LE MATRICIDE PSYCHOLOGIQUE

mm_closeup

Elles parlent de matricide.
De matricide psychologique.

Elles, ces femmes qui contactent CVP. Qui viennent en groupe de parole, en rendez-vous. Qui demandent un accompagnement.

Ces femmes qui ont donné la vie. Une ou plusieurs fois.
Le temps passe.
Elles ont connu l’emprise. Elles en sortent, ou en sont sorties. En faisant un long travail, de prise de conscience, de deuil, de reconstruction. En étant combattantes, pour se retrouver, pour s’estimer, pour exister à nouveau. Elles ont bâti une autre vie. Avec des espoirs et des rêves différents. Avec un rapport à elles, et aux autres, différent. Avec des enfants. Différents.

Différents, car si elles ont pu sortir de l’emprise, les enfants sont devenus victimes à leur tour. Victimes de l’instrumentalisation d’un parent malveillant. Écoutant une parole qu’ils croient évangélique, ils se laissent peu à peu enfermer dans un schéma de pensée qui les éloigne de leur mère, qui les transforme en arme afin de mieux la détruire, et qui les dépersonnalise à leur tour. Certains s’éloigneront d’elles, se taisant, transformant la vérité, niant actes et pensées. D’autres nieront bien plus ; ils nieront jusqu’à leur amour et leur attachement naturel, maternel et légitime. Ils nieront des vérités, ils nieront des instants. Ils se feront accusateurs et juges de fausses vérités.

Ils refuseront petit à petit de la voir, de lui parler, de communiquer.
Ils refuseront d’en parler.
Elles n’existeront plus.

Ou si peu.
Ou après un long combat, pour faire entendre LA vérité. Pour être crues.

À ces femmes, à ces mères, il leur est retiré une partie de leur existence. Une partie de leur être.
Elles se retrouvent, aux yeux d’une société trop prompte à critiquer et discréditer, des coupables. Elles vont être stigmatisées. « S’il n’y avait pas de problème, les enfants seraient encore avec leur mère… »

Il leur faut se racheter d’une faute qu’elles n’ont pas commises à leurs propres yeux, à ceux de leurs enfants, et à ceux d’un environnement incrédule et cruel, par défaut.
Certaines, après un long combat, retrouveront leur place de mère. Elles commenceront par aller à la rencontre d’un(e) inconnu(e) ; elles feront à nouveau connaissance. Elles grandiront avec un enfant qu’elles retrouvent, qu’elles n’ont jamais cessé d’aimer.

D’autres devront faire un nouveau deuil. Celui de l’enfant désiré, porté, bercé, aimé. Et qui les a reniées, sans savoir pourquoi.

©Anne-Laure Buffet
annelaurebuffet@gmail.com

N.B. : Le parricide psychologique existe aussi. Il a les mêmes causes, les mêmes procédés et les mêmes conséquences.

Meurtres psychologiques, ils ne sont que rarement compris, et presque jamais condamnés.

Publicités

MESDAMES ET MESSIEURS LES AVOCATS

906412_10204603379341990_2043121854779645826_o

Crédit photo Laurent Delfraissy

Mesdames, Messieurs les Avocats,

Il n’est pas question ici de vous infliger une peine, un blâme ou une sanction. Ni de critiquer votre profession, votre serment et vos engagements. Ni, de plus, de remettre en cause votre déontologie. Ni enfin, de considérer que vous ne savez écouter ou entendre la souffrance lorsqu’elle vous parvient.

Il est cependant question de vos clients. D’une partie de ceux-ci, car, Dieu soit loué, tous ne sont pas dans une telle situation de violence, de souffrance, d’isolement et d’incompréhension. Tous ne viennent pas chercher, outre vos qualifications juridiques et votre art oratoire, un soutien, une oreille compréhensive, et des solutions pour se protéger.

Cette femme qui vient vous voir pour la première fois, n’arrivant pas à trouver les mots pour vous dire pourquoi elle veut divorcer… Cet homme qui demande des conseils, sentant un danger pour ses enfants… Cette femme encore qui n’ose parler, qui retient ses larmes, dont vous ne voyez les yeux que derrière un voile embué, qui tremble si vous demandez plus de renseignements, qui tremble un peu plus si vous avancez des arguments contre son conjoint… Cet homme, un autre, qui espère un divorce consensuel, et que surtout, surtout, rien ne s’ébruite, et surtout pas ce qu’il vit…
Tous ces clients qui arrivent avec leurs silences, leurs non-dits, leurs peurs. Qui ne savent mettre des mots sur ce qu’ils vivent. Sur leur fatigue. Leur accablement. Leurs inquiétudes et leurs angoisses.

Aidez-moi… Que craignez-vous ? Tout. Votre mari est violent ? Physiquement violent ? Non, mais j’ai peur de lui. Peur ? De quoi avez-vous peur ? Je ne sais pas. J’ai peur.

Je ne sais pas, j’ai peur… Ce malaise que vos nouveaux clients ne savent expliquer, cette athmosphère pesante, destructrice, qui les empêche d’être eux-même, d’être « présent » au rendez-vous… Vous voyez des dossiers qui arrivent, vous entendez une fois de plus un client demander le divorce, pour mettez en avant l’intérêt des enfants … oui, mais le père, la mère, est différent(e)… Différent ? Différent comment ? Différent ne veut pas dire dangereux… Et pourtant.

Et pourtant cette différence est dangereuse. Fondamentalement dangereuse. Car destructrice. À court et à long terme. Pour votre client(e) et pour les enfants.
L’emprise ne se verbalise pas, et semble inexplicable. Certains de vos client(e)s diront qu’ils sont victimes, qu’ils connaissent des moments de violence. La plupart vont le taire. Par peur. Par culpabilité, par honte. Par incapacité à imaginer que le pire reste à venir. Car le bourreau ne lâchera pas votre client(e) ainsi. Ce sont des années de procédure qui commencent, pendant lesquelles la diffamation, les accusations mensongères, le silence fait exprès pour nuire, les attestations en tout genre, calomnieuses, les enquêtes médico psy, les enquêtes sociales, les médiations, les demandes d’EMJ, d’AEMO… vont se succéder.

Votre client(e) arrive avec son bagage de violence psychologique, qu’il ou elle subit depuis des années. Avec parfois de la violence physique. Avec un isolement social et familial contraint, isolement qui sera présenté par la partie adverse comme une preuve de sa pathologie, voir de sa folie. Avec des troubles somatiques importants. Une dépression, un burn out, une incapacité à chercher un emploi ou à se réinsérer dans le monde du travail, par perte complète de repères et de confiance en soi. Avec une violence économique, le bourreau n’ayant de cesse que de vouloir ruiner la vie, la réputation, les conditions matérielles de votre client(e).

Le bourreau est un psychopathe qui ne finit pas son travail par un meurtre visible. Mais il y a bien meurtre. meurtre psychique et social.

Mesdames, Messieurs les Avocats,
lorsqu’un(e) nouveau client(e) entre dans votre cabinet, lorsqu’il (elle) y cherche refuge et secours, lorsque les mots deviennent impossibles à dire, lorsque l’épuisement domine… Envisagez cette destruction. Envisagez ses suites, afin de pouvoir conseiller et défendre au mieux. Les tenants et les aboutissants psychologiques, vous ne les connaissez peut-être pas. La notion d’emprise ne vous est pas toujours familière.
Apprenez. Apprenez car chaque jour il nous faut apprendre encore.
Apprenez car vous n’êtes pas au bout des surprises que la partie adverse vous réserve.
Ne voyez pas en l’emprise une simple torture à laquelle un divorce peut mettre fin. Comprenez que cette construction-déconstructiondure et perdure et s’installe, vampirisant celui ou celle qui se présente un matin chez vous, apeuré, abîmé, effrayé à l’idée d’être, d’exister, de devoir se battre.

Mesdames et Messieurs les Avocats, les victimes ont assez souffert. Les victimes ont suffisamment peur. Les victimes ont trop vécu le rejet et l’incompréhension. En vous engageant auprès de ces victimes, c’est auprès d’humains que vous vous engagez, pour contribuer à leur rendre leur vie. Pour elles, remontez les manches de vos robes, sortez des dossiers et des prétoires. En détective, menez l’enquête. En conseiller, écoutez les, répondez-leur, comprenez qu’ils ou elles puissent se montrer envahissant(e), ce qu’ils ne veulent pas être, ce qu’ils ne peuvent s’empêcher d’être, par peur d’être détruit(e), encore.
Vous commencez vous aussi un vrai combat. Et votre client(e) a besoin de vous en allié.

 

©Anne-Laure Buffet
annelaurebuffet@gmail.com

NON AUX CONCLUSIONS TROP RAPIDES

_c009c46bc4_7ef158b8cd1e39be-post

 

Il me paraît important de revenir une fois de plus sur un sujet déjà abordé sur ce blog : la nécessité à ne pas chercher à qualifier l’autre, mais à mettre un terme à des comportements qui nous sont toxiques et de fait destructeurs.

Je continue de lire dans la presse, dans des publications récentes, sur les réseaux sociaux, les critères permettant de repérer le parfait MPN (manipulateur pervers narcissique), de s’en méfier, de le fuir. Ces écrits ont pour avantage d’informer. Ils ont donc bien sûr un intérêt.
Ils ont également un inconvénient majeur : la chasse aux sorcières sous-entendue.
S’ils permettent d’éclairer une situation, s’ils permettent de se remettre en question, de s’interroger, de commencer à comprendre qu’une situation vécue est anormale est dangereuse, ils ne font pas loi, ni foi, de manière catégorique.

Ils invitent à la réflexion et à l’action ; ils invitent aussi et surtout à consulter des professionnels de l’accompagnement, des juristes, des personnes objectives, neutres et compétentes.

Leur prêter parole d’évangile ne permet pas de se sortir d’une situation d’emprise, mais de qualifier « l’autre », le bourreau ou celui vu comme tel, de monstre, de vampire, de malade, de danger. Ils font naître à la fois la compréhension d’une situation et la peur de celle-ci, en la démultipliant.
De plus, ils poussent à des conclusions parfois rapides, et elles-mêmes dangereuses pour ceux ou celles qui les tirent.

– Je sais que c’est un PN, je l’ai lu… (ah bon ? son nom était dans le journal ? Vous avez consulté un professionnel ? Vous avez eu un diagnostic précis ?)
– J’ai compris que j’étais manipulée… Au début de notre relation il y a quelques mois il sortait les poubelles et me rapportait des fleurs ; aujourd’hui c’est fini. Je n’ai rien d’autre à dire, si ce n’est que maintenant qu’il n’a plus à me séduire, il va me détruire… (et si tout simplement il était fatigué ? S’il avait en ce moment plus de travail, ou plus de soucis ? Si vous-même vous montrez moins réceptive, mois attentionnée…)
– Il m’a fallu à peine un an et j’ai su qu’elle était comme une mante religieuse ; depuis la naissance du petit elle ne s’occupe que de lui et ne me donne pas de temps (donc elle ne s’occupe que d’un enfant de 3 mois, qu’elle nourrit, lave, berce, soigne, protège… ne remplirait-elle pas simplement avec amour son rôle de mère ? )
– Sa mère est castratrice et je sais qu’il va me faire du mal (attention aux projections et aux anticipations négatives)

En règle générale et quelle que soit la situation d’emprise ou de violence psychologique, si elle est avérée, il n’en demeure pas moins qu’un travail sur soi est indispensable. Savoir QUI est l’autre ne suffit pas à sortir d’une relation d’emprise, à se protéger et se reconstruire. Comprendre ses propres failles, ses fragilités, analyser ce qui a permis à une personnalité toxique de voir en vous une proie est indispensable. Pour se renforcer, pour s’apprécier, pour s’aimer à nouveau, pour avancer et construire.

Lisez, lisez, il en restera quelque chose… Mais ne restez pas sur des conclusions trop rapides. Lisez. Analisez. Consultez.
Et recommencez à penser à vous, et non à l’autre.

©Anne-Laure Buffet
associationcvp@gmail.com

PARTIE D’ÉCHECS

une-partie-déchecs

Vous êtes séparé(e) depuis peu.
Vous êtes séparé(e) car vous avez compris, pour le moins senti, que ce que vous vivez ne doit pas être vécu. Que vous êtes atteint(e) dans vos libertés fondamentales, quotidiennes. Que votre système de pensée est abîmé voir détruit. Que votre faculté d’agir est réduite à sa plus simple expression. Que vos enfants sont en danger. Que vous êtes sous contrôle, perpétuel. Et ce contrôle s’exerce, que l’autre, le bourreau, soit ou non dans la même pièce que vous.
Vous vivez et avez vécu dans la contrainte et la peur.
Vous vous sentez coupable.
Et vous voulez que tout cela cesse.

Rapidement.

Très rapidement.

Il y a maintenant urgence.

Pourtant, rien ne va comme vous le voulez. Vous ne savez pas comment agir. Vous ne savez pas à qui parler. Vous ne savez pas quoi demander. Vous avez peur de ne pas être entendu(e), compris(e), défendu(e) comme vous le méritez. Vous redoutez les conséquences pour vos enfants. Vous n’imaginez pas de les perdre. Vous êtes paralysé(e) à l’idée que cela arrive.

Vous êtes un noyé(e) qui cherche de l’air ; mais à chaque fois qu’il sort la tête de l’eau, une vague le projette en arrière et lui fait perdre à nouveau sa respiration.

Vous n’êtes pas seul(e) dans ce cas.
Toute personne qui comprend une situation d’emprise, qui réalise qu’elle est victime de comportements toxiques, de manipulation et destruction psychique, se retrouve prisonnière de ce paradoxe : l’urgence à partir, l’impossibilité de le faire.
Le départ, la reconstruction, la procédure juridique, se préparent.
Tout comme celui ou celle qui met sous emprise est stratège, il faut être stratégique pour en sortir.
Tout comme celui ou celle qui cherche à détruire tend des pièges, il faut apprendre à anticiper, à évaluer les conséquences possibles de ses actes et de ses paroles, avant d’agir et de dire.

Vous allez apprendre à jouer. Aux échecs. Sur un plateau que vous allez devoir construire.
Vous allez devoir devenir le maître du jeu.
Vous allez jouer avec les blancs.
Et en étant bien accompagné(e), vous allez vous servir des bonnes pièces.
Pour mettre le bourreau mat.

© Anne-Laure Buffet
annelaurebuffet@gmail.com

SE LIBÉRER, PAS À PAS

Reem-Eissa7

« Qu’est-ce que j’ai été bête… ! »
« Je suis un imbécile, je n’ai rien vu venir… »
« En fait il a raison, je suis malade pour ne pas l’avoir vu plus tôt. »
« Vous pensez que je suis stupide ? J’aurais pu comprendre avant. »

Non.
Ni bête, ni imbécile, ni malade, ni stupide. Rien de tout cela. La victime entre les pattes d’un bourreau n’est rien de tout cela. Le lapin qui se retrouve piégé par le chasseur n’est ni bête ni stupide.
Et l’oiseau qui reçoit une balle en pleine aile n’est pas malade d’avoir volé.

Ils ont été des proies et ils ont été choisis à cause de ça.

La question ici n’est pas de savoir ce qui amène telle ou telle personne à être une proie. S’il s’agit d’une construction mentale, au-delà d’une prédisposition, il n’y a ni à juger ni à condamner. Mais à constater pour permettre un changement.

La question est : « Pourquoi est-il si difficile de comprendre ? Pourquoi la proie devenue victime se disqualifie-t’elle autant ? »
Les mois, les années de dénigrement, d’humiliations, de jugements, de violence sourde, entraînent une sorte de lobotomie cérébrale. Un décervelage. Une incapacité de réflexion, de recul, de pensée. La victime devient handicapée. Elle n’y peut rien.
L’entourage, celui qui reste, qui s’effrite peu à peu, s’escrime et s’échine à vouloir lui faire entendre raison. Du calme à la colère, tous les tons de la gamme sont utilisés. Jusqu’au mépris ou à l’indifférence quand les proches, usés de ne pas se croire entendus, baissent les bras et s’éloignent.

La victime subit. Seule.

Comme la souris sous la patte du chat.

Pour beaucoup d’entre elles, heureusement, se produit ce déclic qui permet le changement. Qui les pousse à réagir. À fuir. Et la fuite n’est pas une lâcheté, c’est une preuve de force et de courage, dans le cas présent. Car c’est la seule issue.

Sortir de l’emprise se fait lentement. Par étapes. avec des rechutes. Le doute que sème la personnalité toxique retient, comme la culpabilité. Et la peur, monstre terrifiant et paralysant. La peur, comme celle de l’enfant qui se cache sous sa couette, alors que le loup certainement guette sous le lit…

Sortir de l’emprise demande de comprendre que « ça ne va pas ». Ça ne devrait pas se passer comme ça. Et « ça » est tellement indéfini, encore. Vient le moment où « ça » se clarifie. Les mots entendus sont injustes, les silences sont dénigrants, les insultes non méritées, les critiques infondées. Les maux de ventre, de coeur, de dos, de tête, de jambe… sans raison et cause réelle, si ce n’est de la somatisation.
« Ça » devient un peu plus clair. Mais à qui parler de « ça » ? Qui pourrait entendre et comprendre ? Qui pourrait parler, aider, sans juger ? Comment le dire en étant certain(e) d’être compris(e) et soutenu(e)?

Un fait nouveau. Un de plus, souvent anodin. Anecdotique. Celui qui donne la force et la motivation pour fuir. Aller se plaindre ? À qui… Voyons, il n’y a pas eu de coup… Vous n’êtes pas blessé(e), de quoi vous plaignez-vous ? Vous voudriez être battue, à l’hôpital, morte, ou vos enfants violés ? Mais, monsieur l’agent… Non, madame, monsieur, rentrez chez vous. Discutez avec votre conjoint… Et une bonne réconciliation sur l’oreiller, hein, c’est pas mal ?…

Sentiment de solitude qui s’intensifie.

Une fois de plus. Une fois de trop. La peur domine, le doute, la honte, la culpabilité, toutes ces entraves à la réflexion. Mais c’était une fois de trop.

La victime a compris son calvaire.

Elle n’a pas encore compris l’ampleur de son calvaire.
Elle a compris qu’elle ne devait pas vivre « ça », et elle a compris… qu’elle avait bien compris que « ça » ne devrait pas se vivre, « jamais ».

Il lui reste encore à comprendre. C’est un long chemin. Comprendre que tout était faux, mensonger, cruel et destructeur.
Comprendre qu’elle n’est coupable en rien. Mais responsable de tout changer.
Comprendre que ce n’est pas une question de volonté ou de force.
C’est une question de combat.
Comprendre que partir ouvre la porte à la liberté. Pas à la tranquillité. La liberté qu’elle gagne, c’est celle de ne plus être seule dans ce combat. C’est d’être en résistance, en étant accompagné, soutenu, défendu.
Comprendre qu’elle va devoir faire un long travail. Un travail de deuil, douloureux. Un travail de reconstruction, pénible, parfois violent. Et la violence, la victime en a si peur maintenant. Cette violence-là est pourtant bienveillante. Mais chaque nouvelle secousse est un séisme pour la victime devenue combattante.

Comprendre que partir est vital.
Et que pour autant, la guerre est déclarée. Le bourreau ne laisse pas sa proie partir. Il ne peut l’accepter. Si elle part, il la détruira complètement.

Sans aide extérieure, il est presque impossible de lutter. Face à ces monstres du quotidien, il faut nécessairement être aidé(e).

C’est possible.
Heureusement, c’est possible.
Heureusement, nombreuses sont les victimes qui s’en sortent. Qui vivent, après. Qui vivent et vivent mieux. Elles ont un long chemin devant elle. Mais elles vivent, enfin.

L’enfant est trop souvent l’enjeu dans ce drame familial. Devenant l’arme dont le parent toxique se servira pour détruire son ancien conjoint, il est positionné de fait en tant que victime. La principale victime est et demeure le parent soumis à la violence psychologique. 
L’enfant se retrouve alors confronté à divers états psychologiques possibles comme le conflit de loyauté et le déni parental. 

©Anne-Laure Buffet
annelaurebuffet@gmail.com

RECONSTRUCTION OU NOUVELLE CONSTRUCTION ?

Si chaque victime est une personne différente qu’il faut écouter, comprendre et accompagner individuellement, elles ont pour autant entre elles un certain nombre de caractéristiques communes – conséquences de manipulation, harcèlement et comportements destructeurs. Parmi ces caractéristiques, la peur.

La peur qui non seulement maintient dans une contrainte et sous l’emprise de la personnalité toxique, mais qui de plus provoque un effet paradoxal.

– peur de ce que la personnalité toxique va « encore » faire, dire, inventer, imaginer…
– peur de ce qu’elles vont vivre en quittant cette personnalité toxique.

Les victimes en viennent à ne plus pouvoir se projeter dans un quelconque avenir sans la personnalité toxique. Le quotidien d’une vie équilibrée et saine leur étant interdit depuis des années, pour certaines depuis l’enfance, elles ne peuvent concevoir une réalité sans l’emprise. C’est-à-dire sans contrôle et remise en cause permanents, sans reproches et critiques.

Le travail d’accompagnement et de reconstruction porte entre autres sur ces points : permettre à la victime de franchir le pas après la prise de conscience. Lui donner le droit de s’autoriser à être. À être vraiment. Non pas cette personne forgée au long des années par des comportements manipulateurs, mais celle qui se tait, qui se trouve enfouie sous un amoncellement de craintes, de doutes, de culpabilité et de honte. Il s’agit donc d’aller à la rencontre d’une inconnue. De reprendre possession de ce qui est interdit, à commencer par l’usage du « je ». « Je n’ai pas envie », « je ne veux pas », « je n’aime pas » paraissent si difficiles à prononcer bien souvent… pourtant ils n’expriment pas une opposition à ce qu’est « l’autre », mais une affirmation de ce que l’on est soi.Cette affirmation justement interdite pendant si longtemps.

Pendant le travail d’accompagnement, la victime qui se reconstruit va partir à la rencontre d’une personne inconnue. Elle-même. Qui est cette inconnue ? Comment peut-elle se comporter ? Que peut-elle dire ou faire ? C’est également sur ces quelques points (et tant d’autres) qu’il faut être présents auprès des victimes.

Aussi, je préfère parler aujourd’hui non pas de reconstruction, mais de nouvelle construction. Car il ne s’agit pas de reconstruire sur un terrain miné. Il s’agit de mettre en lumière un nouveau terrain, de nouvelles fondations, de nouveaux piliers. De construire une personne qui a été totalement empêchée. Il s’agit de permettre à la victime non seulement de ne plus l’être, mais de devenir elle, et non la marionnette – bien malgré elle –  de comportements toxiques.
Il s’agit de lui donner le goût et l’envie de vivre.

 

©Anne-Laure Buffet

 

DES PROFESSIONNELS AU BANC DES ACCUSÉS

wr

Il y a maintenant plusieurs mois, je publiais sur ce blog « J’accuse ». Reprenant ainsi tant le mot que le célèbre article de Zola, les personnalités toxiques se retrouvaient au banc des accusés possiblement condamnés par un individu, et par la société.

J’oubliais cependant dans cet article une catégorie de personnalités toxiques : les professionnels.
Les médecins, les juristes, les magistrats, les avocats, les médiatiques et médiatisés.
Ceux qui font de la violence et des victimes un fond de commerce, se répandant ici ou là sur les actions et les combats qu’ils vont engager, sans s’y investir au-delà du chèque demandé une fois celui-ci encaissé.
Ceux qui lancent de grandes phrases, de grands discours, mais ne répondent plus au téléphone lorsque la victime, dans l’urgence et l’angoisse, appelle au secours. Appels qui résonnent dans le vide, qui restent sans réponse.
Ceux qui s’insurgent, tempêtent, manifestent, réveillant d’anciennes affaires parfois même sans le consentement des victimes elles-même ou de leurs proches, relançant ainsi leur réputation et leur notoriété mise à l’ombre quelques temps.
Ceux qui ont en carte de visite la souffrance des autres, un militantisme plus convaincant que convaincu, et une parole que peu d’actes soutiennent.

Lors des groupes de parole proposés par CVP, pendant les entretiens individuels, à l’accueil téléphonique, dans les mails reçus, bien trop nombreux pourtant sont ces professionnels qui ont été critiqués par des victimes peu ou pas comprises, mal soutenues, mal défendues, mal protégées, mal orientées.

Très récemment, les réseaux sociaux ont débordés de rumeurs, de bruissements, ou d’accusations plus ou moins directes dénonçant certains professionnels. Il n’est question de nourrir ni rumeur, ni bruit. Il n’est question de dénoncer nommément personne. Ainsi que déjà dit, l’association CVP cherche à accompagner au mieux les victimes qui s’adressent à elle, avec ses ressources, et ses possibilités. Indépendante, sans aucun engagement contractuel avec qui que ce soit, l’association CVP reçoit les plaintes et les angoisses de nombre de victimes.

Particulièrement en ce moment. Et lorsqu’un professionnel, revendiquant son implication juridique soit-disant active dans la défense et l’accompagnement des victimes, arguant tant de ses compétences que de sa « vocation », vient à manquer à sa parole et à son engagement, CVP ne peut que le constater et le déplorer. En cherchant à orienter ou réorienter au mieux les victimes.
CVP s’investit chaque jour dans l’écoute et l’accompagnement des victimes. Et se désole d’en recevoir tant et tant qui, déjà en grande détresse, subissant angoisse et pression quotidiennes, se sentent une fois de plus, très lourdement, dupées.