L’INTERDICTION DE DIRE

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La personne victime de comportements toxiques et de violence psychologique se retrouve prise, entre autres, dans une double injonction : d’une part, l’obligation de dire, et d’autre part, l’interdiction de dire.

L’obligation de dire revient à devoir livrer tout de soi, en toutes circonstances, sans raison apparente. Qu’elle en soit consciente ou non, la personne confrontée à la violence psychologique va dévoiler tout ce qui lui appartient, du plus anodin au plus important. Le jardin secret est interdit, le rêve empêché, la pensée contrôlée. Elle doit raconter par le menu son passé, son présent, et jusqu’à l’avenir qu’elle projette. Elle livre ses joies et ses peines. Elle raconte ses succès et ses échecs. Elle dévoile ses histoires de famille, de santé, d’argent. Ses doutes, ses peurs, ses goûts et ses dégoûts… rien  n’échappe à celui ou celle à qui elle se livre, sans s’en rendre compte, et qu’elle nourrit peu à peu.

L’interdiction de dire va de pair avec l’obligation.
Ce qui est interdit, ce n’est pas de se dévoiler… puisque c’est en se racontant que la personne victime donne de la matière à son « bourreau ». Ce qui est interdit, c’est d’imaginer exister. Imaginer avoir un avis, une opinion, un sentiment. Ce qui est interdit, c’est d’exprimer ce sentiment, cet avis ou cette opinion, s’ils ne vont pas dans le sens décidé par le bourreau. S’ils ne sont pas destinés à glorifier le bourreau, à asseoir cette toute-puissance qu’il s’attribue.
Le « non » n’est pas admis.
Le « je ne pense pas comme toi » est réfuté.
Le « je ne suis pas d’accord » est jugé à la fois comme une atteinte et un défaut d’intelligence. Puisque le bourreau, lui sait. Aussi, penser autrement, dire autrement, c’est se tromper tout autant que le dénigrer, lui qui possède LA pensée juste, et prouver une fois de plus sa propre bêtise, à s’enfermer dans des pensés jugées « stupides » (pour le moins, et pour rester polie).

Seuls les sentiments autorisés par le bourreau, les pensées validées par lui, ou elle, les décisions prises par lui, ou elle, et appliquées par la victime, sont valables. Le reste, ce qui appartient aux victimes, n’est que fumisterie, mensonge, manifestation de bêtise et d’incapacité.

Aussi, la victime de ces violences, qui peut parler d’elle et longuement, d’elle en ce qui concerne ses faits et gestes, afin de satisfaire son bourreau mais aussi de se justifier pour ne pas donner prise à la critique, va également apprendre à se taire pour ne pas contrarier. Pour ne pas risquer d’entendre qu’elle se trompe. Et que, si elle n’est pas à peine de juger sainement de ses propres pensées, c’est bien qu’elle est malade…
Parce qu’il lui faut penser « pareil », parce qu’il lui faut dire « pareil », elle finit par adopter un mode de pensées qui ne lui correspond pas. Elle se retrouve interdite de compréhension, de parole, d’émotions qui ne vont pas dans le sens du bourreau. Elle est mise petit à petit à l’écart d’elle-même.

Et, s’éloignant de ses émotions et de leur expression afin de ne pas devoir supporter de nouvelles critiques et de nouveaux reproches, elle finit par ne plus y avoir accès, par ne plus les reconnaître possibles, réelle, et surtout autorisées et existantes.
Pour nombre de victimes, c’est ainsi que se développe la dissociation, mécanisme de défense qui, en éloignant de ses propres émotions, permet de ne pas ressentir directement la souffrance et de se croire à l’abri, ou, pour le moins, de se croire capable de supporter.

« Tu penses ressentir ce que tu dis ressentir, mais tu te trompes ; car je sais ce que tu ressens, et ce que tu ressens n’est pas ce que tu exprimes. Tu n’es donc même pas capable toi-même de te connaître vraiment, et de le partager… Et tu voudrais que je te fasse confiance ? Tu pourras être digne de confiance quand tu auras été soigné(e). Et c’est pour cela, pour corriger ce que tu ressens si mal, que je vais t’aider à consulter, à être hospitalisé(e). C’est pour toi que je fais cela… »

©Anne-Laure Buffet
annelaurebuffet@gmail.com

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CES MÈRES QUI MALTRAITENT LEUR ENFANT (2)

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Il y a dix ans paraissait sous la plume de Sarah Blaffer Hrdy, anthropologue, 600 pages intitulées « les Instincts maternels »(Payot). Parce qu’on doit à la France, à travers les thèses de Simone de Beauvoir et Elisabeth Badinter, l’hypothèse de la « mère socialement construite », la chercheuse démolit cette doctrine, en répliquant que chez tous les primates, l’investissement maternel émerge à la suite d’une sorte de réaction en chaine, « interactions complexes entre gènes, tissus, glandes, expériences passées et signes de l’environnement. Les comportements complexes comme le maternage ne sont jamais totalement prédéterminés génétiquement ni produits par le seul environnement.» Les travaux de Sarah Hrdy n’opposent pas inné et acquis, nature et culture. Ils montrent que l’instinct maternel n’est pas une pulsion sommaire indestructible, mais qu’il se met en place si l’environnement n’est pas défavorable.

Et pourtant…

Et pourtant, chaque jour, je reçois des appels d’hommes, de femmes, d’adolescents en souffrance. Qui ne comprennent pas pourquoi, ou qui ne comprennent que trop.
« Ma mère ne m’aime pas ».

Un constat des plus terribles et des plus douloureux. Car il touche ce qu’il y a d’essentiel dans la construction de l’enfant, puis de l’adulte : le fait d’assouvir un besoin primaire, celui d’être reconnu, désiré et aimé.
Ces mères qui n’aiment pas ou ne savent pas aimer sont bien plus nombreuses que la société bien pensante veut l’admettre. Encore aujourd’hui il est de bon ton de reconnaître, de comprendre et parfois même d’excuser un père trop « sévère », un père « abandonnique », un père qui fuit sa famille, ses enfants et ses responsabilités. « Mais une mère, elle, ne le ferait pas. »
Une mère ne le ferait pas, et encore moins une maman.

Deux notions distinctes, mère/maman, deux notions qu’il faut pour autant prendre en considération et auxquelles il est essentiel de donner la même importance.
Et c’est souvent sur ces deux notions que je reviens en consultation.
La maman, celle qui soigne, dorlote, nourrit, console, câline et protège.
La mère, celle qui éduque, contrôle, donne un cadre, pose des limites, assure la confiance et la reconnaissance, et permet de développer une conscience familiale et sociale.

Parfois l’on se sent plus mère que maman, ou plus maman que mère. Parfois, l’on reconnaît en celle qui nous a mis au monde un côté plus maman, ou plus mère.
Parfois, on ne reconnaît rien de cela, si ce n’est d’avoir vécu de la maltraitance, du dénigrement, du rejet, de la violence.
Quand Hervé Bazin écrit Vipère au Poing, quand Jules Renard rédige Poil de Carotte, quand Melanie Klein étudie les conséquences sur l’enfant du comportement de la « mauvaise mère », ou encore quand Terri Apter consacre un essai aux « Mères toxiques« , ce ne peut que tendre à montrer qu’une mère n’est pas toujours une bonne mère. (Et ne sont cités ici que quelques auteurs, la liste des ouvrages pourrait être bien plus longue).

« Tu veux ma mort… Tu es ma pire ennemie… »
À l’approche de la cinquantaine, xxx m’interroge : « Qu’ais-je fait pour que ma mère me parle comme ça ? »
Rien.
Tout.
Vous êtes venue au monde. Vous êtes le miroir de SES échecs. De SES erreurs et de SES freins. Elle vous déteste car elle s’est elle-même empêchée d’être. Mais pour pouvoir supporter sa propre vie, elle a rejeté sa colère et sa rancoeur sur vous. Et vous en subissez chaque jour les conséquences, cherchant depuis votre naissance à comprendre comment plaire à cette mère qui ne vous donne aucun amour.

« Tu peux te casser à 10.000 kilomètres, je m’en fous… »
xxx a 15 ans. Elle se scarifie. Elle est anorexique. Elle est traitée pour dépression. Elle ne vit plus avec sa mère. Pourtant, elle la guette, elle la quête, elle cherche constamment comment lui plaire. Elle ne peut pas se résoudre à dire quoi que ce soit qui serait entendu comme « contre » sa mère.
Parce qu’il n’est pas normal qu’une mère n’aime pas son enfant…

« Elle me prenait contre elle quand il y avait du monde à la maison, elle m’obligeait à appuyer ma tête contre épaule, et elle me faisait des sourires et exigeait que je l’embrasse. Mais sans qu’on le voit, elle me pinçait le bras jusqu’au sang. Si je n’avais pas été comme elle voulait, elle me privait de dîner, le soir ; elle me laissait seule dans ma chambre, dans le noir, et je l’entendais rire avec mes frères. »
xxx a 37 ans. Elle n’a eu aucune relation amoureuse, aucune histoire, avec personne. Elle pense ne pas y avoir droit. Elle ne sait pas ce que c’est que l’amour. Elle n’en a pas reçu. Elle redoute de faire mal, à son tour.

« Elle est morte il y a deux ans. C’était ma soeur. Elle avait 21 ans. Ma mère ne lui a jamais parlé ; elle la sifflait. Quand papa a quitté la maison, elle lui a dit : Tiens, prends ton chien, en donnant un coup de pied à ma soeur. »
xxx n’a jamais été maltraité par sa mère. Il sait qu’il était le fils aimé, prodigue. Qu’il avait droit à tout, pouvait tout. Sa soeur n’était rien pour leur mère, si ce n’est l’objet du scandale (née avant le mariage) et l’obstacle à une vie plus légère (la mère avait été contrainte d’épouser celui dont elle attendait un enfant).

« J’ai eu un enfant, tard, à 38 ans. Avant, je n’en voulais pas. Je ne voulais pas être comme ma génitrice. Je ne voulais pas risquer de blesser, de frapper, de détruire. J’ai eu une fille. Et je ne sais pas si je fais bien avec elle. J’ai tellement peur… »
xxx se méfie d’elle-même, de chacun de ses mots, de ses gestes, avec son enfant. Elle grandit avec sa fille. Elle apprend à sourire, à donner, à aimer. Elle s’émerveille. À 40 ans, elle découvre la vie, l’amour, ce qu’est d’être maman, ce qu’est d’être enfant.

Non, toutes les mères ne sont pas bonnes. Toutes les mères ne sont pas bienveillantes. Toutes les mères n’aiment pas. Certaines frappent, humilient, rejettent, dénigrent, critiquent. Privent leur enfant de ce qui est essentiel.
Et s’il est parfois possible de comprendre pourquoi elles sont ainsi, si certains enfants, devenus adultes, peuvent finir par accepter, c’est avant tout aux enfants qu’il faut penser, pour les protéger,  et les aider à se reconstruire, plutôt que de chercher à excuser leurs mères, à tout prix.

Let me tell you why you’re here. You’re here because you know something. What you know you can’t explain, but you feel it. You’ve felt it your entire life, that there’s something wrong with the world. You don’t know what it is, but its there, like a splinter in your mind, driving you mad.

Morpheus ~ The Matrix

Un témoignage, en anglais, à lire :
« Her narcissism helps her survive. If it were to be destroyed by my version of events, it would undermine her self-esteem, her very sense of self and the context of her existence. She would also go mad. As it is, she can continue to believe that she was the perfect mother and all the issues are on my side. She’s over 70 now and I think it’s best. But I’m not doing it for her. I don’t do that anymore. I’m doing it for me. Because the day I called it quits, was the day I started to live the life I wanted instead of trying and always failing, to be the daughter she wanted. It’s the day I realised that I was safer living without the love of my mother and better off loving myself. »
Louisa Leontadies

Et toujours en anglais, deux livres à découvrir :

 

 

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©Anne-Laure Buffet
annelaurebuffet@gmail.com

LE TERRORISTE ET LE PERVERS

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Les tragiques évènements de ces derniers jours, les attentats et exécutions commis sur le sol français et ayant causé la mort de 17 innocents, ne peuvent que faire penser à certains comportements manipulateurs pervers, particulièrement lorsque l’on se retrouve confronté(e) à ce fonctionnement.
Il n’est bien sûr pas question de faire des comparaisons hâtives ou hasardeuses. Pour autant, si le terrorisme a pour conséquence, si ce n’est pour ambition, d’attaquer et de détruire les schémas, les repères et les fondements d’une société, la manipulation perverse devient bien un terrorisme psychologique et intellectuel puisque tendant à anéantir le fonctionnement psychique d’un individu, à annihiler sa capacité de penser, de faire, d’être.

On peut, dans le fonctionnement du terroriste, dénombrer quatre traits principaux : (cf Michel Schneider)
– méconnaissance du réel
– recours à l’acte
– effacement de l’autre
– contrôle de la loi

La réalité est imaginée. Le terroriste s’invente, invente l’autre. Il fonctionne avec une pulsion de mort ayant pour objet de détruire sa victime psychiquement ou physiquement. La différence est refusée en ce qu’elle a d’incontrôlable et de perçu, par le terroriste, comme dangereux. La loi commune, normale, est oubliée. Le terroriste est au-dessus des lois. Il développe une forme de mégalomanie le rendant intouchable, selon lui.

Ici, en parlant de terroriste, il est bien évidemment question des « chefs ». De ceux qui brandissent une pensée ou une religion pour envoyer de la chair à canon se salir les mains et exécuter (dans tous les sens du terme) leur « mission » à leur place.
Les terroristes qui deviennent les bras armés sont eux-même conditionnés, manipulés par la parole reçue comme sacrée et à laquelle il faut prêter totale allégeance.
(Voir également l’interview de Boris Cyrulnik concernant les attentats terroristes et la mécanique ayant mené au régime nazi)

Le climat de peur qui en découle est manifeste. Il n’y a pas de réciprocité ou d’opposition de points de vue (différence entre terrorisme et guerre) mais un seul point de vue qui est imposé et autorise la violence exterminatrice en cas de refus ou de riposte.

Si l’on en revient à la victime du manipulateur pervers, si l’on s’interroge sur ce qu’elle vit, si l’on écoute les victimes reçues en consultation, toutes évoquent un climat de malaise, de peur, voir de terreur. Un malaise permanent, que le manipulateur soit en présence ou non de sa victime. Il (elle) plonge la victime dans un état d’attente paralysante. La victime sait qu’il va se passer quelque chose. Elle ne sait pas ce qu’il va se passer. Elle peut l’imaginer. Elle imagine le pire. Elle ne peut penser à autre chose. La victime est dans la peur de mal dire, de mal faire, de mal penser. Elle parle peu, articule peu. Elle perd ses mots, son vocabulaire, hésitant à s’exprimer par souci de ne pas contrarier. Elle est dans la terreur, face à la violence verbale et/ou gestuelle du manipulateur (de la manipulatrice). Elle est dans l’attente.
Si l’on observe la gestuelle de la victime, il est encore possible de la comparer avec un otage, ou avec un individu soumis à un régime d’oppression, un régime terroriste. La victime ne se tient plus droite. Elle ne sait plus. Elle rentre la tête dans les épaules, en gage de soumission, tout autant que pour se protéger des coups a minima moraux et verbaux qu’elle va recevoir.
Si l’on s’attache aux réponses des victimes, à leurs réactions face à la violence reçue, elle vont être dans l’incompréhension, dans le déni. Il faut du temps, il faut une prise de conscience pour en arriver au refus.

C’est sans doute ce qui distingue la victime d’un manipulateur (ou d’une manipulatrice) pervers des victimes du terrorisme. Dans le premier cas, le travail de compréhension, d’acceptation d’une situation inacceptable, de remise en cause et de deuil, est long et se compte parfois en années. Il y a bien terrorisme psychologique, à faire vivre un individu dans la terreur et l’empêchement, sous menace violente de « punition immédiate ».
Dans le cas du terrorisme, politique ou religieux, le refus est immédiat face à la violence exercée et subie. C’est cependant un refus psychologique. Pour contrer le terrorisme, il faut bien plus que le refus d’une nation…

Lire aussi : Le terrorisme amoureux, Marie-Claire Cardinal :

A travers sa propre histoire, l’auteure offre une analyse et une définition du terrorisme amoureux, cette nouvelle forme de violence verbale ou morale, et de ces hommes à la personnalité psychopathe qui décident d’anéantir leur femme. Pour comprendre leur comportement et sortir du silence dans lequel certaines ont pu être plongées.

Comment imaginer qu’un jour votre mari, le père de votre enfant, essaye de vous tuer ? Plus précisément de vous briser la nuque ?
C’est ce qui est arrivé à Marie-Claire Cardinal, journaliste et féministe qui ne semblait pas prédisposée par son milieu social et ses études à subir ce qu’elle a subit et pourtant…
Les Terroristes amoureux sont ces hommes qui veulent transformer leur compagne en objet. Pour ce faire, ils les isolent socialement, les font passer pour folles ou dépressives, les coupent de leurs enfants, les manipulent, alternant surprises fastueuses et humiliations sordides. Ces personnalités perverses ne s’arrêtent pas là, elles veulent tuer ou plus subtilement pousser l’autre au suicide.
L’auteur raconte avec une lucidité non dénuée d’humour son histoire, sa longue lutte pour échapper à cet enfer et les solutions qu’elles a trouvées pour échapper à son tortionnaire.
Deux Quiz ponctuent ce livre « Deviendrez-vous un terroriste amoureux ? » et « Avez-vous le profil d’une victime ?»
©Anne-Laure Buffet

DIX STRATÉGIES DE LA MANIPULATION – NOAM CHOMSKY

1/ La stratégie de la distraction
Élément primordial du contrôle social, la stratégie de la diversion consiste à détourner l’attention du public des problèmes importants et des mutations décidées par les élites politiques et économiques, grâce à un déluge continuel de distractions et d’informations insignifiantes. La stratégie de la diversion est également indispensable pour empêcher le public de s’intéresser aux connaissances essentielles, dans les domaines de la science, de l’économie, de la psychologie, de la neurobiologie, et de la cybernétique. « Garder l’attention du public distraite, loin des véritables problèmes sociaux, captivée par des sujets sans importance réelle. Garder le public occupé, occupé, occupé, sans aucun temps pour penser; de retour à la ferme avec les autres animaux. » Extrait de « Armes silencieuses pour guerres tranquilles »
2/ Créer des problèmes, puis offrir des solutions
Cette méthode est aussi appelée « problème-réaction-solution ». On crée d’abord un problème, une « situation » prévue pour susciter une certaine réaction du public, afin que celui-ci soit lui-même demandeur des mesures qu’on souhaite lui faire accepter. Par exemple: laisser se développer la violence urbaine, ou organiser des attentats sanglants, afin que le public soit demandeur de lois sécuritaires au détriment de la liberté. Ou encore : créer une crise économique pour faire accepter comme un mal nécessaire le recul des droits sociaux et le démantèlement des services publics.
3/ La stratégie de la dégradation
Pour faire accepter une mesure inacceptable, il suffit de l’appliquer progressivement, en « dégradé », sur une durée de 10 ans. C’est de cette façon que des conditions socio-économiques radicalement nouvelles (néolibéralisme) ont été imposées durant les années 1980 à 1990. Chômage massif, précarité, flexibilité, délocalisations, salaires n’assurant plus un revenu décent, autant de changements qui auraient provoqué une révolution s’ils avaient été appliqués brutalement.
4/ La stratégie du différé
Une autre façon de faire accepter une décision impopulaire est de la présenter comme « douloureuse mais nécessaire », en obtenant l’accord du public dans le présent pour une application dans le futur. Il est toujours plus facile d’accepter un sacrifice futur qu’un sacrifice immédiat. D’abord parce que l’effort n’est pas à fournir tout de suite. Ensuite parce que le public a toujours tendance à espérer naïvement que « tout ira mieux demain » et que le sacrifice demandé pourra être évité. Enfin, cela laisse du temps au public pour s’habituer à l’idée du changement et l’accepter avec résignation lorsque le moment sera venu.
5/ S’adresser au public comme à des enfants en bas-âge
La plupart des publicités destinées au grand-public utilisent un discours, des arguments, des personnages, et un ton particulièrement infantilisants, souvent proche du débilitant, comme si le spectateur était un enfant en bas-âge ou un handicapé mental. Plus on cherchera à tromper le spectateur, plus on adoptera un ton infantilisant. Pourquoi ? «Si on s’adresse à une personne comme si elle était âgée de 12 ans, alors, en raison de la suggestibilité, elle aura, avec une certaine probabilité, une réponse ou une réaction aussi dénuée de sens critique que celle d’une personne de 12 ans». Extrait de «Armes silencieuses pour guerres tranquilles»
6/ Faire appel à l’émotionnel plutôt qu’à la réflexion
Faire appel à l’émotionnel est une technique classique pour court-circuiter l’analyse rationnelle, et donc le sens critique des individus. De plus, l’utilisation du registre émotionnel permet d’ouvrir la porte d’accès à l’inconscient pour y implanter des idées, des désirs, des peurs, des pulsions, ou des comportements…
7/ Maintenir le public dans l’ignorance et la bêtise
Faire en sorte que le public soit incapable de comprendre les technologies et les méthodes utilisées pour son contrôle et son esclavage. « La qualité de l’éducation donnée aux classes inférieures doit être la plus pauvre, de telle sorte que le fossé de l’ignorance qui isole les classes inférieures des classes supérieures soit et demeure incompréhensible par les classes inférieures. Extrait de « Armes silencieuses pour guerres tranquilles »
8/ Encourager le public à se complaire dans la médiocrité
Encourager le public à trouver « cool » le fait d’être bête, vulgaire, et inculte…
9/ Remplacer la révolte par la culpabilité
Faire croire à l’individu qu’il est seul responsable de son malheur, à cause de l’insuffisance de son intelligence, de ses capacités, ou de ses efforts. Ainsi, au lieu de se révolter contre le système économique, l’individu s’auto-dévalue et culpabilise, ce qui engendre un état dépressif dont l’un des effets est l’inhibition de l’action. Et sa Et sans action, pas de révolution!…
10/ Connaître les individus mieux qu’ils ne se connaissent eux-mêmes
Au cours des 50 dernières années, les progrès fulgurants de la science ont creusé un fossé croissant entre les connaissances du public et celles détenues et utilisées par les élites dirigeantes. Grâce à la biologie, la neurobiologie, et la psychologie appliquée, le « système » est parvenu à une connaissance avancée de l’être humain, à la fois physiquement et psychologiquement. Le système en est arrivé à mieux connaître l’individu moyen que celui-ci ne se connaît lui-même. Cela signifie que dans la majorité des cas, le système détient un plus grand contrôle et un plus grand pouvoir sur les individus que les individus eux-mêmes.

L’OBLIGATION DE DIRE

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« Je ne sais plus quoi dire… »
« Il me pousse à bout et je dois toujours lui répondre, sinon il m’insulte.. »
« J’ai l’impression de devoir tout le temps me trouver des alibis… »
« Elle passe son temps à me poser des questions même quand il n’y a pas de réponse à apporter… »
« Je n’ai pas intérêt à me tromper sur mon emploi du temps, sinon j’ai droit à des remarques, et tout ce que je dis est contrôlé, plusieurs fois… »

La personnalité toxique exerce un contrôle totale et permanent. Parfois, sans que la victime ne s’en rende compte. Elle commence cette intrusion virulente dans la vie et dans le jardin privé de sa victime de manière parfaitement anodine et discrète. Elle donnera même le sentiment d’un intérêt, d’une attention, d’une volonté de partager les moments pendant lesquels elle n’est pas avec sa victime. L’illusion est parfaite, la victime est convaincue que ce qu’elle vit intéresse « l’autre ». Et en effet il y a bien intérêt. Mais cet intérêt est tout aussi sournois que destructeur et de ce fait pervers, dans le sens où il est par nature perverti et sans aucune bienveillance.

La proie devenue victime va se confier sans aucune méfiance. Elle va raconter sa journée, y ajoutant des anecdotes a priori anodines et sans conséquences, du collègue avec lequel elle va partager un café, à le voisine croisée à la boulangerie. Elle va parler d’elle, de ce qu’elle vit, de qui elle voit, de ce qu’elle aime, quand, comment, pourquoi…

La personnalité toxique face aux paroles de sa victime se comporte alors comme un enregistreur. Si elle donne une image souriante, se montrant curieuse, posant mille petites questions en apparence sans conséquence, elle ne fait en fait que nourrir sa mémoire, infaillible. Elle la cultive en lui fournissant moult renseignements sur la victime. Dont elle se resservira. Un jour. Et ce jour peut-être bien longtemps après.

Ainsi, un matin, alors que la victime tente de sortir du sommeil et de boire son café encore bouillant, elle se verra demander qui était donc ce fameux collègue avec lequel elle aimait tant prendre un café, si elle le voit encore, ce qu’ils ont bien pu se dire, car depuis ce jour, elle a bien changé, si ce genre de café se produit souvent, pourquoi elle n’en parle pas… Les questions pleuvent, inondent la victime qui ne peut pas comprendre ce qui lui arrive.
Qu’a t’elle vraiment dit ? De quoi est-on en train de parler ? Qu’a t’elle fait ? Est-ce une faute que de prendre un café pendant les heures de travail ? Aurait-elle une attitude puissant laisser imaginer quoi que ce soit ?
Et il va lui falloir répondre. Précisément.
Face à elle , la personnalité toxique change de ton. Si les premières questions sont posées aimablement, presque avec un sourire, donnant encore une fois l’illusion de l’intérêt, la bouche se crispe en même temps que le ton se durcit. Si la victime fait mine de se lever pour couper court à cette discussion accusatrice et malveillante, la personnalité toxique lui fera comprendre, par une simple attitude, qu’elle ne peut pas bouger. Qu’elle ne DOIT pas bouger. Conseil formulé de manière non verbale, conseil qui exerce une pression violente, la victime l’entend et se tait, ne bouge plus, ne sait plus quoi dire ou quoi faire. Elle est  une souris pris au piège, coincée contre un mur. Elle DOIT dire ce que la personnalité toxique veut entendre. Et elle ne sait pas ce qu’elle doit dire…

Aussi, elle tombe dans le piège de cette parole détournée et insultante. Espérant retrouver un peu de calme et gagner du temps pour mieux comprendre des attentes dont elle ne comprend pas le sens, elle est prête à dire n’importe quoi. Elle est prête à mentir. Elle pense se protéger. Elle ne fait que se perdre un peu plus. Ce qu’elle va dire sera à nouveau retenu contre elle. reformulé, interprété, redit, au moment où, à nouveau, elle s’y attendra le moins.
Et ne sachant plus précisément ce qu’elle a pu répondre la première fois, elle va se perdre dans de nouveaux détails, qui ne coïncident pas. Mais que la personnalité toxique va relever, pour mieux accuser, une fois de plus.

Pourquoi la victime n’a t’elle pas la force de dire NON ? Pourquoi reste t’elle ainsi à chercher à se disculper, pourquoi laisse t’elle s’installer tant de pressions dans son quotidien, pressions qui au regard de bien des gens la font passer pour faible et stupide ?
Parce que le comportement toxique ci-dessus schématisé ne se dévoile pas en quelques jours, mais après plusieurs mois, voire parfois plusieurs années. Comme déjà dit, la personnalité toxique est patiente. Elle a tout son temps pour s’accaparer sa proie, pour en tirer le plus grand bénéfice, puis pour la mettre à terre.
A coup de remarques blessantes, de phrases anodines dénigrantes, de réflexions soulignant la « chance » que cette victime a d’être ainsi « aimée » et « supportée » malgré ses travers, elle impose son emprise malsaine et meurtrière de manière froide et implacable. Et sans que cela ne soit visible ou compréhensible. Elle le fait sans témoin. Seule la victime subira les remarques et autres comportements ravageurs.

La personnalité toxique ne se contentera pas de ce genre de comportements violents psychologiquement. Elle saura alterner avec les compliments, les encouragements, la douceur feinte, la gentillesse simulée, pour toujours mieux enfermer sa proie. Celle-ci, abimée par la violence de ce qu’elle peut entendre, se réfugie alors dans ces moments de calme apparent, comme on se blottit sous une couverture en cherchant un peu de chaleur. Et une fois blottie, la victime se critiquera, seule, s’accusant de mal juger, de mal comprendre, de mal aimer.
C’est alors que le nouveau coup de poignard va intervenir. Au moment précis où la victime, engourdie par la douceur qu’elle croit avoir trouvée et culpabilisant de ce qu’elle imagine être sa propre méchanceté, se fera à nouveau blesser.
À en perdre ses forces vives, ses capacités de recul et de réflexion.
À s’épuiser totalement.
À ne plus savoir ni qui elle est ni ce qu’elle dit.
Et parfois, à aller jusqu’à tenter de mourir pour ne plus souffrir.

©Anne-Laure Buffet
associationcvp@gmail.com

CHAT ET SOURIS

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Être sous emprise a pour la victime de très nombreuses conséquences. Toutes toxiques. Perte d’estime de soi, perte de confiance en soi, isolement social, état psychique confus, anxiété et peurs incontrôlées incontrôlables, somatisations diverses, dépendance économique, sentiment de folie, culpabilité, honte… et cette liste est incomplète.
Le lavage de cerveau, ou décervelage, permanent, provoque une distorsion du raisonnement tout comme une incapacité à rationaliser. La victime devient proprement incapable de savoir ce qui est vrai de ce qui est faux.

Dit plus simplement elle vit malgré elle dans un monde parallèle. Qu’elle n’a pas choisi, de fait. Qu’elle ne connaît pas, dont elle ne comprend ni les règles, ni les intérêts, ni les enjeux, ni le fonctionnement. Elle avance dans le noir, sans guide, sans GPS, sans refuge. Sans équipements en cas d’intempéries, de séismes, de catastrophes.

Elle connaît une chose : la violence. À laquelle s’ajoute une peur permanente. Appelez cette peur angoisse, psychose, névrose, anxiété, irrationalité, …, la question n’est pas le nom qu’on lui donne. La question est ce que cela provoque. Un sentiment de malaise permanent. Un sentiment d’oppression qui va de pair avec ce malaise. Qu’elle le soit ou non, la victime devient claustrophobe. Ses repères spacio-temporels sont détruits. Amenez-là dans un espace parfaitement ouvert, sans limite, lumineux, chaleureux, elle se sent toujours enfermée. Prise au piège.

Tant que l’emprise existe, elle ne connaît qu’une pièce : celle bien étroite que le toxique a créée et construite, dans son cerveau, sa réflexion, son imagination.
La victime y tourne comme un lion en cage, puis comme une souris elle va se tenir dans un coin. Comme dans ces dessins animés pour enfants, où la pauvre souris est seule, dans le noir, collée contre un mur, tremblante, alors que la patte du chat passe déjà, griffes sorties, par ce trou qui était une survie pour l’animal traqué. Alors que cette patte se tend vers elle, prête à l’assommer pour mieux jouer avec elle avant de la tuer.

La victime n’est plus en prise avec la réalité. Elle ne le peut pas.

Ce qu’elle sait, car c’est l’évidence, c’est que son bourreau, ce chat hirsute, toute griffes dehors, ne cessera pas son jeu mortel. Ce qu’elle sait, c’est qu’elle ne peut pas se protéger. Ce qu’elle sait, c’est qu’elle est en souffrance. Ce qu’elle ne sait pas mais qu’elle guette, ce qui l’étouffe, c’est sa capacité à imaginer ce que ce chat va encore essayer et mettre en place pour l’atteindre. Sa faculté à imaginer lui interdit cependant tout espoir. Elle ne voit pas comment en sortir. Elle ne voit qu’un tunnel. Étroit. et à la sortie du tunnel, les griffes de son bourreau qui l’attendent, encore.

©Anne-Laure Buffet

ET QUAND L’AUTRE PARAÎT…

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… Il est souvent trop tard.

Il n’est pas question ici de philosopher. Qui est l’autre ? Qui est mon autre ? Qui est cet autre, derrière l’autre…? Le sujet n’est pas là.

Concentrons-nous sur la personnalité manipulatrice. Telle Janus, elle a deux faces, ou deux visages. Celui qu’elle montre, et celui qu’elle dissimule. Celui que l’on est à même de voir, mieux encore de percevoir, et celui qui n’est que façade. Celui que l’on aime, et celui qui détruit.

La personnalité manipulatrice, toxique, n’exhibe que l’un des deux. L’affable, le séduisant, le charmeur, le tendre, le compréhensif. À l’écoute, et prêt à recevoir vos confidences. Toutes vos confidences. Pour mieux vous connaître. Pour mieux s’en nourrir. Pour ls transformer à volonté quand il en aura l’utilité. Pour inverser vos propos, en modifiant parfois simplement une virgule. Si l’on s’amuse, parfois, des jeux grammaticaux sur l’emplacement des virgules, et sur le sens des phrases, la personnalité toxique manipule les phrases et les tournures de style comme un acrobate de haut vol. Et Vol est bien adapté : il vous vole vos pensées sans que vous puissiez vous en rendre compte, il les aspire, les broie, et vous les renvoie, en vous accablant.

La personnalité toxique ne le fait pas tout de suite… Nombreuses sont les victimes qui disent – hurlent – Quelle idiote j’ai été ! Quel imbécile je fais ! Je suis faible, je suis nulle, j’aurais pu m’en rendre compte. À cela il ne m’est possible de leur apporter qu’une seule réponse : non.

Non, vous ne pouviez ni le voir ni le deviner. Non, vous n’êtes ni nul, ni faible, ni stupide, ni malade. Vous avez été séduit par l’essence même de cet individu qui aujourd’hui vous détruit, peu ou prou. Par son charme. Par sa séduction. Par cette générosité dont il s’est emparé, pour mieux vous convaincre qu’il était là, pour vous, uniquement pour vous. Parce que ce que vous êtes, même si vous l’oubliez, il en a un besoin vital. Il lui faut le posséder pour exister. Et uen fois qu’il le possède, il lui faut vous détruire, pour vous punir d’avoir existé.
C’est le cheminement trop classique, effroyablement classique, de l’emprise.

Et cette même personnalité qui reste si charmante, si agréable, si sympathique aux yeux de tous… Vous en cessez de vous remettre en cause face à cette ambivalence. Pourquoi ne serait-il (elle) monstrueux qu’avec vous ? S’il se comporte ainsi, c’est bien que vous l’avez cherché. Que vous le méritez. Chaque jour on vous le dit : « Ton mari est un homme bien, tu as de la chance. Ta femme est merveilleuse, c’est une mère parfaite… Tu exagères sans doute, tu es fatigué(e) en ce moment… »

Oui, vous êtes fatigué(e).
D’essayer de comprendre. D’essayer d’être à la hauteur de ses attentes, que vous ne comprenez pas. D’essuyer échecs et déceptions, reproches et mises à l’écart. Vous vous fatiguez, pourtant l’autre, lui, ne change pas. Il, elle, demeure le même aux yeux de tous.
Vous vous épuisez.
Si « tous » pensent la même chose, c’est que vous avez tort.
Pourtant, vous le sentez, ce visage inconnu de « tous ». Ce visage que vous en cherchez plus à décrire de peur que l’on vous rit au nez ou que l’on vous fuit. De peur de passer pour malade… vous l’entendez suffisamment ainsi. De peur, tout simplement. De cette peur à laquelle on est conduit lorsque la réalité, l’absolue réalité, nous échappe.

Alors, qui est cet autre ? Celui (celle) qui dissimule ses traits et ne les affiche que pour vous, ou celui (celle), écrasé(e) au fond de vous, rendu(e) muet et seul(e) face à sa culpabilité et ses souffrances ?

 

©Anne-Laure Buffet
annelaurebuffet@gmail.com