois et entends ces victimes, une forme de violence particulière revient : l’étranglement.

– Soudain il a mis ses mains autour de mon cou ; et après je n’arrivais plus à respirer…
– Il a cherché à m’étouffer, il appuyait sur ma gorge de toutes ses forces…
– Elle m’a attrapé par le col, elle l’a serré si fort que je n’avais plus d’air
– J’ai eu des marques pendant plusieurs jours, il fallait que je me couvre le cou, et c’était en plein été…

frenzy-hitchcock-femme-etranglee-cravate

Il ne faut pas oublier, pour comprendre cette forme de violence qui semble presque, et terriblement, « classique » qu’une personnalité toxique a entre autres pour objectif de réduire sa victime au silence. Parler, s’opposer, prononcer un mot, un son, qui n’irait pas dans le sens de la personnalité toxique est directement vécu par elle comme une attaque. Son ego, son faux self, est soumis à une pression qu’elle ne supporte pas. Elle n’est plus, puisque l’opposition se manifeste.
Il lui faut faire taire cette opposition.
Il faut ramener l’autre, la victime, au silence. À l’impuissance des mots tus pour éviter toute opposition, toute réaction.
Plus la victime semble réagir plus la personnalité toxique va développer son système de violence.

Certaines, je dis bien certaines, car il est nullement question de développer ici de nouvelles angoisses ou phobies chez les victimes, mais certaines personnalités toxiques en viennent à étrangler. Pour obtenir le silence. Elles ne contrôlent plus, elles perdent pied. Leur geste n’est pas tant pour tuer que pour supprimer ce qui, elles, les tuent : la parole. En cherchant à supprimer physiquement leur victime, elles ne cherchent en fait qu’à supprimer ce qui est pour elles une agression : le langage, la communication. La raison.
La victime est déjà chosifiée par la personnalité toxique – elle ne peut donc « mourir ». Seule sa parole doit être, dans la construction de ces « bourreaux », anéantie.

 

©Anne-Laure Buffet
annelaurebuffet@gmail.com

UNE FAUSSE AGRESSION POUR VOIR LES RÉACTIONS DES PASSANTS

Un duo d’étudiants s’est livré à l’exercice de la fausse agression filmée en camera cachée. Le but : tester la réaction des passants.

 

VOIR L’ARTICLE EN ENTIER SUR MELTYBUZZ.FR