MAMAN JE NE VEUX PLUS ALLER À L’ÉCOLE

Quand une jeune fille de 17 ans dénonce le harcèlement scolaire...

Camille Valente, 17 ans, se déplace dans les collèges et les lycées pour faire de la prévention contre le harcèlement scolaire.

Le discours ci-dessous lui a permis de remporter le concours de plaidoiries, au Mémorial de Caen, en décembre 2011.

10% des élèves sont victimes de harcèlement en France, selon un rapport datant de 2011.
5% des élèves disent ne pas être allés au collège par peur de la violence.
27 types d’attaques à l’école ont été recensées dans un rapport de 2011.

Camille Valente, qui n’a pas été victime elle-même mais qui a vu les conséquences des brimades sur son petit frère, est à la tête de l’association Maman je ne veux plus aller à l’école. Elle gère un site, un blog et une page FACEBOOK.

« Une campagne de prévention et d’information doit être mise en place à l’intention des parents. La souffrance véritable de ces jeunes doit être prise en compte. De réelles sanctions doivent être mentionnées clairement et concrètement. »

Il existe un numéro gratuit pour les victimes de harcèlement : 0808 80 70 10

CANADA : LE HARCÈLEMENT SUR INTERNET PRIS TRÈS AU SÉRIEUX

7 septembre 2012

I’m struggling to stay in this world, because everything just touches me so deeply. I’m not doing this for attention. I’m doing this to be an inspiration and to show that I can be strong. I did things to myself to make pain go away, because I’d rather hurt myself then someone else. Haters are haters but please don’t hate, although im sure I’ll get them. I hope I can show you guys that everyone has a story, and everyones future will be bright one day, you just gotta pull through. I’m still here aren’t I ?

-AmandaTodd

 

 

Le Canada, choqué après la mort d’une adolescente de 15 ans, Amanda Todd, qui s’est suicidée chez elle à Vancouver. Cinq semaines plus tôt, elle avait mis en ligne sur YouTube une vidéo dans laquelle elle évoquait trois ans de harcèlement, qui l’ont menée à abuser de drogues et d’alcool.

Dans cette vidéo en noir et blanc de neuf minutes, postée le 7 septembre et vue par près de 3,7 millions de fois (et plus de 8 millions de fois sur une copie faite par un internaute), la lycéenne et pom-pom girl racontait son histoire sans parler, le visage à demi hors-champ, faisant défiler une série de notes écrites à la main sur de petits cartons, en une accumulation glaçante de détails.

Elle disait avoir été conduite par un inconnu, à 12 ans, à montrer sa poitrine devant une webcam. L’inconnu avait diffusé ces images parmi ses amis. Un an plus tard, il les avait publiées sur une page Facebook dédiée, que ses proches et connaissances de collège avaient été invités à rejoindre. Amanda Todd racontait avoir changé plusieurs fois d’école, avoir été chaque fois rattrapée par cet homme, qui diffusait de nouveau les images. Dans son dernier lycée, elle disait s’être rapprochée d’un garçon. L’amourette avait dégénéré quand la petite amie du jeune homme avait découvert son existence. Amanda disait avoir été battue par la rivale et ses amis.

 

Elle avait avalé de l’eau de Javel, atterri à l’hôpital, changé encore d’école et se disait poursuivie par les amis de sa rivale sur Facebook. Elle s’est taillé les veines à plusieurs reprises, a abusé de drogues et est retournée à l’hôpital après une overdose. Elle achevait son récit en écrivant : « Je n’ai personne. J’ai besoin de quelqu’un. Mon nom est Amanda Todd. »

La mort de la jeune fille a fait la « une » des quotidiens canadiens jeudi. Le mot clé « RIPAmanda » (« Repose en paix Amanda ») circulait largement sur Twitter. Une page à sa mémoire sur Facebook rassemblait le jour même plus de 30 000 personnes.

Sa mère déclarait au Vancouver Sun qu’Amanda « aurait aimé qu’on évoque son histoire pour sauver d’autres filles. L’un de ses objectifs était que son message soit utile ».

 

 

22 octobre 2012

Un nouveau suicide d’adolescente canadienne , suite à un harcèlement sur Facebook :

http://videos.tf1.fr/infos/2012/canada-le-harcelement-sur-internet-pris-tres-au-serieux-7598121.html

 

 
Preuve de l’émoi provoqué par le suicide de l’adolescente, Christy Clark, la dirigeante de la province de Colombie-Britannique, a posté une vidéo sur Youtube pour évoquer le drame : «Tous les enfants devraient se sentir en sécurité à l’école», martèle-t-elle. Le décès d’Amanda est devenu un enjeu national : faire cesser le harcèlement.

 

LE HARCÈLEMENT SCOLAIRE M’A DÉTRUIT À PETIT FEU

Alexandre, étudiant de 19 ans, a voulu témoigner d’une époque de sa vie qui l’obsède chaque jour, « bien qu’[il] souhaite par-dessus tout l’oublier ».

Il est question d’un phénomène courant, souvent nié par l’institution : le harcèlement scolaire.


Scène du documentaire « Bully » sur le harcèlement scolaire (Capture d’&eacute ; cran YouTube)

Je veux parler pour que les lecteurs ne voient plus cette violence comme un simple jeu entre enfants.

Mes années en primaire et ma sixième (en collège classé ZEP) se sont très bien passées. Durant mon adolescence, j’ai beaucoup déménagé et c’est en atterrissant dans un nouveau collège (privé) en cinquième que les autres m’ont très vite fait comprendre que j’étais différent : chétif, avec un strabisme et des sujets d’intérêt peu communs – ces choses-là n’avaient pas posé de problème auparavant.

Dès lors se sont enchaînés quotidiennement coups et insultes : j’étais devenu le souffre-douleur, impuissant et presque isolé (j’avais quand même quelques amis), non pas de la classe, mais de l’école toute entière. Les témoins neutres, quant à eux, se contentaient de me dévisager avec pitié.

Les faits

Quand on parle du harcèlement à l’école, on pense souvent à la violence physique, mais pour ma part ça restait surtout verbal. En fait, j’avais un strabisme très voyant et ça a posé un problème dès mon entrée au collège.

Les autres élèves me disaient quotidiennement « Eh, tu me regardes ? » avec pour objectif clair de se moquer, me fixaient du regard en pouffant de rire… Je me souviens, en quatrième, être passé devant un groupe de filles inconnues qui m’ont dévisagé et j’ai pu alors entendre : « Cette tête ! C’est horrible ! ». Uneautre personne m’a dit en face, sérieusement : « Toi… t’es bizarre ! ».

J’ai eu aussi droit aux fausses déclarations d’amour. Ainsi, en cinquième, une fille de ma classe me « harcelait », en me disant qu’elle m’aimait. Elle ne me plaisait pas mais je la croyais vraiment (j’ai toujours été très naïf) et quand je lui expliqué que ce n’était « pas possible » entre nous, elle a répondu :

« Non mais tu voyais pas qu’on se foutait un peu de ta gueule ? »

Moqueries sur le Net

En quatrième et troisième, je n’étais plus « Alexandre », mais j’étais appelé par un surnom (le nom d’un handicapé mental dans une histoire drôle). Personne ne m’appelait par mon nom et ça a été un peu bizarre, quand le harcèlement s’est fini, de redevenir Alexandre au yeux des autres.

M’appeler par ce surnom était quelque chose d’habituel, de quotidien : tout le monde, même les rares élèves qui demeuraient extérieurs aux brimades, et même un professeur une fois, le faisait – parfois sans vouloir être méchant, c’est ça le pire.

Les moqueries se sont poursuivies sur le Net durant ces deux années. Lors d’une excursion scolaire, un harceleur (l’un des « chefs ») m’avait pris en photo. Je l’ai laissé faire (cette dernière allait sûrement être utilisée à mauvais escient mais j’étais naïf, trop pacifiste, et à ce moment je désirais ignorer les brimades).

Résultat : mon portrait s’est retrouvé sur un blog avec comme titre mon surnom, avec des commentaires monstrueux : « Vaut-il mieux en rire ou en pleurer ? » ou « Des personnes comme ça on devrait pas les laisser sortir dans la rue ! »

Le harcèlement restait principalement verbal, mais il m’est arrivé de me faire bousculer ou frapper. En cinquième, trois filles de troisième se moquaient de mon défaut à l’œil. C’était régulier, j’en avais marre, j’ai explosé : suite à une vexation de trop, j’ai craché à la figure de l’une d’entre elles. Je me suis fait alors ruer de coups de poing, jusqu’à ce que je m’excuse ; à la fin, je ne saignais pas mais j’étais très étourdi, fatigué et en pleurs.

Mes parents

Contrairement à d’autres enfants qui restent silencieux, je racontais ce que je subissais à mes parents, mais en restant vague, du genre : « On m’a encore emmerdé aujourd’hui » – j’avais quand même honte de tout ça.

Mes parents sont divorcés : je vivais avec ma mère, qui avait beaucoup à faire, et mon père travaillait (et la première année de brimades, il était à 600 km de chez nous). Il leur était donc difficile de réagir et, comme ils le disaient :

« On ne sait pas quoi faire face à une situation de ce genre. »

Cependant, ma mère est plusieurs fois allée chez le Conseiller principal d’éducation (CPE), et ça n’a servi à rien (j’avoue par ailleurs n’être venu qu’une fois chez lui, mais quel est l’intérêt de se plaindre tous les jours ?). Je reproche une chose à mes parents : de ne pas m’avoir pris au sérieux certaines fois :

« Alexandre, là t’es un peu parano, tu crois pas ? Ils peuvent faire ça pour s’amuser, c’est tout… »

Ils avaient un peu raison : on devient forcément suspicieux envers tout le monde avec des brimades quotidiennes, mais je peux déterminer quand les autres se moquent de moi ou non. Sinon, globalement, ils m’ont assez soutenu.

Les conséquences sur ma vie

Le harcèlement détruit à petit feu : quand, chaque jour, à chaque heure et à chaque minute, on vous dit que vous êtes un moins que rien, vous finissez par le croire.

Ce fut mon cas, et j’ai encore à ce jour un manque de confiance en moi. Durant cette période noire, je ne pensais qu’à ma condition, je ne travaillais quasiment plus à l’école, jusqu’à avoir quelques problèmes avec certains professeurs – mais les bonnes notes étaient au rendez-vous, j’ai toujours eu de grandes facilités à l’école. Je vivais dans un monde imaginaire où j’étais un héros : mes pensées constituaient donc un refuge.

J’ai développé une phobie sociale à cette époque, qui m’a poursuivi, et aujourd’hui encore ces années m’obsèdent, les questions se bousculent dans mon esprit : pourquoi harceler quelqu’un gratuitement ? Mes bourreaux regrettent-ils leurs actes ?

Pourquoi je témoigne

En premier lieu, je veux dénoncer l’indifférence des autorités scolaires. Les professeurs, les pions, le CPE, si prompts à punir pour un bavardage ou une mauvaise note, deviennent étonnamment aveugles ou laxistes lorsqu’il s’agit de violence, un problème objectivement plus grave que ceux énoncés précédemment.

D’autre part, je veux dire l’inexactitude du stéréotype du cancre harceleur et issu des quartiers défavorisés. C’est de cette manière que les médias dépeignent le caïd des cours de récréation. Or, il y a des souffre-douleurs et des bourreaux dans chaque établissement scolaire, qu’il soit huppé ou mal famé.

Pour ma part, les petites terreurs que j’ai côtoyées étaient toutes de bons élèves, et avaient d’ailleurs en horreur les « racailles ». Mes bourreaux assistaient aux messes occasionnelles avec gaité…

LE HARCELEMENT EN MILIEU SCOLAIRE

Harc_lement_l_cole

Le harcèlement se définit comme une violence répétée qui peut être verbale, physique ou psychologique commise avec l’intention de nuire. Cette violence se retrouve aussi au sein de l’école. Elle est le fait d’un ou de plusieurs élèves à l’encontre d’une victime qui ne peut se défendre.

Lorsqu’un enfant est insulté, menacé, battu, bousculé ou reçoit des messages injurieux à répétition, on parle donc de harcèlement.

10 % des collégiens rencontrent des problèmes avec le harcèlement et 6 % de collégiens subissent un harcèlement qu’on peut qualifier de sévère à très sévère (source : E. Debarbieux, première enquête nationale de victimation au sein des collèges publics réalisée auprès de 18 000 élèves. Octobre 2011).

Les 4 caractéristiques du harcèlement en milieu scolaire :

  • La violence : c’est un rapport de force et de domination entre un ou plusieurs élèves et une ou plusieurs victimes.
  • La répétitivité : il s’agit d’agressions qui se répètent régulièrement durant une longue période.
  • L’intention de nuire : le but est de blesser, d’intimider, de mettre en difficulté, et/ou de ridiculiser l’autre.
  • L’isolement de la victime : la victime est souvent isolée, plus petite, faible physiquement, et dans l’incapacité de se défendre.

Le harcèlement se fonde sur le rejet de la différence et sur la stigmatisation de certaines caractéristiques,
telles que :

  • L’apparence physique (poids, taille, couleur ou type de cheveux)
  • Le sexe, l’identité de genre (garçon jugé trop efféminé, fille jugée trop masculine, sexisme)
  • Un handicap (physique, psychique ou mental)
  • L’appartenance à un groupe social ou culturel particulier
  • Des centres d’intérêts différents

 

QUELLES SONT LES DIFFERENTES FORMES DE HARCELEMENT ? 

Le harcèlement physique

Cette forme de violence se traduit par :

  • des coups, pincements, tirage de cheveux…
  • des bousculades, jets d’objets
  • des bagarres organisées par un ou plusieurs bourreaux
  • des vols et rackets
  • des dégradations de matériel scolaire ou de vêtements
  • des enfermements dans une pièce
  • des violences à connotation sexuelle : voyeurisme dans les toilettes, déshabillage et baisers forcés, gestes déplacés…
  • des « jeux » dangereux effectués sous la contrainte

Ce type de violence – verbale, psychologique et symbolique – est plus discret que le harcèlement physique, et donc plus difficile à détecter par les adultes.

Le harcèlement moral :

  • le harcèlement verbal (exemple : insultes répétées)
  • le harcèlement émotionnel (exemple : humiliation, discrimination, chantage)
  • le harcèlement sexuel (exemple : provocations sexuelles verbales, gestes déplacés)

Cela peut être :

  • l’utilisation de surnoms dévalorisants
  • des moqueries, insultes, menaces
  • des humiliations, chantages
  • des propagations de fausses rumeurs
  • des pratiques de discrimination et d’exclusion

Le cyber-harcèlement :

Avec le développement des nouvelles technologies et des réseaux sociaux, les harceleurs peuvent poursuivre leurs victimes hors des murs de l’École. On parle alors de « cyber-harcèlement ».

Il se pratique via les SMS, sessions de chat, commentaires et vidéos postés sur les réseaux sociaux, les photos prises avec les téléphones portables, etc., et place la victime dans un état d’insécurité permanent. La violence peut l’atteindre partout et tout le temps.

Exemples de cyber-harcèlement :

  • moqueries en ligne
  • propagation de rumeurs par téléphone mobile ou internet
  • sur un réseau social, création d’une page ou d’un profil à l’encontre d’une personne
  • envoi de photographies sexuellement explicites ou humiliantes
  • publication d’une vidéo de la victime en mauvaise posture
  • envoi de messages injurieux ou menaçants par SMS ou courrier

Le harcèlement est un phénomène de groupe qui réunit toujours plusieurs acteurs : la victime, son agresseur et les spectateurs.
Cette relation triangulaire entre victime, agresseur et spectateurs est centrale dans le maintien du harcèlement :

  • Le harceleur, parvenant à faire de ses camarades spectateurs les complices de ses actes, installe une relation de domination collective sur la victime.
  • La victime, ne trouvant ni défense ni empathie chez ses pairs, s’enferme dans l’isolement.
  • Les spectateurs, en soutenant, encourageant ou faisant semblant d’ignorer le harcèlement, renforcent la violence du harceleur.

Le silence a un impact sur l’état psychologique de la victime :

  • Progressivement, la victime va développer un sentiment de honte, de perte d’estime de soi, puis de culpabilité en se sentant responsable des mauvais traitements subis. Elle va « approuver » les pratiques de son agresseur, pensant que celles-ci sont justifiées et légitimes, puisque tolérées ou encouragées par tous les témoins du harcèlement.
  • La victime va également développer un sentiment d’insécurité permanent, aggravé par la régularité des intimidations physiques ou psychiques.
  • Privée d’empathie et de soutien, la victime va s’enfoncer dans l’isolement. Fragilisée émotionnellement et psychologiquement, elle peut basculer dans des états dépressifs graves, pouvant aller jusqu’au développement de troubles du comportement et des symptômes suicidaires.

Les sanctions peuvent être :

  • l’avertissement
  • le blâme
  • la mesure de responsabilisation : elle a pour objectif de responsabiliser les élèves sur les conséquences de leurs actes, en les faisant participer à des activités de solidarité, culturelles ou de formation
  • l’exclusion temporaire de la classe, au cours de laquelle l’élève est accueilli dans l’établissement, et ne pouvant excéder huit jours
  • l’exclusion temporaire de l’établissement, ne pouvant excéder huit jours
  • l’exclusion définitive de l’établissement

Les sanctions scolaires ont une vocation éducative. C’est pourquoi les mesures de responsabilisation des élèves peuvent être prononcées en alternative aux exclusions temporaires.

Si le harcèlement n’est pas pris en charge par l’école, les parents peuvent se tourner vers la médiatrice de l’éducation nationale.

Si la réponse apportée n’est toujours pas satisfaisante ou si les faits sont très graves, déposer plainte est possible lorsque le mineur est accompagné d’un parent.

Toute violence, même légère, est punie très sévèrement par la loi, dès lors qu’elle est commise sur un mineur de moins de 15 ans, une personne vulnérable ou une personne chargée d’une mission de service public, comme un enseignant.
Le fait d’enregistrer et de diffuser des images de violence est également passible de poursuites.

Source : http://www.agircontreleharcelementalecole.gouv.fr